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XXII. — Les clubs avant la Commune

Lorsque les pouvoirs constitués se désagrègent, les forces populaires cherchent à les remplacer, à organiser ou à soutenir le nouveau pouvoir. Les clubs, présentant une force populaire de premier ordre, tenaient des séances publiques. Un écrivain libéral, de Molinari, a esquissé leur rôle.

Un des résultats essentiels, écrit-1l, de cette divulgation quotidienne de mystères des clubs rouges, ç’a été d’avertir le gouvernement des complots qui se tramaient contre lui. Le 21 janvier au soir, par exemple, les meneurs du parti révolutionnaire annonçaient au public du club de la Reine-Blanche, à Montmartre, qu’on irait le lendemain, à midi, installer la Commune à l'Hôtel de Ville. Le 22 janvier, les lecteurs de journaux en étaient prévenus en prenant le café du matin; l'Hôtel de Ville était gardé et les amis de l’ordre se tenaient sur

le qui-vive. La « surprise » était manquée et les partisans de Îa Commune, surpris à leur tour, étaient obligés de se replier sur les faubourgs. Aussi l’un d’entre eux n’hésitait-il pas à attribuer aux clubs l’insuccès de la « journée »: « Croyez-moi, citoyens, disait-1l (séance du 22 janvier au ciub Favié), tout le mal vient des clubs. Comment voulez-vous qu’on prenne des résolutions viriles au milieu d'un tas de femmes, d'enfants et de propres à rien qui viennent 1c1 pour digérer leur diner. (Hilarité.) D'ailleurs, quand nous prenons une résolution, quand nous nous donnons rendez-vous publiquement, est-ce que nos ennemis n’en sont pas informés tout de suite? Ce sont les clubs qui nous perdent. Des sociétés de carbonari; voilà ce qu’il nous faut. — Il a raison! plus de clubs! des sociétés secrètes! 2 Alors nous pourrons nous concerter, donner des mots d'ordre, et quand le moment sera venu, nous ne trouverons pas des mobiles à l'Hôtel de Ville avec des mitrailleuses. » (Applaudissements.) (G. D Morinart. Les Clubs Rouges pendant le Siège de Paris, p. IV, préface.)

XXII, — Club de la Cour des Miracles.

Les Folies-Bergère. |

Les clubs se muitiplient ; il y en a bien en ce moment une trentaine dans .les différents quartiers de Paris; ils remplacent les théâtres, que l’on a eu peut-être raison de fermer lorsqu'on s'attendait à une attaque immédiate et à un bombardement, mais qu'il serait sage de rouvrir pour aider la population à supporter les longueurs énervantes et agaçantes d’un blocus. En attendant, nous n'avons guère d’autres distractions intellectuelles que celles des clubs, distractions un peu monotones, car c’est toujours la même pièce déclamée par les mêmes acteurs. C’est au point qu'on se demande comment cette troupe infatigable peut à la fois suffire au service des remparts et aux exigences de la tribune révolutionnaire, sans parler des réunions fermées des comités et des députations destinées à stimuler le zèle du gouvernement de la défense nationale. Dieu nous garde toutefois de biämer. cette activité de gestes et de paroles! Ce qu’elle produit est fort mêlé

Sans doute, mais tout n'y est pas à reprendre. Les tentatives d’un …

certain parti où, pour être plus exact, d’une certaine collection

d’énergumènes, pour sauver la patrie en affaiblissant le gouvernement, .

n'y ont eu jusqu'à présent qu'un médiocre succès; il n’est plus que. faiblement question depuis quelques jours de la reconstitution de la Commune de Paris, qui serait « la tête », et dont le gouvernement,

Ce

__ ou plutôt « le Comité de l'Hôtel de Ville », pour parler comme on

parle au club, serait le « bras ». Nous avons cependant appris, au club ide la Cour des Miracles, que, si le parti révolutionnaire a ajourné l’exécution de ce projet favori, il ne l’a pas abandonné. Le

gouvernement hésite, s'est écrié un orateur, mais il finit toujours par céder quand on le pousse vigoureusemnt. Nous avons déjà obtenu

qu'ilserait procédé sans retard à la confection des listes électorales. Il

ne s’agit plus maintenant que de le déterminer à fixer le jour des élections. Un autre orateur insistait avec complaisance sur la forte orga-

nisation du parti révolutionnaire. Il y a, disait-il, dans chaque arron-

dissement, un Comité de vigilance composé de vingt-cinq ou trente membres; chacun de ces comités a délégué quatre ou cinq membres

au comité central républicain, qui forme ainsi une véritable représen-

tation des besoïns et des vœux populaires; outre ces vingt-et-un

comités, nous en possédons encore sept ou huit, autres; comités des

barricades, comité des anciens proscrits, etc. sans parler du « comité » qui siège à l'Hôtel de Ville. Il est clair que cela fait beaucoup de comités; mais quelques-uns, grâce au ciel, n'existent guère que sur le papier, et nous ne pensons pas que les autres aient toute l'influence dont ils se flattent. En tout cas, le « Comité de l'Hôtel de Ville » est bien averti que les concurrents ne lui manquent pas, et ce serait,

pour un philosophe, un assez beau sujet de méditations que cette

manie gouvernante que possèdent certains esprits et cette soif inextin-

guible du pouvoir dont ils sont tourmentés, même dans les moments où le pouvoir est, hélas! peu enviable. (G. pk Mortnarr. Ibid, D. 42-44.)

Ce compte rendu de la séance du Club fut publié par le Journal des Débats.

: M. Molinari est tout naturellement hostile au mouvement

populaire, au gouvernement du peuple par le peuple, dont les assemblées populaires sont une ébauche nécessaire. Mais - aveuglé par son point de vue de classe, il ne voit pas que.

cette organisation du pouvoir d'en bas, cette « manière de gouverner » n'est que le résultat de la dislocation du pouvoir

LE. d'en haut,

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