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VIII. — L'Organisation de la garde nationale

La garde nationale armée, c'était une force considérable mise à la disposition d’un mouvement insurrectionnel toujours possible, mais ce n'était pas suffisant comme sauvegarde, pen-

saient ceux que les dispositions réactionnaires du gouvernement et la composition de la nouvelle Assemblée alarmaient. I1 fallait mieux que la conservation des fusils par des compagnies sans lien, sans union, pour mettre la République à l'abri d’un péril imminent. Cette force éparse de la population armée devait être rassemblée, organisée, disciplinée. Il lui fallait des chefs nommés par elle, des chefs sûrs, au républica-

nisme avéré. On devait pouvoir la rassembler promptement

pour une action commune, la tenir dans la main. De là vint à quelques citoyens d'initiative l’idée de grouper les bataillons séparés, de faire de ces compagnies sans relations entre elles un faisceau formidable. La période électorale parut une occasion propice. Une réunion fut organisée par le journalisteconférencier Henri de la Pommeraye. Elle eut lieu au Cirque d'Hiver, sous la présidence d’un commerçant du 3° arrondissement (Arts-et-Métiers-Saint-Merry), nommé Courty. Ce n'était ni un révolutionnaire, ni même un militant notoire, et cet actif citoyen s’effaça, après avoir joué pendant trois semaines le rôle important de promoteur de la Fédération de la garde nationale.

Après avoir arrêté une liste de candidats dans cette réunion, en vue des élections, les gardes nationaux présents décidèrent de se rassembler à nouveau, toujours dans un but électoral, pour le cas d'élections doubles qu’on pouvait prévoir. Un bureau du Comité, premier embryon du Comité central, fut aussi nommé, avec mandat de convoquer les compagnies. Ce bureau les convoqua pour 15 février, au Tivoli-Waux- Hall, vaste salle de bal de la rue de la Douane. Plus de 3,000 gardes nationaux de tous les arrondissements, mais surtout

ceux des quartiers populaires, se rendirent à l'appel. On

négligea de s'occuper des candidatures, objet primitif de la réumon. On se mit surtout en mesure de grouper les bataillons, représentés par les délégués. La Commission fut nommée pour rédiger un projet de statuts de la Fédération. Sur les 20 arrondissements de Paris, 18 étaient représentés à la

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réunion du Waux-Hall. Ils nommèrent chacun un commis | saire. Tous ces commissaires étaient des inconnus, n'ayant à 18 qu'une notoriété restreinte ne dépassant pas leur quartier. D. __ Aucun avocat, aucun journaliste, aucun politicien notoire

ne firent partie de ce premier Comité. Ceux qui furent dési- 4 gnés étaient des commerçants, des employés, des ouvriers. - Les élus avaient fait connaissance avec ceux qui les nom- | - maient, au bataillon, durant les longues factions aux rem- | parts, pendant les discussions dans les postes, à l'exercice, Na aux appels. Au lendemain de l’Assemblée du Waux- | 2 Hall, il y eut, dans chaque arrondissement, des réunions locales organisées par les commissaires élus le 15 février. Une citation du procès-verbal du XV® arrondissement, réunion à AE la salle Ragache (Grenelle), donnera une idée de ces assemblées primaires de la Fédération Séance du 16 février 1871, Salle Ragache. — Président

Solair; assesseurs : Chauvière et Léon Angevin. — Le È - citoyen Masson, délégué provisoire (au Waux-Hall) pour le XV® arrondissement, explique le but de la réunion. Il s’agit de réunir dans un immense faisceau la grande famille qui D. - s'appelle la garde nationale de Paris, jusqu’à ce jour si mal- . heureusement divisée. Il lit une ébauche de statuts : l'idée républicaine domine dans chacun des articles. En voici le A sens : la garde nationale ne reconnaît pas d'autre forme de . gouvernement que la République. La garde nationale doit être, À. D dans l'avenir, la seule armée dé la France. Elle nomme à :

- … l'élection tous ses chefs, depuis le caporal jusqu'au général 2 en chef. Le citoyen Chauvière déclare qu’il adhère à ces re idées. Il annonce que le lendemain, chaque. compagnie du LR XV® arrondissement nommera deux délégués chargés de la représenter au Comité central de la garde nationale (Le Mot

D d'Ordre, n° daté du 18 février 1871). re …. On voit par cet extrait, combien sérieusement s’accompli- 4 …. rent les diverses élections pour la composition du futur

Comité central. (Ed. LÉPÉLLETIER. Jbid. p. 230-232.) ai

Dans une réunion générale subséquente, le 24 février, au Tivoï Waux-Hall, fut complétée l’organisation de la garde nationale. Les statuts furent adoptés, et la fédération se constitua sur les bases suivantes : |

La Fédération comprend lassemblée générale des délégués, le cercle de bataillon, le conseil de légion, le comité central.

« L/Assembhlée générale est formée de: 1° trois délégués élus dans chaque compagnie, sans distinction de grade; 2° d’un officier par bataillon, élu par Îles officiers; 3° du chef de bataillon.

Le cercle de bataillon est fourni: 1° du délégué à l'Assemblée générale; 2° de deux délégués par compagnie; 3° de l’officier délégué à l’Assemblée générale; 4° du chef de bataillon.

« Le Conseil de légion est formé: 1° de trois délégués par cercle de bataillon, élus sans distinction de grade; 2° des chefs de bataillon de Tarrondissement. :

Enfin le Comité Central est formé: 1° de trois délégués par arrondissement, élus sans distinction de grade par le Conseil de légion;

2° d’un chef de bataillon par légion, délégué par ses collègues. — (Ed. LePELLETIER. 1bid.)

IX. — La garde nationale recommande le calme à l'entrée des Prussiens,

Rien ne démontre le sens rassis de la force populaire armée que les conseils de modération donnés à la population parisienne au moment le Iplus tragique de la période tourmentée de la guerre. Le junker Bismarck décida, pour donner satisfaction à ses congénères, de mettre sa botte de cuirassier sur le corps de la noble vaincue : il voulait faire fouler par les sabots de ses chevaux, le plus beau coin de Paris affamé, trahi, mais non soumis. L'indignation populaire fut à son comble. Et c'est à ce moment suprême que le Comité central de la garde nationale a fait preuve de courage.

Manifeste du Comité Central à l'entrée des Prussiens.

« Toute attaque, disait cet appel, servirait à désigner le peuple aux coups des ennemis, qui noieraient les revendica-

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tions sociales dans un fleuve de sang. Nous nous souvenons des journées de juin.

Citoyens, toute agression serait le renversement de la République !

Il sera établi tout autour des quartiers que doit occuper l'ennemi, une série de barricades, propres à isoler complètement cette partie de la ville. La garde nationale, de concert avec l’armée, veillera à ce que l'ennemi ne puisse communiquer avec les parties retranchées de la ville. »

Suivaient les signatures, qu'il est intéressant de reproduire :

Alavoine; Boint, Frontier, Boursier, David, Boisson, Barroud, Gritz, Tessier, Ramel, rec Arnold, Piconel, Audoynaud, Masson, Weber, Lagarde, Laroque, Bergeret, Pouchain, Lalette, Fleury, Maljournal, Chouteau, Cadaze, Castioni, Dutil, Matté, Ostyn. — (Ed. LÉPELLETIER. lbid. p. 248.)

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