‹ La révolution sicilienne et l'expédition de GaribaldiChapitre 11 sur 18 · FINANCES · texte numérisé non relu

FINANCES

Chevalier Paul Amari, présldeut; Salvator Careamo; Louis Corona ; Isidore la Lumia; Antoine Alaimo; prêtre Uijdu/enti, secrétaire.

BAnatCADES.

Michel Slangano, président; Salvator Rubino; Pierre Uessineo ; Jérôme Guglielmini; Antoine Colini; Antonin Prt%tipino, Xarmel TraueUi, secrétaire.

1NTÉBIECR.

Gaétan La Loggia, président; Salvator di Bartolo, François-Paul Tuzzotino: Joseph Hellia; Ignace Calalani ; Salvator i aideront; Jean Raffaete ; Gaétan Del Serro; Emmanuel Sartorto, secrétaire; Jean Muratort, idem; Salvator Buccheriy idem.

ployait activement à cet effet. Elle avait pour membres le comte de Federico, président; MM. Acerbi, intendant-général de l'armée ; Calvino, officier d'état-major; baron Narcisse Cozzo, le chevalier Vincent d'Ondès-Reggio, Vincent Bentivegoa.

Pendant qu'il se précautionnait de toutes façons pour le cas possible d'une reprise de la lutte, Garibaldi s'occupait aussi des blessés ennemis, dont l'état était réellement déplorable. Aux hôpitaux provisoires, formés par les défenseurs du quartier général, et qui manquaient de tout, il expédiait, à l'émerveillement des Napolitains, médecins, linge, charpie, médicaments. — 11 veillait également à la situation des hospices civils de Palerme. Rien n'échappait à sa généreuse sollicitude.

Il va sans dire que les soins les plus aimants étaient prodigués par la population aux blessés des chasseurs des Alpes. Les braves libérateurs avaient fait encore de douloureuses perles pendant ce combat de trois jours. (1) La plupart des officiers supérieurs étaient blessés : Tuckery, qui en mourut quelques jours plus tard, Carini, Bixio, Sirtori, Cairoli, Pedotti, Manin, ce dernier pour la seconde fois depuis le débarquement.

(1) — Le peloton des carabiniers génois, qui s'était déjà si bien conduit pendant la marche, comptait, lors de l'armistice, vingt-deux morts ou blessés, sur un effectif de trente-ciuq hommes.

L'armée napolitaine se trouvait, elle aussi, fortement décimée. — Mais c'est sur le peuple de Païenne que le bombardement, l'incendie et le massacre combinés avaient frappé le plus cruellement

CONDUITE DES SOLDATS NAPOLITAINS. - ÉTAT DE PALERME APRÈS LE BOMBARDEMENT.

II est bon que Ton sache un peu quelles horreurs les généraux de François II,— d'après l'ordre formel de leur maître, prétendirent-ils tous plus tard, — commandèrent contre une ville de plus de deux cent mille âmes, et dont furent surtout victimes les femmes, les enfants, les vieillards, c'est-à-dire la partie inoffensive de celte population. — Comme fai pu, par moi-même, fort peu de jours après, les tristes preuves de ces faits, je puis affirmer leur complète authenticité.

Dans les divers quartiers où les Napolitains pureut pénétrer pendant la lutte, ils ne laissèrent pas âme vivante. — Enfonçant les portes des maisons, ils saisissaient ceux qui n'avaient pas fui, et» les menaçant de mort, ils offraient de leur vendre la vie. Les malheureux habitants sortaient alors l'argent

caché, les objets précieux de toute sorte, et lorsque les Napolitains croyaient bien tenir tout, ils tuaient sans distinction de sexe ni d'âge, et mettaient le feu. Plus de mille infortunés furent assassinés de la sorte, et avec des circonstances atroces. On violait les femmes après avoir égorgé leurs enfants dans leurs bras, et on les éven trait. — Dans plusieurs couvents, envahis par la troupe, les religieuses qui s'y trouvaient encore, jeunes ou vieilles, furent affreusement torturées, puis massacrées. — Les officiers du vapeur sarde Mozambano racontèrent depuis que, se trouvant à Caserte, sur le continent napolitain, ils avaient vu les soldats ramenés là après la capitulation, établir un bazar public pour la vente des objets de toute sorte provenant du saccage de Païenne et autres villes de Sicile. — Et l'autorité napolitaine permettait cette infâme exhibition, pour exciter l'émulation des autres corps qui n'avaient point combattu.

Le titre d'étranger ne protégeait point contre la rage homicide de ces bandits en uniforme. — Voici une pièce que j'ai copiée moi-même sur les minutes du consulat de France :

Procès-verbal (Tune déposition faite au Consulat de France à Païenne , le 18 juin 1860, par tes demoiselles Firauœ, Françaises établies à Palerme.

« Le» demoiselles Firaux oui déclaré que leur frère. M. Martial Fi-

raux, maître de langues, Français, demeurant rue Porta di Castro, voyant dans la matinée du 27 mai 1860 les troupes napolitaines mettre le feu avec des fagots aux maisons voisines, s'était mis au balcon pour représenter qu'il était Français, et demander que son domicile, portant l'indication de domicile français, fût respecté; qu'à ses réclamations et prières réitérées, les soldat» avaient répondu par des imprécations et des injures, exigeant que sa maison fut ouverte sans retard ; que le sieur Firaux étant descendu pour ouvrir la porte, il avait reçu deux balles, l'une à la main droit*, l'autre au bas- ventre, malgré sa qualité de Français, qui n'avait cessé d'être invoquée ; qu'on lui dit même : « Ce n'est • pas ta qualité de Français qui nous empêchera d<? te tuer! »

■ Que, blessé mortellement le 27 mai à midi, il était décédé le soir, dans U maison d'un voisin en face, où il avait, après lo départ des troupes, été transporté.

« Ses soeurs et ses enfanta (trois en bas âge), épouvantés, s'étaient enfuis dans une maison voisine, laissant les soldats piller, saccager, puis brûler une grande partie de la maison et des meubles.

« Les demoiselles Firaux ont déclaré que leur frère avait chex lui :

(Suit l'inventaire des valeurs et argent, montant a 360 ducats, dont rien n'a été retrouvé. )

« Reçu par nous chancelier du consulat de France en Sicile, le 18 juin 1860, et affirmé véritable par les demoiselles Firaux, qui ont signé avec noua. »

Voici, maintenant, la traduction littérale d'une lettre écrite en italien par le consul général suisse à Païenne, M. Hirzcl, et adressée au général Lanza, commandant en chef napolitain :

« Palerme, 2 juin 1860.

« Excellence,

« Sur le rapport qui vient de m'étre fait que Albert Eichkolzen, citoyen suisse, marié à Rose Bevilacqua, marchand de vins, domicilié à Piauotta-Grande, a* 77*, avait eu le malheur d'être saccagé et incendié de sa maison, sa boutique et ses magasins de vins, que son fils, âgé de douze ans, voûtant se sauver des flammes, avait été tué a coupa de fusil par les soldats, et qu'on ne savait pas ce que lui-même et le restant de sa famille étaient devenus, je me suis empressé, hier, 1" juin, de me mettre personnellement en quête, afin de connaître le sort do cet infortuné.

« M'ûtant rendu dans le voisinage de sa demeure, les habitants ne su*

rent me dire autre chose, si ce n'est qu'ils supposaient que cette Camille avait été entraînée par les troupes royales, de même que beaucoup d'autres qui avaient été arrêtées et conduites au couvent des Bénédictins blancs % renfermées dans le réfectoire, rr, la, brûlées vivbs u>as os l'uicerdii allumé dans es cotA&vr pah les soldats avant de se retirer vers le Palais-Royal.

« Ne pouvant croire à un tel rapport, et plein d'indignation, je me portai aussitôt audit couvent des Bénédictius blancs, cheminant à travers un quartier tout entier ruiné, des maisons duquel, dévorées par l'incendie, s'exhalait une odeur pestilentielle de cadavres ensevelis sous les ruines; et ayant demandé d'où provenaient de telles horreurs, il me fut répondu par plusieurs survivante qu'elles étaient le fait des troupes royales pendant leur retraite sur le Palais-Royal.

■ Arrivé au couvent des Bénédictins blancs, Je fus conduit dans un vaste local qu'on médit avoir été un réfectoire, et où des hommes étaient occupés a transporter dehors des cadavres brûlés, assurant que c'étaient ceui de familles des habitations voisines, que los troupes royales avaient arrêtées et renfermées en cet endroit, et qu'en donnant le feu et le sac au couvent, elles y avaient brûlé vives ces personnes.

a Je m'adresse à Votre Excellence avec la plus vive anxiété, pour avoir quelques nouvelles sur le sort de mon national, réclamant de votre humanité et justice l'ordre de le mettre en liberté, s'il est encore vivant, et me réservant de faire valoir tous ses droit» aux dommages-intérêts que mon gouvernement pourra demander pour lui.

« Signé : Hirzrl. •

liC général Lanza envoya tout simplement promener M. Hirzel, en lui faisant répondre que les cadavres qu'il avait vus an couvent des Bénédictins blancs étaient sans doute ceux débitants brûlés par les insurgés, pour accuser ensuite les Napolitains de ce fait.

Plus tard, le Journal officiel de Sicile publiait la lettre suivante de l'archevêque de Monrealeau Dictateur, à propos d'un de ses employés, tué à Palerme :

« Monsieur,

« Je remplis (e pénible devoir de tous informer de la mort de D. Giovanui Scorxa, employé à l'administration de mon archevêché.

• Si la perte d'un bon citoyen, d'un honnête employé, d'un excellent père do famille est sensible à un cœur humain, celle du malheureux Scorxa est plus douloureuse encore par les circonstances incroyables qui le frappèrent lui et sa famille désolée.

« Confiant dans l'ordonnance du gouvernement déchu, qui promettait garantie et protection à tout bon citoyen, enfermé dans sa maison et ne participant pas aux mouvements insurrectionnels, il s'était retiré dans son habitation, lorsque, le 27 mai, une horde de soldats l'arrachèrent de sa maison, rue Piazzetta ; brisant les portes, ils firent irruption en menaçant de leurs fusils une famille d'enfants, de femmes et de vieillards, et blessèrent mortellement le malheureux Scorra. Non contents dn l'avoir pillé et volé, ils enlevèrent en outre une jeune fillo de dix-neuf ans et un enfant de cinq ans.

« La situation dans laquelle était la ville et précisément la rue où demeurait Scorxa, empêcha malheureusement de lui porter secours; pendant trois jours entiers, il gisait mortellement blessé, privé d'aide et de soins, avec quatre enfants autour de lui et sa femme enceinte de plusieurs mois, désespérée autant de la blessure de son mari que d'avoir vu arracher de ses bras deux enfants dont clic ignorait le sort.

(Suit la proposition d'accorder une pension sur les fonds de l'archevêché à la veuve de Scorxa, aussitôt approuvée par le Dictateur.)

a Monreale, le 20 juin 1800.

• Signé : l'archevêque Benoit d'Aqoisto.^»

Plus d'un quart de Palerme, au moment de l'armistice, était écroulé ou brillé, et le total des pertes pouvait déjà s'évaluer, à vue d'œil, à au moins deux cents millions de francs. Pas* une rue qui ne fût atteinte. Le quartier de Porta di Castro, autour du Palais-Royal, était totalement détruit. La belle rue de Tolède était obstruée par les décombres des maisons littéralement renversées. La moitié des habitants se trouvaient ruinés de fond en comble. — Parmi les palais brûlés, on remarquait surtout celui

du prince de Carini, ambassadeur de Naples à Londres, pour la restauration duquel des sommes considérables venaient d'être récemment employées.

Voici une statistique des édifices religieux dévastés par les soldats du très-pieux roi de Naples. Elle donnera une idée du reste :

1° Le couveut des Bénédictins blancs, détruit ; — 2 # l'église de Saint-Thomas des Grecs ; — 3° l'église et le monastère des Sept-Anges, entièrement détruits; — une partie de l' Abbaye-Neuve ; — 5° l'antique chapelle de la Vierge couronnée ; — 6* l'église de Sainte-Ursule ; — 7° une partie du monastère de Sainte-Catherine, du côté de Tolède; — 8° une partie du monastère de Saint-Simon ; — 9° le monastère de l'Assomption; — 10° une partie du monastère de Sainte-Rosalie ; — 11° la petite église de Sainte-Marie-du-Lys; — 12° une partie du monastère et toute la sacristie de la Chancellerie ; — 13° une partie du monastère de la Vierge ; — 14° une partie du monastère du Mont-de-la-"Vierge ; — 15* deux petites chapelles du côté de la papeterie; — 16° l'église de Saint-Joseph-de-Calais ; — 17° une partie de la maison des Théatins et de grands dommages dans l'église de Saint-Joseph; — 18° des dommages dans l'église attenant au temple de Saint- Joseph de la Vierge-de-la-Providence ; — 49° la chapelle des PP. de Saint-Philippe ; — 20° la paroisse Sainte-Marguerite, entièrement détruite; —

21° la paroisse de Saint-Jacques de la Marine, détruite ; — 22° la congrégation de Jésus-ct-Marie, dans la rue des Armuriers, détruite ; — 23° le couvent ctPéglise Saint-Dominique, détruits; — 24° la congrégation de Jésus, sur la place Neuve, détruite; — 25° le couvent délia Gancia, détruit ; — 26* la paroisse du quartier Saint-Jacques, détruite; — 27° la paroisse et l'église di Mezzo-Monreale, détruites.

La magnifique cathédrale gothique de Palerme, connue sous le nom de Dôme, fut épargnée par miracle, tandis que tout autour d'elle les maisons étaient brûlées ou écrasées par les bombes. — Le peuple voulut y voir une intervention de la Providence. — « C'est, disait-il, afin que notre roi Victor-Emmanuel puisse y venir prendre la couronne de Sicile et y entendre le beau Te Deiim qu'on chantera à son arrivée. »

CONVENTION MILITAIRE POUR L'ÉVACUATION DE PALERME. ÉTABLISSEMENT DU GOUVERNEMENT NATIONAL.

La seconde trêve arrêtée entre les deux états-majors expirait le 3 juin. A cette date, le général Lctizia n'était point encore revenu. Le commandant en chef napolitain lit demander qu'elle fût de nouveau prorogée de trois jours, et Garibaldi y consentit. — L'évacuation de Palerme n'était plus douteuse. Déjà Garibaldi était de fait le seul maître dans la capitale, et les districts d'alentour, chassant les autorités royales, s'empressaient à l'euvi de faire acte d'ahésion à la dictature de l'illustre guerrier.— Il jugea le moment venu de constituer un gouvernement régulier, car l'unique ministre Crispi n'allai I plus suffire pour tant de détails. Le 2 juin donc, le général répartit l'administration publique entre six ministères, dout les titulaires furent : le colonel Or-

sini, pour la guerre et la marine; M. François Grispi , pour l'intérieur elles finances; M. André (iuarneri, pour la justice; Mousignor Grégoire Ugdulena, pour l'instruction publique et le culte; le baron Casimir Pisani , pour les affaires étrangères et le commerce.

Le capitaine Calvino eut les fonctions de secrétaire-général de la guerre ; et MM. Joseph Ugdulena et Vincent Cacioppo prirent celles de directeurs à l'intérieur. — Enfin, quelques jours plus tard, un septième portefeuille des travaux publics fut créé pour M. Jean Raftaele, et les finances, détachées de l'intérieur, passèrent aux mains de M. Dominique Perani.

Le même jour qu'il établissait ainsi sur des bases régulières et solides le pouvoir national, Garibaldi adressait au peuple de l'île la touchaute proclamalion que voici :

• Siciliens,

« La Sicile présente aujourd'hui l'un de ces spectacles qui marquent dans Ja vie politique des nations, que les générations suivantes se rappellent avec enthousiasme et reconnaissance, et qui laissent pour toujours uue réputation de vertu .sublime a un peuple grand et généreux.

« L'Italie a besoin de concorde pour être puissante, et la Sicile seule donne le véritable exemple de la concorde. Sur cette terre classique, le citadin secoue avec indignation le joug de la tyrannie, il rompt ses chaînes, et de ses fers transformés en dagues il combat les sbires.

• L'homme des champs accourt au secours de ses frères de la ville, et, spectacle admirable, magnifique, édifiant en Italie! le prêtre, le moine, la religieuse marchent, à la této du peuple, aux barricades et aux combats !

« Quelle différence avec le prêtre dissolu de Rome, qui achète les mercenaires étrangers pour répandre le sang de ses concitoyens, et le noble et vénérable ecclésiastique de Sicile, qui se jette le premier dan* la mêlée, donnant sa rie à son pays.

a Le christianisme est véritablement immortel : ces vénérables ministres do Tout-Puissant le prouvent au monde! »

De nombreuses et promptes mesures révélaient bientôt l'énergique pensée qui animait le gouvernement dictatorial. — Un décret ordonnait la distribution de secours de tous genres au peuple ; un autre punissait de mort le vol, le meurtre et tout désordre grave. — Ou protégeait les ex-^bires, repoussés parles Napolitains, contre la fureur populaire. — On pourvoyait en hâte à l'administration des provinces, de manière à diminuer le plus possible les inconvénients de l'interrègne. — Comme mesure politique, il était décrété que les actes publics seraient rédigés désormais au nom de victor-kmmanuel, roi d'italie, et la Sicile prenait pour armes celles de la maison de Savoie. — Palerme applaudissait avec délire à ces dernières mesures. Toutes les fenêtres s'ornaient de drapeaux italiens à la croix blanche, et d'innombrables placards répétaient de tous côtés les mots qu'on avait criés sous le feu : Vive Victor-Emmanuel, notre roi! Vive C Italie!

Le 5 juiu arriva de Naples le général Letizia, porteur' des pouvoirs nécessaires. Il avait eu à lutter vivement contre l'exaspération du jeune roi, qui ne voulait pas admettre que son armée de treute mille hommes, appuyée par la flotte et par les forts, eût été battue et se trouvât réduite à une humiliante retraite. — Le lendemaiu même, 6 juin, fut cou-

venue et signée la capitulation établissant le départ des troupes royales et la remise successive des casernes et forts au général Garibaldi.

Convention établie entre les soussignés, dans le but d'arrêter f effusion du sang entre tes combattants, à Palerme.

Parties vues d'humanité, la trêve est prorogée jusqu'à l'accomplissement des opéra lions suivantes :

1. Les malades, soit ceux des deux hôpitaux, soit des autres lieux, seront embarqués avec la plus grand* célérité.

2. Il sera accordé liberté d'embarquement ou de départ par la voie de terre à tout le corps d'armée de Païenne, avec équipages, matériel, artillerie, chevaux, bagage», familles, et tout ce qui peut lui appartenir, selon que le général Lanza le croira opportun, y compris le matériel qui est dans le Tort Castellamare.

3. Si c'est l'embarquement qui est préféré, celui de la troupe sera précédé du matériel de guerre, des équipages et d'une partie des animaux.

ft. L'embarquement de toute la troupe s'effectuera au Môle, et à cet effet le tout sera transporté aux Quatre-Vents.

5. Le fort Castelluccio, le Mole et la batterie Lanterne seront évacués à ce moment par le général Garibaldi.

6. Le général Garibaldi consignera tous les malades et blessés qui sont en son pouvoir.

7. Les prisonniers des deux camps seront échangés par individu ou généralement.

8. La consigne des sept détenus do Castellamare se fera lorsque l'embarquement ou l'expédition se sera effectuée par la sortie de la garnison de Castellamare. Ces détenus seront consignés au Môle, où ils seront conduits par la garnison (1).

Signé : Colonel Bowpahb, Général Lmtu.

Garibaldi.

Un article additionnel, souscrit après celte con-

(1) — C'étaient ces gentilshommes arrêtés par ordre de Maniscalco, et dont deux ou trois seulement avaient été mis en liberté. — Ceux-a

vention, établit ensuite que l'expédition des troupes se ferait par mer, au môle de Païenne.

Comme pour fêter ce glorieux jour qui libérait définitivement Palerme et la Sicile tout entière, le dictateur, heureux de réaliser une pensée chère à son cœur, rendait spontanément le décret suivant :

« Art. 1". Le» fils des citoyens morts pour la défense de la cause nationale sont adoptés par la patrie.

« Ils seront élevés et nourris aux frais de l'État : si ce sont des filles, jusqu'à seize ans; si ce sont des garçons, jusqu'à dix-sept ans.

• Arrivées à l'âge de seize ans, les filles auront une dot convenable, en rapport avec leur origine, et qu'elles toucheront des qu'elles se marieront.

« Les garçons arrivés à l'âge dè dix-sept ans ne seront plus à la charge de l'État; à vingt et un ans ils auront cependant un capital en rapport avec leur origine.

■ Art. 2. Les veuves des citoyens morts pour la défense de la cause nationale auront une pension en rapport avec leur position. Elle durera aussi longtemps que le veuvage.

« La même pension est accordée aux veuves des citoyens qui ont été fusillés le 14 avril 18G0. Leurs fils sont également compris dans les dispositions de l'article précédent.

« Art. 3. Tous ceux qui, pour cause de blessures reçues au service de la patrie et de la cause nationale, resteront estropiés, mutilés ou inca-

étaient destinés à être transportés h. Naples et sacrifiés évidemment à la vengeance de la cour, ainsi que des généraux battus. — Dans le débat de la capitulation, Lanza s'obstinait à ne les point rendre. Il ne céda qu'en réclamant en échange tout l'armement et le matériel des forts. — Garibaldi y consentit, et quand les prisonniers, délivrés le 10 juin, jour de l'embarquement des derniers Napolitains, vinrent le saluer et le remercier, il se tourna en riant vers un do ses amis et lui dit : a Ces Messieurs nous coûtent pourtant six millions! » — Voici leurs noms : le duc de Cesaro, — Don Octave Lanza de Butera, — le marquis de San-Giovanni. — le baron Riso, — le prince de Monteleooe-Piguatelli, — le prince de Niscemi fils, — le prince de Giardinelli. — Ces quatre derniers s'engagèrent aussitôt comme simples soldats dans l'armée nationale.

pables de travailler, seront recueillis et placés dans un hospice où ils seront entretenus aux frais de l'État.

« Art. 4. Le secrétaire d'État de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret.

• Païenne, «Juin 1800.

« G. GlBIBALDl.

« Le secrétaire d'État :

« F. Caispt. .

L'embarquement des Napolitains ne s'opérait que peu à peu. Ce ne fut que le 13 juin que le Palais- Royal étant évacué par le général Lanza et l'étatmajor, qui allaient séjourner près des casernes, €aribaldi put y transporter sa résidence. Les différents ministres quittèrent en môme temps le palais du Préteur, où ils avaient séjourné jusque-là à côté du général, et s'installèrent dans le vaste édiûce de la secrétairerie d'État. — Mais tout en prenant possession de la demeure du souverain au nom duquel il gouvernait désormais la Sicile, Garibaldi voulut que ses soldats, et le pays avec eux, connussent bien que ce n'était qu'une halte et non pas le but final pour lequel ils s'étaient levés ensemble :

Italie une et libre!

a Chasseurs des Alpes, « Le temps n'est pas de se reposer!

« Beaucoup de nos frères sont encore dans l'esclavage, et nous avons juré de les racheter !

n 11 y a quarante jours que vous avec quitté les bords de la Ligurie» non pour courir après un profit ou après l'appât des récompenses, mais pour aller combattre en faveur des Italiens opprimés.

• Soldats de Varèse et de Corne, votre sang a arrosé la terre de la Sicile ; partout où nous avons passé, beaucoup de vos compagnons ont

trouvé le .sommeil ; beaucoup ont été mutilés; mais sur tous nos pas a

retenti la bénédiction de la multitude !

« Daos deux batailles contre des soldats aguerris, vous avez frappé l'Europe d'étonnement. La liberté italienne va d'elle-même, elle est au bout de vos terribles baïonnettes, quand chacun de vous est glorieux de guider la jeunesse italienne a de nouveaux combats, à de nouvelles victoires.

• Serrez vos rangs!... Sous peu vous reviendrez à une vie plus douce, vous irez revoir ceux qui vous sont chers, embrasser vos fiancées.

« Serrez les raugs, tous, soldats de Calatafimi, et préparez-vous à couronner l'œuvre que vous avez si bien commencée!

a Païenne, 13 juin 1860.

Ces braves accueillaient avec joie la promesse de nouvelles fatigues, de nouveaux, dangers pour servir la patrie. De son côté, la jeunesse sicilienne, répondant de toutes parts à l'appel du Dictateur, accourait s'enrôler sous les drapeaux de l'indépendance. Païenne, seule, fournissait plus de six mille volontaires. Des enfants de treize et quatorze ans suppliaient qu'on les acceptât. Les immenses bâtiments d'anciens monastères suffisaient à peine à abriter provisoirement toutes ces recrues, que l'intendant-général de l'armée, colonel Acerbi, travaillait aelivement, avec le capitaine Nievo et le lieutenant Bozzetti, à vêtir et à armer.

Ce fut le 19 juin, dans la matinée, que les derniers corps napolitains, 8,000 hommes en tout, évacuèrent Palerme. J'assistais à leur embarquement, me rappelant, non sans émotion, le triste jour où, . onze ans auparavant, le 45 mai 1849, je quittais avec

o G. Gaiubaldi. »

mes braves compagnons d'armes la capitale de la Sicile, devant l'entrée triomphante de Filangieri. — Singulier retour des choses humaines ! — Les soldats paraissaient impressionnés. Pendant ces longs jours de la trêve, ils s'étaieut trouvés fréquemment en contact avec les volontaires garibaldiens, et l'héroïsme de ces jeunes gens, leurs chaleureuses exhortations, les mots de patrie commune, d'indépendance nationale, n'avaient pas laissé que d'agir sur . ces natures incultes. — Bon nombre avaient passé du côté des Siciliens, et beaucoup d'autres étaient indécis. Les jeunes officiers surtout laissaient voir presque ouvertement leurs regrels de ne pas suivre une aussi noble cause, un aussi illustre chef. — Ils

avaient tous profité de tous les prétextes imaginables pour pénétrer en ville, afin de pouvoir contempler les traits de Garibaldi, et en parlant avec ceux de son état-major, ils ne tarissaient pas sur son génie, son courage et sa générosité. — Ces détails étaient connus des chasseurs des Alpes ; comme l'embarquement tirait à sa fin, apercevant une certaine hésitation parmi le dernier bataillon, encore à terre, un détachement d'entre eux qui se trouvait là se mit à applaudir, en criant : « A nous ! à nous ! tournez, camarades ! » — Les Napolitains se regardèrent et firent un mouvement; une seconde de plus, et ils répondaient à l'appel. Mais un groupe d'officiers d'état-major, se jetant au devant d'eux, l'épée nue,

frappa les plus avancés, et, au commandement de : Embarque ! embarque ! les poussa vers le quai. — La discipline l'emporta sur le cri du cœur.

A midi précis, le général Lanza consignait aux représentants de Garibaldi le fort du Môle, dernier point encore occupé, et, quittant le dernier le sol sicilien, montait à bord d'une frégate. — Dans la journée, un décret du gouvernement ordonnait l'immédiate construction du fort Castellamare, et, dès le lendemain, la population entière, prêtres et moines en tête, se levait en masse pour renverser de ses propres mains ces remparts élevés par la tyrannie étrangère contre la capitale de la Sicile.

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