‹ La révolution socialeChapitre 133 sur 172 · XV. — Le Socialisme serait une démocratie élargie · texte numérisé non relu

XV. — Le Socialisme serait une démocratie élargie

Dans la première partie du présent chapitre, nous avons démontré que la démocratie est, à un beaucoup plus haut degré qu'on ne le croit assez couramment encore, une condition primordiale de la réalisation du socialisme, c’est-à-dire qu'elle ne l’est pas seulement en tant que moyen, mais encore comme substance. Sans un certain contingent d'institutions ou de traditions démocratiques, la doctrine socialiste contemporaine ne serait pas même possible. Il pourrait y avoir mou-

vement ouvrier, mais point de démocratie sociale. Le mou-

vement socialiste moderne, quelle que soit son explication théorique, est, de fait, le produit de l'influence des conceptions juridiques, engendrées par la Révolution française et par elle généralisées, sur le mouvement des salaires et du temps de travail des ouvriers industriels. Le mouvement nommé se serait aussi bien produit sans les dites conceptions juridiques tout comme sans et avant elles il a existé un communisme populaire approchant du christianisme primitf. Mais ce communisme populaire était très vague et quelque peu mystique, et le mouvement ouvrier manquerait de cohésion intérieure s’il n'avait pas pour base ces institutions et

ces conceptions juridiques qui, il est vrai, sont pour une

grande partie les compléments nécessaires de l’évolution capitaliste. C’est ainsi que la chose se présente de nos jours dans les pays orientaux. Une classe ouvrière, dépourvue de droits

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politiques, mal éduquée et élevée dans la superstition, peut

bien de temps à autre se révolter et se livrer à de petites

conspirations, mais elle n'engendrera jamais un mouvement

socialiste. Il faut une certaine largeur d'esprit pour faire d’un ouvrier, qui occasionnellement se révolte, un socialiste. C'est aussi pourquoi le droit politique et l'instruction populaire figurent partout en tête du programme d'action socialiste. — (Pages 239-240.)

XVI, — Le Parti Socialiste ne serait qu’un parti de réformes démocratiques et sociales, - 7 { ;

[1 faut que la social-démocratie ait le courage, dit Bernstein, de s'émanciper de la phraséologie du passé et de vouloir paraître ce qu’elle est actuellemient en réalité: un parti de réformes démocratiques et socialistes. Il ne s’agit pas d’abju-

rer le soi-disant droit à la révolution, ce droit purement spéculatif, qu'aucune Constitution ne saurait mettre en para-

graphe ni aucun Code prohiber et qui existera tant que la loi naturelle nous forcera à mourir si nous renoncons au

droit de respirer. Ce droit inécrit et imprescriptible n’est pas

plus atteint, si on se transporte sur le terrain de la réforme, que le droit de défense légitime n’est supprimé par le fait que nous nous sommes donné des lois réglant nos différends personnels ou de propriétés. |

Et est-ce que vraiment la social-démocratie est aujourd'hui

autre chose qu'un parti visant à la transformation socialiste

de la société par le moyen de réformes démocratiques et économiques ?…. |

Dans ses He sur les attentats, Bebel a, avec la dernière énergie, repoussé l’insinuation que la social-démocratie comportait une politique de violence et tous les journaux du Parti ont enregistré ces discours en les approuvant. Nulle

part on n’a protesté contre. Kautsky, dans son étude sur la

question agraire, développe des principes de politique agraire de la social-démocratie qui ne sont autre chose que des réfor-

mes démocratiques. Le programme communal de Brande-

bourg est un programme de réformes démocratiques. Dans le Reichstag allemand, le Parti réclame l'extension des compétences et l'institution obligatoire des Conseils de prud hommes, ces organes promoteurs de la paix économique.

Je le répète: plus la social-démocratie se décidera à vouloir paraître ce qu'elle est, plus aussi ses chances augmenteront de réaliser des réformes politiques.

Certes, la peur est un facteur puissant dans la politique, mais on se trompe en croyant qu'il suffit de provoquer la peur pour obtenir tout ce qu'on veut. Ce n'est pas quand le mouvement chartiste était dans sa phase la plus révolutionnaire que les ouvriers anglais -obtinrent le droit de suffrage mais lorsque l'écho des tirades révolutionnaires s'était éteint et qu'ils s’allièrent à la bourgeoisie radicale dans la lutte pour les réformes. Et si quelqu'un m'objecte qu'une chose sem-

blable serait impossible en Allemagne par exemple, je lui

recommande de lire ce que, il y a quinze à vingt ans, la presse libérale écrivait au sujet des luttes syndicales et de la législation ouvrière, et comment les représentants de ces partis

parlaient et votaient au Reichstag au cours des débats sur

ces questions. Il reconnaitra peut-être ensuite que la réaction

politique n’est certainement pas le phénomène le plus sigmifi- ; = à |

catif dans l’Allemagne contemporaine. — (Pages 274-275.)

XVII. — La conclusion fatale de l'exposé théorique de Bernstein. |

Ainsi tout l'ouvrage de Bernstein peut être considéré comme une tentative très savante de justifier sa thèse principale imprimée en toutes lettres dans la Neue Zeit, organe du socialisme scientifique: le but final n’est rien, le mouvement

est tout. Par « but final » on comprend « communément » l'idée fondamentale du socialisme : la socialisation des moyens . de production; par « le mouvement », Bernstein entend évidemment désigner notre œuvre réformiste, notre action quotidienne. Kn ramenant toute notre action à une action réformiste dans les cadres du régime capitaliste, Bernstein détruit la raison d’être du Parti socialiste: en suivant la tactique de Bernstein, le Parti socialiste deviendrait tout simplement un parti démocratique. Cette objection lui a été, en effet, faite par ses adversaires aux nombreux Congrès socialistes (Stuttgart, Hanovre, Lubeck, Dresde), où fut discutée et rejetée sa thèse.

Un grand nombre d'écrivains socialistes, dans tous les pays où 1l y a un parti socialiste développé, a pris part à la discussion des thèses bernsteiniennes : Auguste Bebel, Victor Adler, Georges Plekhanoff, Rosa Luxembourg, Parvaus, Boudin, etc., etc. Mais la critique la plus complète et la plus systématique des idées de Bernstein fut faite par Karl Kautsky. Cétte critique contient en même temps un exposé lumineux de la doctrine et de la tactique socialistes. Elle donne la philosophie de l’action socialiste internationale. Nous en donnons l'essentiel.

= CHAPITRE Il

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