‹ La révolution russe (volume 4)Chapitre 7 sur 20 · SOUS^LE RÈGNE DES MAXIMALISTES · texte numérisé non relu

SOUS^LE RÈGNE DES MAXIMALISTES

trompaient... Les dictateurs de Smolny démobilisent l'armée ancienne. Mais aussitôt, ils en lèvent une nouvelle de volontaires qui marchera sous le titre flamboyant : « L'armée rouge des ouvriers et paysans »

On n'y recevra que des purs. Ils seront payés 250 roubles par mois et l'armée rouge coûtera plus cher qu'aucune armée au monde. C est le progrès. Le Soviet central la dirigera. On y fera de la politique. Elle sera appelée, sans doute, à défendre le gouvernement et ne servira qu'à l'intérieur, puisque les Soviets ne veulent plus connaître, en fait de guerre, que la civile.

22/4 février.

La camarade Kollontai, ayant décidé d'annexer à son ministère la Laure célèbre de Saint- Alexandre Nevski, y a envoyé des « gardes-rouges » et des marins pour en chasser les moines. Dans le beau et calme jardin de cette abbaye où sont enterrés les morts illustres de Russie, il y a eu un grand scandale ; le peuple s'est ému de la violation du monastère ; les « gardes-rouges » ont tiré et tué un Père.

Le patriarche Tikhone a publié un manifeste, .e lendemain, où il jette l'anathème sur les maximalistes. Hier^ dimanche, une grande cérémonie

^ense a été organisée. Le clergé de toutes les ises est sorti, en vêtements d'or, portant les les, et s'est rendu de tous les points de la e à la Laure suivi d'une foule de fidèles. Le lège est allé, ensuite, à Notre-Dame de Kazan, eeudant toute la perspective de Nevski, In peuple immense, chantant des cantîques,et

nue, suivait les évêques, les prêtres rutilant ', et les Saintes images. Sur le passage de la cession où ont pris part plus de cent mille les, chacun se découvrait, soldats, g&rdes-rou-

et marins.

'. faut se garder de croire que la manifestation gieuse, l'émotion de la foule, les pleurs des mes, aient le moindre effet sur le développeit des forces anti-masimalistes à Petrograd.

gens qui ont suivi hier les icônes marcheront laÎQ avec un même enthousiasme derrière les nières roOges des bolcheviques, iea ne veut rien dire ici. Il ne faut jamais r des conclusions. On ne peut rien fonder sur

émotions de ce peuple simple, sensible et ageant. U est comme la surface de la mer :e à se soulever sous le vent d'où qu'il vienne.

ujourd'hui, au centre de Nevski, devaut Gos- Dvop, la foule regardait des hommes eolela neige et casser la glace. Ils étaient en tmile militaire, mais, bien qu'ils n'eussent ptA

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d'épaulettes, on voyait qu'ils n'étaient pas de simples soldats. C'étaient, en effet, des officiers. 11 y en avait d'âgés, et, peut-être, parmi eux, des généraux. Plusieurs avaient gardé, sur leur poitrine, la croix de Saint-Georges. Plusieurs avaient au bras les galons qjii comptaient leurs blessures.

Ils travaillaient sérieusement, sans paraître se douter de l'attention qu'ils excitaient. Leurs visages étaient graves et iristes, tandis que de leur mieux, ils maniaient le pic et la pioche.

Le comité de Gostiny Dvor, par charité, les a embauchés pour déblayer la neige. Ainsi gagnentils de 8 à 10 roubles par jour. Depuis le règne des maximalistes sous lequel les voyous de la garde-rouge et les marins assassins de Ghingaref et de Kokochkine touchent de 15 à 20 roubles par jour, les officiers, à la lettre, meurent de faim avec une paye de 5 roubles par mois. Comment ces malheureux peuvent-ils vivre ? Comment nourrissent-ils leurs familles ?

On voit des femmes d'officiers venir avec leurs enfants vendre les journaux du soir dans Nevsky. Mais les gamins qui crient les journaux les chassent des coins de rue achalandés et elles se promènent sur les trottoirs offrant les feuilles aux passants. On leur achète beaucoup et, le plus souvent, on ne réclame pas sa monnaie.

A Kharkof, l'association des anciens magistrats a formé une corporation de porteurs pour travail- . 1er à la gare. Mais la corporation des porteurs ne les a pas laissés s'installer dans la place.

Je déjeunais aujourd'hui dans une des grandes maisons de Petrograd. Nous étions à peine à table qu'un soldat en Itlouse traversa à pas rapides la salle à manger.

— . Ah ! c'est vous, Âlesis Ivanovitch, dit notre hôte.

— J'arrive, répond le soldat. Un instant...

Quelijues minutes après, il revient. Il a revêtu

sa tunique de premier lieutenant avec la crois de Saint-Georges épinglée sur la poitrine. C'est un tout jeune homme. Ses joues sont roses, l'ceil vif ; un air de honne humeur et de santé est répanda sur sa figure. On me le présente.

— Le comte T...

— Eh bien, comment va le travail 7

— Pas mal, j'ai un appétit. Nous en avons enlevé de la neige I

11 me raconte ce qu'il fait.

— C'est simple. Je me suis inscrit dans une association qui fournit du travail aux ofQciers sans argent. Or, nous sommes les uns et les autres sans le sou. Nous acceptons toutes les besognes. Nous sommes déménageurs, débardeurs,

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balayeurs. Pour l'instant, la neige donne. Nous travaillons près " de la gare Nicolas. Six heures par jour, 12 roubles. C'est bien payé. Mais,nous faisons de la besogne ! Nous en abattons deux fois plus dans le même temps que les professionnels. Aussi on ne veut plus que nous. On nous demande aux quatre coins de la ville. Les balayeurs de métier nous regardent d'un mauvais œil. Un de ces jours, on se battra... Dans cet excellent pays, on n'en a jamais fini avec la neige. Il en est encore tombé cette nuit. On va nous envoyer sur les toits. Comme il y a quelques risques, on reçoit 22 roubles pour les six heures Je n'en ai jamais gagné autant, et de loin, à l'armée... Mais savezvous ce qui est le mieux payé ? Voilà : quand le gouvernement a de grandes sommes d'argent à transporter à travers la ville, c'est nous qu'il appelle. Nous escortons le fourgon : Ci : 35 roubles ; mais c'est pas tous les jours fête^ C'est ainsi que nous gagnons notre vie sous le régime de Smolny. Je mange bien, je dors comme un dieu, je ne me suis jamais mieux porté.

Si Lénine et Trotski, en réduisant les officiers à la famine et en les contraignant à faire des besognes de manœuvres, ont eu la pensée de rapprocher les classes et de les fondre en une, ils se sont grandement trompés.

Les manœuvres voient avec dégoût les aristo- ''rates travailler à leur place et faire leur besogne

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mieux qu'ils ne la font eux-mêmes : « Gë sont des gàte-métieps, déclarent-ils. 11 n'y aura plus moyen de vivre en paix. »

Et les aristocrates disent : « Ces journaliers et ces manœuvres sont des propres à rien. Ils sont admirablement payés et n'en font pas davantage. Ah ! il ne faudra pas qu'on nous apitoie sur leur misère quand c'est nous qui serons les maîtres. Le seul argument à employer avec eux, c'est la trique. »

Notre jeune officier, tout heureux de la besogne faite en plein air, du pain facilement gagné, de la solution résolue du problème de la vie quotidienne, amusé par l'inattendu de la situation, acceptant joyeusement le changement qui l'a précipité du haut de Téchelle sociale à son plus bas degré, ne tirait pas ces conclusions.

Mais il y arrivera plus tard quand la roue de la fortune, une foiiâ de plus, auta toujpné.

A la Banque du Peuple.

Mars 1918.

Depuis que le Gouvernement s'est jemparé des banques en décembre, il a déclaré que les actions en étaient annulées et il en a saisi les dépôts. Puis il a fondu les banques privées en une vaste Banque du Peuple.

sous L6 RÉQNE DBS MAXIMALISTES SO

La Banque du Peuple ne paie que les chèques d'uôineS) sur état visé par le Comité ouvrier. Les simples particuliers, eussent-ils des millions en dépôts ne peuvent toucher que quelques centaines de roubles par mois, quatre ou cinq fois moins que les ouvriers spécialistes. Toute source de revenus est tarie pour les capitalistes ; ni les terres, ni les usines, ni les sociétés ne donnent un sou. Il semblerait que nous ayons à subir une effroyable crise monétaire et que Ton ne puisse plus trouver nulle part de l'argent.

Il n'en est rien. Au contraire, l'argent n'a jamais été plus abondante Voici comment on arrive à ce résultat paradoxal :

Dans les pays où règne l'ordre ancien, lorsque TEtat émet des billets, ôotts la garantie de rencaisse métallique, du portefeuille commercial et des avances sur fonds d'Etat, ils entrent en circulation^ mais vont bien vite se placer en dépôts dans les banques, et des banques privées, ils reviennent en partie à la Banque d'Etat, allégeant ainsi la circulation fiduciaire.

Dans l'état maximaliste, il n'en va pas ainsi. L'Etat émet des billets à toute vitesse et sans se préoccuper dé leur trouver une garantie. Il en imprime pour environ deux cents millions de roubles par jour *. Les billets servent à payer les

1. Je crois ce chiffre exact, mais il est difficile d'avoir un rensei^ement précis sur ce point.

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dépenses inouïes de FËtat. Ils entrent ainsi dans

la circulation, mais jamais l'Etat n'en reçoit un

seul, car ceux qui les ont se gardent tien de les

porter à la Banque du Peuple. Us les gardent

chez eux ; ils les cachent comme ils peuvent ; ils

risquent d'être volés, mais ils préfèrent courir ce

risque que d'être volés par l'Etat. Un spéculateur

p- s'enrichit ; un haut fonctionnaire maximaliste

fe gagne des millions par des moyens ingénieux. Il

^ empile ses billets dans un tiroir, mais il ne les

'f dépose pas à la Banque du Peuple. Aussi voit-on

chaque jour la circulation augmenter et l'Etat

s^appauvrir. Il émet des milliards et la Banque du

^v Peuple qui paie à guichets ouverts, sans jamais

recevoir de dépôts, court à la banqueroute.

Nos maîtres maximalistes ont été bien surpris à voir le résultat de leur politique flnan- I': cière. Comment ! ils s'emparent des banques, des

1^ milliards de leur capital et de leurs dépôfs et ils

Et sont plus pauvres après l'opération qu'avant. Les

^ dictateurs se regardent stupéfaits. Ils font un

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