‹ La révolution socialeChapitre 122 sur 172 · IX. — Le Communisme · texte numérisé non relu

IX. — Le Communisme

Les communistes, partant de ce principe que l’activité libre est l’essence de l’homme, ont besoin du dimanche qu'exige comme compensation leur pensée des jours ouvrables. Il leur faut Île dieu, l'élévation et l'édification que réclame tout effort matériel pour mettre un peu d'esprit dans leur travail de machines.

Si le communiste voit en toi un homme et un frère, ce n’est [à que sa manière de voir des dimanches; les autres jours de la semaine, il ne te regarde nullement comme un homme tout court, mais comme un travailleur humain ou un homme qui travaille. Si le premier point de vue s'inspire du principe libéral, le second recèle l'illibéralité. Si tu étais un « fainéant », 1l ne reconnaitrait pas en toi l’homme, il y verrait un « homme paresseux » à corriger de sa paresse et à cathéchiser pour le conserver à la croyance que le travail est la « destination et la vocation » de l’homme.

Aussi le communisme s’offre-t-il sous un double aspect d’une part, il attache grande importance à la satisfaction de l’homme spirituel, et d’autre part, il avise aux moyens de

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ANR MENT E PES — 305 — satisfaire l’homme matériel ou charnel. Il poursuit l’homme d’un double bénéfice, à la fois matériel et spirituel.

La bourgeoisie avait proclamé libres les biens spirituels et matériels, et s’en était remise à chacun du soin de chercher à obtenir ce qu’il convoitait. Le communisme donne réellement ces biens à chacun, les lui impose, et l’oblige à en tirer parti; considérant que ce ne sont que les biens matériels et spirituels qui font de nous des hommes, il regarde comme essentiel que nous puissions acquérir ces biens sans que rien ne nous fasse obstacle, afin d’être hommes.

La bourgeoisie rendait la production libre, le communisme force à la production et n’admet que les producteurs, les artisans. Il ne suffit pas que les professions te soient ouvertes, il faut que tu en pratiques une.

Il ne reste plus à la critique qu'à démontrer que l’acquisition de ces biens ne fait encore nullement de nous des hommes. :

Le postulat du libéralisme, en vertu duquel chacun doit faire de soi un homme et acquérir une « humanité », implique la nécessité pour chacun d’avoir le temps de se consacrer à cette « humanisation » et de travailler à soi même.

Le libéralisme politique pensait avoir fait le nécessaire en livrant à la concurrence tout le champ de l’activité humaine et en permettant à l'individu de tendre vers tout ce qui est humain. « Que tous puissent lutter contre tous ».

Le libéralisme social juge cette permission insuffisante, parce que « permis » signifie simplement « qui n’est défendu à personne » et non « qui est rendu possible à chacun ». Il part de là pour soutenir que la bourgeoisie n’est libérale qu'en paroles, mais en fait suprêmement illibérale. Lui, de son côté, prétend nous fournir à tous le moyen de travailler à nous-mêmes.

Le principe du travail supprime évidemment celui de la chance et de la concurrence. Mais il a également pour effet de maintenir le travailleur dans ce sentiment que l'essentiel

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