‹ La révolution russeChapitre 20 sur 31 · Û DE PP ET PE · texte numérisé non relu

Û DE PP ET PE

D. — En somme, les réunions plénières sont,. de ce fait, rares et, ainsi, le Comité exécutif me paraît avoir un pouvoir beaucoup plus actif, beaucoup plus autocratique. N’avez-vous pas songé à faire nommer, par ces trois mille députés, un conseil moins nombreux avec lequel les discusssions seraient possibles ?

R. — Nous avons des assemblées locales. Ainsi, les délégués du quartier de Viborg forment un conseil qui vote et nous transmet ses résolutions.

D. — La réunion d'hier des délégués des conseils de province s’est passée avec calme ?

R. — Il y a eu une discussion chaude, comme il

est naturel, mais je suis sûr que la résolution proposée par le Comité exécutif sera approuvée à une grosse majorité. Le Soviet de Petrograd, par le rôle qu'il a joué dans la révolution, par le fait que Petrograd est capitale et siège du gouvernement, est, en quelque sorte, un organe central et directeur pour la Russie entière.

D. — S'est-il manifesté, hier, dans la réunion, une divergence de vues entre la province et Petrograd ?

R. — Pas l’ombre. |

Tels sont les points précis que j’ai éclaircis dans ma conversation avec le citoyen Gvosdef.

Il ressort de ceci que Petrograd a ce rare privilège de nommer un député soldat sur deux cent cinquante électeurs et un député ouvrier sur mille ou moins de mille ouvriers. J’ai calculé qu’à la Constituante chaque député serait l'élu d'environ trois cent mille électeurs. Je retiens aussi que le Soviet de Petrograd a été formé au hasard. Arbitraire et vague, il représente Petrograd et quelques groupes du front.

Il est évident que trois mille députés ne peuvent, ni se réunir souvent, ni délibérer utilement. De plus en plus, les assemblées plénières seront rares et sans efficacité. De plus en plus, aussi, grandit le rôle du Comité exécutif de quarante-quatre membres qui, lui, siège en permanence et qui, à chaque heure, est amené à décider, par lui-même et sans contrôle, la politique du parti et à prendre les résolutions les plus graves. Il paraît évident qu’il n’est pas dans l'intérêt du Comité de réformer le conseil et d’arriver à constituer une véritable assemblée délibérante des députés qui exigerait le contrôle de toutes les questions importantes. Grâce à la constitution actuelle du Soviet, le Comité devient tout puissant, autocratique et maître de la politique du parti. Et voilà, de nouveau, un pouvoir immense, sans responsabilité et - presque sans contrôle.

Les vues du Comité sur la guerre, nous les avons apprises par le manifeste du gouvernement provisoire, car le membre du. comité Tseretelli, chargé de soumettre la résolution du Comité au vote des représentants des Conseils de toute la Russie, ne nous a pas laissé ignorer que le comité avait fait une forte pression sur le gouvernement pour lui faire adopter, ou plutôt pour lui imposer ses idées. Nous nous en doutions, du reste.

Le même rapporteur nous a révélé que le Comité pesait actuellement sur le gouvernement pour l’amener à demander aux gouvernements des alliés de se rallier à cette fameuse formule, fruit des veilles et des peines de qui?... Du Comité exécutif et irresponsable du

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Conseil des députés ouvriers et soldats de Petrograd, qui doit sa naissance à l’arbitraire qu’on vient de voir. Mais cet enfant vigoureux et qui ne doute pas de

. Jui, a l’ambition d'imposer ses vues à la France et à

l'Angleterre.

Sur la question des déserteurs, un journal du soir imprime un chiffre bien inquiétant. Dans le seul rayon. de Lutzk et dans la seule semaine qui vient de s’écouler, le chiffre des déserteurs revenant à l’armée a été de vingt-cinq mille. Si vingt-cinq mille sont rentrés, combien sont restés chez eux? Et si on étend les mêmes chiffres au reste du front, on arriverait à ce total énorme de trois cent mille déserteurs que Je repoussais lorsqu'il me fut donné pour la première fois.

Un officier de l’armée de Dvinsk, à qui je demande comment est l’armée, me dit :

« Dvinsk reflète Petrograd. Quand Petrograd est agité, nous ne sommes pas Calmes. Il faudrait que l’on ne nous envoyât plus d’agitateurs. Les officiers, malheureusement, sont découragés. Ils sentent que leurs soldats leur échappent. Peut-être, à force de patience et d’habileté, pourraient-ils les ramener, car le soldat n’est pas mauvais; il est sans rancune. Mais il faut avouer que cette tâche est difficile et rebutante. Bien peu d'officiers ont le courage de l'entreprendre. [l faudrait être un saint pour être, ici, égal à son devoir. Un officier va dans les tranchées le soir. Il s'aperçoit qu’une sentinelle a quitté son poste. Il la cherche et la trouve en train de boire du thé avec ses camarades ; le cas est sérieux, il faut

punir. Mais les soldats couvrent leur camarade et disent à l'officier :

« Allez donc passer quelques jours chez vous, à « l'arrière. Cela vaudra mieux. »

Veille de Pâques.

Un temps de printemps, doux et mou. Je vois à quatre heures des amis russes. Un capitaine des cosaques de la garde arrive du front. Il me dit:

. « Nous avons des agitateurs à l’armée, des délégués de l'arrière. Ils propagandent les idées nouvelles. Ce qu'en comprennent mes cosaques, je ne le sais. Ils sont venus à moiet m'ont dit: « Votre Noblessel! (ils « continuent à m'appeler ainsi), pour Dieu, délivrez- « nous de ces agitateurs et renvoyez-les à l'arrière. Ils « nous racontent des histoires du matin jusqu’au « milieu de la nuit. Ils nous fatiguent; nous n’en « pouvons plus à force de les écouter. Dites-leur qu’ils « nous laissent en paix et rentrent chez eux. » Mes soldats ont élu un Comité ; ils ne sont pas méchants, mais ils n’obéissent plus et nous ne nous risquons plus à donner des ordres... » |

Je le poussse un peu et il finit par me confier à demi-voix : |

« Pour nous, la guerre est finie ! » |

Je répète ici, une fois encore, que je ne prétends pas à des vérités absolues. À l'heure où j'écris, qui peut lire l’avenir ? Je donne des impressions sincères et je les donne à l'heure même où je les recueille. Si l’armée russe est encore capable d’un grand

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