‹ La Révolution; rev. et augmentée de la Critique de la RévolutionChapitre 81 sur 117 · QUE LES CHEFS DE LA RÉVOLUTION ÉTAIENT SURPRIS PAR LES ÉVÉNEMENTS · texte numérisé non relu

QUE LES CHEFS DE LA RÉVOLUTION ÉTAIENT SURPRIS PAR LES ÉVÉNEMENTS

Une chose étonne dans la Révolution française et contredit ce que l'on sait des autres : c'est de voir combien les grands changements y sont peu préparés. Les événements les plus importants, par exemple, la destruction de la monarchie, l'avènement de la république, éclatent sans avoir été annoncés dans les esprits.

Où en est la raison, si ce n'est que la grande audace dans les choses de la religion ayant manqué aux chefs de la Révolution, ils se sont trouvés embarrassés dans tout le reste ? Ils n'ont pas posé à l'origine de la Révolution un de ces grands principes qui enferment un monde de conséquences. S'ils eussent rompu avec le dogme du moyen âge, tout le monde eût été préparé à voir sortir de là d immenses changements dans l'ordre civil et politique.

Les chefs de la Révolution ont vu très-tard, très-lentement ce qu'ils voulaient; quand ils l'ont su, ils en ont fait longtemps encore un secret au peuple, tant ils avaient peur de le devancer et de l'étonner.

En juin 1792, le club des Jacobins est encore tout royaliste ; il veut chasser Billaud-Varennes, qui s'est hasardé à mettre en question la monarchie. Dans le même temps, Robespierre, un peu plus de trois mois avant la chute de la monarchie, demande sérieusement : Qu'est-ce que la république? Pendant tout ^l'intervalle de la Législative, quand retiré de la tribune il fait dans son journal l'éducation du peuple, c'est la constitution royale qu'il défend à outrance. Pas un mot qui puisse préparer le peuple au renversement qui va suivre.

Le 7 juillet 1792, c'est-à-dire deux mois et demi avant la proclamation de la république, les républicains font

dans la Législative le serment d'exécrer la république. Ainsi ou combattue ou reniée, elle éclate comme un orage. Elle n'apparaît pas avec la force d'une organisation profonde qui a ses racines dans l'esprit de ses auteurs ; nouvelle pour le peuple autant que pour les chefs de parti.

Ceci ne montre-t-il pas à nu combien ils étaient peu orientés dans l'ordre moral ; à quelle faible distance ils portaient leurs regards devant eux ; que, faute d'une idée fondamentale, la Révolution les éblouissait sans les éclairer? On ne voit pas dans cette Révolution un principe, fût-ce de négation, se dérouler et se réaliser d'avance dans les- esprits. Les hommes y sont perpétuellement surpris par les choses.

Liés encore au# dogme du moyen âge, ils ne prévoient pas où ils seront eux-mêmes emportés le lendemain ; ils ont peur de leur époque, et avec cette peur secrète, ils sont toujours en arrière de l'occasion. Force immense, indomptable, qu'aucun esprit ne domine, seule élévation et seule ruine qui n'ait point eu de prophète.

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