‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 40 sur 252 · maï (24-29 avril · texte numérisé non relu

maï (24-29 avril

Discours pour la défense de la résolution du camarade Lénine sur Îa question du moment

7 mai (24 avril) 1917

Camarades, la résolution du camarade Lénine a également en vue ce que propose Boubnov. Le camarade Lénine ne repousse pas les actions de masse, les manifestations. Mais ce n’est pas de cela qu'il s’agit aujourd’hui. Le déssccord réside dans la question du contrôle. Le contrôle impli- - que celui qui contrôle et celui qui est contrôlé et un certain accord entre le premier et le second. Il y a eu le contrôle, il y a eu un accord. Qu’a donné le contrôle ? Rien. Après le discours de Milioukov (du 19 avril), le caractère illusoire du contrôle était devenu particulièrement évident. Goutchkov dit : |

. Je considère la révolution comme un moyen de mieux conduire la guerre. Faisons une petite révolution pour une grande victoire.

Mais aujourd’hui les idées pacifistes ont pénétré dans l’armée et il est impossible de faire la guerre. Le gouvernement nous dit : « Supprimez la propagande contre la guerre, Sinon nous démissionnons. » Dans la question agraire, non plus, le gouvernement ne peut aller au devant des intérêts des paysans, de la prise par ces derniers des terres des propriétaires fonciers. On nous dit : « Aïdeznous à mater les paysans, sinon nous démissionnons. » Milioukov dit : |

Il est nécessaire d’observer l’unité du front, il est néces-

saire que nous prenions l'offensive contre lennemi. Insufflez de l’enthousiasme aux soldats, sinon nous démissionnons.

Et après cela, on nous propose le contrôle. C’est ridicule! Au début c'était le Soviet qui traçait le programme, aujourd’hui c’est le Gouvernement provisoire qui le fait. L'alliance conclue entre le Soviet et le gouvernement le lendemain de la crise (discours de Milioukov) signifie que le Soviet suit le gouvernement. Le gouvernement attaque le Soviet. Le Soviet recule. Parler de contrôle après cela, c’est parler en vain. C’est pourquoi je propose de repousser l’amendement sur le contrôle.

Rapport sur la question nationale 12 mai (29 avril) 1917.

I1 aurait fallu présenter un rapport circonstancié sur la question nationale, mais vu le peu de temps dont je dispose je me vois dans l'obligation d’abréger mon rapport.

Avant d’aborder le projet de résolution, il est nécessaire d'établir certaines prémisses. Qu'est-ce que l'oppression nationale? L’oppression nationale, c’est le système d'exploitation et de pillage des peuples opprimés, la restriction par la violence du droit à l’indépendance politique des peuples opprimés, appliqués par les milieux impérialistes. Tout cela forme dans son ensemble ce qu’on appelle la politique de l’oppression nationale.

Première question : quelles sont les classes sur lesquelles s’appuie tel ou tel pouvoir dans sa politique d'oppression nationale ? Pour résoudre cette question, il faut se rendre compte pourquoi dans différents Etats existent différentes formes d’oppression nationale, pourquoi dans tel Etat l’oppression nationale est plus lourde et plus brutale que dans tel autre Etat. Ainsi, en Angleterre et en Autriche- Hongrie, l'oppression nationale n’a jamais revêtu la forme de pogroms, mais se manifestait sous forme de restriction des droits nationaux des nationalités opprimées, tandis qu’en Russie, elle revêt souvent la forme de pogroms et de massacres. D’autre part, dans certains Etats, il n'existe pas du tout de mesures spéciales contre les minorités nationales. Ainsi, l'oppression nationale n'existe pas en Suisse où cohabitent librement Français, Italiens et Allemands.

D’où vient donc cette différence d’attitude envers les nationalités dans différents Etats ?

| s Elle vient de la différence dans le degré de démocra-

tisme de ces Etats. Lorsqu’en Russie sous l’ancien régime

la vieille aristocratie terrienne se trouvait à la tête de PEtat, l’oppression nationale pouvait revêtir et revêtait effectivement les formes odieuses de pogroms et de carnages. En Angleterre, où existe un certain degré de démocratisme et de liberté politique, l’oppression nationale revêt un caractère moins brutal. Quant à la Suisse, elle se rapproche de la société démocratique et les petites nations y jouissent d’une liberté plus ou moïns complète. Bref, plus un pays est démocratique et plus atténuée est l’oppression nationale et inversement. Et comme par démocratisation nous entendons l'existence de certaines classes exerçant le pouvoir, on peut dire en se plaçant à ce point de vue que plus la vieille aristocratie terrienne est près du pouvoir, comme cela a été le cas dans la Russie tsariste, et plus forte est l’oppression et plus odieuses sont ses formes. | LETTRE

Cependant, l’oppression nationale n’est pas soutenue par l'aristocratie terrienne seule. À côté d’elle existe encore une autre force, les groupes impérialistes qui appliquent à l’intérieur de leur pays les méthodes d’asservissement des peuples qu’ils ont apprises dans les colonies et qui deviennent ainsi les alliés naturels de l’aristocratie terrienne. Ensuite, vient la petite bourgeoisie, une partie des intellectuels, une partie de l’aristocratie ouvrière qui jouissent, eux aussi, des fruits du pillage. Il se crée ainsi un ensemble de forces sociales qui soutiennent l’oppression nationale et à la tête desquelles se trouve l'aristocratie terrienne et financière. Pour créer un régime effectivement démocratique, il est nécessaire avant tout de déblayer le terrain et d'éliminer ces forces de l’arène politique.

(Staline lit le texte de la résolution.)

Première question : Comment organiser la vie politique des nations opprimées ? À cette question, il faut répondre qu'aux peuples opprimés incorporés dans la Russie doit être accordé le droit de trancher eux-mêmes la question de savoir s’ils veulent faire partie de l'Etat russe ou se séparer

pour former des Etats indépendants ? À l'heure actuelle,

nous sommes en présence d'un conflit concret entre le peuple de Finlande et le Gouvernement provisoire. Les repré-

sentants du peuple finlandais, les représentants de la social-démocratie revendiquent du Gouvernement provisoire le recouvrement des droits dont ce peuple jouissait avant son incorporation à la Russie. Le Gouvernement provisoire le lui refuse, ne reconnaissant pas la souveraineté du peuple finlandais. De quel côté devons-nous nous ranger ? Evidemment, du côté du peuple finlandais parce qu’il est inadmissible d'approuver le maintien, par la force, d’un peuple quelconque dans le cadre d’un Etat. En posant le principe du droit des peuples de disposer d'eux-mêmes, nous élevons par là la lutte contre l'oppression nationale à la hauteur d’une lutte contre l’impérialisme, notre ennemi commun. Si nous ne faisons pas cela, nous risquons de nous trouver dans la situation d'hommes qui portent de l’eau au moulin des impérialistes. Si nous, social-démocrates, refusons au peuple finlandais le droit d’affirmer sa volonté de séparation et celui d’appliquer cette volonté, nous nous … mettrions de ce fait dans la situation de continuateurs de la politique du tsarisme. —

On ne doit pas confondre la question du droit des peuples à la séparation avec celle de l'obligation de Ia séparation d’une nation à tel ou tel moment. Cette question, le

. parti du prolétariat doit la trancher dans chaque cas particulier-en toute indépendance suivant la situation donnée. En reconnaissant aux nationalités opprimées le droit de se séparer, le droit de décider de leur destinée politique, nous ne tranchons pas par là la question de savoir si telle ou telle nation doit se séparer de l'Etat russe au moment donné. Je puis reconnaître à une nation le droit à la séparation, maïs cela ne veut pas dire encore que je l’y engage. Le peuple a le droit de se séparer, mais suivant les conditions, il peut ne pas user de ce droit. Il nous reste donc, à nous, la liberté de l’agitation pour ou contre la séparation, selon les intérêts du prolétariat, selon les intérêts de la révolution prolétarienne. De la sorte, la question de la séparation est tranchée dans chaque cas particulier en toute indépendance suivant la situation et c’est justement pour cela que la question de la reconnaissance du droit à la séparation ne doit pas être confondue avec son utilité dans telle ou telle condition. Ainsi, moi personnellement, je me prononcerais contre la séparation de la Transcaucasie, étant donné le développement général en

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