V. — La conception matérialiste de la Révolution
Marx a donné une nouvelle théorie de la Révolution. On peut même dire que le marxisme n’est autre chose qu'un Système de révolution ou, si l'on veut, la Philosophie de la Révolution sociale. Voici les idées directrices de cette véritable dynamique sociale : |
1. Les forces productives de l'Humanité ne cessent pas de progresser. |
2. Des modifications lentes, provoquées par les besoins de la production et de l'échange, conduisent aux nouveaux modes de production, aux véritables révolutions techniques.
3. Tout nouveau mode de production signifie non seulement une révolution économique, mais aussi une révolution politique et sociale. « Dans la production sociale de leur vie — dit Marx — les hommes contractent certains rapports indépendants de leur volonté. Ces rapports de production correspondent à un certain degré de développement de leurs forces productives matérielles. Le mode de production de la vie matérielle détermine, d’une façon générale, le progrès social politique et intellectuel de la vie ». Autrement dit, toute révolution dans le mode de production doit être nécessairement suivie par une révolution politique : et sociale. Toute l'Histoire moderne confirme cette thèse fondamentale du marxisme. La révolution industrielle du x1x° siècle a révolutionné tous les rapports politiques et sociaux du globe. Et ses effets ne sont pas encore épuisés. :
4. Pour qu'il y ait révolution, il doit y avoir contradiction, antagonisme, incompatibilité entre les forces productives développées et les rapports entre les hommes et les classes de la société. Le régime social dominant devient « un obstacle » au développement des forces productives. Il entrave
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ou paralyse la nouvelle production. Et il doit céder aux nouvelles forces productives. Il se condamne ainsi à la mort, avec ou sans phrases. Ainsi l’ancien régime féodal avec ses jurandes, ses corporations, avec l'absence de toute liberté de mouvement, était un obstacle aux nouvelles forces productives de la bourgeoisie. Et il dut disparaitre. La société capitaliste devient, à son tour, un obstacle aux nouvelles forces productrices du prolétariat : elle est condamnée à disparaitre à son tour.
Les formes politiques et sociales, l'Etat et ses institutions, les associations religieuses et professionnelles de toutes sortes, constituent la « suprastructure », l'étage supérieur de l'édifice social, tandis que l’organisation économique, les rapports entre les hommes qui produisent et dirigent la production en forment « la base », le fondement. L'écroulement de la base, du fondement, entraîne évidemement celui de tout l'édifice. Ceci n'est pas une métaphore. Un pays avec un régime capitaliste développé, que ce soit la monarchique Angleterre ou l’Empire demi-absolutiste de l'Allemagne, ou la France républicaine, est obligé par sa structure économique de se débarrasser peu à peu des entraves à la liberté. La liberté de mouvement de l'esprit suit de près celle du mouvêment des marchandises. Les barrières de la censure tombent avec celles de la douane et des corporations. Les chemins
. de fer, le télégraphe, le téléphone, en révolutionnant l'échange des produits capitalistes, modifient du tout au tout celui des idées. L'homime borné dans son isolement, le misonéiste des campagnes, cède la place à l'homme social des villes. Le campagnard lui-même change de nature. Il se mèle le plus souvent possible à la vie des grandes cités. D'ailleurs, le service militaire universalisé l'y oblige. |
Il n'y a pas d’exceptions à cette loi. Les dernières années ou, plus exactement, les premières années du xx° siècle ont confirmé, d'une façon brillante et incontestable, cette interdépendance de la politique et de l’économie.