Mémoires inédits du conventionnel' Baudot
ridan et Fox dissipateurs. Pour eux ils n'affectaient pas une sévérité antique; car ils n'avaient pas à organiser une république de Spartiates ou d'anges. « Si tel était le but, » ils s'abstiendraient d'y concourir, et se déclareraient incapables. Voulait-on établir une thébaïde, dirigée par quelques trappistes politiques de l'école de Saint-Just? Était-ce là l'opinion générale? Pour revenir à l'antiquité, sortionsnous d'hier, des bras d'Adam et d'Eve? Non; il s'agissait au contraire de composer avec une époque et un peuple pleins de faiblesses et de défaillances, qu'il fallait désespérer de corriger en un jour. Danton avait donc raison de répéter à tout moment : « Qui hait les vices, hait les hommes. » Cette maxime avait été celle du dernier des sages de l'antiquité, Thraséas.
Et l'on avait beau reprocher à leur chef ses prétendues pilleries; qu'était-ce que cela? Rien, en comparaison des déprédations des hommes d'épée. Que si Robespierre avait les mains nettes, il n'en était pas moins un grand voleur de pouvoir; c'était là le butin dont il fallait avant tout rendre compte. Le reste était une misère, sans importance politique.
D'ailleurs, pourquoi le nier? Danton et Robespierre différaient en tout; l'un fanfaron de vices, l'autre de vertu. Danton faisait peu de cas des choses écrites; son mot cité plus haut, qu'en révolution il faut « bâcler, non réglementer », était la condamnation de son rival. Il plaisait aux siens par la puissance de graver dans leur mémoire des maximes frustes, improvisées, qui ne s'effaçaient plus. Au contraire, il méprisait les discours étudiés, qu'il appelait « les âneries de Robespierre i ». Et qui sait ce que ce mot seul devra un jour lui attirer de haines?
Pour tout dire, Danton était la réalité, Robespierre l'utopie; c'est entre elles qu'il faudra choisir.
Dans ce combat, le plus grand nombre était assurément pour Danton. On n'en saurait douter. C'est lui qui exprima les idées, les vues des hommes de la Révolution sur l'ordre