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et je le regrette. Les déserteurs ont discuté la question du retour au front et, sans doute, ont décidé de profiter du délai d’un mois que leur offre encore le gou-
.vernement et de goûter les bienfaits de la liberté-jus-
qu'au 28 mai prochain.
L’intéressante corporation des prisonniers de guerre en Russie, qui vivent à peu près libres, a été agitée par le grand souffle de la Révolution. Réunis en congrès, à Kief, les Bosniaques, Croates, Tchèques, Dalmates, Serbes et autres Iougo-Slaves, employés aux travaux de voirie municipale et sur les chemins de fer, ont voté une résolution par laquelle ils demandent à être admis au bénéfice de la journée de huit heures.
Il faudrait ne rien connaître de l’âme russe pour ne pas être certain que leur légitime revendication sera favorablement accueillie.
Et voilà !
La guerre.
Nous revenons, toujours et malgré nous, à la ques tion de la guerre.
La Russie en effervescence que nous voyons, est-elle capable de vouloir la guerre? Un immense parti, le parti social-démocrate, qui représente à peu près tout ce qui est organisé dans le prolétariat, est pour la paix. Et je suis certain qu’au fond de presque toutes les âmes le désir de la paix est puissant. Quelques-uns seule-
mdent compte de ce que la Russie perdra à âtive et mauvaise. Chez les autres, la pensée re est effacée par les préoccupations immégrands problèmes qui se posent devant la ivelle. Le travail à l'intérieur est si vaste, si qu’il suffit à absorber l'esprit de tous. Quesres, questions ouvrières, questions sociales, solitiques, questions financières, un monde omment trouver le temps de s’occuper de la ême pour ceux qui voient la guerre nécessoulagement si on venait leur dire: « Faisons Quels sacrifices ne consentiraient-ils pas ix!
1 mauvais état d'esprit pour mener la guerre, : outrance.
ne si le gouvernement et l’armée avaient la contraindre le pays à la guerre, comment erre ? Que vaut l’armée aujourd’hui ?
ls qu’on va épurer le haut commandement et : retraite nombre d'officiers supérieurs incaposés par l’ancien régime et les influences Je sais la bonne volonté et le travail des chefs et du ministre de la Guerre. Cela suffit-il?
:de bons chefs, s'ils ne sont pas suivis? Que lat tel que l’a fait le coup de baguette magique lution?
at russe est un être simple et naïf, instinctif l ne raisonne pas beaucoup; il réfléchit le isible, avec lenteur et suivant le cours caché sée obscure qui nous échappe. Il est soumis :; au fond, il obéit avec plaisir ; il aime à se
dévouer, non pour une idée abstraite qu’il avec peine, mais pour un chef qu'il connai!
lui parler. L'éducation ancienne lui avait app de temps et de patience, à se tenir droit, la les épaules effacées, à lever les jambes en balançant les bras, à évoluer mécaniqueme les règles compliquées de l’école de comp bataillon. Il savait répondre, en mots brefs l'officier ; et, surtout, — triomphe de l’ent — il saluait, d’une longue phrase saccadée comme le crépitement d’une mitrailleuse et en un seul cri, de trois mille poitrines, l’a supérieur sur le terrain de manœuvres. Cel an ou deux de régiment, avec huit heure:
par jour, il le savait admirablement. Pas di soldat au monde que ce soldat automatique tueux. Il avait besoin d’être solidement en:
entraîné et conduit, il était héroïque. La même, il se rendait avec la même simplicité mise À mourir, si on l'avait mené au feu.
des prisonniers — près de deux millions — L’officier, pour lui, était un être d’une caste auquel il ne s’adressait que suivant les form prescrites par le règlement. Souvent, il ne tait guère et ne l’estimait pas: mais il obéi Et voilà qu’on vient dire à ce brave solc « Tu es libre, tu es un citoyen, l’égal cier. Tu ne le salueras plus ; il n’a plus le punir. C'est toi-même qui nommeras les” soldats qui auront à faire respecter la dit discipline, celle que tu voudras bien admett
t'associer à d’autres soldats, former des groupes et des organisations, défendre tes opinions politiques, si tu en as. La Révolution te donne tout cela. En plus, elle Yâ partager les terres et tu auras ta Part, celle du propriétaire. »
Le soldat a écouté ce beau discours. Les plus intelligents d’entre eux, après longue réflexion, sont arrivés à ce simple raisonnement :
« Il paraît que je suis libre. La liberté, c'est faire ce que l’on veut. Sé battre est peu agréable ; on risque d'attraper un mauvais coup. Je me battrai le moins possible. Monter la garde est sans agrément ; je supprimerai quelques heures de garde, la nuit par exemple, quand il fait triste près des tranchées... La liberté, c'est aussi aller où l’on veut. Je vais faire un tour au village, d'autant qu’on va partager les terres. Il faut que je sois là, sans quoi on m n'oubliera, peut-être.
Et il est parti.
Il est déserteur ? Non, c’est un permissionnaire; volontaire.
Dans les premières semaines de la Révolution le nombre de ces permissionnaires-volontaires a été effarant. On n'ose pas dire un chiffre. En est-il parti un million ou quinze cent mille ? Qui sait?
Le fait est que cette ruée de soldats ont pris d’assaut les trains, ont expulsé les voyageurs, ont fait crever sous leur poids le toit des wagons, sont arrivés jusqu'aux points les plus retirés de la Russie. Ils ont été maîtres et seigneurs des voies ferrées. Dans beaucoup de régions, ils le sont encore. Ils ont dirigé les trains à leur fantaisie, les ont menés où ils avaient
besoin d'aller. Les cris des chefs de gare remplissent les journaux. Les voyageurs civils font de dures expériences. Aller de Petrograd à Moscou est un acte quasi héroïque. |
Les appels des régiments à leurs déserteurs sont donnés chaque jour; les chefs de l’armée publient des ordres ; le ministre de la Guerre les supplie de rentrer. Mais ce qui montre au vif la gravité de l'affaire est un appel du gouvernement provisoire qui leur ordonne de regagner l'armée et fixe la date de leur retour au front.
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