OBSERVATIONS
■ Cette organisation est la même que celle de l'année italienne à laquelle nous appartenons, et les grades, donnés au mérite plus qu'au privilège, sont ceux qui ont déjà été conquis sur d'autres champs de bataille.»
« Signé : G. Garibaldi. »
Or, pendant que l'intrépide général allait si noblement délivrer plusieurs millions d'Italiens et conquérir, avec un désintéressement personnel sans exemple, une nouvelle couronne à son souverain, la nouvelle de son départ, aussitôt connue à Turin, et propagée avec la rapidité de l'éclair dans toute l'Eu-
rope, soulevait contre lui et ses braves compagnons non-seulement l'indignation des austro-papalistes, mais aussi les colères de la presse ministérielle turinaise. — Une feuille, entre autres, organe officiel du comte de Cavour, gratifiait l'expédition et son illustre chef d'épithètes qui ne le cédaient guères pour la violence, tant dans la forme que pour le fond, aux lignes suivantes de la Patrie :
« Nous apprenons que Garibaldi, après avoir donné sa double démission de député de Nice et de général de l'armée piémontaise, vient de partir pour la Sicile, à la tète d'une expédition armée.
< En agissant ainsi, Garibaldi se place sur la ligne de Walker, et l'acte dont il se rend coupable tombe sous l'application des lois qui régissent la piraterie. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que le gouvernement piémontais réprouve cette conduite, qui n'est pas seulement un acte d'insubordination, mais un acte véritable de trahison à son égard. Du reste, le bâtiment qui porte Garibaldi est signalé sur toute la côte. »
Vers neuf heures avant midi du même jour, 7 mai, on prenait terre à Talamone, frontière de Toscane, où un convoi de munitions de guerre attendait l'expédition. Par suite d'une méprise, ce convoi manquait. Mais il y avait un fort tout proche
de là, à Orbitello. Le colonel Tlirr s'y rendait; et après un court entretien, le commandant de ce fort livrait toutes les munitions en son pouvoir ainsi que quatre pièces de campagne. Un vieil officier, gardien du petit fort de Talainone, saisi d'un égal enthousiasme., remit de son côté ce qu'il avait d'armes et de cartouches, y compris une couleuvrine. — On s'occupa à exercer les hommes tout le jour. Dans la soirée, arrivèrent plusieurs envoyés d'un bataillon de Bersaglieri, en garnison à Orbitello, et qui offrait de partir tout entier, armes et bagages, avec le général, Garibaldi refusa et flt parvenir à ce corps l'invitation à l'obéissance passive, ainsi qu'à la discipline, qu'on a lue plus haut. — Au moment de se rembarquer, le colonel Zambianchi, avec soixante volontaires, se sépara de la petite armée, pour tenter un coup de main dans les provinces romaines, voisines de cette frontière.
Le 9, au lever du jour, les deux vapeurs quittaient Talamone, mais pour relâcher bientôt à Santo- Stefano, où ils s'approvisionnèrent de charbon au dépôt établi pour Le Giglio, navire de la marine toscane. — A trois heures, ils reprenaient la mer, se dirigeant vers l'ouest-sud-ouest , entre la Sardaigne et la Sicile.
Le 10, eut lieu la distribution des armes, qui excita au plus haut degré l'enthousiasme des hommes. Vers le soir, un fou se jeta du Lombardo à la mer.
Il fallut arrêter pour le repêcher, et pendant ce temps, le Piemonle marchant toujours, les deux bâtiments se perdirent de vue. — Grande anxiété sur les deux bords. On se chercha mutuellement. Au beau milieu de la nuit, un hasard providentiel amena les deux vapeurs dans les mêmes eaux. — L'obscurité était profonde, les fanaux éteints sur chacun d'eux. De part et d'autre, on crut à la rencontre d'un navire napolitain et on se prépara en silence et résolument à un abordage. On s'approchait réciproquement, le cœur palpitant d'émotion, et attendant pour tirer d'être bord à bord. — Tout à coup, une voix bien connue résonne sur les flots :
< — Est-ce toi, Bixio ? » criait Garibaldi, par un pressentiment soudain.— « Oui I » répondait le colonel. — Et un immense cri de soulagement parti des deux côtés saluait aussitôt cette heureuse rencontre.
Le matiu du 11 mai, trois cents blouses rouges, les seules embarquées à Gênes, furent réparties entre les mille hommes de l'expédition. Le reste était en bourgeois , sauf quelques uniformes de l'armée royale. — On continuait d'avancer. Vers huit heures, le général donna l'ordre de cingler droit sur Marsala, et prit lui-même le commandement. — Il pouvait être midi, et depuis longtemps on apercevait, bien que sans en distinguer les détails, la côte de Sicile, lorsqu'une barque qui s'en allait pécher en haute
mer, passa près du Piemonte. — Sur un ordre parti du bord, la barque s'approcha ; une manœuvre lui fut lancée pour qu'elle pût s'amarrer à l'arrière du vapeur, et le patron, montant sur le pont, se trouva en face du général.
HARSALâ, CALATAFIII ET PALER1E.
Voici ce que le pêcheur apprit alors à Garibaldi : Depuis déjà de nombreux jours, trois bâtiments de guerre napolitains stationnaient devant le port de Marsala, sur lequel évidemment, par suite de sa position favorable, on craignait une entreprise. C'étaient deux corvettes à vapeur, le Stromboli, capitaine Carracciolo, le Capri, capitaine Acton, et la frégate à voiles XAmalia. — Ces navires échangeaient de constants signaux avec les télégraphes aériens de la côte. — Enfin, après une longue inaction, ennuyés sans doute d'attendre un ennemi qui n'arrivait pas, et craignant peut-être que, pendant ce temps, il ne débarquât dans quelque anse du voisinage, ils avaient quitté le matin même leur mouillage, et ils exploraient les eaux de l'île, dans la direction de Trapani. Le port se trouvait libre, et on
pouvait, en ne perdant pas de temps, s'y diriger en toute sûreté.
Le doigt de Dieu était vraiment là. Garibaldi remercia le patron, lui permit de redescendre dans sa barque, et ordonna de chauffer à toute vapeur. — À coup sûr, sa venue allait être immédiatement signalée, et il fallait bien une avance de quelques minutes pour mettre à terre les ho aimes et le matériel.
Un peu avant deux heures, le Piemonte et le Lombardo, rivalisant de vitesse, entraient ensemble dans le port de Marsala et s'amarraient au quai. Les volontaires commencèrent aussitôt à débarquer, les Siciliens les premiers. Il ne se trouvait alors en rade, outre quelques caboteurs nationaux, que deux navires anglais, une frégate et un petit aviso : ce dernier, aussitôt l'expédition débarquée, partit immédiatement pour Malte.
En voyant s'avancer en toute hâte sur Marsala deux bâtiments suspects, les télégraphes aériens avaient joué, et la croisière napolitaine, prévenue par leurs signaux, mais à une distance assez éloignée, avait, elle aussi, forcé de vapeur pour arriver, l'une des corvettes donnant la remorque à la frégate à voiles. — 11 y avait déjà près d'une heure que les pyroscaphes génois étaient à quai, lorsque l'un des vapeurs napolitains se montra au tournant de la rade. — Le temps avait été mis à profit. Tous les bateaux du port, se pressant à l'envi, avaient prêté
leur concours pour débarquer en hâte l'artillerie, les caisses de munitions, les bagages, sous la direction du capitaine Gastiglia.Tous les hommes se trouvaient à terre quand apparut le navire ennemi. — On finissait de décharger les objets les plus pesants. Le général était debout dans une petite barque, surveillant l'opération, et une partie des siens sur le môle, à découvert. À cette vue, la corvette royale s'arrêta, attendant pour agir l'arrivée de la frégate remorquée. Celle-ci parut bientôt à son tour, et aussitôt qu'elle eut aperçu les navires de l'expédition, elle ouvrit le feu contre eux ainsi que contre les volontaires qui encombraient le quai. Une pluie de grenades et de mitraille, accueillie par les cris de Vive C Italie! vint tomber autour de ces derniers sans eu toucher un seul. Tout ce qui était à bord fut descendu, jusqu'au dernier colis. — Les Napolitains, tirant alors à boulet, coulèrent le Lombardo ; et ils faisaient mine de tenter un débarquement, quand une partie du corps expéditionnaire, commençant une fusillade des plus vives, leur en fit bien vite passer l'envie. Us se contentèrent alors d'amariner le Piemonte y resté vide, et d'envoyer des obus sur la ville, mais sans songer plus à une descente à terre.
Tel est l'historique exact du merveilleux débarquement de Marsala. — Une heure de plus ou de
moins, l'inspiration d'un capitaine de croiser vers la haute mer au lieu d'explorer la côte, un accident quelconque enfin, qui plaçât l'ennemi entre la terre et lui, et Garibaldi, ainsi que ses braves soldats, étaient impitoyablement coulés à fond, sans même pouvoir se défendre* — La cour de Naples, aussi" tôt que cet immense événement lui fut connu, s'empressa d'en accuser l'intervention anglaise (i),et néanmoins , tout' en répandant cette calomnie, — conforme à son habitude de prétendre que les Anglais chercueut à s'emparer de la Sicile, — elle met-
(i) Circulaire du gouvernement napolitain à ses agents près Us cours
étrangères.
■ Un fait de la plus étrange piraterie vient d'être consommé par une
■ horde de brigands publiquement enrôlas, organiiés et armés, dans an • État non ennemi, sous les jeux de son gouvernement, et malgré les
■ promises qu'il avait faites de l'empêcher.
« Prévenu des préparatifs qui se faisaient au grand jour pour une ex- « pédition destinée contre les États royaux, le gouvernement n'avait pas « perdu de temps pour réclamer contre un semblable attentat ao droit « des gens ainsi qu'aux obligations internationales.
■ Les bateaux à vapeur se sont dirigés sur le port de Marsala, et, à « leur arrivée dans ce port, ils ont été attaqués par le Capri et le Tann crfdi". — Mais le feu dut être suspendu pour donner te temps à deux « vapeurs anglais , arrivés depuis peu d'heures , de prendre à bord « leurs officiers qui se trouvaient à terre. Une fois ces officiers embarqués, m les vapeurs reprirent le large, et alors seulement on put recommencer te « feu contre Us pirates, mais sans pouvoir empêcher leur débarquement u à Marsala.
« En vue d'un aussi scandaleux attentat, etc., etc. • Naples, 20 msi. »
Peut-on mentir plus effrontément, alors que le rapport du capitaine Marryat, de Vlntrepid, et tant d'autres témoignages, établissaient déjà d'nue façon si claire que les Anglais, loin d'avoir ompùc lié en rien l'action des navires de guerre napolitains, s'étaient rangés pour hisser leur tir entièrement libre!
— uo -
tait en jugement les deux capitaines Carracciolo et Acton, comme coupables de haute trahison, pour avoir eu la mauvaise fortune de se trouver absents au moment de l'arrivée de la flottille expéditionnaire* En défalquant les soixante volontaires laissés à Talamonc, Garibaldi débarquait avec un total de mille quinze hommes. Ce fut à la tète de cette force si peu nombreuse qu'il fit son entrée dans Marsala. Les habitants, parmi lesquels se trouvent beaucoup de négociants étrangers, ne l'attendaient nullement, et, sur le premier instant, leur épouvante égala leur surprise. Déjà, à la suite d'un mouvement insurrectionnel antérieur, ils avaient subi une répression napolitaine avec les excès accoutumés, et leurs plus énergiques citoyens se trouvaient en fuite dans les montagnes. Ils croyaient la révolution complètement éloufFée, et ils communiquèrent cette nouvelle au général, qui ne s'en émut point, sachant bien qu'à son approche tout se réveillerait. — L'état-major se mit aussitôt en quête de moyens de transport, et l'on parvint à réunir le nombre de chevaux suffisants pour le petit parc d'artillerie, ainsi que quelques charrettes pour les bagages et l'ambulance. On fit aussi quelques provisions de bouche. — 20,000 francs en or formaient la caisse militaire de l'armée. 11 fallut rendre forcé, par un édit, le cours des pièces de vingt francs, inconnues dans le pays, afin de pouvoir solder les achats
Aussitôt à terre, Garibaldi lançait les proclamations suivantes, répandues en peu de jours par milliers dans toute l'île :
Aux Siciliens.
• Siciliens I
« Je tous ai amené une poignée de braves accourus au cri héroïque de la Sicile, survivants des batailles lombardes ; nous voici auprès de vous ! Nous ne demandons que l'affranchissement de la patrie. Soyons tous unis et la tache sera facile et courte. Aux armes ! Quiconque ne saisit pas une arme est un lâche ou un traître à sa patrie.
m Le manque d'armes n'est pas un prétexte. Nous aurons des fusils ; mais & cette heure, toute arme est bonne dans la main d'un brave. Les municipalités se chargeront des enfants, des femmes et des vieillards abandonnés.
« Aux armes, tous ! La Sicile enseignera encore uno fois au monde comment un pays se débarrasse de ses oppresseurs par la volonté d'un peuple uni.
« G. Garibaldi. »
A fermée napolitaine.
« L'arrogance étrangère domine la terre italienne par les discordes italiennes. Mais le jour où les fils des Samnites, réunis aux frères de la Sicile, donneront la main aux Italiens du nord, ce jour-là notre peuple, dont vous êtes la plus belle partie, reprendra, comme par le passé, son rang parmi les premières nations de l'Europe. Soldat italien, je n'ai qu'une ambition, celle de vous voir rangés aux côtés des soldats de Varèse et de San-Hartino, pour combattre ensemble les ennemis do l'Italie.
« Garibaldi. »
De son côté, Salvadorc Gastiglia, l'un des chefs de la marine sicilienne pendant la période d'indépendance, faisait appel en ces termes au patriotisme de ses anciens compagnons :
« La latte que nous soutenons est suprême, et peur en sortir ?ainqueure nous devons réunir toutes nos forces.
• Habitants des montagnes et des plaines, tous sont venue se ranger sous les ordres de Garibaldi. Quant à vous, abandonnez vos ni vire» et prenet les armes ; que votre place soit là où l'on combat.
« Vons ne manquerai pas, j'en suis sûr, à l'appel de la patrie, parce que vous y avez toujours répondu. Que tous nos « (Torts tendent donc à rendre l'Italie libre et indépendante ! »
A quatre heures du matin le 12 mai, le corps expéditionnaire quittait Marsala, se dirigeant vers
Salemi. Au sortir de la ville, la route gravissait une
montagne d'où Ton distinguait parfaitement la mer et r escadre napolitaine. Les jeunes volontaires s'émerveillaient de l'aspect tout africain de cette partie dft la Sicile. Les femmes que Ton rencontrait étaient voilées comme celles des Arabes. Un gentilhomme de Marsala suivait la colonne, sur un vigoureux âne de race sarrasine. — A quatorze milles, la route cessait; on prit un sentier circulant à travers des prairies et des blés interminables. Le paysage était d une grandeur imposante. — Garibaldi précédait la colonne, à pied, au milieu de son état-major. Les pasteurs, vêtus de peaux de chèvres, et aux figures étranges, venaient le saluer à son passage. — Vers le milieu du jour, un envoyé apparut. Il apportait la nouvelle que plusieurs squadre (corps de paysans armés) se rassemblaient à Monte-San-Giuliano, audessus de TrapaoL — On bivouaqua cette nuit-là à Ramengado, autour de la Cascina du baron Mistretta, de Salemi. Les nuits sont froides dans oesré-
gions; avec leurs simples vêtements bourgeois, les volontaires ne tardèrent pas à s'en ressentir ; mais la joie de se trouver eufln sur cette terre tant désirée, soutenait leur bonne humeur et leur faisait accepter gaiement toutes les épreuves.
On continua le 13 la marche sur Salemi par des chemins presque impraticables. — Salemi est une vieille ville sarrasine qui tombe en ruines. Les couvents seuls y ont l'aspect de maisons. Le corps expéditionnaire se logea dans celui des Jésuites, partis de la ville pour la campagne, sur le bruit de sa venue. C'était, dans l'île entière, le seul corps de religieux qui sympathisât avec le gouvernement, et, pour ce motif, hostile aux outres prêtres et moines, tous dévoués è la cause nationale. — Garlbaldi se vit bientôt entouré de ces braves gens, qui venaient le complimenter et lui offrir tout ce dont ils pouvaient disposer. Plus tard, arrivait à cheval, de Caste! vetrano, un frère guerrier, Jean Pantaieone, l'épée dans une main, le crucifix dans l'autre, et prêchant la croisade. Il se joignit à l'armée libératrice. — Heureux de ces dispositions, qu'on lui assurait être celles de tout le clergé sicilien, le général lui adressait un manifeste des plus sympathiques :
ktsx bons wiér»».
« Quoi qu'il en soit, quoi qu'il advienne dc-s destinées de l'Italie, cf. clergé qui Tait aujourd'hui cause commune avec les oppresseurs de tom
— ihtt —
pays, c* clergé qui achète des soldats étrangers pour combattre ses frères italiens, s'est voué lui-même à l'exécration des générations futures.
• C'est une grande consolation pourtant, et comme une promesse que la rraie religion du Christ ne sera pas perdue, que de voir en Sicile los prêtres marcher à la tète du peuple pour combattre la tyrannie
« Dgo Basai! Veritat Gusmarolli! Bianchi! tous n'êtes pas morts tout entiers. Chers martyrs ! champions sacrés de la cause nationale, le jour où TOtre exemple sera suivi, l'étranger aura cessé de fouler notre terre, il aura cessé d'être le msltre de nos fils, de nos femmes, de notre patrimoine et de nous-mêmes !
« G. GàatBALDt. n
Les populations osaient à peine croire à la réalité de ce secours, qui leur semblait tombé dii ciel. — Des pères amenaient leurs fils bien armés pour les placer dans les rangs de l'expédition. De pauvres femmes suppliaient en pleurant qu'on allât délivrer leurs maris, captifs des Napolitains depuis longues . années. Un vieillard , Rapprochant du général , le bénissait et lui disait : « Il était temps que vous vinssiez nous consoler, car c'est depuis notre naissance que nous fleurons. > — Le peuple de Salemi demandait à marcher tout entier; mais le manque de fusils empêcha Garibaldi d'utiliser ce bon vouloir. — On s'occupa de procurer à la troupe certains objets de campement indispensables , et chaque homme reçut une couverture en guise de capote. Avec l'art de se draper dans la moindre étoffe qui caractérise l'Italien, les volontaires se firent aussitôt de ces couvertures des burnous arabes ou des toges romaines. « Rien n'était plus singulier que notre aspect, » me disait plus tard l'un d'eux.
Ce fut à Salerai que des nouvelles précises apprirent au général que l'insurrection se réveillait avec vigueur sur divers points, notamment autour de Païenne. — Des messages arrivaient d'heure en heure des bandes disséminées dans les montagnes depuis le k avril. — En même temps, prévenus de la miraculeuse présence du général au milieu d'eux, quantité de chefs de municipes et de notables citoyens accouraient auprès de lui dans la journée du 1&, et le sollicitaient de prendre la dictature du pays, afin de concentrer dans ses mains tous les pouvoirs et toutes les ressources existantes. — Cédant à leurs instances, Garibaldi portait dans les termes suivants cette détermination à la'connaissance de ses soldats et du peuple de l'île :
■ Joseph Garibaldi, commandant en chef de l'armée nationale ea Sicile,
« A l'inritation des principaux citoyens, et après délibération des communes libres de llle,
« Considérant qu'en temps de guerre il est nécessaire que les pouvoirs cifib et militaires soient concentrés dans les mêmes mains,
« Décrète qu'il prend, au nom de Victer-Emmanuel, roi d'Italie,la dictature en Sicile.
« Salemi, 14 mai 1860.
• G. Gaaia&LDi. •
« Pour copie conforme :
■ Stef. Tuas, • Adjudant général. »
11 fallait un secrétaire d'État au dictateur. — Crispi, qui représentait dans l'expédition l'élément civil et politique, fut aussitôt investi de ces fonctions, qu'un
décret spécial régularisa quelques jours plus tard. — De Salerai même, et sans perdre un instant, un second ordre du jour en dix-neuf articles instituait une année nationale, qui devait être formée par la ' levée en masse de tous les hommes propres au service, de dix-sept à cinquante ans, ainsi répartis : ~~ de dix-sept à trente, pour le service actif dans les bataillons de ligne ; de trente à quarante, pour le service actif dans le district respectif ; de quarante à cinquante, pour le service intérieur dans la propre commune.
En même temps le général donnait mission au colonel La Masa, bien connu de toutes ces populations, de faire une excursion rapide dans un rayon assez étendu, pour dissiper tous les doutes sur la force et la réalité de l'expédition, el, en outre, organiser les administrations provisoires, régulariser les insurrections locales, centraliser les ressources en numéraire des caisses de l'État et les diriger sur le quartier général. — Cette mission était remplie avec tout le zèle et toute l'intelligence qu'on devait attendre d'un patriote aussi éprouvé (1).
(1) — Le colonel La Masa assista néanmoins, ] c lendemain même, à la tete d'une troupe de Siciliens, a la bataille de Calataflmi. Il partit peu après dans la direction de Païenne. — Nommé commandantgénéral des guérillas, du haut des montagnes qui dominent la capitale, il adressait, le 17 mai, à ses compatriotes, cette belle proclamation :
■ Frères,
« Lo saint attachement pour la patrie et le sourire de la Providence
Le 15 mai au matin, les squadre commandées par le baron Saut'Ànua et Coppola, et fortes d'uu millier d'hommes environ, vinrent se joindre au corps expéditionnaire. On se mit aussitôt en chemin pour Calatafimi, ville la plus prochaine. Des rapports annonçaient qu'une force napolitaine occupait cet endroit, et qu'il fallait se préparer à une sérieuse affaire.
m'ont amené parmi vous, mes anciens camarades de victoires, de malheure, pour combattre une fois encore, un* suprême fois, à côté de tous, les armées du tyran.
o Le brave général Joseph Garibaldi, aide de camp de S. H. Victor- Emmanuel, nous a conduits en Sicile. Nous avons fait voile vers cette lie avec une phalange de patriotes invincibles, pour vous aider à briser le Joug et pour accomplir votre orogramme insurrectionnel : l'annexion au gouvernement de Victor-Emmanuel U, qui de nous tous formera une Italie une, libre et puissante.
« Il n'est pas une commune insurgée qni n'ait proclamé la dictature do grand général italien.
«Aux armes, vaillants frères! notre corps d'expédition, dirigé parle vaillant Garibaldi, a, dans un seul jour, mis en pleine déroute les forces royales qui dominaient le territoire depuis Marsala jusqu'à Alcamo.
« Maintenant, c'est à tous de vous armer, de vous organiser, de vous unir aux braves qui, dans les montagnes et les plaines de Palerme, font trembler les troupes du despote.
a Tout ce que la Sicile compte d'hommes entre Marsala et Partenico est venu en armes, par groupes sans nombre, s'adjoindre spontanément aux défenseurs de l'Italie. Faites de même, agrandisse!, fortifier les rangs des patriotiques guérillas qui luttent au Parc, à la plaine des Grecs et jusque dans les alentours de la capitale.
« Invité par les nôtres, je suis venu à la hâta sur ces montagnes pour inspecter vos positions, pour vous mettre en rapport intime avec l'armée du preux général et pour combiner l'unité d'action indispensable aux guerres de soulèvement.
« Frères, l'Italie vous regarde. Voua saurex être dignes de vous-mêmes, dignes de vos frères du continent qui accourent arroser de leur sang généreux la terre de Sicile pour la causa de tous.
« Vive C Italie! Vive Viclor-Bwtmanuel l »
• G. ta Masa. »
Effectivement le brigadier Landi, qui se trouvait à Alcamo, sur la route de Païenne, avec une colonne mobile, apprenant le débarquement de Garibaldi à Marsala, ainsi que sa marche sur la capitale, s'était porté en avant à sa rencontre, et, fortifié dans la position de Calatafimi, sur des hauteurs admirablement propres à la défense, il l'attendait de pied ferme. Cet officier général avait sous ses ordres le 8 f bataillon de chasseurs, le 1 er bataillon de carabiniers, le 1" bataillon du 10 e de ligne, de la cavalerie et une batterie de campagne : en tout quatre mille hommes.
Quatre milles après Salemi, se trouve le village de Vila. — Un peu après la sortie de ce pays, vers neuf heures du matin, la petite armée italienne aperçut les royaux. — C'était une date néfaste pour la Sicile que ce 15 mai : onze ans, jour pour jour, auparavant, Filangieri était rentré dans Palerme. Elle allait se trouver glorieusement effacée par une splendide victoire sur les soldats de la tyrannie.
L'avant-garde du corps expéditionnaire se composait du peloton de carabiniers génois, de la 7 e compagnie (capitaine Cairoli avec les jeunes gens de Pavie), et de la 8" (Bassini avec ceux de Bcrgame). — Bientôt on distingua nettement la colonne napolitaine. Le gros des forces occupait, en avant de Calatafimi, une hauteur escarpée appelée Monte del Pianto dë Romani (mont des pleurs des
Romains), ( en mémoire d'une défaite infligée là aux maîtres du monde par les Segestains. L'artillerie était disposée de manière à faire un feu plongeant, toujours si meurtrier. — Loin de décourager les volontaires, cette vue redoubla leur animation. — On fit balte en bataille. — Le général et son chef d'état-major Sirtori allèrent reconnaître la position ; et à midi et demi Tordre d'attaquer fut donné.
Sept cents hommes à peine étaient en ligne du côté des Italiens. Le reste gardait les bagages et veillait sur les derrières. L'avant-garde, appuyée par Bixio et sa compagnie, se lauça résolûment à la baïonnette à l'attaque de la première position. Le major Acerbi, intendant de l'armée, à la tête d'un détachement d'insurgés siciliens, chargeait également avec fureur, et décidait du mouvement. Malgré la plus vive résistance et un feu des mieux nourris, les Napolitains durent plier èt abandonner le terrain. Ils se réorganisèrent sur la seconde hauteur, devant les maisons même de Calatafimi, et là, groupés en une seule masse, protégés par des retranchements élevés à l'avance, ils opposèrent aux assaillants les obstacles énormes du nombre, d'une artillerie considérable et bien servie, et de la position.
Les braves volontaires ne craignirent pas cependant d'alTronter ces difficultés, insurmontables en apparence. — Repoussés à une première tentative
et avec des pertes sensibles, ils revinrent à la charge sans jamais se donner de relâche. — Tout était engagé, l'avant-garde, le petit corps de bataille et les compagnies de réserve. L'état-major, le général en tête, avait mis le sabre à la main, et marchait avec les hommes, les soutenant de la voix et de l'exemple. — Un instant après le second assaut infructueux de la position qu'ils défendaient, les Napolitains prenant l'offensive à leur tour, Garibaldi se trouva seul à leur tenir tête avec une cinquantaine d'hommes, et ses plus intrépides officiers, Sirtori, TUrr, Bixiojuckery, Baldi, Elia, Schiaffino, Menotti Garibaldi, son propre Gis, Maiocchi, G ri ziotti, Montana ri, Bruzzesi, Borchetta, Rechiedei, Nievo, Bozzetti, tous se battant avec une rage héroïque. Les 7 e et 8 e compagnies vinrent les souteuir et les dégager.— Au centre, le général rétablit le combat; mais les Napolitains cherchent à tourner sur la droite cette poignée de braves ; Garibaldi lance alors de ce côté les carabiniers génois et une quarantaine d'hommes de chacune des compagnies qu'il a sous la main. L'ennemi se replie en désordre jusqu'au dernier monticule, là où sont ses canons et sa réserve. — Pendant ce même temps, l'artillerie garibaldieune, eu batterie sur la grande route, a foudroyé la cavalerie qui voulait intervenir et l'a rejetée sur Calatafimi, où son arrivée augmente la confusion. — Il est trois heures, il faut en ûnir. Toutes les compagnies sont
appelées pour un effort décisif. Garibaldi et l'étatmajor marchent en tète, sous une grêle de balles et de mitraille. - I/intrépide Schiaffino les devance tous ; il porte à la main un drapeau richement brodé, don des Italiens de Valparaiso à Garibaldi, et il se précipite en l'agitant au milieu des rangs ennemis. Frappé de tous côtés, il tombe mort; mais cette scène, transportant de fureur ses compagnons, double leur clan. Une terrible lutte corps à corps s'engage. Les Garibaldiens sont un contre dix, et les soldats royaux se défendent avec l'énergie du désespoir. On se tue à bout portant, et la victoire reste longtemps indécise. Mais voilà que sur les flancs de l'action une épouvantable fusillade et des cris affreux se font entendre. Ce sont les squadre de Coppolaet de Sant'Anna qui accourent. Bons tireurs, les coups de ces montagnards portent dans la masse des Napolitains et les déciment ; ils commencent à plier; les Garibaldiens redoublent d'efforts; et enfin les royaux, jetant leurs armes et abandonnant une partie de leurs pièces se mettent à fuir, et s'écrasent pour rentrer plus vite dans GalataCmi (1).
(i) — Le naïf récit suivant d'an témoin oculaire m'a paru mériter une ^3 1 i o i ^ co o^ro ^ i*€ p ro^l iai&^o \ t^i c fi I ly 3i oo^^nii ô t^ o con^î orûiîl c affaire :
< Ce fut pendant longtemps une vraie tuerie et nn égal acharnement dans la lutte de part et d'antre; toutefois, les insurgés avançaient toujours, enlevant les postes les mieux défendus; c'étaient des succès... Mais la fatigue était grande déjà... et si les garibaldiens avançaient toujours, prenant les positions occupées par le» royaux, leurs rangs s'eclatr-
Le petit nombre des vainqueurs et leur épuisement empêchèrent de poursuivre l'ennemi jusque dans la ville. On s'arrêta pour reprendre haleine et se reformer. — Les Napolitains, dans un désordre affreux, évacuaient à la nuit Calataûmi, après l'avoir horriblement saccagé comme peur venger leur défaite. Cette malheureuse colonne avait perdu une partie de ses officiers, un bon cinquième de son effectif en tués ou blessés, et presque tout son raaté-
cissaient fort, et le combat dorait toujours arec la môme fureur.
« Enfin, harassés de fatigue des deux côtés, mais en nombre disproportionné pourtant, l'action ne cessant pas par la bonne contenance des royaux dans leurs mouvements de recul, — les garibaldiens, réduits à cinq cents environ, las de frapper, exténués, en un mot, se voyaient au bout de leuré forces physiques, et craignant de ne plus pouvoir bientôt avancer, ils demandaient de temps à autre i leurs chefs respectifs quelques heures de repos. • A ce soir, disaient-ils, et nous reprendrons ce a qui reste. »
a Nino Bixio, devant une si grande fatigue du soldat, crut devoir en référer h Garibaldi.
m — Non, répondit le général, il n'est pas temps de se reposer. »
• Et avec ce doux sourire qu'on lui connaît et le sang-froid qu'il ne perd jamais, il ajouta : • Nous ne pourrions nous reposer sans faire croira <> aux troupes napolitaines que nous sommes abattus. Elles ne sont pas « encore démoralisées, les soldats se battent bien. Si nous remettons il u vaincre, si nous nous reposons, nous ne les battrons pas ce soir, parce ■ qu'elles verront que nous n'avons pu triompher d'elles en ce moment. « Il faut donc les démoraliser j les destinées de l'Italie sont ici, sur ee « champ de bataille, dans notre premier engagement avec les royaux. Il m faut vaincre ou mourir tous ici, et nous ne devons pas nous reposer. « L'action doit être décisive: qu'elle nous donne la mort ou la victoire 1..»
c — Abl c'est ainsi que vous l'entendez, répliqua le brave des braves, * Bixio ; eh bien! donc, en avant! en avant! »
■ Et ces hommes à blouse rouge, qui tout à l'heure n'en pouvaient plus, à cet : En avant! parti du cœur et si énergiquement accentué, ces hommes s*} remettent à la baïonnette, bondissant comme des lions, renversant tout ce qui leur fait obstacle et mettant en fuite des force» relat*i v ^qxozj 1 \t i^di d t* es y x^i^ai s ^ lo c o u j - ^ d l« iu o r&aXA^Od y rr*x a^^rfC a « ^
riel. — N'osant plus s'arrêter ailleurs qu'à Païenne, * le brigadier Landi reprit précipitamment le chemin de cette ville ; mais le pillage et les cruautés qtie ses soldats commettaient partout sur la route finirent par exaspérer les paysans, qui se levèrent en masse, les attendirent successivement à Partenico, à Borgetta, à Montelepre, et tombant sur eux chaque fois avec un acharnement inouï, en firent un véritable carnage. A peine quelques compagnies rentrèrentelles à Palerme (1).
L'armée libératrice avait fait de rudes pertes relativement à son chiffre dans cette magnifique journée: elle comptait une trentaine de morts, parmi lesquels les braves officiers De Àmicis, Schiaffino, Montanari, et environ cent blessés, dont la plupart gravement. Il était peu d'officiers qui n'eussent été touchés. Gari-
(1) — Il est vraiment plaisant do comparer à tout cela l'article do Journal officiel de Naplea, rendant compte de la bataille de Calatafimi et
« Suivis, après quatre jours de piraterie, d)un ramassis de gens armés par eux et payés par eux à profusion, les flibustier* s'avancèrent vers Calatafimi. A cette bonne nouvelle, le brigadier Landi, dans la soirée de ce même jour, quoiqu'il ne disposât que de forces bien inférieures, vint d'Alcamo attaquer ces mtunade qui, dans une rencontre vive et obstinée, souffrirent de graves pertes en morts et blessés. Elles furent défaites au cri de Vive le Roi! repoussées et poursuivies jusque dans lea montagnes, dans lesquelles elles se réfugièrent, et le brigadier établit à Calatafimi son quartier-général.
« Ayant appris, sur ces entrefaites, que les rebelles par lui culbutés avaient arboré le drapeau de la sédition dans Alcamo ( immédiatement après que les troupes du roi avaient quitté cette ville), et que les fortturosi (très-scélérats) habitants de Partenico avaient fait de même, le
baldi avait reçu une contusion à l'épaule gauche ; son fils, qui s'était battu comme un lion, une blessure à la main. — Le colonel Sirtori, Maiocchi, Manin, Bandi, Elia, Missori, Mantignoni, Perduca, PalUzolo, Nullo, Stocco, Spravieri , San t' Anna , en un mot presque tous les oflicicrs supérieurs, étaient blessés.
11 faudrait nommer tout le monde pour dire ceux qui se signalèrent, comme valeur hors ligne. A côté de Garibaldi, Sirtori, Bixio, Acerbi, Garini et tous les autres chefs de compagnie firent des prodiges. — Le jeune Cairoli, frère du capitaine, se jeta avec quatre volontaires sur uu obusier et en resta maître. — On se battit pendant quatre heures, gravissant sans cesse des hauteurs, sous un soleil brûlant. — La journée de Calatafimi, qui décida du sort de la campagne, peut se comparer à celle de San- Martino, pour la configuration du terrain, la disproportion des forces, et eitfn par l'acharnement des
brigadier Landi se dirigea de nouveau de ces côtés et défit avec une immense valeur et un élan irrésistible les bandes qui occupaient ces communes. Dans Partenico, particulièrement, les garibaldiens furent attaqués à la baïonnette avec une impétuosité extraordinaire, par une partie du 8* chasseurs et des carabiniers à pied, et ils éprouvèrent des pertes très- graves.
a Un officier supérieur, qu'un prisonnier assure être ou le colonel Bixio ou le fils de Garibaldi lui-même, tandis qu'avec Bon drapeau il encourageait les révoltés, fut percé d'un coup de baïonnette par un jeune soldat du 8» chasseurs, qui à l'instant a été promu au grade de steondsergent. Ce drapeau et le cheval du mort restèrent au pouvoir des vainqueur».
« Après dcui jours de glorieux combats, la colonne du brigadier Landi rentrait dans Pnlermc; chacun de ceux qui en font partie ayant la conscience d'avoir courageusement rempli sou devoir. »
combattants de part et d'autre. — Garibaldi a affirmé depuis qu'il ne s'était jamais trouvé en Italie à un aussi glorieux fait d'armes.
Les troupes de l'indépendance bivouaquèrent la nuit sur la terre inondée de sang. Les moyens dont disposait l'ambulance étaient bien restreints ; mais les blessés ne se plaignaient pas. L'ivresse du triomphe leur faisait braver gaiement la souffrance. — Ce fut le lendemain 1G mai, que Garibaldi fit son entrée dans Calatafimi. 11 y trouva les hôpitaux napolitains, regorgeant des blessés de la veille, et, comme plus tard à Palerme, il recommanda pour eux tous les soins de l'humanité la plus attentive. — La population accueillit les libérateurs avec un délire d'enthousiasme. Les femmes surtout, énergiques et vaillantes dans toute la Sicile, se signalaient par les transports de leur joie. La musique de la ville d'Alcamo vint fêter le général, et Garibaldi, haranguant la foule assemblée, l'exhorta à se lever eu masse, avec ou sans armes, pour marcher avec lui sur Palerme.
La première pensée de l'illustre chef avait été pour remercier les braves qui s'étaient si bien montrés dignes de lui :
a Calatafimi, 16 mai.
r Avec des compagnons comme vous, je puis tout tenter, et je tous l'ai prouvé hier en vous conduisant à une entreprise bien ardue, vu le
nombre des ennemis et leur* fortes positions. Je comptais sur vos terribles baïonnettes (fatali \ et tous voyez que je ne me sais pas trompé.
« Déplorant la dure nécessité de devoir combattre des soldats italiens, nous devons confesser que nous avons trouvé une résistance digne d'hommes attachés à une meilleure cause, et cela prouve ce que nous serons capables de faire, le jour où la famille italienne sera tout entière réunie autour de la bannière de la rédemption.
« Demain, le continent italien se mettra en fête pour la victoire de ses frères libres et de nos braves Siciliens; vos mères, vos amantes, fi ères de vous, sortiront dans les rues le front haut et radieux.
• Le combat nous coûte la vie de frères chéris morts aux premiers rangs ; ces martyrs de la sainte cause de l'Italie vivront dans les fastes do la gloire italienne.
a Je signalerai à votre pays le nom des preux qui ont si valeureusement conduit au combat les soldats plus jeunes et non expérimentés, et qui mèneront demain à la victoire, dans un meilleur champ de bataille, les soldats destinés & rompre les derniers anneaux des chaînes sous lesquelles lut garrottée notre Italie bien-aimée.
• Italie et Victor-Emmanuel !
» GaaraiLDi. »
A Rosolino Pilo, débarqué depuis un mois en Sicile, et qui tenait les montagnes du côté de Païenne avec une forte bande, il écrivait en même temps :
a Cher Rosolino,
« Hier, nous avons combattu et vaincu. Les ennemis, épouvantés, fuient vers Païenne. Les populations sont très-animées et s'unissent en foule h moi. Demain nous marcherons sur Alcamo. Dites aux Siciliens que c'est l'heure d'en finir et que nous en finirons promptement. Toute arme est bonne pour un brave : un fusil, une faux, une hache, un clou au bout d'un bâton. Réunissez-vous a moi, harcelez l'ennemi dans tous les endroits que vous Jugerez convenables ; faites allumer des feux sur toutes les hauteurs qui environnent l'ennemi ; tirez le plus de coups de fusil possibles sur les sentinelles et les postes avances; interceptez les communications ; enfin, incommodez l'ennemi de toute manière. J'espère que nous nous reverrons bientôt. »
Enûn, pour faire participer à sa joie tout ce qui lui était cher, il communiquait lui-même, d' Alcamo, le
lendemain, 17 mai, la bonne nouvelle à Bertani et au comité directeur de Gênes :
« Mes chers amis,
« Avant-hier nous avons eu une belle rencontre près de CalaUflmi avec les royaux, commandés par Landi. Le succès a été complet, les ennemis ont été entièrement mis en déroute. Je dois avouer pourtant que les Napolitains se battent comme des lions, et certainement je n'ai rencontré nulle part en Italie des adversaires aussi acharnés. Ces soldats,' bien commandés, résisteraient aux premiers soldats du monde.
• Ceci vous donnera une idée de l'héroïsme qu'ont du montrer nos vieux chasseurs des Alpes et le petit peloton sicilien qui les accompagnait
« Le résultat de la victoire est merveilleux : l'enthousiasme dos populations touche à la frénésie. La troupe de Landi, démoralisée par la défaite, a été chargée avec beaucoup de pertes dans sa retraite à Paternico, à Montelepre : je ne sais si elle pourra gagner Païenne.
u Je m'avance plein d'espoir dans la direction de la capitale ; a chaque instant, des détachements d'insurgés viennent me renforcer. Jo ne puis déterminer l'endroit précis où vous devex m'envoyer des armes et des munitions. Cependant, préparez les uns et les autres à force, et vous serex bientôt informés du lieu où il faudra les expédier.
■ Adieu de cœur.
« G. Gàbibaldi. d
Le 17 mai, la colonne expéditionnaire arrivait à Alcamo. Sur la gauche de cette ville se trouvent les ruines de l'antique Ségestc. Une ovation qui ne le cédait en rien, pour la véhémence du sentiment, à celle de Calatafimi, attendait le général et ses valeureux compagnons. Garibaldi alla avec son étatmajor entendre une prière d'actions de grâces, et le frère Jean Pantaleone, ce Franciscain de Castelvetrauo, qui avait rejoint l'armée à Salemi, et qui, au combat du 15, s'était battu comme un ancien Templier, donna sur la porte de l'église la bénédiction
au général ainsi qu'aux siens.— Un peu après, arriva une squadra de Partenico, commandée par un autre frère. — Touchants et singuliers détails, qui montrent bien toute l'universalité, toute la spontanéité nationale de cette révolution contre une tyrannie brutale pesante à tous! Ne dirait-on pas relire quelque épisode des guerres de notre Vendée, alors que les prêtres amenaient les gars de leur paroisse à M. de Lescure ou à M. de Bonchamps, pour combattre les affreux bandits de Rossignol, qui n'étaient pas pires, assurément, que les soldats napolitains ?
Le soir, à la table où tout l'état-major de l'expédition dînait réuni, le brave Sirtori se levant, comme saisi d'une soudaine inspiration, prononça ces paroles : « Je crois qu'avant la fin du mois nous serons à Palerme I » — Une garnison de trente mille hommes, protégée par une flotte nombreuse et des forts imprenables, défendait cette ville, et eux étaient à peine huit cents. Et cependant personne ne mit en doute la prophétie.
Ce fut à Alcamo que Garibaldi organisa d'une façon officielle son premier gouvernement, en nommant secrétaire d'État, provisoirement chargé de tous les ministères, le commissaire civil de l'expédition, Crispi, qui, comme tous les autres et malgré ses fonctions distinctes, avait fort bieu payé de sa personne à Calatafimi,