‹ La révolution russe (volume 3)Chapitre 4 sur 25 · I 1 1 II · texte numérisé non relu

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« La presse bourgeoise nous* reproche de proi>oser un armistiice séparé. C'est un pur mensonge. Nous désirons conclure un armistice iavec toms les pays belligérants sans exception... Notre parti n*a jamais dit que nous donnerons une paix immédiate. Nous avons dit que nous proposerons immédiatement la paix et que nous publierons les traités secrets. C'est ce que nous avons fait. Et maintenant» la lutte révolutionnaire pour la paix commence.

Notre victoire est assurée. L'armisitiice sera réalisé par la voie révolutionnaire. »

Même au sein du parti bolchevique; Trotski et Lénine trouvent une opposition.

Le camarade Tchoudnovski déclare « qu'ils sont cooipables d'un manque de tact icglossal et ont aigi avec une légèreté incroyable. Le fait de s'adresser à des soldats pour les engager à conclure un armistice eux-mêmes constitue une faute énorme. Il est parfaitement possible qu'un de nos régiments commence des pourparlers avec l'ennenii, tandis qu'un aiutre échange des coups de îeu avec les Allemands.

Nous avons toujours déclaré que nous étions

versJl'armistice

contre <une paix honteuse... » Tchoudnovski termine en demandant à Lénine s'il est exact que le colonel Momravief ait déclaré que » la guerre est terminée ».

Kamenef exige une déclaraition où il serait indiqué : a) que l'armistice doit être le fait du gouvernement et b) que l'armistice ne ser;i pas exploité par les Allemands pour transporter des troupes du front russe sur d'autres fronts. Naïveté!

Un socialiste révolutionnaire d'extrême gaïuche dit qu'il faut créer une situation telle que des erreurs semblables puissent être prévenues. Il ne faut pas qu'à l'avenir le gouvcrment prenne des décisions pareilles sans le consentement du C. C E.

Lénine conclut, avec quelle hauteur, quel mépris pour le Comité exécutif :

« Nous avons toujours dit que la paix et l'armistice ne peuvent être signés que par le Conseil des commissaires du peuple. (Cris sur les bancs des S. R. de gauche : « Par le C. C, E. ») Par le Conseil des oommisaires du peuple, répète Lénine, et non par lé C. C. E.

et no(u# Tavous indiqué à Doukhonine.

Quand nous lavons commencé nos pourparlers avec Doukhonine, nous savions que nous avions affaire à un ennemi et par iconséquent, nous ne ipouvions remettre les mesures indis* pensables pour vaincre cet ennemi. Ajuissi nous avons dû prendre la déidsîon de destituer Doukhonine au téléphone même. Cela ne diminue pas les prérogatives du C. C. E., parce qu'il n'était pas possible de le réunir au téléphone. Nous avions le droit, en tant que gouvernement, de renvoyer fDoukhonine; sans ce droit nous ne serions pas un goujvernement.

« Mais il ne suffisait pas de destituer Doukhonine. Il fallait prendre des mesures plus décisiviês et c'est pourquoi nous nous sommes imm/édiatement iadressés aux soldats. Mais nous avons donné aux soldats seulement le droit d'engager des pourparlers relatifs à l'armistice et non le droit de conclure l'armistice. Nous sommes convaînaus que les orégiments qui mèneront les pourparlers prendront toutes les précautions techniques.

« J'estime que chaque régiment est suffi-

VEHS L'ARMISTICE 41

saimment organisé ipaur conserver 1 'ordre révolutionnaire. Mais^ si au moment de la fraternisation et des pourparlers de paix» une attaque traitre^e se produisait, les soldats siaiuraient fusiller les traîtres. Par notre appel aux soldats, nous n'avons pas affaibli le front, au contraire, nous tfavons fait que fortifier le sentiment de la discipline librement consentie et qu'amgmenter la force de résîbcance.

« 'Combattre Doukhonine au moyen d'une simple destitution n'aïuirait pas été sage. Il fallait s'adresser directement aux soldats, parce que la paix doit être conclue non pas d'en haut, mais d'en bas, grâce à l'activité des soldats eux-mêmes. Nous avons ladressé un appel à fraterniser par régiment et non par armée.

Nous nous sommes basés, en l'espèce, sur l'expérience militaire de Krylenko, qui nous a indiqué qu'iume telle fraternisation était parfaitement possible. »

Lénine se prononce également contre la

vposition de Kamenef, relative aux garan-

qui pourraient assurer que les Allemands

n'exploiteront pas l'armistice pour se livrer à des opérations actives sur d'autres fronts :

« Nous avons un moyen bien plus fort et bien plus efficace pour empêcher les impérialistes allemands, français et 'autres, de profiter de l'armistice pour atteindre leurs buts. Mais jaous ne pouvons pas indiquer ce moyen maintenant, pour ne pas le faire connaître aux impérialistes. »

Répondant à la question de Tchoudnovski»

Lénine dit que Mouravief n'avait pas le droit de faire la déclaration dont parlent les journaux et qu'ume enquête sera faite à ce sujet.

Je ne puis m'empêcher de souiller en passant « l'expérience militaire de Krylenko ».

Quant aux moyens secrets de Lénine pour paralyser les impérialistes, ils sont connus : déclarer que la Russie ne reconnaît pas les dettes nationales de l'ancien régime et déchaîner une révolution maximaliste dans les pays combattants.

— Voire, dit P^urge.

mm NOVEMBRE.

Nos lattachés militaires à la Stafka ont remis le 10/23 noveanbre, au commandant en chef, une note de protestation q|ue les journaux ne publient que ce matin. La voici :

A S. E. M. le général J)oukhonine, généralissime des armées russes, Moghileu. 10/23 nou. 1917.

« Excellence, les soussignés, chefs des mis^ sion» accréditées près le G. Q. G. russe, agissant en vertu d'instructions précises de leurs gouvernements par -rintermédiaire de leurs représentants officiels à Petrograd, ont Thonnenr d'a^lresser au commandement suprême russe leur protestation la plus énergique contre toutes les violations du traité conclu k 25 août/5 septen&re 1914 entre les puissances de l'Entente, par lequel les alliés, et parmi eux la Russie, se sont engagés solennellement à ne pas conclure de paix séparée, ni à suspendre l'un sans l'aiitre les opérations militaires. Les soussignés, chefs des missions militaires, con-

èrent également de leur devoir de porter à

connaissance de Votre Excellence que toute

violation du traité, commise par la Russie, entraînera lesi plus lourdes conséquences. Les soussignés, chefs des missions militaires, prient Votre Excellence de vouloir bien accuser réception par écrit de la présente commis nication et d'agréer l'assurance de leur haute considération.

Signé : Barter, lieutenant-général, chef de la mission militaire britannique; Coanda, chef de la mission militaire roumaine; Takanak, chef de la mission militaire japonaise; Lavei^gne, général de brigade, «chef de la mission militaire française ; Loutzkievitch, colonel, chef de la mission militaire serbe. »

Trotski est entré dans une grande fureur à la lecture de cette note. Il adresse un appel enragé à l'armée. Jamais ministre des Affaires étrangères n'a parlé sur ce ton de ses alliés. Je donne cet étrange document qui fera, co prendre les jours que nous vivons, qui f(

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sentir Vatmofiiphère lourde et tragique dans laquell€ nous étouffons :

« Aux comités de régiment, de division, de corps d'armée et d'armée aux Soviets des D.

O. S. et des D. P., à tous, tous et touis!

« Uex-^généralissîme envoie aux armées une note des représentants des puissances alliées près la Statka. Les chefs de toutes les missions militaires alliées, sauf Taméricaine, formulent dans leur note une protestation contre toute violation aux conditions du traité conclui par le (gouvernement tsariste avec les alliés le 25 août 1914. Les représentants des gouvernements alliés protestent contre un armistice séparé de la Russie avec rAllemagne. Mais en même temps, ils ne fournissent aucune réponse à la proposition d'armistice sur tous les fronts, qui leur a été adressée par le Conseil des commissaires du peuple. En conclusion les représentants alliés font la menace que toute violation du traité commise par la Russie, entraînera les plus lourdes conséquences.

"îleiativement à ce télégramme au généi>oukhonine, j'estime nécessaire de faire

devant rarmée et le pay^ la déclaration suivante :

« La note diplomatique des représentants alliés au général Doukhonine, destitué pour avoir refusé d'exécuter un ordre du gouvernement, semble dans la forme une ingérence inadmissible dans la vie intérieure du pays, dans le but de provoquer la guerre civile. Au fond, cette note diplomatique, si elle n*est pas apocryphe, mais authentique, équivaudrait à une tentative des représentants alliés de contraindre, par menace, l'armée russe et le peuple russe à continuer la guerre en exécution de traités conclus par le tsar et confirmés par les gouvernements de Milioukof, de Kerenski et de Teorechtchenko.

« Dès le premier jour de son existence, le Conseil des commissaires du peuple a déclaré ouvertement qu'il estime que le peuple russe n'est pas lié par d'anciens traités conclus aux dépens du peuple au profit des classies bourgeoises de Russie et des pays alliés. La tentative d'agir par la lettre-morte des traités secrets sur la volonté révolutionnaire du gouver-

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nemeut des Soviets est, vouée d'avance à un échec

« En faisant ressortir les menaces contenues dans la note et qui ne peuvent pas nous faire dévier de la voie de la lutte pour une paix dém&cratique honnête, nous déclarons que le gouvernement républicain propose un armistice non pas séparé, mais» général, et il sent qu'il est dans cette proposition l'expression des véritables intérêts et des aspirations des niasses populaires non seulement de Russie, mais en général de tous pays belligérants.

« Soldats! Ouvriers! Paysans! Votre gouvernement des Soviets n'admettra pas que sous les bâtons de la bourgeoisie étranigère, l'on vous mène dé nouveau à l'abattoir. Ne craignez pas les menaces. Les peuples d'Europe, exténués par la souffrance, sont avec nous. Ils veulent tous la paix immédiate. Notre proposition d'armistice retentira comme une cloche de salut. Les peuples d'Europe ne permettront pas aux gouvernements bourgeois de s'abattre sur le peuple russe coupable uniquement de vouloir la paix et la fra-

ternité des peuples. Et que tous sachent que les soldats, les paysans et les ouvriers de Russie n'ont pas renversé le tsar et le gouvernement de Kerenski pour rester la chair à canon des impérialistes alliés.

« Soldats! continuez à lutter pour un armistice immédiat. Elisez vos délégués pour les pourparlers. Notre généralissime, ^aspirant Krylenko, part aujourd'hui pour le front afin de prendre en mains la cause de la lutte pour rarmistice.

« A bas lès anciens traités secrets- et les intrigues diplomatiques!

« Vive la lutte honnête et ouverte pour la ^ paix imiverselle !

« Au nom du Conseil des commissaires du peuple, le commissaire aux Affaires étrangères.

Trotski. »

« 11/24 novembre, 6 heures du matin.

Smolny. »

Nous attendons, immobiles. Nous ne p* testons plus. Nous ne répondons pas. Et K

lenko, (généralissime, part pour l'armée du Nord, à Pskow, où ri va travailler à sa façon.

■li/27 NOVEMBRE.

. Je laisse la place aux documents. Le temps 'n'est pas aux commentaires. A peine avonsnous le loisir d'enregistrer les communications officielles qui arrivent chaque jour, pressantes, impérieuses, accélérant le rythme de la course vertîgineuise qui emporte la Russie vers son destin. '

Aujourd'tiui Je gouvernement français intervient directement dans la tragédie et nous lisons le télégramme suivant du général Tcherbatchef, commandant le front roumain au généralissime Doukhonine ;

« Le chef de la mission française, général Berthelot, m'a remis la suivante déclaration écrite :

« Général, j'ai l'honneur de porter à votre connaissance un télégramme reçu par moi du président du Conseil des ministres et ministfe de la Guerre :

« Dans le communiqué du G. Q. G", russe du

21 novembre (n. s.). îl n'est pas patlé de la si- . tuation sur le front. Au lieu de cela, on communique :un prikase du Conseil des commissaires du peuple, proposant au comman'dant suprême de commencer avec les autorités militaires ennemies des pourparlers pour faire cesser immédiatement les hostilités et entamer des pourparlers de paix.

« Je vous prie de déclarer au haut commandement russe près duquel vous vous trouvez que la France ne reconnaît pas le pouvoir du Conseil des commissaires du peuple et, convaincue du patriotisme du haut commandement, elle compte que ce dernier rejettera éneiigiquement tous pourparlers criminels et maintiendra l'armée russe sua* le front, face à face avec l'ennemi commun.

« De plus, la France se considérant liée avec la Russie par les accord^ militaires antérieurs a déjà déclaré et déclare encore d'une façon précise qu'elle ne reconnaîtra en Russie, aucun pouvoir capable d'entrer en acfcord avec Tenàerni.

'« Veuillez agréer, igénéral, Tassurance de

ma haute considération et de mon dévouement.

Berthelot. »> « Jassy, 12 novembre 1917. n" 01.445.

Signé : Tcherbatchef.

« Pour copie conforme :

« génèral-major Odintzof. m

Nous prenons parti. La manière énergique semble devoir l'emporter. Nos jours de Pe-trograd sont comptés, à moihs que Trotski et Lénine ne veuillent pas nous laisser partir. Ils voudront peut-être nous garder comme otages.

Le droit des gens est leur dernier souci. Ils ont la force. Ils n'en feront qu'à leur iguise.

Trotski a mauvais caractère. Il est aigri; au comble de la puissance, juché là ce. «ommct dont il n'avait jamais rêvé aux jours des discussions exaltées dans les estaminets de Genève, il voit en face de lui quelques gens de la classe haïe des impérialistes et des bourgeois qui refusent sans phrases ide le reconnaître. Us se taisent. Il écrit aux ambassadeurs; les ambassadeurs ne lui répondent pas. Trotski

est en colère. Ce triibuii sans éducation n'essaie pas de cacher sa fureur. Il écrit à ce grand gentleman, sir George Buchanan, qui représente avec honneur TAngleterre, pays allié de la Russie :

(( Mon^euir rambassadeur,

« Au nombre des" étrangers internés en Angleterre, se trouvent deux «citoyens russes : Geoiiges Tehitcherine et Petrof. Tous deux sont connus en Russie comme étant des homme& irréprochables et dont toute l'activité est au-dessus du soupçon.

« Tehitcherine et Petrof ont apparemment soulevé contre eux l'attention Ides autorités anglaises par la part qu'ils ont prise à la politique intérieure de l'Angleterre et par leur ardeur à défendre les principes -du socialisme internationaliste, là l'exemple de Mac-Leen, de Karl Liebknecht en Allemagne, de Frédéric Adler en Autriche et du parti des bolcheviques en Russie.

« Si les autorités anglaises considèrent ce genre d'activité comme intolérable sur le ter-

VERS l'armistice 53

ritoire du Royauirae-Unî, il me reste à les prier, au nom -du gouvernement de la 'République, d'expulser immédiatement les 'susnommés, ainsi que de leur donner le moyen de gagner la Russie, où ils pourront travailler honorablement et utilement à la cause du peuple. Pour donner plus de poids à cette requête, je me permets, monsieur Tambassadeur, d'attirer votre attention sur le fait qu'un grand nombre d'Aniglais demeurant dans les limites de la République russe, ne cachent pas leurs opinions contre-révolutionnaires et entrent ouverte- I ment en relations avec les contre-révoIuUon-

i naires des classes bourgeoises de Russie.

(( L'opînîon publique de la démocratie révolutionnaire ne peut pas admettre que de fervents défenseurs de la révolution languis- ^ sent dans des camps de concentration en An-

Igleterre, pendant que kles citoyen® contre-révolutionnaires anglais ne sont l'objet d'aucune I tracasserie sur le territoire de la révolution

I russe.

I H Permettez-moi, monsieur l'aiïiKaasa^^^'''

I d'exprimer la certitude que ma d^vw a^ ^'^^'

contrera rapprobatîon entière des masses travailleuses de votre peuple épris de liberté.

« Commissaire aux Affaires étrangères*

Trotski. »

Cette lettre n*est pas faite pour rendre plus facile rétablissement de rapports d'affaires entre l'ambassade Id' Angleterre et le gouvernement des conimissaires du peuple.

Le chargé d'affaires d'Espagne, dont il faut citer le nom, Garrido Cisneros, écrit à Trotski, seul de tout le corps diplomatique accrédité à Petrqgrad, la lettre suivante :

« A monsieur le Commissaire du peuple pour les affaires étrangères :

« J'ai eu l'honneur de recevoir la note numéro 83 du 10/23 novembre, par laquelle vous portez à ma connaissance la proposition des commissaires idu peuple aux représentants des puissances alliées de conclure un armistice immédiat et de commencer les pourparlers de paix.

« Tout en vous confirmant la réception âe cette note, je «m'empresse, monsieur le Com-

missaire, de vous annoncer que, canformé' ment à votre juste désir, je ne manquerai pas de transmettre par télégraphe, aujourd'hui même, à mon gouvernement, le contenu de la note -susmentionnée, afin qui'il la porte à la connaissance du peupde espagnol et qu'il fasse de son côté tous les efforts nécessaires afiÀ de faciliter la conclusion de la paix à laquelle aspire toute rhumanité.

« Je profite de cette occasion, monsieur le Commissaire, pour vous exprimer Tassurance de mon profond respect.

<c Uambassadeur d'Espagne :

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