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tionnaire et démocratique, continue depuis des mois à berner les paysans par des promesses dont la réalisation est toujours différée. Des mois durant, les capitalistes n’ont pas permis au ministre Tchernov de promulguer la loi interdisant l’achat et la vente des terres. Et cette loi enfin promulguée, les capitalistes ont commencé contre Tchernov l’odieuse campagne de diffamation qu’ils continuent en ce moment.
Le gouvernement en est arrivé à une telle impudence dans son zèle à défendre les propriétaires fonciers qu'il fait poursuivre les paysans pour prise « arbitraire » de terres.
On berne les paysans en leur recommandant d’attendre FAssemblée constituante. Les capitalistes continuent, d’autre part, à différer la convocation de cette Assemblée. Mainte-
nant que, sous Ja pression des bolchéviks, cette convocation
a été fixée au 30 septembre, les capitalistes crient tout haut que ce délai est trop court, que c’est « impossible » et réclament le renvoi de l’Assemblée à une date ‘ultérieure... Les membres les plus influents du parti des capitalistes et des propriétaires fonciers — le Parti « cadet » ou Parti de la « liberté du peuple >» — préconisent sans ambage, comme Panina par exemple, le renvoi de la*Constituante à la fin de la guerre.
Attends pour avoir la terre que se réunisse l’Assemblée constituante. Attends, pour que se réunisse l’Assemblée constituante, que la guerre soit finie. Attends, pour que la guerre finisse, la victoire totale, Et voilà! Les capitalistes et les propriétaires fonciers, qui ont la majorité dans le
gouvernement, se moquent tout simplement des paysans.
Comment les choses ont-elles pu prendre cette tourpure dans un pays libre, après le renversement de l’autocratie?
Dans un pays asservi, le peuple est gouverné par un tsar et une poignée de capitalistes, de propriétaires fonciers, de fonctionnaires que personne n’a élus.
Dans un pays libre, le peuple n’est gouverné que par ceux qu'il a lui-même élus à cet effet. Aux élections, le peuple se divise en partis, chaque classe sociale formant ordinairement son propre parti. Les propriétaires fonciers,
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les capitalistes, les paysans, les ouvriers forment ainsi des
partis distincts. C’est pourquoi le peuple est gouverné, dans
les pays libres, au moyen de luttes ouvertes et de libres ententes entre les partis.
-Après le renversement de l’autocratie le 27 février 1917, la Russie fut, pendant 4 mois environ, gouvernée comme un pays libre, au moyen de la lutte ouverte et des libres ententes de partis librement formés. Aussi pour comprendre le développement de la Révolution russe faut-il surtout étudier quels étaient les principaux partis qui s’affrontaient, quelles étaient les classes dont ils défendaient les intérêts, quels étaient les rapports qui existaient entre eux.
Après le renversement de l’autocratie, le pouvoir passa au premier Gouvernement provisoire. Ce gouvernement était formé des représentants de la bourgeoisie, c’est-à-dire des capitalistes auxquels s’étaient joints les propriétaires fonciers. Le Parti cadet, le principal parti des capitalistes, y tenait la première place en qualité de parti dirigeant et gouvernemental de la bourgeoisie,
. Le pouvoir ne lui était pas échu par hasard, bien que ce soient les ouvriers, les paysans, les marins et les soldats — €t non Îles capitalistes — qui aient versé leur sang pour la liberté en combattant les troupes du tsar. Le parti des capitalistes arrivait au pouvoir parce que la classe capitaliste avait la force que donnent la richesse, l’organisation et l'instruction. Depuis 1905, et surtout pendant la guerre, la cla$se capitaliste et les propriétaires fonciers qui sy rattachent, avaient fait en Russie de grands progrès en matière d'organisation.
Le Parti cadet a toujours été — en 1905 comme de 1905 à 1917 — un parti monarchiste. Au lendemain de la victoire du peuple sur la tyrannie tsariste, ce parti se déclara républicain. L'histoire montre que les partis capitalistes consentent toujours, quand le peuple a vaincu la monarchie, à être républicains — pourvu qu'ils puissent défendre les privilèges des capitalistes et leur pouvoir absolu sur le peuple.
Le Parti cadet est, à l’entendre, partisan de la « liberté du peuple ». En réalité, il défend les capitalistes et les pro-
priétaires fonciers; les monarchistes, les Cent-Noirs se sont tous instantanément rangés de son côté. À preuve la presse et les élections. Depuis la révolution, toute la presse bourgeoise et tous les journaux ultra-réactionnaires se sont mis à chanter à l’unisson avec les cadets. Tous les partis monarchistes, n’osant pas se présenter ouvertement aux élections, ont soutenu les cadets, comme cela a été le cas à Pétrograd.
Arrivés au pouvoir, les cadets employèrent tous leurs efforts à continuer la guerre de conquête et de brigandage commencée par le tsar Nicolas IT, qui s'était lié par des traités secrets de brigandage aux capitalistes anglais et français. Ces traités promettaient aux capitalistes russes, en cas de victoire, l’annexion de Constantinople, de la Galicie, de de etc. En ce qui concerne le peuple, le gouvernement des cadets le bernaït par des déclarations et des promesses vides, renvoyait la solution des grardes questions d’un intérêt vital pour les ouvriers et les paysans à l’Assemblée constituante, dont il ne fixait d’ailleurs pas la date de convocation.
Le peuple, mettant la liberté à profit, commença à s’organiser spontanément.
Les Soviets des députés ouvriers, soldats et paysans étaient l’organisation principale des ouvriers et des paysans, qui forment l’immense majorité de la population de la Russie. Ces Soviets avaient commencé à se former déjà lors de la révolution de Février; quelques semaines plus tard, dans la plupart des grandes villes de la Russie et dans nombre de districts, tous les ouvriers et les paysans avancés et conscients étaient unis dans les Soviets.
Les Soviets étaient élus tout à fait librement. Les Soviets étaient les organisations authentiques des masses populaires ouvrières et paysannes. Les Soviets étaient les organisations authentiques de l’immense majorité du peuple. Les ouvriers et les paysans vêtus de la capote de soldat étaient en armes.
Naturellement, les Soviets pouvaient et devaient prendre tout le pouvoir. Il ne devait y avoir aucun autre pouvoir que les Soviets jusqu’à la réunion de l’Assemblée constituante. Alors seulement, notre révolution eût été vraiment populaire, vraiment démocratique. Alors seulement, les masses laborieuses, aspirant réellement à la paix,
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nullement intéressées à une guerre de conquête, eussent pu commencer et suivre avec fermeté, avec résolution, une politique susceptible de mettre un terme à la guerre de conquête et d’amener la paix. Alors seulement, les ouvriers et les paysans eussent pu refréner les appétits des capitalistes, auxquels la « guerre » procure des bénéfices fabu- Jeux dans un pays qu’ils ont amené à la ruine et à la famine. Mais, au sein des Soviets, le parti des ouvriers révolutionnaires, le Parti social-démocrate bolchévik, qui exigeait la transmission de tout le pouvoir aux Soviets, n’était soutenu que par une minorité. La majorité était pour le Parti social-démocrate menchévik et pour le Parti socialiste-révolutionnaire, qui se prononçaient contre la transmission du pouvoir aux Soviets. Au lieu d’éliminer le gouvernement de la bourgeoisie et de le remplacer par un gouvernement des Soviets, ces partis préconisaient le soutien du gouvernement de la bourgeoisie, l'entente avec lui, la formation d’un cabinet de coalition. C'est dans cette politique d'entente avec la bourgeoisie, suivie par les Partis socialiste-révolutionnaire et menchévik auxquels la majorité du peuple faisait confiance, qu'est le contenu essentiel du développement de la révolution dans ses cinq premiers mois.
Voyons d’abord comment se faisait cette politique
d'entente entre les socialistes-révolutionnaires et les men-
chéviks d’une part, et la bourgeoisie de l’autre. Nous nous demanderons ensuite pourquoi la majorité du peuple faisait confiance à ces partis.
Les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires ont suivi leur politique d’entente avec les capitalistes, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre, dans toutes les périodes de A révolution russe.
Tout à la fin de février 1917, dès que le peuple eut vaincu et que l’autocratie fut renversée, le Gouvernement provisoire des capitalistes s’adjoignit Kérenski en qualité de « socialiste ». À la vérité, Kérenski n'avait jamais été socialiste, il n’était que troudovik et ne figure parmi les « socialistes-révolutionnaires » que depuis mars 1917, c’est-à-dire depuis le moment où l’adhésion au Parti socialisté-révolutionnaire a cessé d’être périlleuse pour devenir avantageuse. Le Gouvernement provisoire capitaliste tenta tout de suite. par l’intermédiaire de Kérenski, vice-président du Soviet de Pétrograd, de s’attacher le Soviet et de
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lapprivoiser. Le Soviet — c’est-à-dire les socialistes-révolutionnaires et les menchéviks qui y prédominaient — se laissa apprivoiser et consentit, aussitôt après la formation du Gouvernement provisoire capitaliste, à le « soutenir » « dans la mesure » où il tiendrait ses engagements.
Le Soviet se considérait comme chargé de surveiller et de contrôler les actes du Gouvernement provisoire. Les leaders du Soviet créèrent la commission dite de « contact », afin d'assurer la liaison avec le gouvernement. Dans cette commission, les chefs socialistes-révolutionnaires et menchéviks, qui étaient, à vrai dire, des ministres sans portefeuille ou des ministres officieux, négociaient sans cesse avec le gouvernement capitaliste.
Cet état de choses dura pendant tout le mois de mars et presque tout le mois d’avril. Les capitalistes cherchaient à gagner du temps, procédaient par dérobades et atermoiements. Pendant ce laps de temps, le gouvernement capitaliste ne fit pas un geste tant soit peu sérieux pour développer la révolution. Il ne fit même rien, absolument rien, pour accomplir sa tâche immédiate : convoquer lAssemblée constituante: il ne posa pas la question devant les organisations locales, il ne créa même pas la commission centrale qui eût dû létudier. Le gouvernement n'avait qu’un souci : renouveler dans le secret les traités de brigandage que le tsar avait conclus avec les capitalistes d’Angleterre et de France, freiner aussi prudemment et insensiblemeut que possible la révolution, tout promettre et ne rien tenir. À la « commission de contact », les socialistesrévolutionnaires et les menchéviks jouaient le rôle de niais que l’on nourrit de phrases, dé promesses et de « tu l’auras » fallacieux. Les socialistes-révolutionnaires et les menchéviks se laissaient prendre à la flatterie comme le corbeau de la fable et prétaient avec plaisir l'oreille aux capitalistes, qui protestaient de leur haute estime pour les Soviets, sans lesquels, soi-disant, ils ne faisaient rien.
Le temps passait cependant sans que le gouvernement
des capitalistes fit quoi que ce soit pour la révolution. Mais,
contre la révolution, il réussit en ce laps de temps à renouveler les- traités secrets de brigandage, ou plus exactement à les sanctionner et à leur « insuffler une vie nouvelle » au cours de négociations complémentaires, non moins secrètes, avec les diplomates de l'impérialisme anglo-fran-
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çais. Contre la révolution, le gouvernement réussit en ce laps de temps à jeter les bases d’une organisation contrerévolutionnaire des généraux et des officiers de larmée active (ou tout au moins les bases d’un rapprochement avec ces derniers). Contre la révolution, le gouvernement réussit à ébaucher l’organisation des industriels, des usiniers, des fabricants qui, sous la poussée des ouvriers, se voyaient contraints de faire concession sur concession, mais commencaient en même temps à saboter la production et à en préparer l’arrêt pour le moment opportun.
Mais l’organisation dans les Soviets des ouvriers et des paysans avancés faisait des progrès incessants. Les meilleurs représentants des classes opprimées se rendaient bien compte que le gouvernement restait, malgré son accord avec le Soviet de Pétrograd, malgré l’éloquence ampoulée de Kérenski, malgré l’existence d’une « commission de contact », un ennemi du peuple, un ennemi de la révolution. Les masses se rendaient compte que, si la résistance des
capitalistes n’était pas brisée, la cause de la paix, de la.
liberté, de la révolution serait infailliblement perdue. L'im-
patience et la colère grandissaient parmi les masses.
Elles débordérent les 20 et 21 avril. Le mouverinent fut spontané, personne ne l'avait préparé. FH était si nettement dirigé contre le gouvernement qu’un régiment se rendit en armes au Palais Marie dans l'intention d’arrêter les ministres. 11 devint évident pour tout le monde que le gouvernement ne pouvait plus tenir. Les Soviets pouvaient (et devaient) prendre le pouvoir sans rencontrer la moindre résistance de quelque part que ce fût. Mais les socialistesrévolutionnaires et les menchéviks préférèrent soutenir le
gouvernement croulant des capitalistes, se lier davantage
par des accords avec lui et prendre des initiatives plus périlleuses encore et plus funestes à la révolution.
La révolution instruit les classes sociales avec une rapidité et une rigueur inconnues en temps normal, en temps de paix, Les capitalistes, mieux organisés et plus expérimentés que quiconque dans la lutte des classes et la politique, profitèrent de cet enseignement plus tôt que les autres. Voyant que la situation du gouvernement était intenable, ils eurent recours à un procédé dont avaient usé, des dizaines d’années durant, après 1848, les capitalistes d’autres pays, afin de berner, de diviser et d’aflaiblir les
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ouvriers. Ce procédé consiste à former un ministère dit de coalition, c’est-à-dire réunissant des représentants de la bourgeoisie et des transfuges du socialisme.
Dans les pays où la liberté et la démocratie existent depuis plus longtemps qu'ailleurs, à côté du mouvement ouvrier révolutionnaire, en Angleterre et en France, les capitalistes ont maintes fois employé ce procédé avec un grand succès. Les chefs « socialistes » entrés dans un ministère bourgeois se sont immanquablement révélés des marionnettes servant à tromper les ouvriers, des hommes de paille, derrière lesquels se dissimulaient les capitalistes. Les capitalistes « démocrates et républicains » de Russie ont eu recours à ce même procédé. Socialistes-révolutionpaires et menchéviks se sont tout de suite laissé jouer; le 6 mai, le ministère de « coalition » comprenant Tchernov, Tsérétéli ét consorts étaient un fait.
Pleins de suffisance, les niais socialistes-révolutionnaires et menchéviks jubilaient sous la gloire ministérielle de leurs chefs. Les capitalistes se frottèrent les mains : ils s'étaient assuré contre le peuple le concours des « chefs des Soviets » qui leur avaient promis de soutenir l « offensive au front », c’est-à-dire la reprise de la guerre impérialiste de brigandage qui à un moment donné avait été interrompue en fait. Les capitalistes connaissaient bien la pompeuse impuissance de ces chefs, ils savaient que les promesses faites par la bourgeoisie au sujet du contrôle et même au sujet de l’organisation de la production, de la politique de paix, etc., ne seraient jamais tenues.
C’est ce qui s’est produit. La deuxième phase du développement de la révolution, qui va du 6 mai au 9 ou au 18 juin, a entièrement confirmé les calculs des capitalistes qui avaient compté se jouer sans peine des socialistes-révolutionnaires et des menchéviks.
Pendant que Plékhanov et Skobélev se leurraient euxmêmes et leurraient le peuple à l’aide de phrases pompeuses, pendant qu’ils parlaient de prélever 100 Z des profits des capitalistes, pendant qu’ils déclaraient que la « résistance » de ces derniers « était brisée », etc., les capitalistes continuaient à se renforcer. À la vérité, rien ne fut fait, au cours de ce laps de temps, absolument rien, pour réfréner les appétits de ces derniers. Les transfuges du
socialisme devenus ministres n'étaient que des machines parlantes destinées à donner le change aux classes opprimées alors que tout l'appareil d'Etat demeurait en réalité aux mains de la bureaucratie (des fonctionnaires) et de Ia bourgeoïsie. Le fameux Paltchinski, secrétaire d'Etat à l'Industrie, fut un des représentants typiques de cet appareil qui entravait la réalisation de toutes les mesures dirigées contre les capitalistes. Les ministres bavardaient
et les choses restaient en l’état où elles étaient.
La bourgeoisie se servait plus particulièrement du ministre Tsérétéli pour combattre la révolution. On l’envoya « calmer » Cronstadt, où les révolutionnaires avaient osé destituer le commissaire nommé par le gouvernement. La presse bourgeoise entama contre Cronstadt, qu’elle accusait de vouloir « se séparer » de la Russie — cette ineptie fut répétée sur tous les tons — une campagne infiniment tapageuse, haïineuse, acharnée, de mensonges, de calomnie, de discrédit, destinée à intimider la petite bourgeoisie et les philistins. Tsérétéli, le plus typique des représentants des philistins obtus et terrorisés, se laissa le plus « conscien- Cieusement » prendre aux calomnies répandues par la bourgeoisie et s’'employa avec le plus de zèle à « foudroyer et réprimer » le mouvement de Cronstadt, sans comprendre qu’il remplissait un rôle de larbin de la bourgeoisie contrerévolutionnaire. Il se trouva être l’instrument grâce auquel la bourgeoisie conclut avec Cronstadt révolutionnaire un « accord > en vertu duquel le commissaire du gouvernement dans cette ville était élu à Cronstadt et agréé par le gouvernement, au lieu d’être purement et simplement nommé par ce dernier. Des compromis aussi misérables absorbaient tout le temps des ministres passés du socialisme à la bourgeoisie. ;
Là où un ministre bourgeoïs n’auraït pas pu prendre la défense du gouvernement, devant les ouvriers révolutionnaires ou dans les Soviets, un ministre « socialiste » — Skobélev, Tchernov, Tsérétéli ou un autre — se présentait (Gil serait plus juste de dire : était envoyé par la bourgeoisie) et s’acquittait consciencieusement de la tâche de la bourgeoisie, suait sang et eau, défendait le ministère, blanchissait les capitalistes, bernaït le peuple en répétant des promesses, des promesses et des promesses et en lui recommandant d'attendre, d'attendre et d’attendre.
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vik, préparait pour le 9 juin une manifestation à Pétrograd,
Le ministre Tchernov était surtout absorbé par les marchandages avec ses collègues bourgeois : jusqu’en juillet, jusqu’à la nouvelle « crise du pouvoir » qui se produisit après le mouvement des 3 et 4 juillet, jusqu’à la démission des ministres cadets, le ministre Tchernov « exhorta » sans cesse — et c'était là lutile et l’intéressante besogne à laquelle il se consacrait dans l'intérêt supérieur du peuple — ses collègues bourgeoïs à consentir au moins à l'interdiction de la vente et de l’achat des terres. Cette mesure fut solennellement promise aux paysans au congrès (Conseil) panrusse des délégués paysans, à Pétrograd. Promesse qui n’a jamais été tenue. Tchernov ne put la tenir ni en mai, ni en juin, tant que la vague révolutionnaire des 8 et 4 juillet. explosion spontanée coïncidant avec Ia démission des ministres cadets, ne lui eut permis d'appliquer cette mesure. Alors même, du reste, ce ne fut qu'une mesure isolée, incapable d’améliorer sérieusement la situation des paysans aux prises avec les propriétaires fonciers auxquels ils disputaient la terre. |
Au front, la tâche contre-révolutionnaire, la tâche impérialiste de recommencer la guerre de brigandage, tâche qu'un Goutchkov détesté du peuple n’avait pu accomplir, était à cette époque remplie avec éclat et succès par le « démocrate révolutionnaire >» Kérenski, membre tout frais émoulu du Parti socialiste-révolutionnaire. Kérenski se grisait de son éloquence pendant que les impérialistes, tout en se jouant de lui comme d’un pion sur l’'échiquier, l'encensaient, le flattaient, l’idolâtraient parce qu'il était dévoué corps et âme aux intérêts des capitalistes, parce qu'il engageait les « troupes révolutionnaires » à reprendre les hostilités en exécution des traités conclus par le tsar Nicolas I avec les capitalistes d'Angleterre et de France pour que les capitalistes russes obtinssent Constantinople et Lvov, Erzeroum et Trébizonde.
C’est ainsi que se déroula la deuxième phase de Ia révolution russe, du 6 mai au 9 juin. La bourgeoisie contre-révolutionnaire s’affermit, renforça ses positions sous le couvert et sous l'égide des ministres « socialistes », prépara l’offensive contre l’ennemi extérieur et contre l'ennemi intérieur, c’est-à-dire contre les ouvriers révolutionnaires.
Le parti des ouvriers révolutionnaires, le Parti bolché-
LES ENSEIGNEMENTS DE LA RÉVOLUTION 177 le ed
afin de permettre aux masses d’affirmer d’une façon organisée leur mécontentement et leur indignation irrésistiblement accrus. Les chefs socialistes-révolutionnaires et menchéviks, pris au piège de leur accord avec la bourgeoisie, liés par la politique impérialiste de l'offensive, voyant irrémédiablement compromise leur influence sur les masses, furent terrifiés. Des cadets contre-révolutionnaires aux so- Cialistes-révolutionnaires et aux menchéviks, ce ne fut alors qu'une clameur contre la manifestation. Sous la direction des Partis socialiste-révolutionnaire et menchévik et par suite de leur politique d’entente avec les capitalistes, la volteface des masses petites-bourgeoises vers l'alliance avec Ia bourgeoisie contre-révolutionnaire se précisa avec un relief saisissant. Telle est la portée historique, telle est la portée sociale de la crise du 9 juin. |
Les bolchéviks décommandèrent la manifestation, nullement désireux de mener les ouvriers à une lutte désespérée contre les cadets, les Socialistes-révolutionnaires et les menchéviks réunis. Ces derniers, désireux de conserver tout au moins quelque reste d'influence sur les masses, se virent dans l'obligation de fixer au 18 juin une manifestation générale. L’exaspération de la bourgeoisie était à son comble, car elle se rendait très justement compte que la démocratie petite-bourgeoïise, dans ses hésitations, penchaït vers le prolétariat. La bourgeoisie décida de paralyser, en déclenchant l'offensive au front, l’action de la démocratie. :
La manifestation du 18 juin donna en effet, parmi les masses de Pétersbourg, une victoire remarquablement imposante aux mots d'ordre du prolétariat révolutionnaire, aux mots d'ordre du bolchévisme, cependant que la bourgeoisie et le bonapartiste Kérenski annoncèrent solennelle-
ment qu'une offensive avait précisément été déclenchée 1a veille au front. |
L'offensive signifiait pratiquement la reprise de la guerre de brigandage dans l'intérêt des capitalistes, contre la voionté de l'immense majorité des travailleurs. C’est pourquoi il était inévitable que l'offensive, d’une part, renforcât prodigieusement le chauvinisme et contribuât fortement au passage du pouvoir militaire (et, par conséquent, politique) à la clique militaire des bonapartistes et, d’autre part, qu’elle entrainât des violences contre les masses, la persécution
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