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IL est extrêmement caractéristique et significatif que ni les Socialistes-révolutionnaires ni les menchéviks ne se déci-
dent — bien que le reconnaissant « en principe » et se rendant parfaitement compte du caractère capitaliste de la Russie moderne — à regarder la vérité en face. Ils craïi-
gnent de reconnaître la vérité, cette vérité que la Russie comprend, comme tout pays capitaliste, trois forces sociales essentielles, fondamentales: bourgeoisie, petite bourgeoisie et prolétariat. La première et la troisième forces sociales sont reconnues de tout le monde, tout le monde en parle. Mais la deuxième, celle qui, numériquement, constitue précisément la majorité, personne ne veut se donner la peine de l’apprécier objectivement ni du point de vue économique, ni du point de vue politique, ni du point de vue militaire.
La vérité fait mal aux yeux: c’est pourquoi les socialistes-révolutionnaires et les menchéviks craignent de prendre conscience d’eux-mêmes.
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Au moment où nous commencions cet article, la suspension de la Pravda était un fait « accidentel » que le gouvernement n'avait pas encore sanctionné. Aujourd’hui, aprés le 16 juillet, le gouvernement a officiellement suspendu la Pravda. |
Cette suspension, si on l’examine du point de vue historique, du point de vue de l’ensemble dans le processus de la préparation et de la réalisation de cette mesure, projette une éclatante lumière sur la « nature de la Constitution » en Russie et sur le danger des illusions constitutionnelles.
On sait que le Parti cadet, Milioukov et la Retch en
‘tête, exige depuis avril déjà la répression du bolchévisme.
Cette revendication, présentée sous les formes les plus variées, à commencer par les articles de « haute politique » de la Retch, pour finir par les multiples clameurs de Milioukov réclamant l’ « arrestation » de Lénine et d’autres bolchéviks, a été l’un des principaux points, sinon le principal, du programme politique des cadets pendant la révolution.
Bien avant l'accusation bassement calomnieuse, forgée par Alexinski et consorts en juin-juillet, qui nous représentait comme des espions allemands ou des gens à la solde de lAllemagne, bien avant l’accusation non moins
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calomnieuse — et d’ailleurs démentie par les faits les plus connus comme par les documents publies — de préparation d’une + insurrection armée » ou d’une « émeute », le Parti cadet réclamait systématiquement, inflexiblement, sans cesse, la répression contre les bolchéviks. Cette revendication étant aujourd’hui satisfaite, que devons-nous penser de la probité ou de l'intelligence de ceux qui en oublient ou feignent d’en oublier le caractère social et les origines politiques? Comment ne pas traiter de grossiers falsifica- - teurs ou de politiques exceptionnellement obtus les socia- -- Jistes-révolutionnaires et les menchéviks, qui s'efforcent aujourd'hui de paraître croire au caractère « accidentel », « isolé » de la « raison >» — apparue le 4 juillet — des mesures de répression qui ont été prises contre les bolchéviks? La déformation des vérités historiques incontestables a tout de même des limites! |
Il suffit de comparer le mouvement des 20 et 21 avril à celui des 3 et 4 juillet pour se convaincre aussitôt de leur profonde analogie. Explosion spontanée du mécontentement, de l’impatience, de l’indignation des masses; coups de feu tirés par des provocateurs de droite; des morts sur la perspective Nevski; clameurs et calomnies de la bourgeoisie et plus particulièrement des cadets, qui affirment que « les partisans de Lénine ont tiré sur la perspective Nevski »; exaspération et aggravation extrêmes de la lutte entre la masse prolétarienne et la bourgeoisie, désarroi complet des partis petits-bourgeoïis, socialiste-révolutionnaire et menchévik, dont les hésitations politiques, dans la question du
pouvoir notamment, sont de plus en plus grandes — tels
sont les faits objectifs qui caractérisent les deux. mouvements. Les journées des 9-10 et du 18 juin nous offrent, sous une forme différente, un spectacle tout à fait analogue au fond, où agissent les mêmes forces sociales. | La marche des événements est aussi claire que possible: le mécontentement, l’impatience et l’indignation des masses ne cessent de grandir, la lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie ne cesse de s’aggraver, surtout pour l'influence sur les masses petites-bourgeoïses. Deux événements historiques de la plus grande portée, connexes à ces faits, préparent la subordination des socialistes-révolutionnaires et des menchéviks aux cadets contre-révolutionnaires, Ces événements sont: la formation, le 6 mai, du ministère de coalition — dans lequel les socialistes-révolutionnaires
et les menchéviks de plus en plus engagés et compromis par leurs arrangements et leurs accords avec la bourgeoisie, les nombreux « services » qu’ils lui rendent, l’ajournement des mesures révolutionnaires les plus urgentes, se révèlent les auxiliaires de la classe capitaliste — et l'offensive déclenchée au front. Cette offensive signifie forcément la reprise de la guerre impérialiste, un formidable accroissement de linfluence, du poids, du rôle de 1Ia bourgeoisie impérialiste, l’expansion la plus large du chauvinisme au sein des masses et, enfin, last but not least (dernier point, mais qui n’est pas le moins important), la remise du pouvoir, militaire d’abord, puis politique en général, aux milieux contre-révolutionnaires du haut commandement.
lelle est la marche des événements historiques qui a accentué et aggravé les antagonismes de classes entre les 20-21 avril et les 3-4 juillet et permis à la bourgeoisie contrerévolutionnaire de réaliser, après le 4 juillet, ce qui se des- Sinait déjà dès les 20-21 avril comme constituant son pro- Sramme et sa tactique, son objectif immédiat et les moyens d’une « propreté » douteuse qui devaient la mener à son but.
Rien n’est plus vain du point de vue historique, rien n'est plus piteux du point de vue doctrinal, rien n’est plus ridicule du point de vue pratique que les jérémiades prudhommesques prodiguées (et d’ailleurs reprises par L. Martov) à l’occasion des événements du 4 juillet. Les bolché-. viks auraient, dit-on, « trouvé moyen » de se faire infliger une défaite, leur défaite ne serait que le résultat de leur € penchant aux aventures », etc. Toutes ces jJérémiades, tous ces raisonnements tendant à démontrer que les bolchéviks « n’auraient pas dû intervenir » (en s’efforcant de donner au mécontentement et à lindignation mille fois légitimes des masses un caractère « pacifique et organisé ») sont simplement, lorsqu'ils émanent de bolchéviks, le fait de renégats, ou la manifestation habituelle de Ia poltronnerie et du désarroi coutumiers au petit bourgeois. A la vérité, le mouvement des 3-4 juillet a été, tout aussi inévitablement que l'été suit le printemps, la conséquence de celui des 20-21 avril. Le devoir absolu du parti prolétarien était de rester avec les masses, de chercher à donner à leur action juste et légitime un caractère aussi pacifique et aussi organisé que possible, de ne pas rester de côté, de ne pas s’en laver les mains à la manière de Ponce Pilate sous le
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prétexte pédantesque que la masse n’est pas organisée jusqu’au dernier homme et qu'il se produit des excès (comme s’il n’y en avait pas eu les 20 et 21 avril! Comme s’il y eut jamais un mouvement de masse sérieux Sans excès !).
La défaite des bolchéviks après le 4 juillet a été la conséquence historique inévitable du cours des événements, précisément parce que, Îles 90 et 21 avril, les masses petitesbourgeoïses et leurs chefs socialistes-révolutionnaires et menchéviks n'étaient pas encore liés par l’offensive, n'étaient pas encore captifs du « cabinet de coalition » et des arrangements avec la bourgeoisie, tandis qu'au 4 juillet üls étaient déjà si liés et si désorientés qu’ils ne leur fut plus possible de refuser leur collaboration (dans la répression, les calomnies, les exécutions sommaires) aux cadets contrerévolutionnaires. Socialistes-révolutionnaires et menchéviks sont à jamais tombés dans la poubelle de la contre-révolution, vers laquelle ils glissaient irrésistiblement dès mai et juin en formant le cabinet de coalition et en approuvant la politique de l'offensive.
Nous nous sommes, semble-t-il, légèrement écartés de notre sujet, qui est la question de la suspension de la Pravda, pour donner une appréciation historique de la journée du 4 juillet. La digression n'est qu’apparente, car on ne saurait comprendre l’un sans l'autre. Nous avons vu que la suspension de la Pravda, Varrestation et la persécution des bolchéviks se présentaient, lorsqu'on recherche le sens profond et la liaison des événements, comme l’application du programme depuis longtemps ébauché de la contre-révolution, et plus particulièrement des cadets.
Rien n’est plus édifiant que de rechercher par qui et par quels moyens ce programme a été réalisé.
Jetons un coup d'œil sur les faits. Le mouvement s'étend les 2 et 3 juillet, les masses, indignées par l’inaction du gouvernement, par la cherté de la vie, par la désorganisation économique, par l’offensive, sont en ébullition. Les cadets, jouant à qui perd gagne, démissionnent et adressent un ultimatum aux socialistes-révolutionnaires et aux menchéviks liés à un pouvoir qu’ils n'ont pas et seuls responsables désormais de la défaite et de l’indignation des masses.
Les 2 et 3 juillet, les bolchéviks retiennent les masses. Ce fait a même été reconnu par un témoin appartenant à la rédaction du Diélo Naroda, qui a raconté ce qui s€ passait
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le 2 au régiment des grenadiers. Dans la soirée du 3, le inouvement déborde et les bolchéviks lancent un appel in- Vitant à l’action « pacifique et Organisée ». Le 4, des de feu tirés par les provocateurs de la droite augmentent des deux côtés le nombre des victimes. Soulignons que la Promesse faite par le Comité exécutif de procéder à une enquête et de publier deux fois par jour les résultats de celle-ci est restée lettre morte. Socialistes-révolutionnaires et menchéviks n’ont rien fait dans ce sens. Ils n’ont pas même publié la liste complète des morts!
Le 4, dans la nuit, les bolchéviks réd aussitôt publié dans la Pravda, exhortant les masses à ces-
ser les manifestations. Mais des troupes contre-révolutionnaires arrivent cette nuit même à Pétrograd (selon toute APparence, sur l'invitation et avec le € Soctalistes-révolutionnaires, des menchév viets. Notons que l’on observe sur cC cate > un mutisme des plus complets qui n’a plus la moindre justification). Ensuite, au cours de cette même nuit, des détachements de Jjunkers et de troupes semblables. agissant Sur l’ordre du commandant de la place, Polovtsev, et du Srand quartier général, assaillent les bolchéviks. Dans 1a nuit du 4 au 5, on saccage les locaux de la Pravda Ees 5 et 6, mise à $ac de l'imprimerie Troud, aSSassinat en plein . jour de l’ouvrier Voïnov que l'on à vu sortir de cette Im- Primerie porteur du Listok Pravdy, perquisition chez les bolchéviks, arrestations de bolchéviks, désarmement des régiments révolutionnaires.
Qui a commencé toute cette besogne? Ce n’est ni le Bouvernement ni le Soviet, c’ést la clique militaire contrerévolutionnaire groupée autour du Srand quartier pénéral, agissant au nom du « service de Conire-espionnage 5 metant en circulation, Pour « attiser la fureur » des soldats, les faux de Péréverzev et d’Alexinski, etc. | Carence du Souvernement, carence des Soviets; ils tremblent pour eux-mêmes, avertis à plusieurs reprises que des cosaques peuvent les assaillir et les saccager, La presse des cadets et des Cent-Noirs, qui a mené contre les bolché- VikS une campagne furieuse, commence une Camp contre les Soviets.
Par toute leur politique, Socialistes-ré menchéviks s'étaient liés pie appellent (ou tolèrent que l’o