‹ La révolution russeChapitre 25 sur 31 · FO AT TI AT PE · texte numérisé non relu

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commande pas, il transige, il louvoie, quand il n’obéit pas. Ces messieurs ne voient pas que, si demain, ils ont le pouvoir, comme c’est probable, les mêmes problèmes se poseront devant eux qui se posent devant le gouvernement, qu’ils se heurteront aux mêmes difficultés, et que la plus grande de toutes sera de désarmer les anarchistes qui, grâce à leurs fusils, sont maîtres de la capitale. »

Dimanche, 33 avril/6 mai.

Le Comité exécutif dément qu'il ait fait de l’agitation dans les casernes, le jeudi, pour faire sortir les soldats contre le gouvernement.

Mais, ce même dimanche, parait dans la Nouvelle Vie de Maxime Gorki un article du citoyen Linde, membre du Comité exécutif pour le quartier de Vilborg, qui raconte comment, dès le matin du 3 mai, ïl s’est rendu dans les casernes pour ameuter les soldats et les amener à soutenir le Comité dans sa lutte contre le gouvernement. Le Comité exécutif a, évidemment, oublié de prévenir le camarade Linde que, après l'échec subi, il se décidait à nier toute agitation faite par lui dans les casernes.

Comment le gouvernement utilise-t-il sa victoire ? Rien, silence, néant. Pas un acte, même pas une proclamation. |

Cette fois-ci, je comprends que le gouvernement a, comme la jument de Roland, toutes les qualités, mais qu'il est mort.

Je rencontre D**, Il me parle des gens du gouver-

nement avec lesquels il est anciennement lié. Il me dit :

« Ge ne sont pas des hommes politiques. Ce sont des gens qui ont fait leur carrière dans les zemstvos. Au propre, ils sont d’excellents intendants, industrieux, honnêtes et organisateurs dans la mesure où on laisse une initiative à son intendant. Mais, au-dessus de l’intendant, il faut un maître. Où est le maître? Où est celui qui commande et qui est obéi? Je ne le vois pas. »

Le Ministère de Coalition.

27 avril/50 mai.

Le Gouvernement ne peut plus gouverner. Dès hier, il a fait une déclaration demandant la participation au pouvoir des membres du Comité exécutif. Aujourd’hui, à la séance solennelle des membres des quatre Doumas, les ministres se sont entendu traiter « d’autocrates ». Pauvres autocrates qui ont pieds et poings liés et sont comme marionnettes aux mains des chefs irresponsables du Conseil des députés, ouvriers et soldats |

Cette fois-ci, le prince Lvof adresse une lettre à Tchkeïdzé et à Rodzianko. Les socialistes sont appelés pouvoir. |

Ce n’est pas la première fois. -

A la formation même du Gouvernement provisoire,

au premier jour de la Révolution, on leur a offert des portefeuilles. Les camarades ont refusé. Nous avons eu, sur ce point, des aveux intéressants de l’un d’entre eux (Stieklov) qui a raconté dans un discours notable combien le parti social-démocrate avait été surpris par la révolution (ce qui prouve une fois de plus ce que j'ai dit plus haut: que la révolution a éclaté à l'improviste et n’a été préparée par aucun parti) et qu'il s'était vu dans l'impossibilité de prendre le pouvoir dont, hier encore, il se croyait à cent lieues. Les socialdémocrates ont préféré rester dans l'ombre favorable de la coulisse. Ils sont devenus maîtres du Conseil des députés ouvriers et soldats, et ont commencé à exercer leur tyrannie sur le gouvernement.

Leur rôle était agréable. Ils avaient la réalité du pouvoir sans en avoir la responsabilité. Ils étaient les maîtres occultes, et gardaient ce droit à la critique qui est peut-être plus cher encore aux Russes que l’exercice du pouvoir. Aujourd'hui, il faut prendre parti. Le gouvernement invite le ÉGnseil à participer à la direction des affaires. Un refus mettra le parti socialdémocrate en mauvaise posture. Voilà une crise désagréable pour les irresponsables du conseil.

La presse bourgeoise est favorable au ministère de coalition. Plekhanof dans l’Edinstvo l’'appuïe ; mais les Tchkeidzé, Tzeretelli, Dann, considèrent avec méfiance l'offre qui leur est faite. Quant aux maximalistes, ils répètent leur formule connue: « Tout le pouvoir doit étre-aux mains du Conseil des députés ouvriers :et

soldats. »

28 avril/r1 mai.

Les soëial-démocrates ne se décident pas. Je crois savoir que celui d’entre eux qui oppose la plus vive résistance est Tzeretelli. C’est aussi le plus intelligent. Cet homme qui a passé dix ans en Sibérie, ancien membre de la seconde Douma, ce Géorgien à la figure allongée et pâle d’un Greco, semble être la meilleure tête du conseil. Il y a, dans ses discours, quelque chose de net, de décidé, bien éloigné du pathos confus de ses collègues.

Prenons un Tzeretelli. Supposons-le doué du caractère et d’une intelligence d'homme d’État. Mais d’où sort-il? de Sibérie, où 1il a passé dix ans. Il n’a de savoir que livresque. [l connaît Karl Marx et les écrivains. D’expérience directe des hommes et des choses, il n’en a aucune. Théoriquement, il vient du Zimmervaldisme le plus bas. Quelle notion a-t-il de la patrie? Il est Caucasien, appartient à une race antique, mais qui a connu l’adversité et qui, au xvu siècle, était soumise aux Chahs Séfévis dé Perse. La Georgie est russe depuis un peu plus d’un demi-siècle. Tzeretelli est sans attaches russes. Peu importe, un internationaliste voit la société

‘et le monde à travers des formules. La lutte des classes

est un dogme; l’Internationale en est un autre. Le voilà sur le seuil du pouvoir.

Ce n’est pas de formules qu’il s’agit aujourd’hui. I]

"est en faée de réalités redoutables. Devant lui, l’Empire

russe. Cent soixante-dix millions d’habitants de races diverses et mal fondues encore dans le creuset impé-

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rial, une masse « obscure », à peine instruite, ayant vécu dans le servage jusqu’à l’avant-dernière généraüon, une classe ouvrière naissante à peine, faible, peu

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