‹ La révolution socialeChapitre 109 sur 172 · LES LECONS DU PASSE · texte numérisé non relu

LES LECONS DU PASSE

1, — La possibilité de la Commune.

Le Comité Central possédait une force militaire considérable. Il avait des canons, des vivres. Il savait où trouver de l'argent: les caves de la Banque étaient à sa portée. Il n’avait qu'à étendre la maïn et à ouvrir ou briser les portes du trésor. Sur les 200,000 gardes nationaux, armés, équipés, dont il disposait, 1l y avait un quart de mauvais combattants, inutilisables, non-valeurs ou réfractaires franchement hostiles, un quart de douteux, un quart de passables qui marcheraient au succès passivement, craintivement, mais qui feraient nombre comme dans toutes les armées. Restaient donc 25,000 hommes intrépides, résolus à vaincre ou à périr, avec lesquels on pouvait tout espérer, tout tenter. Ce sont ces hommes-là qui ont soutenu la lutte héroïque et disproportionnée dans les communes suburbaines, Neuilly, Asnières, Clichy, Issy, Vanves, Montrouge, pendant un mois et demi et qui ont fourni les combattants, les héros et les cadavres de la dernière semaine.

Versailles ne pouvait, dans les journées de mars, opposer à cette armée de 25,000 républicains, pleins d’enthousiasme, que des bataillons’ aux faibles contingents, démoralisés, peu disciplinés, épuisés physiquement, déprimés par le siège et par la défaite. Ces troupes, en majeure partie depuis six semaines décimées, étaient comme disloqués par le séjour dans Paris; les officiers étaient découragés, et les hommes disposés à la défection, à la suite du long contact avec l’habitant, par les propos libertaires recueillis, et aussi par les verres choqués avec des socialistes devant les comptoirs. Les chefs, Ducrot, Vinoy, d’Aurelle de Paladines, se trouvaient totalement démonétisés. La dérobade du 18 mars n'était pas de nature à relever leur prestige. Elle ne devait pas accroître la confiance qu'ils pouvaient avoir dans leurs soldats, dans le gouvernement, dans eux-mêmes aussi. Les troupes impériales captives, sur lesquelles Thiers comptait, commençaient seulement à revenir d'Allemagne. Les régiments, rapatriés en

petit nombre, n'avaient pas encore eu le temps de se refaire, de réparer leurs forcs ni de recevoir l'équipement et l'armement indispensables. Il leur fallait plusieurs jours pour reprendre l'esprit de corps et la pratique de la discipline. L'argent faisait défaut à Versailles, et il était facile de supprimer les ressources susceptibles d’être envoyées de Paris. Les hauteurs non défendues et le Mont-Valérien évacué, rien n'était plus aisé que de s'emparer de Versailles et d'envelopper l’Assemblée. (Ed. LEPELLETIER. Histoire de la Commune de 1871. T. II, p. 38-30.)

M. Lepelletier se place au point de vue stratégique, au point de vue des forces militaires de Paris et de Versailles en lutte. Et il croit la victoire possible. I] n’est pas le seul. Le citoyen Protot, un survivant de la Commune, que se battit héroïquement jusqu à la dernière minute, le croit également. Il rend la « défection » de la minorité responsable de la défaite. Nous nous plaçons à un autre point de vue, au point de vue social. Les forces sociales, les forces productives de la France et de l'Europe, l’organisation du prolétariat, tous ces éléments indispensables à la victoire de la classe ouvrière, étaient-ils suffisamment développés pour pouvoir assurer le triomphe de la Commune ? Evidemment non. Même si Paris eut été prêt pour une révolution — ce n'était pas le cas — la France était loin de l’être, et l'Europe non plus. Bismarck représentait les classes dominantes de cette dernière aux portes de Paris. C'est le Brunswick vainqueur de 1871. L'Europe réactionnaire a écrasé la France révolutionnaire de 1789, après une victoire d’un moment. L'Europe capitaliste, avec l’aide des canons prussiens, aurait fatalement écrasé Paris et même la France socialiste. La révolution sociale ne s'improvise pas et ne se fera jamais par et pour un seul pays.

....Les rüraux auraient-ils émigré? se demande M. Ljepelletier, se seraient-ils retrouvés à Fontainebleau, ou au Mans, ou seraientils retournés à Bordeaux? C'était invraisemblabl'e, surtout si la prise de Versailles, la marche en avant était commencée dans la nuit du 19 au 20, était effectuée dans la matinée du lundi, quelques heures avant la réunion de l’Assemblée au château. Les députés eussent été sur-

pris et dispersés sans qu'il y eùt du sang répandu, au moins dans les rangs parlementaires. Les ruraux désagrégés eussent alors pru- demment regagné leur terroir où recherché quelque cachette à Paris Les politiciens de la gauche, effarés et irrésolus, eussent accepté le fait accompli. Les députés vraiment républicains n'auraient pas osé demeurer avec les monarchistes. Louis Blanc, Clemenceau, Lockroy, Floquet avec leurs amis, n'auraient pu continuer à refuser leurs noms et leur concours à ün gouvernement insurrectionnel, imposé par Paris sans doute, mais dont ils fussent devenus membres par la force des choses, imitant leurs devanciers du 4 septembre. La Commune victorieuse en les appelant dans son sein aurait eu alors tous les titres, toutes les vertus, et ceux-là mêmes qui, en refusant de la servir, l'ont fait prendre en défiance, puis en horreur, par la province, eussent été ses parrains et ses répondants devant la France. I/idée communaliste était sauvée. (Jbid., p. 30-40.) È

C’est considérer les choses à un point de vue légitime peut- … être — et encore ! — pour les coups d’État politiques. La ré volution sociale demande une base plus large. Le hasard et la 4 bonne volonté y jouent un rôle, mais un rôle bien effacé en face des forces colossales historiques qu’elle doit mettre en à

action pour arriver à ses fins. Une société mûre pour la révolution sociale trouvera toujours les hommes nécessaires.

Le manque d'hommes, l'absence d'énergies est le meilleur indice que la société n’est pas encore mûre et que les conditions de la réussite sont loin d'être remplies. |

Il, — La victoire possibie.

La Commune et Bismarck.

. Devant une révolution générale , les Prussiens seraient intervenus. « Et mes milliards! Qui me les paiera? » auraient-ils dit. Il me faut un gage, une garantie, je ne puis les trouver que dans un gouvernement régulier et suffisamment réactionnaire pour maintenir la France dans un état d’abaissement moral et matériel qui a permis mes victoires. |

Les RU alors auraient repris leur mouvement en

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‘avant, recommencé la guerre, bombardé, occupé Paris, étendu ‘ leur domination en province, sans qu’il fut possible de leur À résister. | e Leur résister? avec quels éléments, en effet, au milieu Cr de cette désorganisation générale? | 2 Ce n’est point, certes, le gouvernement de Versailles qui Te 4 aurait envoyé contre eux, en s'unissant aux révolutionnaires, E ce qui restait de troupes régulières en France, et les révolu- LS

tionnaires, n'ayant même pas eu vingt-quatre heures devant Nr eux pour organiser un force quelconque, n'auraient pu que e : mourir. | ee Ils l’auraient fait, mais la France était perdue. LCR Dans le jeu de M. Thiers il n'y avait qu” ‘un atout, mais :

- un atout terrible : les Prussiens ! Ne:

Avec eux il n'avait rien.a craindre. | Da La révolution victorieuse pour un jour, à laquelle 1l n'eût ne

même pas essayé de résister, qu'il attendait à Versailles, son a sac de voyage sous le bras, se fut brisée le lendemain sur la 0 pointe des casques allemands. 3 Avec les Prussiens il l’écrasait, il soulevait le reste du pays, en lui criant - « Voyez ces révolutionnaires, ces socialistes, ce sont eux

qui livrent la patrie à l'étranger, qui nous condamnent à +4 subir les plus grandes humiliations, à accepter de plus cruelles = concessions. Ce sont-les complices, les soudoyés de Bismarck. Ce sont des Prussiens ! » | ae

L'idée communaliste, l’idée nouvelle, ne pouvait se produire, # e s'affirmer, se formuler; elle disparaissait, déshonorée et noyée, dans l'immense cataclysme de la patrie.

Cette considération, cette crainte de l'intervention prus-

sienne, domina toutes les préoccupations du Comité Central, 22 pesa sur toutes ses décisions. (Histoire populaire et Fo a mentaire de la Commune de Pos, Arthur Arnould, Bruxel- | se Do les 1878.) | | #3 | rs + Rs

Le Di

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