‹ La révolution socialeChapitre 113 sur 172 · LE · texte numérisé non relu

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—. Je demande ila parole. C’est à grand’ peine que je parviens à obtenir quelque silence. Je représente à la Commune l’énorme res- 5 ponsabilité qu’elle va endosser, si elle ne résiste pas au courant de

… violences vers lequel on cherche à l’entraîner. « On ne répond pas, RG : … dis-je, au massacre par le massacre. Nous ne pouvons pas violer le Re”. — droit des gens. I faut agir légalement ». La salle est frémissante. cl

. Rastoul me crie : « Alors, si on continue à nous tuer, nous conti- A — nuerons à ne faire que de la légalité ». Je lui répondis: « On peut h être terrible avec ses ennemis en restant justes et humains.... Du ve … reste, il n'y a pas dans les prisons que des ennemis de la Commune, CRE

TES fu PA il s'y trouve des gens dénoncés qui peuvent être des innocents. RS à re Ce que nous pouvons faire, c’est Rte une résolution légale, lion Er

= 270 = discuter et adopter, si nous l’approuvons, une proposition qui institue un mode de représailles, tout ‘en restant dans les limites du droit ».

Mes collègues m'ont écouté presque sans interrompre. Certains m'approuvaient franchement. « Protot a trouvé la vraie solution », dit Lefrançois. Delesciuze quitte sa place, vient à moi, me donne l’accolade. « Il nous faut, dit Delescluze, charger le citoyen Protot, notre délégué à la Justice, le plus compétent de nous dans les questions de droit, de rédiger un projet de décret qu’il nous soumettra à la prochaine séance. Afin d’en terminer sans retard, je propose de clore notre séance et de fixer la prochaine à une heure du matin. Le citoyen Protot aura le temps de rédiger son projet. Nous nous en remettons entièrement à lui ». La séance est levée au milieu d’une

extrême agitation... é

Sur la place de l'Hôtel de Ville, je suis rejoint par des amis qui attendaient la fin de la séance, Bricon, Fontaine, Desesquelle. (Bricon, Desesquelle étaient attachés à la délégation de la Justice. Fontaine fut nommé le 12 avril directeur des Domaines.) Je Îles mets rapidement au courant. Tous quatre, nous nous dirigeons vers les Halles pour nous y réconforter. Chemin faisant, je songeais à mon décret. Quand nous entrâmes au restaurant du Père Tranquille, la rédaction était tout entière dans mon cerveau. Pendant que mes amis prenaient leur repas, je transcrivis le décret, tel qu’il parut le lendemain a Officiel. Le manuscrit était sans une rature. Nous regagnâmes l'Hôtel de Ville. Dès mon entrée en séance, je remis mon projet de décret au président. Il était environ deux heures du matin. Le président en donna lecture à l’Assemblée, très nombreuse, très calme. Le projet fut adopté à l’unanimité. Les procès-verbaux de la Commune, qui sont à Carnavalet, font erreur quand ils disent que le projet fut présenté par Delescluze. Ils commettent une autre erreur en disant que Chardon lut une lettre annonçant la mort de Duval. Chardon parla. Il ne lut aucune lettre. Il parla, tout en pleurs, et c'était un spectacle poignant que ce colosse, en uniforme de colonel, l’'écharpe rouge barrant le large torse, pleurant comme un enfant, pendant qu’à travers ses sanglots, il nous disait la mort de l’un des plus héroïques soldats de notre révolution.

Voilà comment fut rédigé et voté le décret des otages. Versailles fut tenu en respect jusqu'au milieu de mai par la menace du talion. I ne recommença ses assassinats que lorsque la trahison de la minorité de la Commune lui eut ouvert les portes de Paris: À la séance du 17 mai, Urbain, poussé par Montaut, agent de Versailles, réclama l'exécution de dix otages dans les vingt-quatre heures. Je combattis la proposition Urbain et la fis repousser. Rigault s’apaisa

lorsque je lui eus fait remarquer que nous n'avions pas un seul prisonnier que M. Thiers désirât sauver... (Maxime VUILLAUME. Mes Cahiers rouges. VIII, p. 164-166.)

VII, — La garde nationale.

C'est la garde nationale, c'est-à-dire le peuple armé de - Paris, qui a fait la Commune. Il est donc nécessaire de connaître cette avant-garde de la Révolution communaliste. Disons tout d’abord que c’est à contre-cœur que le gouvernement bourgeois avait laissé les armes aux mains de la garde nationale.

« La garde nationale, écrit Lepelletier, aux termes de Îla Convention de Versailles, avait conservé ses armes, tandis que l’armée régulière, sauf la division Farou, réservée pour le service d'ordre, avait dù subir le désarmement et verser ses : fusils aux commissaires prussiens. Au premier abord, cette exception paraît une anomalie, presque une aberration de Jules Favre, comme pour l’armée de l'Est. Il n’en est rien, et le privilège accordé par le vainqueur à la garde nationale s’explique parfaitement. Quand, au cours des négociations, on fut arrivé à cette clause du projet d’armistice, Bismarck dit à Jules Favre F

— Vous demandez que la garde nationale conserve ses armes, je le veux bien, mais croyez-moi, vous faites une bêtise !

Jules Favre leva les bras au plafond, plissa fortement sa lèvre dédaigneuse, et laissa tomber cet aveu : « Je le sais aussi, et je partage votre avis, mais puis-je faire autrement ?» (Edmond LÉPÉLLETIER. Histoire de la Commune de 1871.)

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