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nétrer à la Stafka accompagné d'une escorte armée. '
« Une tentative de ce genre amènerait la guerre civile dans la région de la Stafka et troublerait son travail normal, ce qui occasionnerait un tort incalculable pour l'armée et la Stafka.
« En raison dé cela, le Comité général de l'armée, de même qu'e le Soviet de Moèhïlev.
et le Conseil des paysans du gouvernement vous deonanldent avec insistance de vous abstenir de venir à la Stafka ou d'y venir tout à fait seul; quant à votre «écurité, elle vous est garantie par le Comité général des armées.
/« Tout cela s'adresse à toute personne qui sera envoyée à la Stafka par les commissaires du peuple. »
Krylenko, de Dvinsk, envoie le Prikaze n"^ 2 à l'armée et là la flotte. Le voici :
« Les parlementaires envoyés par moi ont franchi les tranchées allemandes dans la région de la 5* armée. L'ennemi promit sa
réponse pour le 14 novembre, à 20 heures.
Camarades, la paix est proche, elle est en vos mains. Soyez fermes pendant -ces derniers jours, concentrez toutes vos forces et, malgré les privations et la faim, tenez le front De votre résistance révolutionnaire dépend le succès. Traitez avec mépris les appels mensongers et hypocrites Ide la bande: du général Doukhonine, concentrée à la Stafka, et de ses acolytes, bourgeois et faux socialistes, qui depuis huit imois mystifient le peuple russe d'assurances mensongères au sujet id'une paix rapide et causent au pays des malheurs innombrables, menant Tarmée à là faim et à Tépuisement par leurs tentatives criminelles de s'opposer au pouvoir du gouvernement des commissaires du peuple, établi par le Congrès panrusse des Soviets.
« En même temps, pour ne pa« avoir exécuté l'ordre de se présenter à moi, le commandant du front nord, général Tcheremissef, est démis de ses fonctions. Je lui ai ordonné de garder la direction générale de& opérations jusqu'à son remplacement, sou« le contrôle du
commissaire du) front nord, le cam^ade Pozern. J'ai domié ordre d'arrêter le commissaire de l'ancien gouvernement. Choubine, vu son refus d'abandonner ses fonctions. Pour avoir refusé de se présenter à moi, est également démis de ses fonctions l-e commandant de la 5* armée, général Boldyref . J'ai chargé le général Antipof, commandant du 19* corps, de prendre provisoirement le commandement de la 5* armée. Le général Boldytef sera arrêté et traduit devant un tribunal pour avoir refiisé d'exécuter un ordre miUtaire.
« Le commandant du» 27* corps est également démis de ses fonctions pour avoir refusé de se présenter.
« L'ex-comimandant suprême, général Doukhonine, pour avoir opposé de la résistance à l'exécution d''ordres, pour action icriminelie susceptible de provoquer une nouvelle guerre civile, est déclaré ennemi du peuple. Seront arrêtées toutes les personnes qui s'dutiennent Doukhonine, sans qu'il soit tenu compte ni de leur situation sociale et politique, ni de leur passé. Des personnes pourvues de pouvoirs
VERS l'armistice 61
spéciaux seront cbargées de procéder à ces arrestations, Je charge le général Manikovski d-e donner les ordres nécessaires pour que les changements précités soient portés sur les états de services des personnes visées. »
Il est suivi du Prikase n"* 3 :
« Nos parlementaires sont rentrés, rapportant avec eux une réponse officielle idu généralissime allemand qui iconsent à entrer en pourparlers d'armistice sur tous les fronts. La prochaine entrevue des représentants des deux partis est fixée au 19 novembre/2 décembre.
Tous ceux qui tiendront ce Prikase secret ou qui en empêcheront la propagation seront déférés au tribunal révolutionnaire des comités locaux des réjgiiments en dehors des formalités ordinaires. J'ordonne de suspendre immédiatement sur tou»t le front la fusillade et la fraternisation. Une surveillance très soutenue doit être établie par rapport à l'ennemi. Les actions militaires ne doivent être entreprises qu'en réponse aux actions militaires de l'ennemi. Tous à vos places. C'est seulement
celui qui est fort qui obtiendra ce qu'il désire. (( Vive la paix à brève échéance ! »
Ainsi les Allemands acceptent avec empressement de discuter Tarmistice et la paix avec le gouvernement des commissaires dui peuple.
Combien de gens n'y avait-il pas ici qui s'écriaient : a iLe gouvernement allemanid ne peut traiter avec les bolcheviques. Voyez-vous Kuhlmann et Trotski à une même table? Et quelles garanties aurait F Allemagne? »
Je leur répondais toujours :
— La paix est la paix. L'Allemagne la prendra des mains ide ceux qui la lui proposeront. Une fois l'ar^mistice conclu, Une fois les troupes assurées que la guerre est finie, les soldats rentreront chez eux et il n'est aucune force humaine qui puisse les en faire revenir. L'Allemagne aura gajgné la guerre sur le front oriental.- (Cela vaut -bien qu'un Hindenburg serre la imain d'un Krylenko.
Krylenko télégraphie toujours. Il donne les détails suivants :
VERS l'armistice 63
\ii Ce matin, à 11 heures, le eommandant suprême a envoyé des parlementaires avec les pouvoirs suivants :
« Chargé des pleins pouvoirs du» Conseil des commissaires idu peuple, moi, commissaire du peuple pour les affaires militaires et ûavales, commanidant suprême des armées de la République de Russie, donne plein® pouvoirs aux parlementaires suivants :
« Au lieutenant du 9" hussards de Kiev, Vladimir Chnéour <1) et aux membres du Comité de la 5* armée, le docteur militaire Michel Zagalovitch et à l'engagé volontaire Georges lovitch et à rengagé volontaire Georges Mérène, pour s'adresser au commandant en chef ides armées allemandes, dans le secteur où seront reçus ces par^lementaires, en les priant de s'informer auprès du haut commandement de l^aranée allemande s'il consent à envoyer des représentants pour entrer immé-
(1) On a découvert plus tard que le Chnéour qui a été par la sUite chef d'état-majar de Krylenko était un agent de l'ancienne police secrète du Tzar.
diatement en pourparlers, afin d'établir un armistice sur tous les fronts des pays belligérants, dans le but d'engager ensuite des pourparlers de paix.
« Au cas d'une réponse satisfaisante, de la part idu haut commandement des armées alle^ mandes, les parleanentaires sont chargés de fixer le lieu et l'heure de l'entrevue des représentants des deux partis.
« 3 h. 50 de l'après-midi. Les parlementaires sont arrivés à 4 h. 10 sur la ligne la plus avancée et. sans aucune difficulté, ont traversé les tranchées allemandes.
« Le secrétaire de la dégation :
« BOZMÉROVITCH. ))
(( Les parlementaires ont franchi les tranchées allemandes et ont proposé de commencer des pourparlers pour un armistice sur tous les fronts. La paix attendue depuis si longtemps approche, imais on ne peut rien faire d'un coup avant la conclusion de là paix. Le
VERS l'armistice 65
front doit être inébranlable. Il faul penser à notre armée qui depuis trois ans supporte les plus grands sacrifices. Une dernière tension de toutes les forces du pays est nécessaire. Le front a faim, le front est nn, le front est déchaussé (?) ; il n'y a pas de fourrage (1). Les chevaux meurent, il n*y a pas de moyens de transport. Les Soviets des D. 0. S. doivent se charger du front. Nourrissez les affamés, habilliez ceux qui ont froid, chaussez ceux qui n'ont pas de chaussures, dans les tranchées. Ils sont plus malheureux que nous. Encore un peu de patience et nous arriverons à une paix générale. En attendant, toute Tattention, tous les soins doivent être portés sur l'armée dans les tranchées. Il n'y a pas à attendre de secours des autres, nous devons nous en ooou>per nous-mêmes. »
Krylenko mène la paix tambour battant.
On a peine à comprendre ce qu'il veut dire
(1) Tout cela est de la littérature. D'après les témoins impairtiaux que nous avions sur pdace, Tarmée ne manquait à peu près de rien, était bien équipée, et (n'a jamais connu la famine.
66 LA RÉVOLUTION RUSMÉ
lorsqu'il engage les soldats à être fermes, à -concentrer leurs forces. Il a le cynisme d'écrire : « Seulement celui qui est fort obtiendra ce qu'il .désire », de la même plume qui a dit aux soldats : « La paix est entre vos mains ! Arrêtez vos généraux. »
Voici des dét^ls sur la rencontre des parlementaires :
« Nous, parlementaires du 9* hussards de Kiev, lieutenant Vladimir Chnéour, les membres du Comité de la 5* armée, médecin militaire Michel Zagalevitch et rengagé d'un an Georges Mérène, fûmes autorisés à proposer au commandement allemanid d'engager des pourparlers immédiats pour la conclusion d'un armistice immédiat sur tous les fronts des pays belligérants, pour commencer des pourparlers de paix et, en cas d'acceptation de notre proposition, de fixer le Heu et l'heure de la rencontre des représentants des pays belligérants. Â 12 h. '20 nous partîmes de Dvinsk sur le front du 19* corps.
« A 16 h. 20 nous entrâmes idans le rayon du régiment d'infanterie de Moscou et, de la
tranchée «^ » avec drapeau blanc et
trcwnpette, conformément aux conventions internationales; à 900 pas des défenses ennemies, dans le secteur appelé « Hanovre », nous rencontrâmes les officiers allemands.
« A 17 heures, on nous mit des bandeaux sur les yeux et nous fûmes conduits à l'étatmajor du bataillon de Parmée allemande occupant le secteur « Hanovre » et à 17 h. 40 nous remîmes à deux officiers de TEtat-Major alleanand envoyés spécialement de TE. M. de la division, nos pouvoirs écrits du commissaire du peuple pour les affaires militaires et du commandant suprême des armées de la République russe. Les pourparlers eurent lieu en français. Notre proposition d'entrer en pourparlers pour un armistice sur tous les fronts des pays belligérants pour la conclusion ultérieure de la paix fut immédiatement transmise à TE. M. de la division et de là, par fil direct à TE. M. du commandant en chef du front Elst, le prince Léopold de Bavière, et au conimandant suprême des armées allemandes.
« A 18 h. 20 on nous conduisit en automo-
bile par la dhaussée Dvinsk Ponéviej au pastoral Pussen où nous fûmes reçus par le général de division Hofmeister en tenue de parade de campagne, les hautes décorations allesnandes sur la poitrine, étoiles et rubans, et entouré par son Etat-Major. Le général Hofmeister nous déclara que nos pouvoirs étaient reconnues, que notre proposition était transmise au haut commandement et que la réponse arriverait dans 24 heures, mais à 19 h. 50 fut déjà reçue la première réponse du haut commandement allemand consentant à des pourparlers d'armistice sur les principes exposés par nous dans nos pouvoirs écrits et autorisant le général! Hofmeister et les parlementaires à élaborer les détails de la prochaine rencontre des représentants des puissances belligérantes.
Après un échange d'opinions en russe, allemand et français, et de nouvelles conversations par téléphone avec le commandement suprême, à minuit 20, le 14/27 novembre, nous fut remise par le général Hofmeister la réponse écrite à notre proposition munie de la signature du général Hofmeister et de son
VERS l'armistice 69
sceau. Notre proposition étant écrite en langue russe, la réponse nous fut donnée en langue allemande. iLa réponse contient :
« 1) Un consentement formel à entamer immédiatement des pourparlers d'armistice.
Pour cela, il est donné pleins pouvoirs au commandant en dhef des armées allemandes sur le front oriental.
« 2) Un train spécial sera mis à la disposition des représentants des pays belligérants par le hauj commandement allemand pour venri soir les lieux où se feront les pourparlers.
« 3) Il sera établi des relations directes télégraphiques entre les représentants et le pou-
voir suprême en la personne du gouvernement des commissaires du peuple. Les parlementaires décidèrent de fixer le lieu de la rencontre des délégués; ces derniers passeront par la ligne du chemin de fer Dvinsk-Vilna, à Touest du village Koukhalichki entre nos lignes et celles de Tennemi, d'où ils seront conduits à la station « Petrograd », où les attendra un train spécial qui les conduira auprès du comman-
dant en chef allemand du front orienUl, à Brest-Litovsk.
« La rencontre est fixée au 2 décembre, à midi (heure de l'Europe centrale). Cette convention a été signée par nous à 1 h. 13 de la nuit, en deux exemplaires dont un a été remis au général Hofmeister et le deuxième joint au présent rapport avec la réponse écrite du commandement allemand au commissaire du peuple des affaires militaires. Il nous fut également déclaré que le commandant en chef allemand avait donné l'ordre de cesser le feu, si celuî-cî n*est pas provoqué par Tenneoni, et la fraternisation jusqu'à la fin des pourparlers.
« A 8 heures du matin, le 27 novenibre, on nous recondhisit les yeux bandés au point d'où nous étions partis et à 11 h. 30 nous rentrions dans nos lignes, »
iVoici la réponse du hatit commandement allemand que les parlementaires ont rapportée :
(( 1) Le commandant en chef du front Est
allemand est prêt à entrer en pourparlera avec le généralissime russe.
i(( 2) Le commandant en chef du front Est allemand est autorisé par le généralissime allemand d'entrer en pourpaders au sujet de rarmistiee.
« 3) Au cas où le généralissime serait prêt à entrer en pourparlers avec le commandant du front Est allemand, on le prie d'envoyer des représentants munis de pleins pouvoirs écrits, aji quartier général du commandant en chef du front Est allemand.
« 4) Le commandant en chef du front Est allemand de son côté créei;a une Commission munie de pAeins poufvoirs spéciaux.
« 5) Le jour et l'heure de la rencontre des deux Commissions peuvent être fixés par le généralissime. II est absolument nécessaire de prévenir le commandant en chef du front Est allemand pour qu'un train spécial soit commandé. Il est absolument nécessaire d'indiquer l'endroit où la Commission russe a l'intention de traverser le front.
« 6) Lu commandant en chef dn front allemand donnera Tappareil nécessaire pour établir un fil direct entre la Commission et le commandant suprême russe. La Commission est autorisée à se munir de Tappareil Hughes.
« Le commandant en chef du front Est allemand :
« Exact : Von Hofmeister, général lieutenant et commandant de division. »
/ 21 m NOVEMBRE.
Pendant que Trotski traite de la paix, le gouvernement des commissaires déploie une activité fiévreuse à détruire l'ordre ancien à rintérieur et à fonder la société nouvelle qu'il a promise à ses clients. J'ai indiqué déjà comment la question de la terre est réglée, la propriété individuelle est supprimée, le paysan n*a que le viager des terres qu'il cultive : les Comités agraires sont chargés de Texécution du décret suivant les règles établies par un rapport paru dans les Izvestia du 1*" septembre. Je pense utile de donner les instructions dans leur texte complet!
« La question agraire, dans tout son ensemble, ne peut être résolue que par TAssemblée
74 LA RÉVOLUTION RUSSB
Constituante. La solution la plus équitable de la question agraire doit être la suivante :
« 1) Le droit de propriété privée sur la terre est annulé pour toujours, la' terre ne peut être ni achetée, ni vendue, ni donnée en location ou en gage, ni expropriée par quelque moyen que ce soit. Toutes les terres : dominicales, d'apanages du cabinet de l'Empereur, des monastères, des églises, des possessions, des majora ts privés, coimmunales et paysannes, et autres, sont ^confisquées sans rachat, deviennent propriétés nationales et passent à la disposition des travailleurs qui les cultivent.
« Ceux qui subiront un préjudice du fait de la transformation sociale du droit de propriété n'auront le droit d'être secourus par la nation que durant le laps de temps nécessaire pour s'adapter aux nouvelles conditions d'existence.
« 2) Toutes les richesses du sous-sol :
mines, naphte^ charbon, sol, etc., ainsi que les bois et les eaux ayanf une importance nationale passent exclusivement à l'Etat. Tous les petits cours d'eau, les lacs et les bois passent
aux communes à la condition d'être gérés par les^organes locaux d'administration.
« 3) Les terrains parcellaires scientifiquement cultivés: jardins, plantations, pépinières, serres et autres, restent indivis, mais sont transformés en exploitations agricoles modèles et passent exclusivement à l'Etat ou aux communes, suivant leur superficie et leur importance.
« Les constructions, les terres municipales et les villages avec leurs jardins particuliers et leurs potagers restent à leurs propriétaires actuels; toutefois, les dimensions de ces parcelles et l'importance de l'impôt sur leur jouissance sont fixées législativement.
« 4) Les haras, rélevage gouvernemental privé, l'aviculture et autres sont confisqués, deviennent propriété nationale et sont transr mis soit à l'Etat soit aux' communes, suivant leurs dimensions et leur importance.
« Les questions de rachat sont de la compétence de l'Assemblée Constituaate.
« 5) Tous les biens, matériel agricole et bétail, des terres confisquées, passent gratui-
tejnent à l'Etat ou auc^ coixunuiiea s^uivant leur superficie et leur importance.
« La confiscation du matériel et du bétail ne s*étend pas aux petites propriétés des paysans.
« 6) Le droit de jouissance de la terre est accordé à tous les citoyens sans distinction de sexe de TEtat russe qui désirent travailler la terre eux-mêmes avec leur propre famille ou en association et seulement tant quMls ont la force de travailler. L'embauche est interdite.
« Au cas d'incapacité de travail de l'un des membres de la société agricole pendant une durée de deux ans, la société aigrîcole est tenue, jusqu'au rétablissement de la capacité de travail dudit membre, de le secourir en travaillant sa terre en commun.
« Les agriculteurs devenus vieux ou invalides et qui ont perdu pour toujours la possibilité de travailler euxnmêmes la terre, perdent leur droit de jouissance sur elle et reçoivent en échange une pension de l'Etat.
« 7) La jouissance de la terre doit être égale, c'est-à-dire que la terre est répartie
entre les travailleurs» suivant les conditions locales et les normes de travail ou> de besoin. tes formes de jouissance de la terre doivent être absolument libres : par maison, par métairie, par commune, par artèle, connue le décideront les villages et les agglomérations rurales.
« 8) Toute la terre, après sa confiscation, est transmise à un fonds agraire populaire. Sa répartition entre les travailleurs est assurée par les administrations locales et centrales, depuis les organisations démocratiques, à Texception des communautés urbaines et rurales coopératives, jusqu*aux institutions centrales de province.
« Le fonds agraire est soumis périodiquement à de nouvelles répartitions, suivant les aujgmentations de l'économie rurale.
« En cas de modification des limites des lots, le centre du lot reste inviolable.
« Les terres des membres radiés retournent au fonds agraire; toutefois les proches parents des membres radiés ou les personnes
indiquées par elles ont un droit de préférence sur ces terres.
« Lors de la remise des lots au fonds agraire» les sommes dépensées pour l'engrais ou pour renrichissement des terres et non utilisées doivent être remboursées.
« Si, en certaines localités» le fonds agraire est insuffisant pour donner satisfaction à la population locale, L'excédent de population doit être transmigré.
« L'organisation de la transmigration, ainsi que les dépenses de transmigration et de fourniture de matériel agricole et de bétail à la population, sont au compte de l'Etat.
« La transmigration s'effectue dans Tordre suivant : les paysans sans terre qui en auront manifesté le désir, ensuite les membres tarés de la commune, puis les déserteurs, et autres, et enfin au sort ou par un accord.
« Tout ce qui est contenu dans ces instructions, étant l'expression de la volonté indiscutable de la majorité considérable des paysans conscients de toute la Russie , est déclaré loi provisoire et jusqu'à l'Assemblée Constituante,
entre en vigu^nr autant que possible immédia* tement, et, pour certaines parties, avec la progressivité nécessaire qui sera déterminée par les Soviets des D. P. de district. »
A peine au pouvoir, les commissaires du peuple prennent des arrêtés si no(mbreux que je ne sais si, travaillant douze heures par jour, j'aurais le temps de les transcrire et de donner ici im compte rendu même abrégé des événements qui emplissent nos jours maximalistes.
Voici quelques-uns des décrets. Le premier donne aux Soviets de quartier le droit d'entrer bhez nous à toute heure et d'y faire ce qu'ils jugent bon.
Le commissaire de l'intérieur décrète en date du 28/10 novembre.
« 1° Les municipalités autonomes ont le droit de séquestrer tous les locaux inoccupés et inhabité»;
« 2*» Les municipalités autonomes (Soviets de quartier dans les grandes villes) ont le droit, d'après les lois et les normes établies par elles, d'installer dans les logements disponibles les citoyens qui ne savent où loger ou qui
vivent dans des logements surhabités ou malsains;
(( 3"* Les municipalités autonomes ont le droit d^établir des inspections dans les loigements» de les organiser et d'établir la sphère de leur compétence ;
« 4® Les municipalités autonomes ont le droit de faire des décrets sur Finstitution des comités de maison» sur leur organisation, sur la sphère de leur compétence et de leur donner des droits juridiques;
« 5® Les municipalités autonomes ont le droit de créer des tribunaux de lo|[ement, de définir la sphère de leur compétence, leur organisation et leurs pleins pouvoirs.
« 6^ Cet arrêté est mis en vigueur par tjélégraphe.
« Le commissaire du peuple pour les affaires intérieures :
« A. I. Rykov.
Sur l'assurance sociale :
« Le prolétariat a mis sur son drapeau l'assurance sociale des ouvriers salariés, de même
que des pauvres des ville» et des village». Le gouvernement du tsar, des propriétaires et de» capitalistes, de même que le gouvernement de coalition et de conciliation n*ont pas réalisé les revendications des ouvriers à propos des assu^ rances.
« Le {gouvernement des ouvriers et des pay* sans», s^appuyant sur les conseils des D. O. S., annonce à la classe ouvrière de Russie et aux pauvres des villes et des villages qu'il va immédiatement préparer des décrets concernant l'assurance sociale complète basée sur le^ formules d'assurances proposées par les ouvriers;
« 1® L'assurance pour tous les ouvriers salariés sans exception, ainsi que les pauvres des villes et des villages;
« 2<> Etendre rassurance sur tous les genres de perte de capacité de travail, principalement les cas de maladie, d'infirmité, de vieillesse, de grossesse, de veuvage et de mort de parents, de même que le chômage;
« 3^ Tous les frais de» assurance», à la charge des- entrepreneurs;
« 4® Compensation, tout au moins, de tout le salaire au cas de perte de la capacité de travail ou de chômage;
« 5^ Autonomie complète des assurés dans toutes les organisations d'assurance.
« Au nom du gouvernement de la République de Russie, fe commissaire du peuple au ministère du Travail :
« Alexandre Chuàpnikof. »
Sur la procédure de promulgation des lois ;
« 1° Jusqu'à la réunion de la Constituiante, l'élaboration et la promulgation des lois se fera selon le présent arrêté du G. P. des ouvriers et paysans, élu par le Congrès national des Soviets;
« 2° Chaque projet de loi est présenté à l'examen du gouvernement par le ministère cohipétent, sous la signature du commissaire du peuple ou par le bureau créé, près le gouvernement, pour les projets de loi, soua la s^nature du gérant du département;
« 3^ Apriis la ratification du igouv^n^Mnent,
là décision et la rédaction définitive est au nom de la République de Russie, président du Conseil des commissaires id pie ou, à sa glacé, par le commissaire d pie qui aura proposé le projet de loi à men du gouvernement, puis elle sera p< la connaissance publique;
« 4° Le jour de la mise en vigueur d( sera le jour où elle aura paru dans le j officiel Gazeta Rabotchavo i Krestiai Pravitelstva {journal du gouvernement < vriers et des paysans) ;
« 5' Une autre date peut iêtre donnéi la mise en vigueur et, de même, cette n vigueur peut être fixée par télégraphe; d cas elle part du moment où le télégrat été publié dans cihaque localité;
« €° La publication de lois du gou ment par le Sénat dirigeant est supprim département de projets de 'lois près du C des coimmissaires du peuple édicter recueils de lois et arrêtés-lois; - « 7» Le C.CE. des Soviets a le droit, t
temps, de suspendre, modifier, annuler tout arrêté du gouvernement
n Au nom de la République de Russie, « Le président du Conseil des commissaires du peuple :
« Vladimir OulianovhLenine. »
Ce matin, Lénine publie Tarrêté sur le monopole des annonces. Elles ne paîtront plus que dans les organes du gouvernement provisoire ouvrier et paysan à Petrograd et des Conseils des députés ouvriers et soldats locaux.
Comme d'habitude dans les documents signés Lénine, on prononce des peines terribles contre ceux qui se rendent coupables d'éluder la loi, de donner de la publicité masquée, etc.
Ainsi Oulianov-'Lenine, qui a fait du journalisme et connaît les conditions matérielles dans lesquelles peut vivre un journal, s'arrange pour supprimer la liberté de la Presse
définitivement. Mais, au fait« de quoi vivait donc son journal le Social-démocrate à Genève ? Il n*y aura plus de censure, car, sans annonces, les journaux mourront Tun après Tautre. Seul, vivra Foiigane officiel du Soviet dans chaque ville. Seul il dispensera au peuple les vérités qu'il croira utile de répandre.
Les autocrates de l'empire russe depuis cent ans n'avaient pas eu l'idée igéniale que Lénine réalise aujourd'hui. Sous le régime socialiste pur, il n'y aura place que pour l'orthodoxie maximaliste, Ne vous préoccupez de rien; ne pensez pas; dormez tranquille. « Ceux dont 1& lampe nocturne éclaire le monde » veillent pour vous à l'Institut Smolny. Ne les contredites pas. Ces prêtres et grands inquisiteurs du maxino^alisn^e sont irritables; si vous dififérez d'opinion avec eux, vous connaîtrez les cachots maximalistes.
La dernière opération militaire des troupes du Comité révolutionnaire a été dirigée aujourd'hui coiitre la Banque d'Etat. Un grand détachement comprenant quelques soldats de chaque régiment de la garnison s'est
rendu, musique en tète, à la Banque d^Etat à Sadovaïa. Le délégué du Comité et le colonel Mouraviev sont entrés; les employés et les ouvriers de la Banque, les soldats de garde du Siméonovski, les directeurs, les représentants de la Douma de ville étaient là. Le délégué remit un papier «du gouvernement des hauts commissaires réclamant dix millions. Vives protestations, longue discussion; on fait remarquer que les commissaires n*ont aucun droit de s'adresser à la Banque, qu'ils doivent faire une demande au Trésor. On s'aperçoit, enfin, que le bon de réquisition n'est signé de personne. Mouraviev et le délégué, honteux, retournent à Smolny, emmenant la plus grande partie des soldats. Pendant que cette scène se déroulait là rintérieur de la Banque, les commerçants de la Sadovaïa se hâtaient de fermer leurs boutiques et de verrouiller leurs portes. Ils jutgeaient que les soldats, mis en appétit, s'empareraient peut-être de leurs biens, après avoir pris l'argent de l'Etat
Trotski avait réuni les délégués des régiments pour préparer cette grande opération
militaire qui a sombré dans le ridicul». A la réunion, un soldat» le nommé Popof, avait élevé quelques objections contre la proposition de Trotski.
« — Je suis un simple soldat, avait-il dit, et, peut-être, je ne comprends pas bien les choses. Mais il me semble que nous nous engageons dans une histoire qui n'est pas claire. Nous avons contre nous les employés et les ouvriers de la Banque, et la Douma de ville.
Si nous avons le droit pour nous, pourquoi faut-il des baïonnettes? Faites attention, mes* frères, c'est l'argent, non de Petrograd, maïs du peuple entier qu'on nous demande de prendre. Peut-être serons-nous maudits par toute la Russie..» »
Trotski ne l'emporta que par une voix.
Le Soviet décide de réquisitionner dans cha^ que appartement bourgeois des couvertures et des vêtements chauds pour les besoins de l'armée. On voit là la mise en pratique des conseils de Lénine qui n'a j aimais cessé d'inciter le peuple à dévaliser le bourgeois. Les réquisi-
tions seront faites par des matelots et gardes rouges. Ils pénétreront partout Nous voilà bien !
Il faut avouer qu'il est au moins paradoxal de demander des vêtements •chauds pour ime armée qui ne fait plus la guerre, dont plus de la moitié a déserté, et dont ce qui reste va être licencié avant la paix immédiate qu'on lui promet.
La Nouvelle Vie qui, depuis peu, est dans l'opposition ( ! ?) écrit assez plaisamiment qu'étant donné le goût pour le commerce qu'a développé le soldat russe depuis la révolution, le bourgeois n'aura qu'à se rendre chez les revendeurs où il rachètera, à prix modéré, les objets dont il aura été dépouillé.. Il est certain que pas une couverture, pas une chouba n'arriveront dans les tranchées.
Lénine au Congrès des paysans nous donne ses vues sur le profgramme maximaliste et sur la tactique iquMl compte suivre.
Il ^clare quMl ne faut pas s'arrêter à des questions cle détail, car la véritable question qui est devant eux est celle, non seulement de la révolution sociale russe, (mais de la révolution mondiale. La confiscation des terres provoquera la résistance des capitalistes russes et étrangers à qui la grosse propriété foncière est liée étroitement par rintermédiaire des banques. Lénine sait parfaitement que la grande masse des travailleurs et paysans est encore peu éclairée et ne peut réaliser ellemême le programme maximaliste. Mais quoi, s'écrie Lénine, attendrons-nous? Non :
« Si le socialisme ne peut se réaliser que lorsque le développement intellectuel de tous le permettra, nou^ ne verrons pas le socialisme, même dans cinq cents ans. Les éléments les plus avancés — dans Tespèce, le parti bolchevique — doivent entraîner la masse sans se laisser arrêter par le fait que la mentalité de la masse moyenne n'est pas celle qu'elle devrait être. Nous devons conduire les masses en nous servant des Soviets comme organes d'initiative populaire. »
Cependant, nos éternels discuteurs, les gens des fractions socialistes, se réunissent et parlent. Tseretelli, dont, à tort, j'attendais mieux, se perd en discussions cbinoises à la conférence des zemstvos et des villes sur Torganisation d'un pouvoir nouveau et, pendant des heures, argumente sur la présidence, ses fonctions, la limite de ses 'droits, etc., etc. Ce pouvoir nouveau n'existera jamais. Mais Tseretelli et les autres parlent. Gela leur suffit. Ils me rappellent les cinq révolutionnaires exilés à Paris, membres de je ne<sais quelle fraction de je ne sais quel parti, se réunissant pour décider entre eux comment ils nommeraient leur président, passant la nuit à discuter avec violence et finesse et se séparant au matin sans qu'aucun des cinq membres, ayant chacun son opinion, ait pu amener à sa façon de voir aucun de ses collègues. Ces révolutionnaires annonçaient toute la Révolution russe, son incroyable verbiajgie, sa bêtise subtile et sa stérilité Msentielle.
i€/i9 NOVEMBRE.
Les élections à la Constituante sont terminées à Petrograd. Elles se sont passées dans un ordre parfait. Le nombre des votants est élevé. Les bolcheviques ont 451.587 voix; les «cadets 245.628; 149.644 aux socialistes révolutionnaiées et aux autres partis. La garnison a voté rouge. Mais les cadets ont un nombre de voix considérable. Entre l'opposition libérale et le maximalisme triomphant, les fractions socialistes sont écrasées. Le groupe Plekhanof n'a pas 3.000 voix.
Les journaux maximalistes commencent une campagne, disant ouvertement que le pouvoir est aux Sovîet-s et doit leur rester. Si la Constituante n'est pas à leur goût, ils lui régleront son affaire avec simplicité.
La Constituante est nommée au suffrage universel, direct et secret. Je laisse à penser ce que peuvent être des élections en Russie, qui fait aujourd'hui, pour la première fois.
Fessai du suffrage universel. Mais enfin il n'en reste pas moins que, seule, la Constituante représentera, tant bien que mal, la volonté du
pays, tandis que le Conigrès des Soviets, composé au mépris de ropinion publique, exprime au mieux ropinion de quelques millions d'ouvriers et de soldats sur plus de cent millions d'électeurs. Pourtant, il est certain que le pouvoir restera aux Soviets, car Trotski et Lénine ont les baïonnettes et sayent s'en servir. Dans un grand discours hier, Lénine a prononcé ces mots pleins de sens : « Compte sur l'esprit, mais n'oublie pas le fusil! » Aussi, le 23 novembre, il arrête et emprisonne les, membres de la Commission des élections à la Constituante. Cette Commission comprenait des membres de différents partis. L'impartialité de la Commission gêne les bolcheviques et la Commission est supprimée.
Le 20 «du même mois, Lénine a déposé un projet de loi donnant aux électeurs le droit de révoquer leurs élus, même à la Constituante.
Mais comment les électeurs feront-ils connaître leur désir? Le soin en est laissé aux Soviets locaux. Comme je l'ai dit déjà et comme je puis en apporter mille preuves, les Soviefs ne sont plus composés que d'une poignée d'hom-
mes actifs et maximalistes qui mènent à leur gré les affaires locales et terrifient leurs débonnaires opposants/ On voit ce que deviendra rindépendance des Soviets^ locaux. Jamais régime n'a montré autant de mépris pour le suffrage universel que le régime démocratique de Lénine et de Trotski. Jamais autocratie n'a plus ouvertement disposé à son igré des suffrages des électeurs. Jamais l'expression de la volonté du peuple n'a été plus manifestement faussée que par ces démagogues audacieux.
Les commissaires ont déclaré eux-onêmes qu'ils instituaient le régime de la terreur. Ils s'en vantent. Chaque jour, ce sont de nouvelles arrestations; chaque jour des perquisitions.
Les automobiles du Comité révolutionnaire ne suffisent pas à amener à Smolny les gens qu'on y transporte chaque nuit. Aujourd'hui le gouvernement dissout la Douma de ville qui n'a cessé de protester contre le coup de force bolchevique, qui est intervenue en faveur des prisonniers, qui a publié des appels et siégé chaque jour.
La Douma <de ville est le seul corps représentatif de Petrograd qui ait une naissance légale. Elle a été élue par le suffrage universel, direct et secret. Elle est en immense majorité socialiste. Et on sait quelles sont les origines obscures et confuses des Soviets et ce qu'ils représentent. C'est eux, pourtant, qui parlent au nom du gouvernement démocratique de la Russie. Le maire Schreider est 'un vieux révolutionnaire qui a connu les prisons tsaristes. Aujourd'hui on le traite comme un Protopopof ou un Sturmer. La presse maximaliste déclare que la Douma de ville est un « nid de Komiloviens », que Martof Zederbaum, Martof, le kienthalien, Martof, rinternationaliste, est un réactionnaire avéré.
Décidémettt, on est toujours le bourgeois de quelqu'un. Il ^'est que d'attendre. Seul, Lénine est l'homme à la gauche de qui il n'y a ^personne.
Mais, déjà, on parle d'un inconnu, d'un Bleichmann, un homme farouche et pur, un anarchiste, qui regarde avec mépris Lénine et son agitation puérile...