‹ La révolution socialeChapitre 126 sur 172 · III. — Critique de l’idéalisme · texte numérisé non relu

III. — Critique de l’idéalisme

Trois éléments, ou, si vous voulez, trois principes fondamentaux constituent les conditions essentielles de tout développement humain, tant collectif qu'individuel, dans l'histoire : 1° l’animalité humaine; 2° la pensée; et 3° la révolte. A la première correspond proprement l’économie sociale et privée ; à la seconde, la science; à la troisième, la liberté.

Les idéalistes de toutes les écoles, aristocrates et bourgeois, théologiens et métaphysiciens, politiciens et moralistes, religieux, philosophes ou poètes — sans oublier les économistes libéraux, adorateurs effrénés de l'idéal, comme on sait — s'offensent beaucoup lorsqu'on leur dit que l’homme, avec toute son intelligence magnifique, ses idées sublimes et ses aspirations infinies, n’est, comme tout ce qui existe dans le monde, rien que matière, rien qu'un produit de cette vie matière. |

Nous pourrions leur répondre que la matière dont parlent les matérialistes — matière spontanément, éternellement mobile, active, productive ; matière chimiquement ou organiquement déterminée, et manifestée par des propriétés où les forces mécaniques, physiques, animales et intelligentes . qui lui sont forcément inhérentes — que cette matière n'a rien de commun avec la vile matière des idéalistes. Cette dernière, produit de leur fausse abstraction, est effectivement un être stupide, immobile, incapable de produire la moindre des choses, un caput mortuum, une vilaine imagination 0pposée à cette belle imagination qu'ils appellent Dieu, l'Etre suprème vis-à-vis duquel la matière, leur matière à eux, dépouillée par eux-mêmes de tout ce qui en constitue la valeur réelle, représente nécessairement le suprême Néant. Ils ont enlevé à la matière l'intelligence, la vie, toutes les qualités

Ne

déterminantes, les rapports actifs ou les forces, le mouvement même sans lequel la matière ne serait même pas pesante, ne lui laissant rien que l’impénétrabilité et l’immobilité absolue dans l’espace; ils ont attribué toutes ces forces, propriétés et manifestations naturelles, à l’Etre imaginaire créé par leur fantaisie abstractive; puis, intervertissant les rôles, ils ont appelé ce produit de leur imagination, ce fantôme, ce Dreusauisest le Néant :7c l'Etre suprême », ef, par une conséquence nécessaire, ils ont déclaré que l’Etre réel, la matière, le monde, était le Néant. Après quoi ils viennent nous dire gravement que cette matière est incapable de rien produire, ni même de se mettre en mouvement par elle-même, et que par conséquent elle a dû être créée par leur Dieu. — (BAKOUNINE, Jbid. p. 23-25.)

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