‹ La révolution russe (volume 2)Chapitre 3 sur 19 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Lorsque les maximalîstes ont fait leur coup d'Etat, ils ont promis à la Russie la paix. Estce lusn article de programme électoral que l'on oublie lorsqu'on a te pouvoir? Les bolcheviques ise satisferont-ils à parler de la paix, comme en a parole tout le socialisme rusise depuis mars dernier sans chercher à la réaliser?

Non, les bolche^viques ont d'autres façon® de faire. Ils aiment l'action; ils l'ont prouvé. Et comme ils n'ont aucun scrupule, qu'ils ne se j'Uigent liés par aucun des engagements solennels de la Russie ancienne; qu'ils considèrent les Alliés comme de funestes ennemis et qu'ils

ont prêché et pratiqué dès longtemps la fra-

temisation avec les Allemands, on ne voit pas, en effet, ce qui pourra les empêcher de con- * clure la paix.

Et voici la lettre, signée Trotski, qui est adressée aux représentants des puissances alliées en Russie. Celle d<e l'ambassade de Fraface a été remise hier à 4 heures de l'aprèsmidi. Elle était enfermée dans une enveloppe de propreté douteijise. Le texte est le suivant :

« Par cette lettre. Monsieur l'Ambassadeur, j'ai l'honneur de vous informer que le Congrès des Soviets de toute la Russie a oonstitué, le 26 octobre/8 novembre, un nouveau gouvernement de la République ruisse, le Conseil des commissaires du peuple. Le président de ce nouveau gouvernement est Vladimir Illiitch Lénine; la direction des Affaires étrangères m'est confiée, en qualité de commissaire aux Affaires étrangères. Attirant votre (attention sur le texte de la proposition d^armistice et de

VERS L'ARBftISTICE 19

paix démocratique sans annexion® et contributions, sur la base du droit de ichaque pextfple de décider de son sort, approuvé piar le Congrès des Soviets de toute la Russie, j'ai l'honneur de vous demander de voir, en ce document, une proposdtion immédiate d'armistice sur tous les fronts, et le commencement de pourparlers de paix immédiats, proposition que le gouivemement de la République russe, avec pleins pouvoirs, adresse à tou-s les peuples en guerre et à leurs gouvernements.

« Recevez l'assurance. Monsieur l'Ambassadeur, de la profoûde estime du gouvernement du Soviet pour le Peuple français, qui ne peut ne pas vouloir la paix, ainsi que tous les autreis peuples épuisés et accablés par cette tuerie sans exemple.

« Le commissaire national aux Affaires étrangères,

« L. Trotski. »

La Frauda et les Izvestia publient à la même heure l'ordre suivant au généralissime Doukhonine :

« Le Congrès des Soviets a confié le pouvoir aux icommissaires du peuple avec robligation de proposer à tous les peuples combattants et à leurs gouvernements un armistice immédiat sur tous les fronts et des pourparlers immédiats pour conclure une paix sur les bases démocratiques. Aujourd'hui, quand le pouvoir des Soviets s'est laffermi dans les centres principaux du pays, le Conseil des commissaires du peuple juge nécessaire de faire, sans délai, une proposition de paix à tous les pays combattants, alliés et ennemis. Une note dans ce sens est envoyée aux représentants des pays alliés à Petrograd. Vous, citoyen 'généralissime, on vouis dqnne la tâche de réaliser la décision du Congrès des Soviets et de vous adresser, au reçu de cette communication, aux commandants des forces ennemies, tpour proposer d'arrêter immédiatement les opérations militaires et de commencer les pourparlers de paix. En vous chargeant dVntamer ces pourparlers préliminaires, le Conseil des commissaires vous ordonne :

« l*» De faire savoir sans interruption au

VERS L*ARMISTIC£ 21

Conseil, par fil direct, la marche de vos pourparlers .avec les représenitaiitTs des armées ettinemies;

« 2*» Signer Tacte d'armistice seulement avec le co-nsentement du Coikseil des commissaires du peuple.

« Signé : le président du Conseil des . commissaires du peuple, V. Oulia- NOF (Lénine); commissaire des Affaires étrangères, L, Trotskï; commissaire des Affaires de guerre, Krylenko.

« Contresigné : secrétaire Gorbounof. »

Et cela n'est pas tout. Trotski juge qu'il n'en a pas fait assez ; il déclare qu'il est en possession des traités secrets de la Russie avec ses alliés et qu'il en commence la publication le lendemain, dans les luzestia et la Pravda.

« Ces traités, dit-^il au C. C. E., sont encore bien pluis cyniques qvte nous ne pouvions le supposer. »

Voilà une journée qui marquera dains l'histoire.

Ainsi Trotski, par la publication des traités secrets, fait une quasi-déclaration de guerre aux pays qui combattent aux côtés de la Russie et ont été entraînés dans la lutte par elle seule, et, déchirant rengagement solennel pris par la Russie le 5 septembre 1914, à Londres, de ne faire une paix séparée, ni de conclure un larmistice sants rassentiment des puissances alliées, ordonne d'engager des pourparlers de paix avec les chefs des forces militaires ennemies sur le front.

Il y a à peine deux semaines que les bolcheviques ont, par les armes, renversé le gouvernement légal de la Russie. Aujourd'hui, ilî> réalisent leur programme. Pour cela, ils n'hé^ sitent pas à faire litière des traités q^ lient la Russie et à rwnpre avec les alliés.

Par un comble de grossièreté envers ceux-ci, ils publient les traités secrets sans les avoir prévenus. Ils les mettent, une' fois de plus, en présence d'un fait accompli. C'est la tactique ordinaire des bolcheviques.

Leur organe, Ouvrier et Soldat, dans l'après-midi, publie le récit suivant de l'entre-

tien, par fil direct, avec la Stafka, qui a suivi de quelques heures l'envoi de la note au généralissime Doukhonine, rapportée ci-dessus :

« De 2 à 4 h. du matin, le •commissaire des affaires militaires, *asipirant Krylenko, a eu avec la Stafka la conversation suivante par fil direct :

« Krylenko. — C'est le généralîsfsime qui est à l'appareil? Veuillez avoir l'obligeance de demander le faisant fonctions de généralissime. Si le général Doukhonine ne remplît plus ses fonctions, demandez à rappareil la personne qui le remplace. Autant qu'il nous est connu, le général Doukhonine n'a pas encore abandonné ses fonctions.

« Stafka. — L'appareil n'a plus fonctionné et la ligne a été ensuite occupée par les services du général quartier-maître.

« Krylenko. — Si vous pouvez communiquer, dites si vouis avez reçu le radiotéléigramme qui vous a été lancé par le Conseil des commissaires du peuple, à 16 heures, et ce que vous avez fait pour mettre à exécution l'ordre reçu.

24 LA RÉVOLUTION RUSSE t

« Stafka. — 11 a été reçu un télégramme d'une importance d*Etat, sans numiéro et sans date. Aussi le général Doukhonîne a-t-il demandé lau général Manikovski, à Petrograd, des garanties nécessaires sur l'authenticité du télégramme.

« Krylenko. — Que vous a répondxi Manikovski? A quelle heure avez- vous envoyé cette demande et par quel moyen? Par radio, par téléphone ou par télégraphe?

« Stafka. — La réponse n'est pas encore parvenue et, il y a une heure, il a été demandé de l'activer.

« Krylenko. — Je vouis prie d'indiquer exactement à quelle heure et par quel moyen vous avez envoyé votre première demande et répondez plus vite.

« Stafka. — Le télégramme à Manikovski a été envoyé à 19 h. 50 par télégraphe et par radio.

« Krylenko. — Pourquoi ne Tavez-vous pas envoyé en même temps à moi, commi-ssaire aux affaires militaires, étant donné que; le généralissime «avait, par des conversations

avec moi, que le général Manikovski n'a pour obligation que d'assurer là continuité des travaux techniques, du ravitaillement en munitions et de ralimentation, alors que la direction politique du ministère de la Guerre n'est confiée qu'à moi et que j'en suis seul responsable?

« Stafka. — Je ne puis rien réipondre à ce sujet.

« Krylenko. — Nous déclarons catégoriquement que nouis rendrons le général D... responsable de tout retard apporté ^ans une quesition d'Etat aussi importante, et nous exigeons impérativement : 1** l'envoi immédiat de parlementaires; 2*» que le général Devienne lui-même à l'appareil demain matin à 11 heures précises. Si le retard apporté entraîne la famine, la débâcle, la défaite ou des insurrections anarchistes, toute la faute vous en sera imputée et les soldats en seront informés.

(( Stafka. — J'en rendrai compte au géné^ rai D...

« Krylenko. — Quand?

« Stafka. — De suite,

« Krylenko. — Alors nous attendons D—

<( Stafka. — Je vais le réveiller... C'est le faisant fonctions de génépalissime, général EVoukhonine, qui parle.

« Krylenko. — Ici, les 'commissaires du peuple. Nous attendons votre réponse, après nous être convaincii'S par le ruban téléjgraphiqqe qui vient de m'être présenté d'une conversation du général quartier-miaitre avec vous,' que ce télégramme m'a été envoyé par vous avant d'avoir pris une décision au sujet du télégramme signé par les commissaires du peuple : Lénine, Trotski et Krylenko.

« DouKHONiNE, — Les renseignements suivants me sont absoluiment indispensables :

« l'* Le Conseil des commissaires a-t-il reçu une réponse quelconque au décret de paix qu'il a adressé aux puissances belligérantes?

« 2* Qu'a-t-on décidé au sujet de l'iarmée roumaine qui fait partie de notre front?

« 3** A-t-on l'intention d'entamer des négociations pour un armistice séparé et avec qui? Seulement avec les Allemands ou avec les

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Turcs? Qu bien négocierez- vous ira larmistice général ?

« Krylenko. — Le télégramme qui vous a été adressé est «clair et précis. Il y est parlé de commencement de pourparlers avec tous les belligérants et nous ne vous reconnaissons nullement le droit de retarder la solution d'une question gouverneînentale par des questions préalables quelles qu'elles soient. Nous insistons sur renvoi immédiat de parlementaire et exigeons qu'il nous «loit rendu compte heure par heure de la marche des pourparlers. « DouKHONiNE. — Mes questions sont d'ordre purement technique et il est impossible d'entamer des pourparlers sans qu'elles falent été décidées.

/"(( Krylenko. — Vous ne voulez pas comprendre que, lors des pourparlers, seront soib-

levées de nombreuses questions techniques ou plutôt de détail et qu'au fur et à mesure que ces questions seront soulevées bu posées par l'ennemi, nous y répondrons. C'est pourquoi nous exigeons sous forme d'ultimatum qu'il soit procédé immédiatement et sans détours

aux pourparlers formels d'armistice entre belligérants. Veuillez répondre directement et précisément aux questions qui vous sont posées.

« DouKHONiNE. — Je puis comprendre seulement que des pourparlers directs avec l'ennemi sont impossibles pour vous, et d'autant moins possibles pour moi, en votre nom. C*€st seulement un gouvernement soutenu par l'armée et le pays qui aura assez de poids pour donner à ces pourparlers Tautorité nécessaire pour obtenir Un résultat. J'estime également que la conclusion rapide de la paix est dans l'intérêt de la Russie.

# Krylenko. — Ref usez-vou« catégoriquement de d'onner une réponse précise d'exécuter les ordres qui vous ont été donnés?

« DouKHONiNE. — J'ai donné une réponse exacte sur les causes qui me mettent dans l'impossibilité d'exécuter votre télégraiçme. Je le répète encore une fois. La paix nécessaire à la Russie ne peut être obtenue que par un igouvemement central. »

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Il fut ensuite envoyé au général Etoukhonine la communication suivante :

« Au nom du gouvernement de la République russe et sur mandat du Conseil des commissaires du peuple, nouMS vous retirons votre commandement pour insoumission aux ordres du gouvernement et pour votre conduite, qui entraînera des malheurs inconnus jusqu'à présent aux masses laborieuises de tous les pays et particulièrement anx armées.

« Nous vous ordonnons, sons peine d'être jugé selon les lois du temps de guerre, de continuer à diriger les affaires jusqu'à l'arrivée à la Stafka d'uin nouveau généralissime ou d'une personne autorisée à prendre votre succession.

« L'aspirant Krylenko est nommé généralissime.

a. Signé : Lénine, Trotski, Krylenko. »

Ce Krylenko {généralissime! Il a traversé l'Allemagne avec Leniné. Il est connu comme propaganidiste bolchevique. Sur le front sudouest, il a été arrêté par Savinkof au moment

de la débâcle de Tamopol. Kerenski» oui, Kerenski, Ta relâché en octobre. Aujourd'hui, il est généralissime de l'année russe. Il succède au grand-duc Nicolas Nicolaievitch, à Alexeief, à Kornilof! Ceux-ci, il est vrai, étaient à la tête des armées pour mener la guerre. Pour faire la paix, un Krylenko suffit.

Voici rincroyable aippel que Lénine et lui envoient sur le front, ce même jour :

« A tous les comités de régiment, division, oorp-s d'armée et auitres, à tous les ^soldats de l'armée et de la flotte :

« Le 7/20 novembre dans la nuit, le Conseil des commissaires du peuple a envoyé un radio au généralissime Doukhonine, lui prescrivant de proposer immédiatement et formellement un armistice à tous les pays belligérants, alliés et ennemis.

« Ce radio a été reçu par la Stafka le 8/21 à 5 h. 5 du matin. Il avait été prescrit à Doukhonine de tenir saos interruption le Conseil des commissaires au courant des pourparlers et de signer l'acte d'armistice seulement après

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sa confirmation par le Con-seil des commissaires. En même temps cette proposition de conclure un armistice avait été formellement transmise à tous les représentants autorisés des pays alliés à Petrograd.

« N'ayant pas reçu de réponse de Doukhonine jusqu'au soir du 8/21 novembre, le Conseil des commissaires a chargé Lénine, Staline et Krylenko de demander à Doukhonine, par

fil direct, les causes de son retard.

« Les poujrparlers eurent lieu de 2 heures à 4 heures du matin, le 9/22 novembre. Doukhonine fit maintes tentatives pour éviter d'expliquer sa conduite et de donner une réponse précise aux prescriptions du gouvernement, mais quand il lui fut prescrit catégoriquement d'engager immédiatement des pourparlers d'armistice, il répondit en ref uisant de se souraiettre. Alors, an nom du gouvernement de la République russe et sur mandat du Conseil des. commissaires du peuple, il fut déclaré à Doukhonine qu'il était suspendu de ses fonctions pouiT insoumission anx prescriptions du gouvernement et pour une conduite causant des

malheurs très grands aux masses ouvrières de tous les pays et en particulier aux armées. En même temps, il fut ordonné à Doukhonine de continuer à gérer les affaires en attendant l'arrivée d'un nouveau commandant en «chef ou d'une personne chargée par lui de recevoir les afîaires des mains de Doukhonine, L'aspirant Krylenko est nommé généralissime.

« Soldats 1 la cause de la paix est entre vos mains! Vous ne permettrez pas aux généraux contre-révolutiomiaiTes de faire échouer la grande cause de la paix; vous les entourerez d'une garde pour éviter des lynchages indiignes d'une armée révolutionnaire et pour empêcher ces généraux d'échapper au tribunial qui les attend. Vous maintiendrez un ordre sévère, révolutionnaire et militaire.

' « Que les régiments sur le front élisent immédiatement des fondés de pouvoir pour entamer des pourparlers d'armistice avec l'ennemi. Ce droit vous est donné par le Conseil des commissaires du peuple. Informez-vous par tous les moyens de la marche de vos pour-

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pariers. Le Conseil des commissaires a seul le droit de signer le traité définitif d'armistice.

« Soldats!- la (cause de la gpaix est entre vos mains. De la vigilance, de la retenue, de rénergiè, et la cause de la paix vaincra ! »

Que restera-t-il de Tarmée russe après la réception de ce radio télégramme? Aux premiers jours de la révolution, les socialistes avaient déjà lancé le funeste Prikase if 1. Ils parachèvent leur œu/vre. Comme puissance destructive, le soidalîste russe a montré des qualités incomparables. Rien ne lui résiste.

Que Tarmée fasse on non la paix immédiate qu'on lui ordonne, la Russie, aujourd'hui, se rend à merci à l'Allemagne.

On voit dans cet appel la marque personnelle de Lénine. Les menaces directes aux officiers, l'ordre aiuix soldats de s'emparer de leurs chefs, remploi de la force, le mot de « lynchage » qui est écrit, bien qu'on l'interdise, voilà du) puiT Lénine.

îO/25 NOVEMBRE.

Le» ambassadeurs et ministres allié» se réunissent pour examiner l'incroyable situation dans laquelle la lettre de Trotski, Tordre au igéniéral( DoukhoniDae et |le radiotélégramme aux armées du front les placent.

Ils décident de n'entrer en aucun rapport avec le Conseil d'es commissaires du) peuple. Sans doute, ce dernier a, par deux fois, provoqué une rupture entre les Alliés* et la Russie &a publiant sponte^ua, la correspondanfce secrète entre les puissances alliées; en donnant Tordre de faire un armistice immédiat sur le front et d'engager des pourparlers de paix avec les commandants des armées ennemies. Mais remettre une note de rupture, c'est reconnaître ce gouvernement des commissaires du peuple. Le peuple russe lui-même le reconnaît-il? Le gouvernement est maître de fait à Petrograd et à Moscou. Mais à Petrograd pas un ministère ne peut fonctionaier, car tous les employés, sans exception, font grève. En outre, le» Soviets ont pris le pouvoir par un tacte de force. Les Soviets, loin de représenter

TERS l'armistice 35

toute la classe auvrière-et les soldats de Russte, n« stmit élus que par une infime minorité (100 Soviets sur 900 ont pris part au Congrès général des Soviets et dans chacun de ces Soviete UU) dixième des membres k peine, et la classe paysiaime n*y fijgure pas) . Enfin, la Constituante doit être élue à partir dfn 12/25 novembre. Seul wn pouvoir issu d'elle aura* force légale.

Les ambassadeurs attendent. Ils ne donneront aucune réponse.

Leur position est diffi'cile. Ils vivent en Rus-

sie en- ignorant le pouvoir de fait qui gouverne dans la capitale où ils résident. S*il s^agissait de qmelques jours; soit. Mais Tafifaire va traîner; la paix ne sera* pas conclue demain; les pourparlers, si pressés que soient Lénine et Trotski, (dureront des semaines; la Constituante ne -se réunira qu'en janvier. Et, d'ici là, mille indd'ents se produiront; il y aura des visas à obtenir, des permis à demander. Nous envoyons de» courriers diiplomatiques. Pourront-dls pa»sser sans l'assentiment des commissaires «du peuple? Ceuix-ici ne diront-ils pas

aussi que les télégrammes chiffrés ne seront acceptés au télégraphe que par permission du gouvernement? Un sujet français ou anglais peut être larrêté. Le laissera- t-on en prison? Ne pas reconnaître le gouvernement de fait, c'est ausi renoncer au droit de protester contre tout acte international qu*il lui plaira de prendre en violation des traités. Alors nous nous exposons à millet avanies et grossièretés sans ouvrir la bouche. Et nous nous refusons à exercer toute inihiemce sur le développement de la funeste politique des maximalistes. Ils vont traiter , avec les Allemands. Nous ne

dirons rien. Ils feront la paix. Et nous ferons les morts.

Et tout de même, nous* ne pouvons reconnaître le gouvernement des commissaires du peuple, qui ne doit son pouvoir qu'à la force et qui, à peine constitué, nous trahit et conclut un armistice avec les Empires centraux.

Si nous pouvions nous servir des bolcheviques contre les Allemands, nous oublierions la trahison pour essayer de le» utiliser dans la partie que nous jouons. Mai» que sont Lénine

et Trot»ki? Ils ne songent qu'à conclure la paix, n'importe quelle paix, le plus vile possible. (( Ces impérialistes tfalliés », comme ils disent, n'auront aucune action sur eux. C'est révidenjce même. Non, il ne peut être question de les reconnaître et de nous aKéner toute la Russie libérale et intelligente traquée par les maximaMstes.

Rompre 'définitivement, quitter le pays, y abandonner nos amis au moment où ils implorent notre secours, laisser sans défense et sans ipr^otection, si faibles qu'ils soient, les intérêts immenses que nous avons ici, est également impossible.

Alors, il ne nous reste qu'à attendre... peutêtre notre expmJsion?

mu NOVEMBRE,

Au Comité central exécutif, grande séance hier, où Lénine parle.

Sa mauvaise foi est évidente. Malgré les documents publiés hier, et que je donne cidessus, il n'hésite pas à dire :

« La presse bourgeoise nous reproche de proi>oser un armistiice séparé. Cest un pur mensonge. Nous désirons conclure un armisticei iaivec toiDs les pays belligérants sans exception... Notre parti n'a jamais dit que nous dotunerons une paix immédiate. Nou® avons dit que nous proposerons immédiatement la paix et que nous publierons les traités secrets. C*est ce que nous avons fait. Et maintenant, la lutte révolutionnaire pour la paix commence.

Notre victoire est assurée. LWmisitiice sera réalisé par la voie révolutionnaire. »

Même au sein du parti bolchevique, Trotski et Lénine trouvent une opposition.

Le camarade Tchoudnovski déclare « qu'ils sont cofupables d'un manque de tact ©olossal et onit agi avec une légèreté incroyable. Le fait de s'adresser à des soldats pour les engager S conclure un armistice eux-mêmes constitue une faute énorme. Il est parfaitement possible qu'un de nos régiments commence des pourparlers avec l'ennemi, tandis qu'un aiutre échange des coups de feu avec les Allemands.

Nous avons toujours déclaré que nous étions

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contire une paix honteuse... » TchoudUovski termine en demandamt à Lénine s'il est exact que le colonel Mouipavief ait déclaré que « la guerre est terminée ».

Kamenef exige une déclaration où il serait indiqué : a) que rarmistice doit être le fait du gouvernement et b) que Tarmistice ne sera •pas exploité par les Allemands pour transporter des troispes du front russe sur d'autres fronts. Naïveté!

Un socialiste révolutionnaire d'extrême gaiuiche dit qu'il faut créer une situation telle que des erreurs semblables puissent être prévenues. Il ne faut pas qu'à l'avenir le gouverment prenne des décisions pareilles sans le consentement du C. 'C. E.

Lénine conclut, avec quelle hauteur, quel mépris pour le Comité exécutif :

« Nous avons toujours dît que la paix et l'armistice ne peuvent être sigpés que par le Conseil des commissaires du peuple. (Cris sur les bancs des S. R. de gauche : « Par le C. C. E. ))) Par le Conseil des oommisaîres du peuple, répète Lénine, et non par le C. C E.

tt nouis ravons indiqué à Doiikhonine.

Quand nous la^ons commencé nos pourparlers avec Doukhonine, nous savions que nous avions affaire à un ennemi et par iconséquent, nous ne (pouvions remettre les mesures indispensables pour vaincre cet ennemi. A»uis&î nous avons dû prendre la décision de destituer Doukhonine au téléphone même. Cela ne diminue pas les prérogatives du C. C. E., parce qu'il n'était pas possible de le réunir au téléphone. Nous avions le droit, en itant que gouvernenaent, de renvoyer Ooukhonine; sans ce droit nous ne serions pas un gouivernement.

« Mais il ne suffisait pas de destituer Doukhonine. Il fallait prendre des mesures plus décisives et c'est pourquoi nous nous sommes immédiatement tadressés aux soldats. Mais nous avons donné aux soldats seulement le droit d'engager des pourparlers relatifs à l'armistice et non le droit de conclure l'armistice. Nous sommes convaincus que les régiments qui mèneront les pourparlers prendront tou^ tes les précautions techniques.

« J'estime que chaque régiment est suffi-

smnment organisé ipour conserver 1 'ordre révolutionnaire. Mais, si au moment de là fraternisation et des pourparlers de paix, une attaque traîtresse^ se produisait» les soldats saturaient fusiller les traîtres. Par notre appel aux soldats, nous n'avons pas affaibli le front, au contraire, nous n*avons fait que fortifier le sentiment de la discipline librement consentie et qu'augmenter la force de résibrance.

« Combattre Doukhonine au moyen d'une simple destitution n'a»u<rait pas été sage. Il fallait s'adresser directement aux soldats, parce que la paix doit être conclue non pas d'en haut^ mais d'en bas, grâce à l'activité des soldats eux-mêmes. Nou« avons ^adressé un appel à fraterniser par régiment et non par armée.

Nous nous sommes basés, en l'espèce, sur l'expérience militaire de Krylenko, qui nous a indiqué qu'iume telle fraternisation était parfaitement possible. »

Lénine se prononce également contre la proposition de Kamenef, relative aux garanties qui pourraient assurer que les Allemands

n'exploiteront pas rarmistice pour se livrer à des opérations actives sur d'autres fronts :

« Nous avons un moyen bien plus fort et bien plus efficace pour empêcher les impérialistes allemands, français et autres^ de profiter de Farmistice pour atteintire leurs buts. Mais nous ne pouvons pas indiquer ce moyen msaintenant, pour ne pas le faire connaître aux impérialistes. »

Répondant à la question de Tchoudnovski, Lénine dit que Mouravief n'avait pas le droit de faire la déclaration dont parlent les journaux et qu'ume enquête sera faite à ce sujet.

Je ne puis m^empêcher de souligner en passant « l'expérience militaire de Krylenko ».

Quant aux moyens secrets de Lénine pour paralyser les impérialistes, ils sont connus : déclarer que la Russie ne reconnaît pas les dettes nationales de rancien régime et déchaîner une révolution maximaliste dans les pays combattants.

— Voire, dît Panurge.

mm NOVEMBRE.

Nos lattachés miU'tiaires à la Stafka ont remis le 10/2S novembre, au commandant en chef, une note de protestation que les journaux ne publient que ce matin. La voici :

A S. E. M. le générât Doukhonine, gêné* ralissime des armées russes, Moghi-

/ leu, 10/23 nou. 1917.

« Excellence, les soussignés, chefs des missions accréditées près le G. Q. G. russe, agissant en vertu d'instructions précises de leurs gouvernements par l'intermédiaire de leurs représentants officiels à Petrograd, ont Thonneuor d'adresser au commandement suprême russe leur protestation la pilus éneiiglque contre toutes les violations du traité conclu le 25 août/5 septembre 1914 entre les puissances de rEntente, par lequel les alliés, et parmi eux la Russie, se sont engagés solennellement à ne pas conclure de paix séparée, ni à suspendre Tun sans Taurtre les opérations militaires. Les soussignés, chefs des missions militaires, considèrent également de leur devoir de porter à la connaissance de Votre Excellence que toute

violation du traité, commise par la Russie, entraînera les/ plus lourdes conséquences. Les soussignés, chefs des missions militaires, prient Votre Excellence de vouloir bien accuser réception par écrit de la présente conununication et d'agréer l'assurance de leur haute considération.

Signé : Barter, lieutenant-général, chef de la . mission militaire britannique; Coanda, chef de la mission militaire roumcdne; Takanak. chef de la mission militaire japonaise; Lavergne, général de brigade, chef de la mission militaire française ; Loutzkievitch, colonel, chef de la mission militaire serf)e. »

Trotski est entré dans une grande fureur à la lecture de cette note. Il adresse un appel enragé à l'armée. Jamais ministre des Affaires étrangères n'a parlé sur ce ton de ses alliés. Je donne cet étrange document qud fera comprendre les jours que nous vivons, <|ui fera

sentir ratmospfhère lourde et tragique dans laquelle nous étoufifons :

« Aux comîtés de régiment, de division, de corps d'armée et d'armée aux Soviets des D.

O. S. et des D. P., à tous, tous et tous !

« Uex-généralissime envoie aux armées une note des représentants des puissances alliées près la Statka. Les chefs de toutes les missions militaires alliées, sauf l'américaine, formulent dans leur note une protestation contre toute violation aux conditions du traité conclu! par le jgouvernement tsariste avec les alliés le 25 août 1914. Les représentants des gouvernements alliés protestent contre un armistice séparé de la Russie avec l'Allemagne. Mais en même*temps, ils ne fournissent aucune réponse à la proposition d'armistice sut tous les front», qui leur a été adressée par le Conseil des commissaires du peuple. En conclusion les représentants alliés font la menace quie toute violation du traité commise par la Russie, entraînera les plus lourdes conséquences.

(( Relativement à ce télégramme au général Doukhonine, j'estime nécess'aire de faire

devant l'armée et le pays la déclaration suivante :

« La note diplomatique des représentants alliés au général Doukhonine, destitué pour avoir refusé d'exécuter un ordre du gouvernement, semble dans, la forme une ingérence inadmissible dans la vie intérieure du pays, dans le but de provoquer la guerre civile. Au fond, 'Cette note diplomatique, si elle n'est pas apocryphe, mais authentique, équivaudrait à urne tentative des représentants alliés de contraindre, par menace, Tarmée russe et le peuple russe à continuer la guerre en exécution de traités conclus par le tsar et confirmés par les igouverneœents de Milioukof , de Kerenski et de Teorechtchenko.

« Dès le premier jour de son existence, le Conseil des commissaires di^ peuple a déclaré ouvertement qu'il estime que le peuple russe n'est pas lié par d'anciens traités conclus aux dépens du peuple au profit des classes bourgeoises de Russie et des pays alliés. La tentative d'agir par la lettre-morte des traités secrets sur la volonté révolutionnaire du gouver-

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nement desi Soviets est vouée d'avance à un échec.

« En faisant ressortir les menaces contenues dans la note et qui ne peuvent pas nous faire dévier de la voie de la lutte pour une paix démocratique honnête, nous déclarons que le gouvernement républicain propose un armistice non pas séparé, mais général, et il sent qu'il est dans cette proposition l'expression des véritables intérêts et des aspirations des masses populaires non seulement de Russie, mais en ^général de tous-pays belligérants. « Soldats! Ouvriers! Paysans! Votre gouvernement des Soviets n'admettra pas que sous les bâtons de la bourgeoisie étrangère, l'on vous mène de nouveau à l'abattoir. Ne craignez, pas les menaces. Les peuples d'Europe, exténués par la souffrance, sont avec nous. Ils veulent tous la paix immédiate. Notre proposition d'armistice retentira comme une cloche de salut. Les peuples d'Europe ne permettront pas aux gouvernements bourgeois de s'abattre sur le peuple russe coupable uniquement de vouloir la paix et la fra-

temité des peuples. Et que tous sachent que les soldats, les paysans et les ouvriers de Ru^ sie n'ont pas renversé le tsar et le gouvernement de Kerenski pour rester la chair à canon d^s impérialistes alliés.

« Soldats! continuez à lutter pour im armistice immédiat Elisez vos délégués pour les pourparlers. Notre généralissime, l'aspirant Krylenko, part aujourd'hui pour le front afin de prendre en mains la cause de la lutte pour l'armistice.

« A bas les anciens traités secrets et les intrigues diplomatiques!

« Vive la lutte honnête et ouverte poux la paix universelle !

« Au nom du Conseil des commissaires du

peuple, le commissaire aux Affaires étrangères.

Trotskl »

« 11/24 novembre, 6 heures du matin.

Smolny. » f

Nous attendons, immobiles. Nous ne protestons plus. Nous ne répondons pa». Et Kry-

lenko, généralissime, part pour Tannée du ^Nord, à Pgkow, où il va travailler à sa façon.

Je laisse la place aux documents. Le temps n'est pas aux commentaires. A peine avonsnous le loisir d'enregistrer les communications officielles qui arrivent dhaque jour, pressantes, impérieuses, accélérant le rythme de la course vertigineuse qui emporte la Russie vers son destin.

•Aujourd'liui le gouvernement français intervient directement dans la tragédie et nous lisons le télégramme suivant du général Tcherbatchef, commandant le front roumain au généralissime Doukhonine :

« Le chef de la mission française, général Berthelot, m'a remis la suivante déclaration écrite :

« Général, j'ai l'honneur de porter à votre connaissance un télégramme reçu par moi du président du Conseil des iministres et ministrie de la Guerre :

« Dans le communiqué du G. Q. G. russe du

21 novembre (n. s.), il n'est pas parié de la situation sur le front. Au lieu de cela, on communique lum prikasfi du Conseil des commissaires du peuple, proposant au commandant suprême de commencer avec les autorités militaires ennemies des pourparlers pour faire cesser immédiatement les hostilités et enta- ' mer des pourparlers de paix.

« Je vous prie de déclarer au haut commandement ruisse près duquel vous» vous trouvez que la France ne reconnaît pas le pouvoir du Conseil des commissaires du peuple et, convaincue du patriotisme du haut commandement, elle compte que ce dernier rejettera énergiquement tous pourparlers criminels et maintiendra Tarmée russe sur le front, face à face avec l'ennemi commun.

« De plus, la France se considérant liée avec la Russie par les accords militaires antérieurs a déjà déclaré et déclare encore d'une façon précise qu'elle ne reconnaîtra en Russie aucun pouvoir capable d'entrer en accord avec l'ennemi.

(( Veuillez agréer, général, l'asâPurance de

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ma hau'te considération et de mon dévouement.

Berthelot. »

« JaiSsy, 12 novembre 1917, n** 01.445.

Signé : Tcherbatchef.

« Pour copie conforme :

« général-major Odintzof. »

Nous prenons parti. La manière iénergique semble devoir remporter. Nos jours de Petrograld sont comptés, à moins que Trotski et Lénine ne veuillent pas nous laisser partir. Ils voudront peut-être nous garder comme otages.

Le droit des gens est leur dernier souci. Ils ont la force. Ils n'en feront qu'à lèuir iguise.

Trotski a mauvais caractère. Il est aigri ; au comble de la puissance, juché là ce «sommet dont il n'avait îamais rêvé aux jours des discussions exaltées dans les estaminets de Genève, il voit en face de lui quelques gen^ de la classe haïe des impérialistes et des bourgeois qui refusent sans phrases ide le reconnaître. Ils se taisent. Il écrit aux ambassadeurs; les ambassadeurs ne lui répondent pas*. Trotski

52 LA RÉVOLUTION liUSSE

esft en colère. Ce tribim sans éducation n'essaie pas de cacher sa fureur. Il écrit à ce grand gentleman, sir George Buchanan, qui représente avec honneur rAngleterre, pays allié de la Russie :

« Monsieur rambassadeur,

« Au nombre des étrangers internés en Angleterre, se trouvent /deux icitoyens russes : Georges Tehitcherine et Petrof. Tous deux sont connus en Russie comme étant des hommes irréprochables et dont toute l'activité est au-dessus du soupçon.

« Tehitcherine et Petrof ont apparemment soulevé contre eux l'attention Ides autorités anglaises par la part qu'ils ont prise à la politique intérieure de l'Angleterre et par leur ardeur à défendre les principes du socialisme internationaliste, à l'exemple de Mac-Leen, de Karl Liebknecht en Allemagne, de Frédéric Adler en Autriche et du parti des bolcheviques en Russie.

« Si les autorités anglaises considèrent ce genre d'activité comme intolérable sur le ter-

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ritoire du Royaurae-Unî, il me reste à les prier, ^u liom idu gouvernement de la République, d'expulser Immédiatement les susnommés, ainsi que de leur donner le moyen de gagner la Russie, où ils pourront travailler honorable-' ment et utilepient à la cause du peuple. Pour donner plus de poids ià cette requête, je me permets, monsieur l'ambassadeur, d'attirer votre attention sur le fait qu'un grand nombre d'Anglais demeurant dans les limites de la République russe, ne cachent pas leurs opinions contre-révolutionnaires et entrent ouvertement en relations avec les contre-révolutionnaires des classes bourgeoises de Russie.

« L'opinion publique de là démocratie révolutionnaire ne peut pas admettre que de fervents défenseurs de la révolution languissent dans des camps de concentration en Angleterre, pendant que des citoyens contre-révolutionnaires anglais ne sont l'objet d'aucune tracasserie sur le territoire de la révolution russe.

« Permettez-moi, monsieur l'ambassadeur, d'exprimer la certitude que ma demande ren-

contrera rapprobation entière des niasses travailleuses de votre peuple épris de liberté.

« Commissaire aux Affaires étrangères.

Trotski. »

Cette lettre n*est pas faite pour rendre plus facile rétablissement de rapports d'affaires entre l'ambassade Id'Angleterre et le gouivernement des commissaires du peuple.

Le chargé d'affaires d'Espagne, dont il faut citer le nom, Garrido Cisneros, écrit à Trotski, seul de tout le corps diplomatique accrédité à Petroigrad, la lettre suivante :

« A monsieur le Commissaire du peuple pour les affaires étrangères :

« J'ai eu l'honneur d,e recevoir la note numéro 83 du 10/23 novembre, par laquelle vous portez à ma connaissance la proposition des commissaires Idn peupler aux représentants des puissances alliées de conclure un armistice immédiat et de commencer les pourparlers de paix.

« Tout en vous confirmant la réception de cette note, je m'empresse, monsieur le Com-

VERS l'àrmiatice 55

inisçaire, de vous annoncer que, conformément à votre juste désir, je ne manquerai pas de transmettre par télégraphe, aujourd'hui même, à mon gouvernement, le contenu de la note susmentionnée, afin qu'ail la porte à la connaissance du peupde espagnol et qu'il fasse de son côté tous les efforts nécessaires afin de faciliter la conclusion de la paix à laquelle aspire toute l'humanité.

« Je profite de cette occasion, monsieur le Commissaire, pour vous exprimer Fassurance de mon profond respect.

« L'ambassadeur d'Espagne :

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