‹ La révolution russeChapitre 16 sur 31 · LE · texte numérisé non relu

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Le gouvernement jette un cri d'alarm menace la capitale. Il masse des soldats Riga-Dvinsk; il prépare la flotte pour un:

le golfe de Finlande. Petrograd est en dan vernement espère sans doute ramener soldats aux usines et dans les casernes.

Le seul effet de la proclamation est panique chez les bourgeois qui assiègen Une queue de deux mille personnes se dér jour devant la station de ville où on «€ billets.

Chingaref, ministre de l’Agriculture, vaste projet de monopole du blé. Le gc achèterait ce qui reste de la récolte 1911 récolte 1917.

Un ingénieur me donne d’intéressants ments sur la situation dans les usines. Su nes de Petrograd, une seule travaille norr

Partout, les députés ouvriers agissent d modérateur. Mais ils n’ont d’autorité que lo présents. Dès qu'ils ont tourné le dos, l anarchiques reprennent le dessus. Souvent renvoient ingénieurs et directeurs. Dan:

fabrique d'Okhta, ils ont chassé le comi tion. Puis, ils sont arrivés dans les bureau sur les tables des dossiers préparés, des pi

à répondre, des commandes à faire. Ils se sont arrêtés, interdits, ne sachant par quel bout prendre la besogne. Un délégué du Comité est arrivé, a renvoyé ces pauvres gens à leurs établis et rappelé la direction.

On a décidé la journée de huit heures : parfois, avec heures supplémentaires payées ; parfois, avec trois équipes. En moyenne, les ouvriers travaillent qua- ‘rante-cinq heures par semaine. |

Dans l'usine Aiïwaz, quartier de Viborg, cinq mille ouvriers font des fusées. Les manœuvres travaillent à la journée ; les spécialistes, aux pièces; ils touchent jusqu’à vingt roubles par jour. Des femmes même gagnent jusqu’à huit et dix roubles.

On apprend par la publication des listes de l’Okkrana que l’ancien rédacteur en chef de la Pravda, journal des extrémistes, émargeait aux fonds secrets. Cela est fort désagréable pour le journal d’aujourd’hui, mais, pour qui est renseigné, n'apporte aucune surprise, car ce n'est pas la première fois que l’on constate des relations suivies entre la police secrète et le parti des maximalistes.

L’après-midi, parade dans la ville du régiment de Volhynie, le premier qui ait passé au peuple. Il défile m ordre, avec musique en tête et officiers. Les soldats Jortent de grandes pancartes où on lit, avec plaisir, es inscriptions suivantes: « Ouvriers, travaillez pour

, défense nationale! » « Non, nous ne quitterons pas

les tranchées ! » « Nous mènerons la guerre jusqu’à la victoire finale! » J’y vois le fruit de l’œuvre adroite et persévérante du général Kornilof.

On entend de beaux appels qui nous viennent de régiments sur le front. Les soldats et officiers du 116° demandent que le pouvoir reste dans des mains honnêtes: « Une fin de guerre déshonorante couvrirait de honte à jamais la Russie. Qu'on n’entende pas ici le cri: « À bas la guerre! » Ne touchez pas à l’armée à

l’heure actuelle ! Nos véritables ennemis sont les Alle- mands et les provocateurs. »

ee Un ami intime du prince Lvof me donne le chiffre n des victimes de la révolution qui monterait à sept di. mille pour Petrograd; ce chiffre comprend tous les blessés soignés dans les hôpitaux et ambulances, et les morts. Il faut y ajouter un millier de blessés soignés # - à domicile. Le nombre des morts est entre douze et | quinze cents. On s’est battu le vendredi, samedi, dimanche et lundi, et les garadovois ont continué, trois jours encore, à tirer du haut des toits, avec mitrailleuses et fusils.

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ee | 15/28 mars.

A dix heures, les membres du gouvernement pro- “ - visoire prêtent serment au Sénat. Je m'y rends parune | belle matinée rayonnante de soleil sur la neige et sur la glace. Dieu continue à nous refuser le printemps et nous maintient à douze degrés de froid! Derrière la statue de Pierre-le-Grand, de Falconnet, hardi et léger

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cavalier de bronze, dont le cheval s’enlève au haut d’un rocher artificiel, en face de la Néva, le palais du Saint- Synode et du Sénat, de style empire russe, — colonnes blanches sur murs jaune-orangé pâle dont le ton s’avive et chante entre la neige des toits et celle qui couvre la terre. Personne, ou presque personne au Sénat, à part une quarantaine de sénateurs en petite tenue — ce qui implique encore pas mal d’or se relevant en bosse sur leurs uniformes. Une vingtaine de curieux, femmes, amis, parents des ministres sont venus. |

Kerenski passe, affairé, donnant des ordres. Il est de couleur cendre ; ses yeux clignotent de fatigue plusencore que de myopie ; il a une petite veste noire, à col relevé, avec pattelette dans le dos. Les sénateurs s’asseoient au haut d’une longue table en fer à cheval, très étroite, et le groupe des dix ministres entre. Les uns sont en redingote, les autres en veston. Ils se tiennent debout devant le président qui prend le texte du serment. Les ministres lèvent la main. Le président lit le serment, phrase par phrase. Le groupe des ministres répète la phrase; mais, comme il est naturel, avec confusion et de la façon la plus indistincte ; seul, un vague murmure est entendu. On attrape, parfois, quelques mots qui se perdent vite dans le brouhaha des voix. Lorsque le serment est terminé, le prince Lvof fait le signe de la croix. Puis, la traditionnelle photographie, et chacun s’en va chez soi, après cette courte cérémonie, unique dans l’histoire de la Russie, qui aurait exigé peut-être une mise en scène tant soit peu plus pompeuse. :

Mais les Russes sont des gens simples ; ils ignorent la belle ordonnance et la majesté réglée de nos cérémonies républicaines. :

À onze heures: tout est fini et je vais chez Goutchkof, qui m’a donné rendez-vous au ministère de Îa Guerre à Moiïka. Bien que ce ne soit pas l'heure de réception, l’antichambre du ministre est pleine de généraux qui apportent leurs rapports.

L'ancien président du comité des industries de guerre est un des hommes marquants de la Russie. Il représente au gouvernement provisoire l'élément le plus modéré, le plus monarchique, Goutchkof est un homme d’autorité. Et c’est d'autorité qu'on a le plus besoin à l’heure actuelle. Mais est-il possible pour un

membre du gouvernement provisoire de faire preuve

d'autorité? Goutchkof dans un instant me dira .son sentiment sur ce point. Îl commence par me parler de sa visite sur le front nord, d’où il arrive le matin même. |

Il faut ici faire la part de l’optimisme nécessaire et de la réserve imposés à un ministre de la Guerre. M. Goutchkof m'a fait l’honneur, après l'interview

officiel, de me parler, d'homme à l’homme, de la

sityation actuelle: Je ne puis reproduire dans ces pages que Jj'envoie toutes fraîches à Paris pour être imprimées ce que le ministre ne destine pas à la publication.

« Je suis parti, dit-il, très pessimiste. Je revicns avec plus de confiance, après avoir vu la situation par mes yeux. La vague révolutionnaire est arrivée jusque sur le front et a ébranlé l’armée. L'édifice lentement

it de la discipline ancienne s'écroule. Un ordre

u doit s'établir. Il n’est pas possible que, dans ce passage du régime ancien et autoritaire à l’état nouveau et démocratique, quelques troubles ne se produisent pas. Ils se sont produits, en effet, mais j'espère qu'ils vont s’apaiser et les bruits de grands désordres qui ont couru sont faux... Je pense, du reste, que ce que nous avons perdu du côté de la discipline sera plus que compensé par l'enthousiasme qui remplit l’armée et dont, si Dieu donne, nous pouvons attendre beaucoup.

— Et les déserteurs, demandai-je. En avez-vous beaucoup et quelles mesures prend-on à l'arrière pour les renvoyer au front ? °

— Les déserteurs sont surtout nombreux dans les dépôts, à l’arrière, et dans les convois. Toutes mesures sont prises pour les renvoyer sur le front. En outre, les soldats sont furieux contre les camarades qui quittent leurs postes et ont organisé eux-mêmes une police sévère pour les arrêter. Nous les reprenons dans les trains, dans les stations. On a institué des comités de discipline composés de soldats et de marins; ils ont édicté les peines eux-mêmes, et vous serez surpris d'apprendre que, dans plusieurs cas, les peines qu’ils ont fixées sont plus élevées que celle de l’ancien code. »

Et le ministre me tend un télégramme reçu le matin de Revel, qui montre, en effet, que les marins ont rédigé un code assez sévère.

« Quant aux officiers, continue le ministre, la Révoution a mis fin af régime de faveur sous lequel nous

ions et qui encombrait les hauts postes de généx médiocres et même nuls, mais bien en cour. J’en nis déjà plusieurs à la retraite et l’épuration va con- 1er. Nous avons, dans le corps des officiers, des forjeunes et intelligentes qui vont enfin trouver la sibilité de montrer ce dont ils sont capables. Mainant, entre les officiers, régnera une saine émulation produira de grands résultats. Dans cette année de re, que je veux croire dernière, il faut mettre tous atouts sur la table. L'armée russe sera mieux imandée qu’elle ne l’a jamais été. »

18/31 mars.

‘e matin, le pain manque. Malgré quatre heures de ue sous la neige qui tombe à gros flocons, ma inière rentre les mains vides, désespérée, prête à rer.

Juand je sors, je vois des queues immenses à la « des boulangeries. Sur la devanture de beaucoup tre elles est affiché : « Pas de pain. »

i ke pain n'arrive pas, où allons-nous? Combien emps le peuple, le patient peuple russe, fera-t-il lit au nouveau gouvernement, s’il ne lui donne pas sain ?

e soir les journaux annoncent qu'on va avoir du : blanc. En attendant la brioche promise, le pain manque.

la Douma, où je me rends, continuent à défiler égiments qui viennent se faire haranguer. Le régit de la garde, dit de Moscou, encombre la rue de

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À PETROGRAD ET AUX ARMÉFS Er7

Tauride où je passe pour arriver à l'entrée des députés. Les soldats se rangent pour me laisser passer. Il n’y a pas un cri, pas un mot contre mon traîneau de louage et son énorme cocher tout gonflé, comme il convient à un cocher de grande allure. Bien mieux, le traîneau se prend dans les rails de tramway. Quatre grands soldats arrivent, empoignent le traîneau, nous soulèvent doucement et nous posent sur la neige. En France j’aurais.« pris ».quelque chose.

Ces gens sont bons et simples; pas l'ombre de jalousie, d'envie chez eux. Il y a, là aussi, un régiment des équipages de la flotte qui attend son tour d’entrée à la

terre promise, au palais de Tauride.

J'ai tout le loisir de regarder les écriteaux que soldats et marins promènent à travers la ville. Il y a huit jours seulement dominaient les inscriptions. suivantes : « Vive la République démocratique »; « La terre et la liberté » ; « Vive le Conseil des députés ouvriers et soldats ». Ces pancartes n’ont pas disparu, mais j'en vois avec plaisir un grand nombre sur lesquelles je lis: « Soyons unis»; « Ayons confiance dans le gouvernement provisoire et le conseil des députés ouvriers et soldats »; « Ouvriers, travaillez pour la défense nationale »; « N'oublions pas nos frères dans les tranchées » ; « La guerre jusqu’à la victoire finale ». Et celle-ci, qui, dans une forme lapidaire, donne le programme nécessaire de l’heure présente: « Les ouvriers aux usines, les soldats sur le front. » Dieu donne! comme disent les Russes.

Hier, comme je longeais la cour des immenses casernes Préobräjenski, les soldats. faisaient l'exercice

sous le commandement de sous-officiers. Et soudain; j'ai entendu un sous-officier engueuler d’une voix de tonnerre un soldat maladroit. Je ne puis dire le flot de

Joie qui m’a envahi à entendre ce brave sous-officier

adresser les vieux et sonores termes de caserne à ce soldat doyen € conscient. Et je me suis dit: « Tout n'est pas mort. |

19 mars/i° avril.

L'indépendance de la Pologne est annoncée par le gouvernement, de la Pologne unie, libre, maîtresse d'elle-même et de ses destinées.

Les Polonais à qui je téléphone sont au septième ciel. Toutefois, une remarque : la Pologne industrielle qui est riche, qui est grande, qui est forte, ne vit que du marché russe. ‘

De Lodz, les industriels ont un marché ouvert de 12 000 kilomètres en longueur. Une fois que la Pologne sera royaume ou république indépendante, les Russes élèveront une barrière de douanes à ses frontières. Les industriels de Moscou diront : « Enfin, nous pouvons nous défendre contre les Polonais. Protégeons l’industrie russe. » Et la Pologne industrielle, outillée pour travailler pour 150 millions de clients et réduite à un marché de quinze millions d'habitants sera ruinée.

20 mars/2 avril.

Pendant la moitié de la journée, les troupes ont défilé dans les rues, toujours portant leurs écriteaux

variés. Mais, déjà, on voit les effets de l’anarchie dans les casernes ; les soldats, ces magnifiques soldats, qu'’autrefois on ne pouvait qu’admirer et dont le défilé donnait l'impression d’une force puissante et réglée, marchent maintenant avec mollesse et abandon, mal alignés, sans garder la cadence longuement apprise. Depuis un mois, ils ne travaillent plus ; l'exercice militaire n’est pas fait pour des citoyens-soldats. Ces troupes ne sont-elles plus bonnes que pour des parades médiocres, avec pancartes et grosse caisse, dans les rues de la capitale ? On finit par regarder avec dégoût ces interminables promenades de troupes qui s’exhibent devant le peuple de Petrograd. |

Quand ils ne font pas des processions dans les rues, les soldats flânent à travers la ville. Ne sachant éomment tuer le temps, ils s'offrent des ballades en tramways, dans ces tramways de Petrograd qui ne suffisent déjà pas — et de loin — à assurer la circulation des habitants de la capitale. Avant la Révolution, on était obligé d’avoir .une milice de cinq ou six mille soldats pour la police des tramways,: de façon à empêcher les soldats de monter dans les voitures. La Révolution a aboli ces défenses surannées et a donné aux soldats citoyens le libre parcours sur toutes les lignes. Aussi les soldats occupent en maîtres les voitures, et peuple et bourgeois vont à pied.

La situation des officiers à Petrograd est horrible. Les soldats n’obéissent pas. Les soldats tutoient leurs officiers et exigent d’être vousoyés. Il n’y a plus aucune instruction militaire. Les’ soldats découchent libre-

ment. J'ai vu vingt-cinq officiers qui m'ont parlé de Iæ même façon.

Un colonel de la garde me dit ce mot :

« Sur le front, la situation est encore bonne. Mais que sera-t-elle demain ? » /

21 mars/3 avril.

Jamais les queues à la porte des boulangeries n’ont été plus longues. C’est un spectacle désespérant que celui de ces centaines et centaines de personnes, vieil-

lards, femmes, enfants sous la neige qui tombe à gros

flocons. Les soldats ont le droit de priorité. Rien n'irrite plus le peuple que de voir les soldats, qui sont nourris à la caserne, passer devant cent ou deux cents personnes, en queue depuis quatre heures, et prendre le pain restant. On m'assure que, dans Gagarinskaia, il y a eu ainsi des rixes et qu’un soldat a tiré.

Dejà, parmi les femmes du peuple, on entend des propos de ce genre :

« Ah! quand nous avions le tsar, il ne nous laissait manquer de rien. »

= Le gouvernement fait un appel demandant aux gens de ne prendre strictement que ce qui leur est nécessaire, étant donné l’extrême difficulté de ravitailler Petrograd.

On nous a donné des cartes de pain. Une livre par

jour et par personne. Une livre trois quarts pour-ceux :

qui travaillent physiquement. La distribution commence le 24 mars/6 avril.

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22 mars/4 avril.

Le gouvernement donne tout ce qu’on lui demande.

« Nous voulons une Pologne libre, unie, intégrale.

—. Vous aurez une Pologne libre, unie, intégrale. »

Les femmes disent :

« Nous voulons le droit de vote.

— Vous aurez le droit de vote. ».

Les allogènes s’agitent :

« Égalité de toutes les races, de toutes les religions, accession de chacun à tous les emplois, abolition de toutes les restrictions. »

Et le gouvernement :

« Nous décidons l'égalité, etc... » |

À l’aube de la liberté, le gouvernement ne refuse rien. Tous les désirs sont comblés, tous les vœux exaucés. Demandez la lune, il vous l’accordera par : décret. Mais j'incline à penser que le gouvernement sait bien ce qu'il fait ; il connaît l’âme russe qui a besoin de belles promesses ; et, au fond, que lui donne-t-il? Des promesses à tour de bras, et, cepen-

dant, le temps passe, et il appartiendra à la Consti-

tuante de remettre de l’ordre dans tout cela, de voir ce qui est immédiatement réalisable et ce qui ne l’est pas, ce qui est chimérique et ce qui est suivant la raison. Le gouvernement gagne du temps: le vote des femmes à la Constituante recule les élections de trois à six mois, au moins. Déjà, l'élection par les hommes paraissait impossible avant une grande demi-année

nous arriverons ainsi, d'impossibilité matérielle en

impossibilité matérielle, à ajourner après la guerre ces élections, et c’est la seule solution raisonnable.

La question du vote de l’armée avait montré clairement l’absurdité de la thèse soutenue par le Soviet qui veut des élections immédiates et exige, en même

temps, que l’armée prenne part au vote. Ge vote de.

l’armée est chose assez bouffonne. Il est évident qu’une division ou un corps ne peut nommer un député. Les soldats, en trois ans, changent et on se demande qui se trouverait représenter le député élu par l’électeursoldat. D'autre part, on ne peut envoyer pour les élections les six ou huit millions de soldats dans leurs foyers. Alors, reste le vote par correspondance. Mais ici encore les difficultés sont de taille. 1l faudra que, dans une circonscription électorale, les candidats aient la liste et l’adresse de tous les soldats-électeurs éparpillés sur le front entier ; les lettres, en beaucoup de cas, iront dans les dépôts ; combien se perdront avant d'arriver aux mains de l’électeur-soldat ? Enfin, chaque candidat envoie son programme à chaque électeur. A trois candidats par circonscription et huït millions de soldats, vingt-quatre millions d’enveloppes s’envoleront ainsi et arriveront (ou n’arriveront pas) à destination. Le soldat reçoit, en outre, son bulletin de vote ; nous voici à trente-deux millioris d’enveloppes. Il le renvoie au jour fixé, sous double enveloppe : quarante-huit millions. Mais ce pays est vaste: un paysan de Kharbine, en Mandchourie, est à Galatz ; combien de semaines ou de mois faut-il pour qu'il reçoive les programmes, le bulletin de vote et qu’il le retourne ?... Enfin, c'est fait, mais il y a ballottage

RS = = ms.

ne me

es te

et tout est à recommencer, et la correspondance reprend entre Kharbine-Galatz et Galatz-Kharbine. La guerre sera finie avant que la correspondance ne ne soit dépouillée.

À toutes ces difficultés, le gouvernement, d’un trait de plume, ajoute celle, plus grosse encore, du vote des femmes. Il n’y aucune liste électorale de ces illettrées. MM"° les Kalmouckes, Turcomanes, Khirgises, Tatares, Yacoutes, Tcherkesses, Lesghiennes et Ossètes réclament leur bulletin de vote. Il y aura 120000 000 d’électeurs, tant mâles que femelles.

Le gouvernement est adroit; j’admire le gouverne-

. ment. Les élections me paraissent remises aux calen-

des grecques. En Russie, comme en France, le provisoire est fait pour durer. Peut-être le gouvernement joue-t-il avec finesse, une jolie partie? Il est impuissant contre les partis extrêmes. Alors il leur accorde tout ce qu'ils demandent. L’absurdité de leurs exigences contradictoires amènera finalement la prolongation du statu quo, et le gouvernement, devant cette situation impossible, fera bien ce qu'il voudra, sans s'être jamais heurté de front au Caliban redoutable. Et cela me paraît asiatique et louable.

Oui, mais à Petrograd la situation ne s'améliore pas; elle empire. J’ai voulu avoir des renseignements précis sur la constitution et le fonctionnement du Conseil des députés ouvriers et soldats. Rien de plus difficile : les membres du Comité exécutif sont peu désireux de donner des éclaircissements ; ils éludent les questions directes. Longtemps, ils n’ont pas voulu donner les noms des membres du Comité exécutif.

Voici ce que je sais avec un peu de certitude. Lenombre des députés enfle chaque jour. Comment à Cela est encore inexpliqué. Mais enfin, ils sont aujourd’'hui trois mille, dont deux tiers des soldats. Cettemasse amorphe et chaotique se refuse à tout essai de

pe s'organiser. Comment manœuvrer trois mille députés P A" Le Comité exécutif a fait un plan. Les trois mille- Ke députés nommeraient un petit conseil de cinq cents ë membres, auquel le Comité rapporterait les affaires, be qui discuterait et voterait. Mais les députés voient que- : deux mille cinq cents d’entre eux ne siégeraient plus. Comment l’admettre ? Comment la Russie se passera- É t-elle d'eux? Ils ont repoussé le plan du Comité. Ils- : sont les maîtres; ils entendent rester tels.

o J'ai l'impression que, déjà, le Comité exécutif n’est à plus écouté et qu'il est impuissant. Les tendances < anarchiques de la masse des ouvriers l’emportent. Chacun veut agir à sa tête. Personne ne trouve digne L d’un citoyen conscient de suivre un chef, même élu.

| Dans chaque usine, les ouvriers veulent être les maî-

Ke tres. En vain, le Comité multiplie les appels. J’en ai . noté plusieurs. Il rappelle les ouvriers au travail ; il & parle de la défense nationale ; il dit que, sans ordre, Ê. on va à la ruine ; que le temps est passé des manifes- Ee tations. Vaines objurgations! L’ouvrier ne fait bien e. que ce qu’il veut. Et le Comité n’est déjà plus qu’une A tête sans corps. Demain, il sera aussi bourgeois que le a gouvernement. En attendant, plusieurs usines soft Ge décidées à fermer. Des milliers d'ouvriers seront sur Se le pavé.

Fe : Et la guerre? L’armée du sud-ouest a eu hier un

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