Mémoires inédits de Baudot
social. Pourtant ils le livrèrent dès que ses adversaires le réclamèrent. Pourquoi? le. voici : il est trop périlleux de faire ouvertement parade de ses vices. Les hommes réunis se rangeront toujours, en public, du côté de la vertu qui s'affiche.
Les partisans de Danton n'oseront le défendre, mais ils le vengeront. Longtemps après, ils se réjouissaient encore de ce que tous ceux qui avaient été les premiers à le poursuivre avaient péri de mort violente. Ils ne se lassaient pas de récapituler et de savourer ces listes funèbres.
Leur fidélité fut ce qu'avait été leur amitié; elle les laissa divisés sur presque tout, excepté dans l'admiration pour leur héros.
« 0 grand homme, écrivait trente-cinq ans après un de ses partisans, tu l'as prévu ! Le Panthéon de l'histoire s'est agrandi pour te donner ta place *. »
En effet, le temps, l'exil, d'autres renommées n'amortirent en rien cette mémoire. Danton resta toujours pour les siens, après la Révolution et l'Empire , l'homme qui seul avait compris le génie de son époque. Après un demisiècle, ils étaient encore bouleversés par l'écho de sa voix. Elle allait jusqu'à leur âme, parce que, disaient les dantonistes, « il avait une âme ». Depuis qu'eux aussi avaient appris à souffrir, ils le louaient de ce qu'ils avaient d'abord blâmé en lui, son trop de penchant à la pitié, « sentiment sans lequel l'homme n'est rien pour l'homme ».