LES LEÇONS DE LA CRISE
masses, la vraie majorité du peuple, ne prennent le pouvoir; elle évoque à grands cris le spectre de la guerre civile. Les chefs petits-bourgeoïs du Soviet, menchéviks et populistes — qui n'ont eu ni depuis la révolution en général, ni pendant les jours de crise en particulier, de politique nettement définie — se laissent intimider. Au Comité exécutif, où, la veille, près de la moitié des membres votaient contre le Gouvernement provisoire, 34 voix se réunissaient (contre 19) sur une motion affirmant leur retour à la politique de confiance envers les capitalistes et d’entente avec eux. L” « incident » est déclaré « clos ».
Quel est le fond de la lutte de classes ? Les capitalistes Sont pour la prolongation de la guerre, en:le dissimulant par des phrases et des promesses : ils sont pris dans les filets du capital bancaire russe, anglo-français et américain. Le prolétariat, en la personne de son avant-garde consciente, est pour le passage du pouvoir à la classe révolutionnaire, à la classe ouvrière et aux semi-prolétaires, pour le développement de la révolution ouvrière mondiale qui croît
manifestement en Allemagne, pour la fin de la guerre par cette révolution.
La grande masse, principalement petite-bourgeoise, qui croit encore aux chefs menchéviks et populistes profondément intimidés par la bourgeoisie et qui fait, avec de petites réserves, la politique de {a bourgeoisie penche tantôt à droite, tantôt à gauche.
La guerre est effroyable : la grande masse en éprouve précisément tout le poids: c’est justement dans ses rangs que grandit la conscience, encore loin d’être nette, que cette guerre est criminelle et n’a d’autres causes que les rivalités et les discordes des capitalistes, d’autre fin que le partage de leur butin. La situation mondiale devient de plus en plus confuse. Elle ne comporte pas d’issue en dehors de la révolution ouvrière mondiale qui précède maintenant en Russie les autres PayS, mais grandit manifestement (grèves, fraternisation) en Allemagne aussi. Et la masse hésite, prise entre la confiance dans ses vieux maîtres, les capitalistes, et la colère contre eux, entre la confiance dans la nouvelle classe révolutionnaire, la seule classe qui soit révolutionnaire avec esprit de suite, qui ouvre à tous les travailleurs la voie vers un avenir lumineux, le prolétariat,
et la conscience encore insuffisamment claire de son rôle historique mondial.
Ce n’est ni la première. ni la dernière hésitation de la masse petite-bourgeoise et semi-prolétarienne.
La leçon est claire, camarades ouvriers ! Le temps n'attend pas. D’autres crises suivront cette première crise. Consacrez toutes vos forces à éclairer les arriérés, à vous rapprocher en masse, avec camaraderie, par un contact immédiat — et pas seulemént dans les meetings — de chaque régiment, de chaque milieu de la population laborieuse où lon ne voit pas encore clair ! Consacrez toutes vos forces à serrer vos propres rangs, à organiser les ouvriers de bas en haut, dans chaque arrondissement, dans chaque usine, dans chaque quartier de la capitale et de ses faubourgs ! Ne vous laissez pas démonter, ni par les petits bourgeois qui prêchent la « conciliation » avec les capitalistes, ni par les partisans de la défense nationale, ni par les partisans de la politique de « soutien », ni par les isolés enclins à se hâter
à l'excès et à s’écrier, avant que la PAPE du peuple ait encore acquis une cohésion stable : « À bas le Gouvernement provisoire ! » La crise ne peut être résolue ni par la violence de clans personnes sur quelques autres, ni.par des manifestations partielles de petits groupes d'hommes armés, ni par des tentatives blanquistes de « prise du pouvoir », d’ « arrestation » du Gouvernement provisoire, etc.
Voici le mot d’ordre du jour : faites connaître avec plus de précision et de clarté, faites plus largement connaître la politique du prolétariat, la voie qu’il indique pour mettre fin à la guerre. Formez partout, plus fermes et plus larges, les rangs et les colonnes du prolétariat. Serrez les rangs autour ‘de vos Soviets et, par la persuasion fraternelle ou par la réélection des députés, efforcez-vous d’y acquérir des majorités !
Pravda, n° 39, 6 mai (23 avril) 1917.
DISCOURS A LA Vil: CONFÉRENCE (D’AVRIL) DU PARTI OUVRIER SOCIAL-DÉMOCRATE DE RUSSIE (BOLCHÉVIK)