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en lui est le « travailleur » dégagé de tout égoïsme; le travailleur se soumet à la suprématie d’une société de travailleurs, comme le bourgeois acceptait sans objection la concurrence.
Le beau rêve d'un « devoir social » est aujourd'hui encore le rêve de bien des gens, et l’on s'imagine encore que la société nous donnant ce dont nous avons besoin, nous sommes ses obligés, à elle à qui nous devons tout.
Proudhon, par exemple, s’écrie (De la création de l’ordre, page 414) : « Dans l’industrie comme dans la science, rendre publique une découverte est le premier et le plus sacré des devoirs! »
On persiste à vouloir servir un dispensateur suprême de tout bien.
Que la société n’est pas un « moi » capable de donner, de prêter ou de permettre, mais uniquement un moyen, un instrument dont nous nous servons — que nous n'avons aucun devoir social, mais uniquement des intérêts à la poursuite desquels nous faisons servir la société — que nous ne devons à la société aucun sacrifice, mais que si nous sacrifions quelque chose, ce n’est jamais qu'à nous-mêmes — ce sont là des choses dont les socialistes ne peuvent s’aviser ils sont « libéraux », et, comme tels, imbus d'un principe religieux : la société qu’ils rêvent être ce qu'était auparavant l'Etat : — sacrée |!
La société dont nous tenons tout est un nouveau maitre, un nouveau fantome, un nouvel « être suprême » qui nous impose « service et devoir ». — (Max STIRNER, /bid.)
X.— L'État est un fantôme. Le Moi est uneréalité. L'Egoiste en lutte contre l'Etat.
Dire que l'Etat doit faire état de notre humanité, revient à dire qu'il doit compter sur notre moralité. Voir en autrui un homme et se comporter en homme à cet égard, c’est
agir moralement : tout l « amour spirituel » du Christia-
nisme n'est rien d'autre. Si je vois en toi l'Homme, de même que je vois en moi l'Homme et uniquement l'Homme, je ferai pour toi ce que je ferais pour moi, car nous sommes en ce cas ce que les mathématiciens appellent deux quantités ul à une troiieme : AC et BC, d'où Ab, autrement dit : « je — Homme » et « tu— Homme », d'où «je— tu » : toi et moi sommes la même chose.
La moralité est incompatible avec l’égoisme, parce que ce n'est pas à moi, mais seulement à l'Homme que je suis qu’elle accorde une valeur. Si l'Etat est une société d'hommes, et non une réunion de Moi dont chacun n'a en vue que luimême, il ne peut subsister sans la moralité et doit être fondé sur elle.
Aussi l'Etat et moi sommes-nous ennemis. Le bien de cette « société humaifñe » ne me tient pas au cœur, à moi, l'égoiste ; je ne me dévoue pas pour elle, je ne fais que l’employer ; mais, afin de pouvoir pleinement en user, je la convertis en ma propriété, Jen fais ma créature, c'est-à-dire que je l’anéantis, et que j'édifie à sa place l'association des Egoïstes.
L'Etat, de son côté, trahit son hostilité à mon égard en exigeant que je sois un Homme, ce qui sous-entend que je pourrais n'en pas être un et passer à ses yeux pour un « nonhomme » : il me fait de l'humanité un devoir. Il exige en outre que je m'abstienne de toute action susceptible de com-. promettre son existence ; l'existence de l'Etat, l’état de choses régnant doit être sacré. Aussi ne dois-je pas être un égoïste, mais un homme « bien pensant » et « bien faisant », autrement dit moral. Devant l'Etat et son état, je dois être impuissant, respectueux, etc. — (STIRNER. /bid.)