DÉCLARATION DE GUERRE
L'empereur Léopold était mort le 1er mars 1792 ; mais les intelligences de la cour de Louis XVI avec la cour d'Autriche n'en furent point diminuées. François Ier hérita des pièges préparés par Léopold.
Peut-être ne vit-on jamais au monde prince dans une situation plus fausse, que le jour où Louis XVI, poussé par la clameur publique, vint proposer, le 20 avril 1*792, à la Législative de déclarer la guerre à l'empereur François. Ceux auxquels il s'adressait étaient, à ses yeux (selon la note à M. de Durfort), des infâmes. Celui à qui il proposait de faire la guerre était son affidé et de plus son seul et dernier espoir.
Sans doute il pensa que cette déclaration hâtive, cette impatience d'hostilité, cacheraient mieux l'embûche. En effet, elles réussirent pour un moment à tromper tout le monde ; il en sera toujours ainsi de démonstrations de ce genre. A la millième fois, elles auront autant d'effet sur le peuple qu'à la première.
Ceux qui assistèrent à la séance ne surprirent aucun signe d'embarras chez le roi. Il n'eut pas besoin de composer son visage, cette dissimulation lui paraissait son droit même. Cependant, au moment où il était là sous les yeux de la nation, il ne pouvait avoir oublié la convention secrète de Mantoue ; déjà il combinait avec les puissances étrangères le manifeste de leur prochaine entrée en campagne.
Quant à la France, le plus urgent était de sortir, atout prix, de ce gouffre de dissimulation ; les Français couraient risque d'y être abîmés au moment où ils y songeraient le moins.
La vraie raison, la plus sage, la plus déterminante pour se. jeter dans la guerre, c'est qu'elle existait déjà. Elle existait depuis 1791 dans la volonté de Louis XVI. L'occasion seule avait manqué; ne valait-il pas mieux pour les Français s'en emparer les premiers, que de la laisser aux cours étrangères? Pouvait-on vivre un jour de plus avec cette pointe d'épée sur le cœur, quand Louis XVI en offrait tour à tour la poignée à Léopold, à François Ier, et bientôt au roi de Prusse ?
Dans une grande assemblée, on ne dit presque jamais la raison intime des choses, soit qu'elle échappe au plus grand nombre, soit qu'on n'ose pas la publier. La Législative parut se laisser entraîner par des motifs irréfléchis, l'orgueil blessé, le génie des armes. Dans le fond, elle avait raison plus qu'il ne semblait. Elle proclama ce qui était dans la réalité et dans le cri des choses.
Robespierre seul s'éleva contre la guerre; il fit, à ce sujet, Fun de ses meilleurs discours.. Il osa résister à l'entraînement général, et montra que l'issue de tant de gloire promise serait infailliblement la servitude. En cela, il fut prophète ; cette lueur seule prouverait qu'il y avait en lui bien autre chose qu'un démagogue. Mais il ne vit pas que cette sagesse venait trop tard, que la guerre ouverte valait mieux que la guerre d'embûches, et qu'enfin le champ de bataille était déjà ouvert.
C'était au glaive seul, désormais, à faire jaillir la lumière ; elle devait être surtout funeste à ceux qui la redoutaient le plus. Les actes souterrains de Louis XVI allaient en être éclairés subitement. Les Constitutionnels sentirent leur impuissance et disparurent. Une resta que les forts; la destinée se hâta pour les plus impatients de gloire ou de puissance.