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- Hurrah ! répond la foule. »
ans Furchtadskaia, le commissariat brûle aussi. ette par la fenêtre tous les dossiers de police dont : fait un grand feu au milieu de la ruè. Ainsi disît en cendres qu’emporte le vent le tableau dressé zmment par la police de la vie de chaque habitant juartier, lus j’approche du palais de Tauride, plus la foule ent dense. A chaque instant passent de petits ipes où un civil, pâle, marche, entouré de soldats, nnette au canon, et suivi d’autres soldats, sabres soutelas dressés en l’air. C’est un agent de police, : un commissaire de police qu’on a découvert et n emmène au palais de Tauride… ans la. rue, devant le palais, des auto-camions gés de trente soldats farouches, des autos blindées, canons en batterie sur lesquels s'amusent des nts, des patrouilles de cavalerie; des étudiants à cheval, on les appelle les « hussards noirs ». äi une escouade de junkers aspirants officiers, de Je Michel, qui défilent en ordre parfait dans leurs 8 manteaux. La foule les acclame ; mais un soldat
Oh! Ceux-là, ils ne sont pas venus d’euxres ; il a fallu leur envoyer une invitation spé- .»
rès de l’entrée de la cour, la foule est si serrée que uis à peine passer. Mais elle est bonne enfant et, id je dis que je dois entrer à la Douma, on me place. A la grille, soldats, baïonnette au fusil. Je ne ma qualité de correspondant de la Douma.
« Passez. »
La cour est pleine de camions et de soldats. A la porte même, c’est à désespérer d'entrer tant la bousculade est grande. Un étudiant entouré de soldats armés ferme la porte. Je profite de l’arrivée d’un pri-
sonnier escorté pour me glisser à sa suite.
= Me voilà dans le magnifique palais de Tauride, centre de la révolution russe. Partout des soldats armés, quelques civils, quelques femmes dans la salle circulaire ; par terre, des boîtes de conserves vides, des boîtes de cigarettes, les débris de la nuit passée là par deux mille hommes. Dans la superbe salle Catherine, une foule énorme de soldats autour d’une estrade où parle Kerenski, pâle, tendu.
Il recommande aux soldats une stricte discipline ; et cet appel peut paraître ironique, adressé à ces hommes qui se sont révoltés contre leurs chefs, en ont tué un certain nombre et ne saluent même plus ceux qui ont passé avec eux à l’émeute.
Je trouve Chingaref. Il est fatigué, les traits tirés. Il me dit que, pour l'instant, je ne puis télégraphier à mon journal, mais je lui fais comprendre la nécessité qu’il y aura, lorsque le télégraphe sera rouvert, de me laisser télégraphier librement dans un sens rassurant. Je lui montre nos hommes, depuis trois "ans dans les tranchées, apprenant par des pancartes sur les tranchées allemandes que l’armée russe s’est
voltée. |
« Il faut, lui dis-je, que je puisse télégraphier que
‘est pour se défaire à jamais du parti allemand que peuple et l’armée se sont soulevés, et que la guerre
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contre l'Allemagne reprendra plus ardente que jamais. Il faut que je puisse le dire, monsieur, et il faut que cela soit vrai. »
Sturmer.…
Je le quitte. J'arrive dans la salle circulaire. Un prodigieux spectacle m’y attend. La foule court.
« On amène Sturmer! crie-t-on. »
Et voilà, en effet, l’ancien président du Conseil, la créature de Raspoutine. Il est entouré de soldats qui tiennent des revolvers braqués sur lui. D’autres le suivent, le coutelas au poing.
Le vieillard, . toque à la main, est enveloppé d’un
grand manteau Nicolas, au col de fourrure, tombant
jusqu'aux pieds. Sa face est aussi blanche que sa longue barbe ; ses yeux bleu-pâle sont sans expression ; il paraît ne pas voir, être retombé dans l'enfance. Il s’avance insensible, en titubant.
Un ordre est entendu :
« Baissez les revolvers | »
Les revolvers s’abaissent. Et on pousse dans une chambre à gauche celui qui fut le premier ministre de l'empereur et autocrate de toutes les Russies.
Et quelques minutes plus tard, sensation! Voici une autre créature de Raspoutine, le métropolite Pytirime. On l’a pris à la Lavra d'Alexandre Newski, où il se cachait derrière une colonne.
IL est en robe noire, avec la croix épiscopale en or
sur la poitrine. Il est coiffé d’une mitre blanche avec
ne .
croix noire. Effaré, la bouche entr'ouverte, les yeux perdus, il semble un condamné qu’on mène à l’échafaud. Deux soldats sont obligés de le soutenir sous les bras.
On lui crie des injures :
« Ami de Grischka Raspoutine!
— Consolateur de la cour! Tu veux voir Nicolas!
— Tout à l'heure, on va t’envoyer Sacha (diminutif d'Alexandra, impératrice) dans ta chambre !»
Et toujours les revolvers levés, les coutelas tirés. Le groupe disparaît. |
J'étouffe. J'ai la poitrine serrée. J'ai hâte d’être à l'air. Je sors. Par la Spalernaia, avec peine, je gagne le quai Français et l'ambassade où je déjeune.
L’ambassadeur revient du ministère des. Affaires étrangères où il a trouvé dans son cabinet l'excellent et digne M. Pokrowski qui fut — et qui est encore — ministre des Affaires étrangères. Il est là, isolé, sans communication avec qui que ce soit, sans nouvelles. Îl a été arrêté, enfermé la nuit au palais Marie, puis, comme il a l'estime de tous, on l’a relâché et il est revenu occuper son cabinet.
Selon lui, l’empereur, qui arrive à Tsarskoié-Selo, sil le peut, dans l'après-midi, est très exactement renseigné sur ce qui s’est passé: D’après ce que l’on sait, et la chose n’a rien de surprenant pour qui le connaît, il est disposé à lutter et ne veut pas céder un pouce de ses droits, qu'il qualifie de divins. Ila nommé l’ancien. général en chef du front du Sud, [vanof, président du Conseil, avec pouvoirs dictatoriaux. Ivanov arriverait à Tsarskoié d'urgence.
L'impératrice n’a pas quitté Tsarskoié. Ses filles ont la rougeole. La famille impériale est seule. Les grandsducs, qui la détestent, ne sont pas venus se ranger autour du trône. L'empereur a, à Tsarskoiïé, six ou huit mille hommes de troupes sur lesquelles il compte | |
Politiquement, la position est celle-ci :
Il n’ÿ a aucun gouvernement. L'ancien s'est évanoui ; le nouveau n’est pas créé. La Douma hésite à prendre des pouvoirs qu’elle n’a pas tant que l’empereur est sur le trône. Le Comité exécutif vit au jour le jour, parant au plus pressé à Petrograd, sans pouvoir légal, ne pouvant donner un ordre, ayant la responsabilité d’administrer sans police la capitale d’un empire de cent soixante-dix millions d’âmes, et de composer avec cent mille soldats mutinés qui se promènent en armes dans les rues et envahissent le palais de Tauride. Là-bas, un empereur têtu, peu intelligent, enfermé dans le mysticisme, raidi de droit divin, incapable d'écouter un conseil et la voix de la raison. Si aujourd’hui, il nommait le prince Lvof président du Conseil, avec ministère responsable et solidaire, peutêtre la dynastie serait-elle sauvée et l’ordre rétabh. Mais il ny a pas l’ombre d’une chance pour que l’empereur prenne ce parti. Alors la lutte? l’abdication ? la déchéance ? la mort ?... Et ici le désordre! un long désordre ! Et cependant les Allemands sont sur la Bérésina et en Champagne |
À la Douma, on sent déjà que les partis modéré: sont dépassés et bousculés, les Rodzianko, Lvof. Milioukof, Choulguine, que sont-ils auprès des
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Tchkeidzé, Skobelef, Kerenski, Bogdanof, ces chefs hier obscurs du parti socialiste qui aujourd’hui sont poussés en avant par le-flot populaire! Les anciens leaders de la Douma, les cadets, sont tous, avec nuances, des hommes d'ordre qui s’accommoderaient d'une monarchie libérale avec régime parlementaire. Rodzianko est un ancien officier. Il doit souffrir au plus vif de son âme quand il voit des soldats oublier les règles de la discipline. À ce sujet, voici un petit
fait qui en dit long sur l’état d'esprit des soldats :
On-annonce dans le cabinet de Rodzianko que les soldats amènent de l'hôtel Astoria le le général Adrianof fait prisonnier.
Le général entre avec deux soldats en armes.
Rodzianko dit aux soldats :
« Sortez, je vais interroger le général. »
Les soldats, avec simplicité :
« Non, nous ne sortirons pas. »
Et ils restent. |
Pendant toute la journée, les députations n’ont cessé d’affluer au palais de Tauride : détachements de troupes qui passent à la révolution, officiers en tête, écoles spéciales. Les plus importants sont :
Un corpe d'élite, les grenadiers de la garde, avec commandant et officiers. Ils font le salut régulier à# Rodzianko qui vient à leur rencontre, le fameux:
Nous souhaitons la santé à Votre Haute Excelce » qui éclate comme un crépitement de mitrailse. | todzianko, à tous les détachements militaires, fait
un discours de vieil officier, remercie les troupes de venir soutenir l’ordre nouveau, parle de la nécessité d’observer la discipline, sans quoi l’armée n’est qu’une foule sans force ; il ne manque jamais de dire, et cette parole paraît étrange à l'heure où nous sommes, où . tous les esprits sont tendus vers la révolution :
« N'oubliez pas vos frères dans les tranchées. »
Mais, en ce moment, qui est-ce qui pense aux frères dans les tranchées ?
Vers le milieu de l'après-midi, grande sensation! Arrive de Tsarskoié-Selo le quatrième régiment des tirailleurs de Sa Majesté qui pasæ au peuple.
Le second numéro des Nouvelles donne les appels suivants, publiés tard dans la nuit (27 février/ 12 mars, 28 février/13 mars). |
Le premier appel demande à la révolution « de ne pas verser inutilement le sang, de ne point piller, de respecter les établissements, les stations électriques, les tramways, etc. Leur destruction n’est utile à personne et peut avoir des suites funestes. Gardez les
usines ».
Le deuxième dit :
« Dans des conditions très difficiles, le comité temporaire a pris la tâche lourde de réorganiser l’ordre
ocial et gouvernemental. Comprenant la responsabilité de sa décision, le comité est sûr que le peuple et l’armée l’aideront à créer un nouveau gouvernement conforme aux désirs de la population.
« 27 février 1917.
« Le président de la Douma impériale, « Ronzranro. »
Le Conseil des députés ouvriers et soldats publie les lignes suivantes :
« L’ancien pouvoir nous a amenés à la famine et à la ruine. La population, mécontente, sortie dans la rue, fut rencontrée par les balles. Au lieu de pain, le gouvernement donna au peuple du plomb. Les soldats refusèrent de tirer sur le peuple et se sont soulevés contre le gouvernement ; avec le peuple, ils ont pris les armes; les ministères, la banque, la forteresse, l'arsenal sont entre leurs mains. La lutte continue: menons-la jusqu’au bout. L'ancien pouvoir doit être renversé et remplacé par le gouvernement du peuple. Là est le salut de la Russie. Pour atteindre le but et et dans les intérêts de la démocratie, le peuple doit organiser le pouvoir. Le Conseil des députés ouvriers veut organiser les forces populaires pour assurer la liberté politique et le pouvoir populaire en Russie. On a nommé des commissaires de quartiers pour organiser le pouvoir populaire dans les quartiers de Petrograd. Nous invitons toute la population de la capitale à se grouper auprès du Conseil, à créer des comités locaux
dans les quartiers et prendre en leurs mains la direction de toutes les affaires locales.
« Avec toutes nos forces réunies nous lutterons pour la destruction finale de l’ancien régime et l’appel d'une Constituante, élue sur la base du suffrage universel, égal, direct et secret. » |