‹ La révolution russeChapitre 11 sur 31 · DO ES D D DE · texte numérisé non relu

DO ES D D DE

Le train impérial allait, de çà, de là, de Bologoié à Dno et retour, ne sachant où se diriger.

À Dno, arriva le train du général Ivanof avec ses chevaliers de Saint-Georges.

« Le seul salut, dit le général, est d'aller à l’armée. »

À quatre heures du matin, le reporter vit l’empereur à la station Staraia-Roussa ; il portait un manteau de colonél et était coiffé d’une papakha repoussée en arrière. Îl passa plusieurs fois la main sur son front ;

‘il était très pâle. A côté de lui, Nylof, tout à fait ivre,

chantonnait confusément.

Le train partit pour Pskov, où eut lieu l’abdication. Les délégués du gouvernement étaient Goutchkof et Choulguine.

8/21 mars.

Le soleil de la liberté fait sortir chaque jour une nouvelle floraison de journaux, si j'ose dire. Toutes ces feuilles sont socialistes. Sous le tsarisme, seuls paraissaient les grands organes de la bourgèoisie et des classes dirigeantes. Le prolétariat était sans organe et sans voix. Dix journaux aujourd'hui clament ses revendications. J'ai noté déjà le Social-Démocrate, le Peuple, la Liberté, la Pravda. Voici, maintenant, ma récolte d'aujourd'hui : la Gazette ouvrière, sur quatre petites pages, 4 kopecks. Articles : « C’est arrivé » ; puis : « De Michel [* à Michel dernier ». Un second journal exprime les aspirations des âmes républicaines qui se trouvent dans le corps des officiers, sous le titre :

« L'Armée nationale », avec un sous-titre interminable qui aurait fait mourir Flaubert de désespoir par l’accumulation des: «de », « Organe du conseil de l’Union des officiers républicains del’armée nationale ». Impartialement, il donne, en première page, le manifeste du gouvernement provisoire et l'arrêté n° 2 du Comité des ouvriers et des soldats. Premier article : « L'Armée nationale ». Il arrive enfin à cette formule : « La soumission intérieure remplace l'esclavage extérieur. »

Je parcours tous les journaux ; ils ont entre eux une grande ressemblance et se servent du même vocabulaire. On y retrouve à chaque ligne les couples de mots balancés :: tsarisme-prolétariat, réaction-liberté, capitalisme-communisme. Tout cela est fort connu; Je passe.

J’y cherche en vain un article, un seul, dont l’auteur paraisse se souvenir de l'heure présente, de l’ennemi en Russie, de la guerre mondiale, de la nécessité de battre l'Allemand. Je cherche, je cherche, en vain.

Ah ! voici enfin l’article que j'attends : « La guerre n'est pas finie; organisez-vous. » Je lis..: O déception ! L'organisation dont il s’agit n’est pas pour défaire l'ennemi du dehors, mais celui du dedans. C’est le bourgeois qu’il faut battre, et non l’Allémand.

8/21 mars.

Hier, des soldats et sous-officiers français, parlant bien le russe, ont été invités par leurs camarades à venir faire des causeries dans les casernes sur l’armée

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républicaine française. Goutchkof les y a autorisés et,

je crois bien, est enchanté de cette idée inattendue

peur ramener uün peu de bon sens dans les cervelles des héros de la révolution.

Je rencontre un de nos soldats, au sortir d’une de ces conférences. Ïl a été reçu à la caserne par un comité. Partout, on avait placardé l'annonce de sa venue. Dans une chambrée, sept cents soldats se pressaient, s’accrochaient aux poutres pour mieux entendre. Une tribune était préparée. Notre camarade a dit aux soldats russes ce qu’on imagine sur la nécessité de la discipline dans toute l’armée, même la plus démocratique ; il a montré la liberté plus grande dont jouissait le soldat en France. Les auditeurs lui posaient des questions ; il répondait et ils applaudissaient.

Ces conférences-causeries vont se multiplier. Espérons

que le bon grain semé germera dans quelques cerveaux.

Par ailleurs, j'ai de mauvaises nouvelles de l’armée :

Des agitateurs de Petrograd sont arrivés jusqu’au front de Dvinsk et ont commencé à soulever les sol- dats, parmi lesquels des émeutes ont éclaté.

Le public a eu vent de l’affaire. Une lettre du général Rousski avait éveillé l'attention. Il demandait que toute personne envoyée pour la propagande à l’armée par le Comité des ouvriers et soldats se présentät d’abord, comme il est naturel, à son quartier général, à Pskof. Bontch-brouiévitch, au nom du Comité, lui répondit par une lettre, dont on donne le texte aujourd’hui seulement, par laquelle il déclare fort cavalièrement au général que, depuis la révolution, la parcle . est libre en Russie. 1125

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