DANTON JUGE PAR SON PAETJ
Le nommé Danton, comme l'appelait M. de La Mark en 1791, est désormais hors de page. Avant de le voir agir et de le juger, je veux savoir ce que pensaient de lui ses amis; car cette opinion composera une grande partie de sa force.
Les amis de Danton le trouvaient beau, parce qu'il semblait indomptable. Ils aimaient son front sillonné, sa bouche épaisse, sa face de centaure. Ils en parlaient comme du taureau des prophètes. David, après l'avoir dessiné, fronçant le sourcil, disait : « Voilà Jupiter tonnant! »
A ce point de vue, Danton était pour les siens, de par la nature même , le souverain légitime de la Révolution ; Robespierre> myope, grêle, n'en fut jamais que l'usurpateur l.
Les dantonistes savaient gré à leur chef de ce qu'il jie prétendait pas changer les formes fondamentales de la société humaine. C'était là, suivant eux, la marque de la sagesse, chez un homme naturellement porté à tous les extrêmes. Quelle plus grande preuve de génie que de savoir se mettre un frein au milieu de la furie? Lui seul avait posé le pied sur le terram véritable; il laissait à d'autres les nuées. Le difficile n'était pas de faire des rêves impossibles, fi la manière de Robespierre, mais bien de discerner ce qui pouvait se pratiquer. Là était le sceau de l'homme d'État.
Quant aux vices de Danton, ses amis rappelaient avec complaisance qu'après tout Caton avait été ivrogne, She-