‹ La révolution socialeChapitre 107 sur 172 · XXI. — La Commune était mal défendue · texte numérisé non relu

XXI. — La Commune était mal défendue

Comparé à celui des Finances, le service de la Guerre était une chambre obscure où tout le monde se heurtait. Les officiers, les gardes, encombraient les bureaux du Ministère, réclamant des munitions, des vivres, se plaignant de n'être pas relevés. On les renvoyait à la Place, d’abord gouvernée par le colonel Henry Prud’homime, puis par Dombrowski. À l'étage inférieur, le Comité Central, installé par Cluseret, s'agitait en séances diffuses, blämait le délégué, s’amusait à créer un insigne, recevait les mécontents, demandait des situations à l'état-major général, prétendait donner ses avis sur les opérations militaires. De son côté, le Comité d'artillerie, né le 18 mars, disputaït les canons à la Guerre. Elle avait ceux du Champ-de-Mars et le Comité ceux de Montmartre. Jamais on ne put créer un parc central ni même savoir le nombre exact des bouches à feu. Il s'éleva à plus de 1.100, canons, obusieurs, mortiers et mitrailleuses. Des pièces à longue portée restèrent, jusqu'au dernier moment, couchées le long des remparts, pendant que les forts n'avaient pour répondre aux canons monstres de la marine que des pièces

PERTE É LES ! L Hutno rs. à SRE 2 ; Ce. ES, Le FOURS CP e y . \* à Ka ess"

er 20e

de 7 et de 12; souvent les munitions envoyées n'étaient pas de ‘ | \

calibre. | Fa

Le service de l’armement ne put fournir de chassepots tous les hommes en campagne et les Versaillais, après la victoire, en trouverent 285,000, plus 100,000 fusils à tabatière, 14,000 carabines Enfeld. A côté, le désordre. « J'ai vu des comptes épouvantables au matériel d'artillerie, dit, le 6 mai, Avral; depuis le 18 mars, il a été délivré aux officiers des milliers de revolvers à 50 francs, des armes, des épées à un prix excessif. J'avais installé un homme à moi, le Comité central a envoyé un délégué avec une écharpe, qui a mis mon homme à la porte ». Aussitôt la Commune décrète que les fonctionnaires: civils et militaires coupables de concussion passeront immédiatement devant le Conseil de guerre. Le 8 encore, Johannard fait une violente sortie contre les officiers d'état-major créés par le Comité central: « De petits jeunes gens, des hommes de toutes sortes ne se gênent pas pour venir dans nos magasins choisir les armes qui leur

plaisent ». Dès le début, la Commune s'était plainte de l’Intendance.

« C’est un véritable chaos », dit-on encore le 24 avril; Delescluze signale le mauvais équipement des hommes qui n’ont ni pantalons, ni souliers, ni couvertures; le 28, les plaintes redoublent; des frères May, intendants, sont révoqués et la Commune les flétrit par une note à l’Ofhciel; le 8 mai, Varlin dit que, faute de contrôle, plusieurs bataillons ont touché plusieurs fois leurs vêtements, tandis que d’autres n’en reçoivent pas.

Aussi grand le désordre à la direction des barricades qui devaient former une seconde et une troisième enceinte. Leur construction était abandonnée à un fantaisiste qui semait des travaux sans méthode et contre les plans de ses supérieurs.

Les autres services allaient de même, sans principes arrêtés, sans délimitation, les rouages engrenant à faux. Dans ce concert sans chef, chaque instrumentiste jouait ce qu’il lui plaisait, mêlant sa partition à celle du voisin. Une main ferme eut vite ramené l’harmonie. Le Comité central, malgré sa prétention de régenter la Commune dont il disait: « C’est notre fille, nous devons l’empêcher de mal tourner », était facile à réduire. [1 s'était en grande partie renouvelé par des élections très disputées; douze membres seulement de l’ancien Comité figuraient dans le second où Ed. Moreau n'avait pas été réélu, il fallut prendre un biais pour l’introduire. La jalousie de la Commune faisant seule l'importance du Comité actuel. Le Comité d'artillerie, accaparé par des bruyants, eût cédé au moindre souffle ; l’Intendance et les autres services dépendaient de l’énergie du délégué.

Le général (Cluseret), étendu sur son canapé, dictait des ordres, des circulaires tantôt mélancoliques, tantôt doctorales, et se retournait. Il raconta aux revues anglaises que, par ses soins, le 30 avril, 41.500 hommes étaient encadrés, habillés, armés ; tout cela avait fondu après son arrestation, les gardes nationaux n'ayant confiance qu'en lui seul. Ce charlatanisme montre l’homme. La vérité est qu'il paperassait sur place. Quelqu'un venait-1l le secouer : « Que faites-vous donc ? en tel endroit il y a péril », il répondait : « Toutes mes précautions sont prises; laissez à mes combinaisons le temps de s'’accomplir ». Un jour il arrêtait un membre du Comité Central, et le Comité Central allait bouder rue de l’Entrepôt ; huit jours après, il courait après le Comité, le réinstallait au ministère. Vaniteux jusqu'à dire que l’ennemi l’estimait un million, il montrait de prétendues lettres de T'otleben lui offrant des plans de défense. Il fit plus, demanda le 15 avril une entrevue à l'état-major allemand, l’obtint et, suivant lui, fut couvert d’éloges par le comte de Hastfeld, secrétaire du comte de Bismarck. (LISSAGARAY.)

Page 1