L'ANARCHISME COMMUNISTE
I, — Doctrine.
C'est l'anarchie individualiste moins la logique. Il veut sauver l'individu, son autonomie absolue, sa liberté sans frein. Mais il veut vivre, agir. Pour vivre, il faut s'organiser, abdiquer, renier l’âme de son âme qui est la métaphysique égoiste et libertaire. De 1à un conflit tragique qui mène à la : décomposition, à l'impuissance. Les uns vont à l’organisation, deviennent syndicalistes révolutionnaires, les autres s’'enferment dans une sorte de tour d'ivoire.
Les représentants les plus remarquables de l'anarchie communiste sont : Michel Bakounine, Pierre Kropotkine, Malatesta, Jean Grave. Bakourine les dépasse tous par son action, son influence et ses capacités théoriques. Il fut un hégélien de gauche. Ses idées contre l'Etat et l'Autorité méritent d'être méditées, ainsi que ses idées philosophiques
11, — Idéalisme et Matérialisme,
Qui a raison? Les idéalistes ou les matérialistes ? Une fois que la question se pose ainsi, l’hésitation devient impossible. Sans nul doute les idéalistes ont tort, et seuls les matérialistes ont raison. Oui, les faits priment les idées ; oui, l'idéal, comme l’a dit Proudhon, n’est qu’une fleur dont les conditions matérielles d'existence constituent la racine. Oui, toute l’his-
Les Prisonniers conduits à Versailles.
(D'après l'original de DANIEL VIERGE),
Se
toire intellectuelle et morale, politique et sociale de l'humanité est un reflet de son histoire économique. | Toutes les branches de la science moderne, consciencieuse et sérieuse, convergent à proclamer cette grande, cette fondamentale et décisive vérité : oui, le monde social, le monde proprement humain, l'humanité, en un mot, n’est autre chose que le développement dernier et suprême — pour nous au moins et relativement à notre planète — Ia manifestation la plus haute de l’animalité. Mais comme son développement implique nécessairement une négation, celle de la base ou du point de départ, l'humanité est en même temps et essentiellement la négation réfléchie et progressive de l’animalité dans les hommes. Et c’est précisément cette négation aussi rationnelle que naturelle — fatale comme le sont les développements et les réalisations de toutes les lois naturelles dans le monde — qui constitue et qui crée l'idéal, le monde des convictions intellectuelles et morales, les idées. Oui, nos’ premiers ancêtres, nos Adams et nos Eves, fu-
rent, sinon des gorilles, au moins des cousins très proches
du gorille, des omnivores, des bêtes intelligentes et féroces,
douées, à un degré infiniment plus grand que les animaux de
toutes les autres espèces, de deux facultés précieuses : la - faculté de penser et la faculté, le besoin de se révolter.
Ces deux facultés, combinant leur action progressive dans l'histoire, représentent proprement le « moment », le côté, la puissance négative dans le développement positif de l’animalité humaine, et créent par conséquent tout ce qui constitue l’humanité dans les hommes. — (BAKOUNINE. Œuvres, tome III, p. 18-20.)
Bakounine est matérialiste en philosophie, mais sa conception sociale, comme celle de tous les anarchistes, est idéaliste. La Révolution est, pour l’idéaliste, une affaire de tempérament et d'éducation, le résultat de la propagande ou de l'agitation, mais sa critique de l’idéalisme philosophique est pénétrante et frappe juste.