‹ La révolution russeChapitre 23 sur 31 · CE 2 4 LE LS ?., DE · texte numérisé non relu

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. Et la date, quelle est la date ? L'arrêté est du 1/14 avril 4 et le retour au régiment est fixé au 15/28 mail Six Fu semaines ! C’est une prime à la désertion. Que diront 4 les soldats restés au front, en voyant leurs camarades ? déserteurs avoir six semaines de congé régulier?

#4 Petrograd, en plus des deux cent cinquante mille : hommes de sa garnison, est plein de permissionnaires- É volontaires. Ils flâänent dans les rues, visitent leurs : connaissances et les monuments. Le soir, entre cinq et 4 sept heures, on les voit gagner isolément, mais par s centaines, la gare Nicolas, où ils s’installeront dans un à train, à la place des voyageurs, pour continuer leur 4 tournée à l’intérieur. À Bologoié, station-jonction, ils 4 étaient si nombreux qu’ils ont couché les wagons sur 4 la voie pour arrêter le rapide de Moscou, dont ils se à sont emparés. Entre Moscou et Voronèje, ils ont pris : d’assaut un train d'étudiants et d’étudiantes parmi les- . quelles j'avais une amie, les ont fait descendre dans Le une petite gare et ont ordonné au mécanicien de les à emmener vers Saratof.

ge Sur le front, on prend des mesures pour arrêter

es soldats. Dans les grandes gares, la con-

sévère. Mais les permissionnaires-volontaires

uittes pour gagner à pied une petite station

de n’est-pas établie.

sur ce sujet dans les Rouskia Viédomosti, de

un article de Pétrichtchef. Il est optimiste, ms u contient une part d'observation juste. En voici la traduction :

Les soldats libres.

& Vous partez? Je vous plains. Vous apprendrez à vos dépens ce qu'est la « liberté des soldats ». Prenez le billet que vous voulez: de votre place disposeront les soldats, et vous, avec vos bagages, resterez dans le corridor et peut-être même sur la plate-forme... Savez-vous ce qui est arrivé à X... ? Le chef de station a dit avec simplicité :

« Les wagons de 1° et 2° sont occupés par les sol- « dats, je ne puis vendre aucun billet... »

« Les voyageurs envoyèrent une députation aux soldats. Les soldats, après délibération, résolurent de renoncer à un certain confort, de se serrer un peu et permirent de vendre dix billets de 1° et dix de 2° classe. »

Ainsi me parlait monami, homme d'opinions plutôt avancées, la veille de mon départ de Moscou. Et il n’était pas le seul à tenir de tels propos. Que de légen- * des, rumeurs, conversations sur la « liberté du soldat ! »

Même, si tout ce qu'on dit est vrai, il faut faire que ques réserves. La « liberté des soldats » a comment bien avant la révolution, mais, pendant la guer actuelle, elle n’a pas été aussi violente que pendant guerre russo-japonaise. Alors, des villes entière Smolensk, par exemple, étaient au pouvoir d'u foule de soldats ivres, que craignaient et fuyaient ll autorités militaires et civiles. Maintenant, grâce à Dieu, on ne voit rien de pareil... Mais, pendant la avant la révolution, l’organisation militaire i n'était déjà pas capable de faire régner l’ordre masse des millions de recrutés. Les chefs même souvent négligents et incapables. Des détache: soldats étaient inutilement menés de place e d’autres étaient oubliés pour des semaines, m mois, sans travail, sans asile ; d’autres solda chés de leur foyer pour défendre la patrie, ser domestiques à des femmes oisives d’officier outre, à côté du soldat régulier, on voyait dé raître le soldat errant qui, s’il n’était pas d était tout de même le soldat sans papiers, papiers fort douteux.

Avant la révolution, encore, on pouvait dé un changement dans les mœurs du soldat-d Tant qu'il était seul dans un village, il se Mais, dès qu'ils étaient une dizaine de désert vivaient chez eux ouvertement. La population, de tout ce qui venait du gouvernement autoc supportait. La police n'intervenait pas, con qu’un déserteur saurait se venger.

Et, de même, dans les stations, un seul sol

papiers se mélait à la foule des permissionnaires, et tant qu’il n’y avait que dix, quinze « déserteurs », les signes extérieurs de discipline subsistaient. Mais que se passait-1l dès qu'ils étaient cent ou cent cinquante ? Ils prenaient d’assaut les wagons de troisième classe. Quant aux conducteurs, gendarmes et chefs de station, ils se cachaient ou faisaient semblant de ne rien remarquer. Les « soldats libres » s’emparaient des wagons de troisième classe, et combien de fois ai-je vu moimême comme ils refusaient les petits wagons d'été qu’on mettait à leur disposition !

Mais le nombre de « déserteurs » augmentait et les wagons de troisième classe ne pouvaient suflire. Les deux derniers mois avant la révolution, on voyait de plus en plus de soldats dans les couloirs et waterclosets des wagons de première et de deuxième classe. Le personnel du train, contrôleur en tête, passait silencieusement à côté d’eux. Personne ne leur demandait leurs papiers et leurs permissions. Les officiers aussi préféraient se tenir cois. Dans mon dernier voyage avant la révolution entre Moscou et Briansk, le 20 février, je remarquai que les « libres soldats » montraient le désir de prendre les coupés de première classe.

« Comment cela finira-t-il ? demandai-je à mon compagnon de route, un médecin militaire.

— De la même façon que pendant la campagne de Mandchourie, répondit-il. Les soldats prendront ces wagons et chasseront les généraux et officiers dans les wagons froids. En 1905, c’est arrivé après la paix, pendant l'évacuation, Il me semble que, cette fois, cela

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arrivera avant la paix, au printemps, sans doute, et mème, sûrement, en été... »

Îl'en a été ainsi, je le répète, avant la révolution. Et quelle que soit la « liberté des soldats » maintenant, il est impossible d'en accuser uniquement la révolution. La révolution n’a fait qu’accélérer le mouvement. Des soldats de l'arrière du front sont partis « volontairement » chez eux et sont devenus temporairement déserteurs. Au contraire, les anciens fuyards ont été pris d’un accès de patriotisme et une partie d’entre eux s'est dirigée vers le front. Et cela arrive au moment des congés de Pâques. Et voilà une surcharge extraordinaire des voies alors que les trains sont moins nombreux.

__ À la gare, tout est plein de soldats. Ils sont nombreux aussi dans la salle des voyageurs de première classe. Mais on ne discerne pas une particulière . « liberté ». De çà, de là, des groupes de soldats avec — officiers, disposés par terre, les uns sur des valises et des paquets, prennent du thé, causent, rigolent. On n’a jamais vu en Russie, ces rapports de camarades entre soldats et officiers. Mais c’est la vraie liberté : la liberté et l'égalité, et pas la licence. On appelle pour les trains du soir: un train à quatre classes, un train . de voyageurs et un rapide.

On ne laisse pas passer les voyageurs : « Vos billets? » Les soldats « poussent » et on ne les retient pas. Ils remplissent vite les wagons et les voilà déjà sur les | toits. Nous, les passagers, nous attendons et regardons... Sans doute, le pouvoir nouveau ordonne assez

mal, ou bien n’a pas la possibilité d’ordonner mieux. Mais, de nouveau, pourquoi accuser dé tout ce qui se passe « la liberté des soldats » ?

Je rencontre à la gare un « koupietz » (marchand). que je connais. Nous décidons de voyager ensemble. 11 a un billet de wagon-lit dans le rapide; je n’ai pu avoir qu’un billet pour le train de passagers. Nous nous revimes en province. Je lui demandai comment s'était passé son voyage. Il me répondit :

« Les soldats occupaient les places ; les passagers. avec platz-carte étaient debout, dans les corridors. Il faut ajouter que les soldats avaient établi un « service de jour » ; un à un, ils sortaient des coupés et proposaient aux passagers :

— Allez vous asseoir, nous resterons debout. Dans un peu de temps, citoyens, nous changerons de place. »

Dans un wagon de première, où je voyageais, « l'ordre » était autre. Nous étions quatre-vingts voyageurs et vingt soldats. Avant la révolution, « les officiers libres » disposaient des wagons ; ils voyageaient confortablement dans les coupés et les passagers s’arrangeaient comme ils pouvaient. Cette fois-ci, « l'ordre » était organisé par un soldat qui avait un nœud énorme rouge sur la poitrine et un marchand juif qui se.dirigeait, de Moscou, dans le gouvernement de Volhynie. Ils exigèrent d’abord que chaque coupé à quatre places fût occupé par douze personnes (quatre sur chaque divan en bas et deux par couchette en haut). Ensuite,

1 place du provodnik, qu'on chassa, fut réquisitionnée : on y installa trois blessés. Les officiers furent priés le déménager dans un wagon de deuxième, spécial

pour officiers. Le résultat: tous les coupés furent occupés par nous; les soldats s’arrangèrent dans les couloirs, sur les plateformes. Les voyageurs sans place les rejoignirent. Les deux organisateurs ne prirent pas de siège; le soldat au gros nœud passa la nuit par terre et le marchand juif dans le corridor, près de moi, assis sur sa valise.

« Autrefois, que de personnes seraient restées sur le quai ! lui dis-je.

— Vous avez raison, répondit-il vivement; sans « liberté » il aurait fallu, ici, trois ou quatre wagons. Maintenant, un seul suffit; on est serré, mais on est parti, c’est l'important... Avant la révolution, on passait prudemment, en silence, près de la « liberté « des soldats ». Maintenant, on leur parle à cœur ouvert: « Nous avons payé et vous êtes ici en « lapin » sans «billet, donc, vous devez comprendre. » Ils répondirent vivement, mais un juif leur fit entendre raison.

— À Moscou, continue-t-il, on ne sait encore que faire. J'arrive de Vologda ; sur les voies du Nord, un ordre parfait règne. À chaque train, la patrouille et la milice. Ce sont elles qui dirigent les soldats et les voyageurs :

— ÂAssieds-toi selon ton billet. Tu as de l'argent ? Tu peux prendre le rapide.

— Et nous? Parce que nous n'avons pas d'argent, il faut nous traîner en « Maxime Gorki », répliquaient les soldats. |

— Ce n’est pas nous qui donnons les ordres, répondit le juif. La patrouille est envoyée par le Comité des députés ouvriers et soldats ; la milice, par le pouvoir

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civil... Vous ne voulez donc pas reconnättre le pouvoir du peuple, non plus? Alors, quel ordre existera? »

À un tel argument, ils ne trouvèrent aucune réponse. Ils consentirent à admettre qu’on ne vit pas sans pouvoir et que l'ordre doit être établi.

En automne, nous avions parlé des horreurs qui menaçaient la Russie après la paix. L’armée ne voudra pas attendre une évacuation lente et régulière. Elle sera pressée de rentrer, elle se jettera sur les wagons. Comme d'habitude, les chefs se cacheront et l’arrière sera inondé de « soldats libres » affamés. Ils exigeront du pain et les habitants eux-mêmes n’en auront pas. Les pires catastrophes nous semblaient inévitables.

« Eh bien, qu’arrivera-t-il maintenant, après la paix, lui demandai-je ?

— Maintenant — il se mit à rire — le Conseil des députés ouvriers et soldats enverra des patrouilles ;

chacun restera sur place et attendra patiemment son

tour. Vous savez, nos soldats sont des « étatistes » extraordinaires. L'idée de l’ordre est sacrée pour eux. Mais ils détestaient et méprisaient l’ancien pouvoir. Le nouveau pouvoir, le leur, ils l’estiment. Et ce pouvoirlà ne se cachera pas. Ses bras sont un peu plus longs que ceux de l’ancien: Grâce à Dieu, la « liberté des « soldats » touche à sa fin. Que de malheurs elle aurait

causés sans la révolution! »

Est-ce vrai? La réponse dépend du nouveau pouvoir t, surtout, du peuple lui-même. Avant la révolution, i ne pouvait rien; il était condamné à la passivité. “Maintenant, il peut, 1l doit et, je pense, il saura arrêter a « liberté des soldats. »

Souhaitons-le !

Mais que vaut aujourd’hui l’armée où règne « la liberté du soldat? » Et même — ce qui est optimiste et il faut un acte de foi — si l’ordre se rétablit, combien de temps sera nécessaire pour instaurer une discipline nouvelle, égale à l’ancienne? Et ce temps, l’aurons-nous? Nous sommes déjà loin dans la guerre. I1 faudrait un grand effort pour la finir comme nous l’espérions. Pouvons-nous attendre cet effort de la Russie nouvelle et de l’armée de la Révolution? Telles sont les pensées qui, sans cesse, nous assiègent et nous tourmentent.

16/29 avril (dimanche).

Aujourd'hui, la plus émouvante des manifestations.

Les mutilés de la guerre se sont réunis, à dix heures, sur la place de Kazan, pour se rendre en cortège au palais de Tauride.

Ils étaient là plusieurs milliers, tous ceux qui ont perdu un bras, une jambe, un œil, au service de la patrie; tous ceux dont la guerre a fait des invalides, des pauvres rebuts d'humanité. On en voyait des centaines se traîner lentement, le long de Nevski, sur une jambe et deux béquilles ; des centaines d’autres n’avaient qu’un bras; plusieurs étaient sans jambes, en voiture, : ou en camion. D’autres, les plus pitoyables, étaient les

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aveugles que guidaient les sœurs de charité et qui allaient se donnant le bras, marchant avec hésitation, et fierté pourtant, dans l’héroïque cortège. Des hôpitaux entiers avaient déversé dans la rue leurs blessés et passaient, médecins en tête, infirmiers et sœurs de charité ; les plus malades étaient en automobiles. Des officiers étaient mêlés aux soldats; ici, un général manchot était entouré de soldats qui n'avaient plus qu’une jambe. La plupart des visages de ces jeunes gens étaient affreusement päles, mais, dans leurs yeux, quelle flamme ! quelle fierté! Sur presque toutes les poitrines scintillait la croix des braves. Des orchestres militaires les précédaient et ces mutilés portaient des bannières où se lisaient les plus nobles inscriptions :

. « La patrie est en danger! » « Pour la Russie nous

donnerons la dernière goutte de notre sang », « Sans victoire, point de liberté », « Avec nos jambes de bois, s’il le faut, nous recommencerons la lutte! », « Guerre pour la liberté avec nos alliés », « Gloire éternelle à ceux qui sont morts pour la patrie », « À bas les partisans de la paix », « Tout pour la victoire, même ce qui reste de nous! » « Salut jusqu’à terre à nos frères dans les tranchées », « Vous qui êtes en bonne santé, remplacez-nous dans les tranchées ». Et la plus belle de toutes : « Regardez-nous, nos blessures exigent la victoire. » Toute une série de placards crient vengeance contre Lenine et les défaitistes. Pendant plus d’une heure cet héroïque cortège a défilé lentement. Sur son passage, les têtes se découvraient, les femmes faisaient le signe de la croix et tous les yeux se remplissaient de larmes.

Au palais de Tauride, les mutilés ont interrompu vivement Skobelef qui défendait le droit de parler

appartenant à Lenine, comme à chaque citoyen, et

l'ont obligé à prononcer un discours patriotique en faveur de la guerre. [l s’est exécuté.

À la sortie du palais de Tauride, des compagnons léninistes ont eu le triste courage de se jeter sur les invalides et les malades et de leur arracher, à force de coups, leurs héroïques bannières.

18 avril/re mai.

Le premier mai de la Russie nouvelle, le premier jour de fête de la Révolution! Et la Russie révolution-

naire devient, du coup, internationale par l'adoption

du nouveau calendrier et l’abandon du vieux style russe. Le 1°" mai est au 18 avril du calendrier russe et, aujourd’hui, la Russie fête le 1°" mai.

‘ Je me suis promené, le jour durant, dans la ville, m'attardant longtemps sur le Champ de Mars, centré de la fête populaire, passant sur la place du Palais, sur Nevski, sur le pont Troïtzki, devant le palais de la Kchessinskaïa, aujourd’hui repaire du célèbre et redoutable Lenine. Je me suis mêlé au peuple, j'ai été coudoyé par soldats et citoyens conscients, j’ai écouté les orateurs et voici ce que j’ai vu:

Sur le Champ de Mars, à onze heures, une foule immense. C’est une mer humaine, au-dessus des flots de laquelle s’agitent des centaines de bannières rouges aux inscriptions dorées que le vent fouette et dont les lettres d’or brillent, un instant, au soleil. En vingt

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