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CAMPAGNE DE BELGIQUE. — JEMMAPES

Dumouriez part le 20 octobre de Paris; la bataille de Jemmapes éclate le 6 novembre, comme une merveille. Des hauteurs formaient un boulevard naturel au-devant de Mons; les Autrichiens, sous le duc de Teschen, en occupaient les trois faces, dans les villages de Quareignon, de Jemmapes et de Cuesmes. Ils n'avaient, il est vrai, que

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vingt mille hommes à opposer aux trente mille de Dumouriez; mais l'avantage des lieux, le plateau élevé d'où il fallait les chasser, les redoutes étagées, à mi-côte, rétablissaient une sorte d'égalité. Les volontaires français oseraient-ils escalader ces hauteurs hérissées de canons? La panique du mois de mai, dans ces mêmes lieux, ne reparaîtrait-elle pas? Dumouriez parut hésiter; il entama une sorte de canonnade de Valmy. Les troupes elles-mêmes demandèrent à marcher au feu ; le général sembla céder ; il donna enfin l'ordre d'attaque à midi.

Avec des troupes si jeunes, si impressionnables, il n'était pas question de manœuvres. Chacun attaqua ce qu'il avait devant lui; aucune partie de l'armée ne porta secours à l'autre. Le centre, sous le duc de Chartres, emporte Jemmapes; la gauche, la droite chargent à leur tour. Les Autrichiens sont refoulés, et l'action n'a pas duré deux heures. L'effet du village de Jemmapes enlevé à la baïonnette fut incomparable. Ce n'était plus là, comme en Champagne,, une lutte d'artillerie. Les Français retrouvèrent, dans ce jour, leur arme naturelle, la baïonnette. Déjeunes soldats avaient osé ce que les plus anciens ne se rappelaient pas avoir fait. Ainsi, on ne resterait plus sur la défensive ; on allait prendre une offensive hardie, comme il convenait au génie de la France.

Tel fut le premier résultat de la journée de Jemmapes ; elle montra que les Français pouvaient encore gagner des batailles, ce que l'on avait presque oublié depuis Fontenoy. Les ennemis n'avaient point été entamés, mais ils avaient reculé ; cela suffit à notre première ambition de gloire.

Une immense perspective s'ouvrit. Jemmapes fut comme une promesse de victoires inconnues, la première porte triomphale dans ce chemin où les Français allaient s'élancer; voilà pourquoi son nom n'a été effacé par aucune autre victoire. On verra bientôt des conceptions plus vastes, des résultats plus grands, des mouvements plus savants. Mais cette première bataille restera dans la mémoire comme ces premières œuvres d'un artiste auxquelles manquent encore plusieurs des qualités que le temps développera plus tard, et qui sont rachetées par une inspi-

ration spontanée et populaire. Ce fut, en effet, la journée de l'enthousiasme. Au plus fort de la crise, la principale tactique du général en chef fut d'entonner la Marseillaise. Tous firent l'office de capitaine, jusqu'au valet de chambre de Dumouriez qui, un moment, remplaça son maître.

Le général français ne fit rien pour prévenir l'ennemi sur la Meuse, ou le refouler vers la mer. Ces sortes de combinaisons pour détruire une armée ennemie, qui sont aujourd'hui les lieux communs de l'art militaire, se présentaient à peine à l'esprit des meilleurs officiers. Personne ne "vit les fautes de Dumouriez qui, avec cent mille hommes contre quarante mille, laissa échapper les Autrichiens, comme il avait laissé échapper les Prussiens. C'était assez, pour un jour, d'avoir appris à vaincre; il fallait longtemps encore pour apprendre à user de la victoire. Jemmapes ne coûta aux Français que sept cents morts et treize cents blessés, les ennemis perdirent quatre mille hommes. Que sont ces chiffres en comparaison des hécatombes qui se préparent? Un mois après, les Français entrent dans Aix-la-Chapelle; ils y prennent leurs quartiers d'hiver; mais ils n'ont pu atteindre le Rhin. Ainsi finit la campagne de 1*792 en Belgique.

A voir l'enthousiasme d'indépendance dont chacun était enivré et l'indignation contre l'agression des rois, qui n'eût pensé que le respect de l'indépendance d' autrui était désormais un principe gravé au fond de tous les cœurs? Mais il ne devait point en être ainsi. Trop souvent, ce que nous appelons chez les autres invasion, fureur, barbarie, nous l'avons appelé, quand il s'est agi de nous, progrès, intervention, civilisation.

les armées de la révolution et les armées de l'empire.

Des déchirements de la France intérieure, les regards se portent, pour se reposer, sur les armées. C'est là, en effet, que se trouve la paix, jusqu'au milieu des batailles, je veux dire la concorde, une fraternité véritable, comme si les Français en rentrant dans le fond de leur nature guerrière, y retrouvaient la vraie force, compagne de la sérénité et de l'union des cœurs.

Depuis la fin de 1792, le tempérament des armées change; la République s'y réalise dans les mœurs. « Nous mîmes la cité dans les camps *. » Le mélange intime du civil et du militaire ne s'était pas revu depuis les Romains. Les émigrés crurent déshonorer les armées de la Révolution en les appelant les armées des avocats. C'étaient des avocats aussi que César et Caton.

La simplicité entra si bien dans les mœurs militaires, qu'à aucune époque du monde il ne se vit rien de semblable. Jamais le désir du bruit, du clinquant ne fut plus loin des hommes; les officiers ne se distinguaient pas des soldats, et l'obéissance fut entière. Quant aux généraux, ils tenaient à se confondre par le costume même avec le gros de la nation. On ne put décider Desaix, Moreau, à porter leur uniforme. Ils portaient cette même redingote grise, qui devait plus tard cacher le maître.

Comparons les armées de la Révolution à celles de l'Empire. Les principales différences entre elles consistent en ceci :

Les armées de la République ont grandi dans la défaite jamais plus redoutables que le lendemain d'un échec.

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