‹ La Révolution; rev. et augmentée de la Critique de la RévolutionChapitre 77 sur 117 · TRAHISONS DE LA COUR. CONVENTION DE MANQUE · texte numérisé non relu

TRAHISONS DE LA COUR. CONVENTION DE MANQUE

Ne transportez pas la fiction constitutionnelle dans l'histoire. Il y a des historiens qui prennent à témoin les dépêches publiques des ministres de Louis XVI, sans s'inquiéter de savoir si chacune de ces pièces officielles, faites pour abuser le public, n'est pas démentie, reniée, détruite par une dépêche privée. On dirait qu'ils veulent continuer, après soixante et dix ans, la fable de 1*791. C'est ainsi qu'ils acceptent pour bases de leurs récits les déclarations de Louis XVI contre les émigrés, "et sa sanction au décret du 31 octobre 1*791 de l'Assemblée contre Louis-Stanislas- Xavier.

On sait pourtant que Louis XVI répondait, en secret, à ses frères :

« On vous a trompés. Ce qui occupe le plus Leurs Majestés, c'est votre situation. Comment peut-on croire

qu'avec l'âme élevée que vous leur connaissez, elles préfèrent rester sous le joug de scélérats infâmes plutôt que d'être secourues par leurs proches parents et par leurs serviteurs fidèles '? »

Après des déclarations aussi positives, n'est-il pas temps de renoncer à se faire illusion? Les Constitutionnels ont été abusés en 1*791. Mais l'être aujourd'hui par le pur zèle de la fiction, qui peut y consentir?

Les Constitutionnels occupaient toutes les avenues du pouvoir; et ils ne pressentaient rien de ce qui se tramait sous leurs yeux et comme entre leurs mains.

Il a fallu que ce fussent les Royalistes purs qui nous dénonçassent les traités secrets de la cour pour amener l'invasion de la France par les armées étrangères. C'est par eux que nous savons aujourd'hui qu'au plus fort de la confiance des Feuillants, dès mars 1*791, quand la constitution était dans toutes les bouches, le roi et la reine pressaient, adjuraient déjà l'empereur d'Allemagne de marcher en force directement sur Paris; c'est par eux, et par eux seuls, que nous connaissons dans le moindre détail quelle mission alla remplir, de la part du roi, le comte de Durfort à Mantoue, auprès de Léopold.

Les articles de cette convention du 20 mai 1*791, réglés entre l'empereur d'Allemagne, le roi de France, le comte d'Artois, par l'intermédiaire de M. de Calonne, sont aujourd'hui sous les yeux de tout le monde. Voici en quoi ils consistaient : l'Autriche envahirait la France en juillet 1791, par le Nord, avec trente-cinq mille hommes; l'Allemagne, par l'Alsace, avec quinze mille; la Sardaigne, par le Dauphiné, avec quinze mille; l'Espagne, par le Languedoc, avec vingt mille; la Suisse, par la Franche- Comté, avec un nombre égal. Ces cent mille hommes, en se précipitant de tous côtés sur nos frontières, feraient certainement brèche. Unis à la fidèle noblesse, ils formeraient des noyaux d'invasion dans l'intérieur. Après quoi le roi serait rétabli dans son plus grand pouvoir, « sauf à

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