UNE ERREUR DE LA RÉVOLUTION
C'est Robespierre qui propose le décret : « Que nul des membres de la Constituante ne pourra être réélu à la prochaine législature. »
L'erreur de la Révolution a été de croire que les individus qui s'étaient illustrés par leurs services pouvaient être rejetés ou négligés sans inconvénient; que les marges
du peuple contenaient des sources inépuisables d'inspiration et de génie.. Les temps ont montré, au contraire, que l'impulsion venait de quelques hommes; quand ces hommes eurent été réduits à l'impuissance, les masses se trouvèrent stériles et la révolution politique avorta.
Ce qui a manqué d'abord, ce fut le respect des individus. On crut qu'ils seraient aisément remplacés, que le peuple fournirait une substance inépuisable à l'avenir. Première idée fausse, elle fut une des plus grandes causes de ruine de la Révolution.
Sans Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Buffon, que reste-t-il du dix-huitième siècle? Otez les hommes illustres de la Révolution, que reste-t-il? Un peuple muet et un prompt asservissement.
Robespierre eut sur tout cela des vues confuses; c'est lui qui, pour jeter la Révolution dans l'imprévu, commença à la désarmer de tout ce qu'elle avait d'hommes importants. Il jeta le lest et coupa le câble. Mais sur quel astre était-il orienté pour trouver sa route dans la tempête? Il l'ignorait lui-même. La droite de l'Assemblée, complice ici de la politique secrète et vénale de Mirabeau l, accepta ces chances; elle se réunit un moment à Robespierre. Tous se précipitèrent dans l'inconnu; mais les premiers sentirent que la Révolution avait perdu ses voies sûres; ils comptèrent quïl y avait dans ce vague plus d'une chance de revenir au passé. Leur calcul n'a pas tout à fait manqué de justesse.