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III, — La méthode de Marx,
La justesse plus ou moins absolue de la conception matérialiste de l’histoire ne dépend pas des lettres et des articles de Marx et d'Engels, elle ne peut être prouvée que par l'étude
. de l’histoire même. Bernstein a beau parler avec dédain de
ce « mot commode de Scolastique », je partage absolument l'opinion de Lafargue, qui qualifie de Scolastique le fait de discuter la justesse de la conception matérialiste de l’histoire en soi au lieu de la vérifier par l'étude de l’histoire ellemême. C'était aussi l'opinion de Marx et d'Engels; je le sais
par des conversations privées avec ce dernier et j'en trouve.
la preuve dans ce fait qui paraitra étrange à plus d'un, que tous les deux ne parlaient que rarement et brièvement des
fondements de leur théorie et employaient la meilleure part
de leur activité à appliquer cette théorie à l'étude des faits.
I n’est pas moins important de remarquer que ceux d’entre les marxistes, qui ont suivi leur exemple et se sont occupés de recherches historiques, n’ont jamais été en désaccord, ni
entre eux n1 avec leurs maîtres, sur ce qu'ils entendaient par
conception matérialiste de l'histoire.
Non que chacun de nous acceptât tous les résultats obtenus par les autres; plus d’un résultat, auquel Engels et Marx eux-mêmes étaient parvenus, est actuellement inacceptable. Mais les historiens de l’école marxiste sont unanimes à reconnaître que toutes leurs recherches confirment la description que Marx a faite du processus historique dans la préface citée plus haut. Ceux qui contestent à cette conception de l'histoire son caractère Frs ne sont pe des historiens.
Mais Marx et Engels se seraient placés plus tard à un autre point de vue, ils auraient restreint leur théorie et l’auraient rendue par là plus scientifique.
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Ici encore Bernstein confond de nouveau deux questions . qui ont, il est vrai, plusieurs points communs, mais qu'il faut considérer séparément, si l’on veut les élucider et ne pas se perdre dans le vague. Bernstein considère comme identique le déterminisme et l'hypothèse que le développement des forces productives détermine le développement des - conditions sociales. Maïs cela est faux. Il se trompe d’abord quand 1l prétend qu'être matérialiste, c'est affirmer la nécessité de tout ce qui arrive. Sans doute le matérialisme affirme la nécessité de tout ce qui arrive, c'est-à-dire la va- leur de la loi de causalité pour tous les faits d'expérience, mais il y a aussi des philosophes idéalistes qui sont de cet avis. Par conséquent, quand bien même Marx et Engels auraient restreint la puissance déterminante des conditions de production et reconnu aux idées un mouvement propre indépendant, cela ne voudrait pas dire que leur conception de l’histoire a cessé d’être déterministe.
Prenons, par exemple, la conception historique de Bucklé. Elle est assez différente de celle de Marx. Buckle ignorait encore que des lois économiques différentes correspondent à des formes sociales différentes ; 1l en était encore à l’économie politique libérale, pour laquelle les lois de la production développée des marchandises étaient les lois naturelles de
toute forme de production; 1l ne voyait dans l’histoire que
deux facteurs, la nature et l'esprit, et 1l la croyait déterminée par le développement de l'esprit et le progrès de la science.
Si l’on considère ce progrès comme celui des découvertes et des inventions, la conception de Buckle conduit à celle de Marx. Mais Buckle était arrêté par le point de vue libéral que nous avons signalé et qui considérait les lois du mode de production en vigueur comme des lois naturelles. À ce point de vue, la société ne progressait qu'autant qu'on reconnaissait de plus en plus clairement ses lois naturelles et qu'on constituait la société conformément à ces vérités éternelles.
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La conception de Buckle est complètement différente de celle de Marx, et cependant Buckle reste fermement fidèle au principe de la nécessité de fout ce qui arrive.
Nous devons donc considérer séparément les deux jugements de Bernstein, affirmant d’une part que Marx et Engels ont finalement renoncé au déterminisme dans leur conception de l’histoire, et de l’autre qu'ils ont attribué par la suite une moindre importance au facteur économique dans le développement historique. |
Mais on ne saurait trop sévèrement exiger que les propositions sur lesquelles Bernstein appuie son premier jugement soient probantes. N'oublions pas que Bernstein luimême déclare que le matérialisme est déterministe.
La conception marxiste de l’histoire était au début déterministe, et elle aurait cessé de l’être dans la suite! Marx et Engels sont cependant restés matérialistes jusqu'à la fin de leur vie. Cela ne revient-il pas à dire qu’au début ils étaient conséquents et que plus tard ils sont devenus inconséquents ?
Ce changement est, 1l est vrai, aux yeux de Bernstein, un progrès au point de vue scientifique, et il exige de nous que nous acceptions la conception marxiste dans sa forme inconséquente et non dans sa forme conséquente.
Mais qu'est-ce que la science ? La connaissance des rapports nécessaires et naturels des phénomènes. Or, des phénomènes si compliqués qu'il n'a pas encore été possible de découvrir leurs rapports nécessaires, de sorte que nous ne pouvons voir en eux que le jeu du hasard et de l’arbitraire, sont en dehors du domaine de la science. Le progrès de la science consiste à restreindre le domaine du hasard et de l'arbitraire et à étendre celui de la nécessité reconnue.
Le grand mérite de Marx et d'Engels est d’avoir, avec plus de succès que leurs devanciers, fait entrer les faits historiques dans le domaine des faits nécessaires et élevé ainsi l’histoire à la hauteur d’une science. Alors intervient Bernstein qui prétend que le progrès scientifique de Marx et
= 371 — d'Engels a corisisté à supprimer le déterminisme dans l’histoire. |
Le plus étrange dans tout cela, c'est que Marx et Engels n'ont pas eu le moins du monde conscience de cette transformation radicale de leur pensée. La conception matérialiste de l’histoire, déclare Bernstein lui-même, est la loi fondamentale sur laquelle repose le système tout entier. D'après Bernstein, Marx et Engels, au cours de leur évolution, font dévier le déterminisme de cette loi fondamentale et néanmoins ils restent convaincus jusqu'à la fin de leur vie, qu'ils sont restés fidèles à la même conception de l'histoire ! Dans la lettre d'Engels à €. Schmidt du 27 octobre 1890, mentionnée également par Bernstein, Engels le renvoie au « 18 Brumaire composé en 1852 comme un modèle de récit historique au point de vue matérialiste ».
Quelle force démonstrative devrait avoir la preuve qui pourrait nous forcer à admettre que la conception marxiste de l’histoire n'est pas déterministe! Et que nous apporte Bernstein ? Rien, absolument rien. — (Kauïsky. Jbid., p.
IV, — Le facteur économique n'est pas le seul à déterminer l’évolution historique,
…La manie qu'a Bernstein de couper les cheveux et quatre est d'autant plus singulière qu'il est moins précis quand il expose le résultat de la prétendue évolution de la conception marxiste de l’histoire. « Quiconque applique aujourd'hui la théorie du matérialisme économique, dit-il, est tenu de l'appliquer dans sa forme la plus parfaite et non dans sa forme primitive, c'est-à-dire qu'il est tenu, à côté du développement et de l'influence des forces productives et des conditions de production, de tenir grand compte des notions de droit et de morale, des traditions historiques et religieuses
de chaque époque, des influences naturelles, au nombre desquelles se trouve la nature de l’homme et de ses facultés intellectuelles. »
« Tenir compte », peut-on s'exprimer avec moins de précision? Quiconque applique la conception matérialiste de l’histoire et par conséquent étudie l’histoire au point de vue matérialiste, doit tout naturellement « tenir compte » de tous ces facteurs. Les rapports-entre ces facteurs, leur action réciproque, leur fonction passive ou active, tout cela est précisément ce qu'il faut étudier et expliquer. Mais tout historien doit en faire autant, quelle que soit sa philosophie: ce n'est pas le « tenir compte » qui est contestable, c'est ce qui en résulte. Mais examinons de plus près chacun des facteurs auxquels nous renvoie Bernstein: Al côté des forces yroductives et des rapports de production nous avons les notions de droit et de morale, et les traditions historiques et religieuses. Mais que sont les traditions d’après la dernière définition de la conception matérialiste de l’histoire, sinon le produit de formes sociales antérieures et par conséquent aussi des modes de production antérieures? Et il en est de même des notions de droit et de morale, quand elles sont traditionnelles et qu'elles ne résultent pas de la forme so- ciale momentanée. Mais les influences naturelles sont, elles aussi, une facteur matériel. Bernstein dit lui-même: « Chez les peuples préhistoriques la nature ambiante est la puissance économique déterminante ». La nature est donc le facteur économique initial. On peut donc ramener, après un examen plus attentif, les facteurs agissant à la surface de l'histoire, auxquels nous renvoie Bernstein, aux facteurs : économiques ; il aboutit donc à la thèse qu’on ne peut expliquer l'histoire d’une époque par sa seule histoire économique, mais qu'il faut « éenir compte » de l’ensemble de l'évolution économique qui l'a précédée et de ses résultats. Cela est juste, mais c'est précisément ce que n'ont cessé de faire Marx et les historiens marxistes. On peut dire qu’en
É ibne la Méthode re est la Rs qui tienne pleine- ment compte de la préhistoire. Ce fait que l'historien matérialiste est tenu de commencer toutes ses recherches ab 070
est une des raisons qui rendent sa tâche RSESUs plus diffi-
cile que celle de tout autre.
S1i Bernstein voulait dire que la conception marxiste de
l'histoire s’est modifiée de telle sorte qu’elle a exagéré au
début l'influence directe du mode de production en vigueur et fait peu de cas de l'influence indirecte du mode de production antérieur, on pourrait discuter. En effet, les progrès des études d'histoire primitive, à peine nées à l’époque des débuts du matérialisme économique, ont exercé sur lui une influence très considérable. On peut suivre à ce point de vue
l’évolution de la théorie, elle a été constatée par les auteurs. mêmes de la conception matérialiste de l'histoire, par exem-
ple par Engels dans la première note de la plus récente édition du « Manifeste communiste ».
Au contraire, l’évolution que Bernstein fait accomplir à cette conception de l’histoire n’a été reconnue nulle part par
ses auteurs; elle est simplement déduite par Bernstein de la
comparaison de textes isolés tirés de leurs ouvrages, textes
qui, quand ils n'offrent pas d’équivoque, disent tous la même
chose et qui, alors même qu'ils pourraient prêter à diverses interprétations, peuvent être considérés sans peine comme ayant la même signification.
L'argumentation de Bernstein peut être très facilement
caractérisée par une image empruntée aux sciences natuelles, où les rapports sont plus simples et plus manifestes que dans les sciences sociales. Supposons qu’un naturaliste ait soutenu dans ses premiers ouvrages le principe que la
lumière et la chaleur du soleil sont en dernier ressort le principe actif de la vie organique sur la terre. Plus tard on lui demanderait s'il est vrai qu'il prétende que la végétation d'un arbre dépend seulement de la quantité de lumière et
de chaleur qu'il reçoit directement du soleil. Il répondra na-
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turellement que c'est absurde, qu’il ne faut pas comprendre
sa théorie de la sorte, qu’il n’ignore pas que la nature de la semence, du sol, l'alternance d'humidité et de sécheresse, la
direction et la force des vents, etc., exercent également une
influence sur la végétation des ie.
Arrive alors un commentateur qui confond l'influence directe du soleil sur la végétation des plantes avec son action comme principe unique de vie sur la terre, et qui déclare alors que la théorie de notre naturaliste ne doit pas être envisagée dans sa forme primitive et générale, mais dans sa forme dernière, restreinte et partant beaucoup plus scien-
tifique. Il ne voit pas du tout que la théorie sous cette forme.
cesse d’être scientifique: c'est un lien commun, familier aux paysans depuis des siècles.
V, — En quoi consiste l'originalité de la théorie marxiste,
Il en est de même, quoique moins rigoureusement, de l’évolution que la théorie de Marx et d'Engels aurait subie. l'idée que l'histoire n’est pas seulement déterminée par les concepts de morale et de droit, les traditions et les facteurs naturels, mais aussi par le mode de production, n'avait pas besoin d'être découverte par Marx et Engels; elle était déjà bien connue au siècle dernier, comme peuvent en témoigner quelques exemples, que nous avons justement sous la main et dont on pourrait facilement augmenter le nombre. Montesquieu, né il y a plus de deux siècles, a recherché déjà dans « l'Esprit des Lois » l'influence du mode de production sur les institutions idéologiques. « Les lois, dit-il
dans le chapitre VIII du livre XVIII, ont un rapport très.
étroit avec la manière dont les différents peuples se procurent leurs moyens de subsistance ». Et cette thèse, ïil l'explique dans les chapitres suivants avec beaucoup de
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finesse en ce qui concerne les peuples chasseurs, lés nomades,
les agriculteurs, et même les industriels.
Tout récemment Kampftmeyer a signalé dans la « Neue Zeit » J. Moser, qui a déjà fortement insisté sur l'influence du mode de production sur la vie intellectuelle. « La religion du mineur, dit-il, diffère de la croyance du pâtre ».
Hegel à quelquefois très clairement saisi l'importance qu’à l'infrastructure économique pour la superstructure politique et idéologique. Dans sa « Philosophie de l'Histoire »,
il expliquait le fédéralisme lâche des Etats-Unis par leurs
conditions économiques. « En ce qui concerne l'organisation politique de l'Amérique du Nord, on n'y voit pas de but nettement visé, et le besoin d'une union solide ne s’y fait pas sentir, car un véritable Etat et un véritable gouvernement ne s'organisent que quand il existe déjà une différence entre les classes, quand la richesse et la pauvreté sont devenues très grandes, et que les conditions sociales deviennent telles que l’on ne peut plus satisfaire par les moyens ordinaires à une foule considérable de besoins. Mais l'Amérique n'en est pas encore là, car elle a toujours à sa disposition le dérivatif puissant de la colonisation et les foules ne cessent
d’affluer dans les plaines du Mississipi. Si les forêts de la Germanie avaient encore existé, la révolution française n’au-
rait pas eu lieu ».
Ce que Bernstein nous présente comme le fruit de la pensée de Marx et d'Engels dans tout sa maturité n’est qu'un concept qui existait déjà bien avant eux.
En présence de tous ces faits nous devons nous élever de toutes nos forces contre les façons dont Bernstein décrit l'évolution du matérialisme historique. Ce n'est pas la conception de Marx, c'est celle de Bernstein qui s’est modifiée dans le sens qu'on vient d'indiquer et qui s’est ainsi éloignée de la conception marxiste. — (KAUTSKY. Zbid., p. 26-32.)
VI, — L'homme n’est pas maître des forces ; économiques dans la société capitaliste,
Ces faits ne lui sont pas inconnus (à Bernstein). Sur quoi . s'appuie-t-il donc quand il prétend que dans la société moderne, l’homme domine de plus en plus les forces économiques ? Au sein même de cette société, nous pouvons sans doute distinguer des périodes, dans lesquelles lès forces économiques dominent l’homme, et d’autres ou celui-ci croit, au contraire, les dominer. Les premières sont les périodes de. crise, les autres des périodes d’essor économique. Depuis quelques années, nous vivons dans une de ces périodes. Cela suffirait-1l à Bernstein pour en déduire un loi historique de « la société moderne » et la faillite du matérialisme histort que ? Dans ce cas, sa conception de l'histoire moderne manque de solidité.
Mais quelle est « la société », quels sont « les hommes » qui asservissent de plus en plus les forces économiques ? Sontce les paysans, les artisans, les petits commerçants ! Ou bien les salariés ? Ou bien sont-ce même les petits capitalistes et les gentilshommes campagnards ? Tous arrivent à dépendre
Ms à :
de plus en plus — aux bonnes comme aux mauvaises pério-
des — d’une poignée de gros capitalistes. Ces derniers forment la société, l'humanité qui « s’affranchit de plus en plus des forces économiques ». |
Sans doute, il ne s’agit ici pour Bernstein, que de liberté en théorie. Dans la.pratique, elle est étouffée par les conflits d'intérêts existants : ceux-ci sont à leur tour dominés — dans
—la société actuelle — notez bien — par l'intérêt collectif qui
l'emporte progressivement sur l'intérêt particulier. Je n'en croyais pas mes yeux en lisant cela, et c'est en vain
. que je cherchais des faits qui pussent corroborer cette auda-
cieuse proposition. Où, dans quelle classe voit-on que l’inté-
La Los à D |
D sur les intérêts de classe ? Est-ce chez les agrariens, qui demandent à grands cris des privilèges ? Chez les artisans et les petits commerçants qui voudraient voir toute mesure économique rationnelle interdite ? Chez les gros industriels qui s'efforcent de faire monter artificielle-
ment les prix par des tarifs protecteurs et des trusts ? Tous
réclament des privilèges aux dépens de la collectivité et cher-
chent à piller l'Etat et le consommateur. C'est tout l'intérêt
qu'ils prennent à la collectivité. La seule classe qui s'intéresse à la collectivité est le prolétariat ; non que nous soyons meilleurs, mais parce que l’intérêt du prolétariat coïncide avec celui de l’évolution sociale et parce qu’en sa qualité de classe inférieure, 1l finit par payer à ses dépens tout privilège accordé aux classes supérieures. On peut donc dire que tout accroissement des forces du prolétariat profite à l'intérêt général. Mais ce n'est pas là ce que veut dire Bernstein, qui est convaincu qu'on arrivera, par une moralité plus haute et une
vue plus claire des choses, à atténuer les inégalités entre les
classes.
Il pense que dans l’état actuel du développement économi-
que, les facteurs idéologiques et plus particulièrement les fac-
teurs moraux ont un champ d’action indépendante plus vaste
qu'autrefois. Bernstein dit cela de peur qu'on ne se méprenne
sur le sens de sa phrase « que les sciences, les arts, un plus grand nombre de relations sociales sont aujourd’hui beaucoup plus indépendants de l’économie qu'à n'importe quelle époque passée ». Mais la phrase n’en est pas moins équivoque. De quelle sorte de dépendance s'agit-il ici ? Bernstein veut-il dire que la conscience de l’homme dépend moins aujourd'hui
de son mode d'existence sociale, que le milieu influence moins
la vie psychique, qu'il y a aujourd'hui des problèmes, que les hommes se posent eux-mêmes à leur gré, pour la solution desquels ils inventent leur méthode à leur gré et dont ils déterminent la solution à volonté ? Mais alors sa phrase n’est qu'une affirmation sans preuve de ce qu’il veut démontrer,
Ou bien veut-il dire que les sciences, les arts, la morale subissent aujourd'hui moins que jamais l'influence immédiate des forces économiques momentanément dominantes ?
Cela ne revient-il pas à prétendre que les autres forces qui les influencent, aptitudes naturelles, idées reçues, traditions, sont plus puissantes que jamais, à une époque où l'homme domine plus que jamais la nature, où les différences de races s'atténuent de plus en plus, grâce aux rapports internationaux, où règne un mode de production qui révolutionne sans cesse les rapports sociaux, détruit toutes les anciennes traditions et empêche qu'il ne s’en forme de nouvelles !
Ou bien Bernstein veut-il dire que les intellectuels dépendent aujourd'hui économiquement moins des pouvoirs dominants, qu'ils peuvent exercer leur action plus indépendamment qu'autrefois ? Mais depuis que les différences de classes existent jusqu'à l'époque capitaliste, l'intelligence a toujours été l’apanage des classes dirigeantes et possédantes. Ou bien les éléments intelligents formaient l'unique classe dirigeante, comme toujours au début de la division de la société en classes, comme aussi dans la Grèce classique. |
Ou bien ils constituaient à côté de la caste guerrière une classe particulière, la caste religieuse. On sait quelle puissance surent conquérir ces idéologues. Qui ne connaît la souveraineté universelle de l'Eglise au moyen âge ? C’est seulement le mode de production capitaliste qui a privé les intellectuels de la puissance et en a fait des salariés au service des capitalistes. Jamais les idéologues n'ont autant dépendu des forces économiques d'aujourd'hui.
Quoique ce fait soit en contradiction avec la thèse de Bernstein, nous croyons avoir trouvé dans ce fait même le motif qui permet de donner à cette thèse une interprétation conforme à la réalité des faits.
Les intellectuels ont cessé d'être classe dirigeante. Ils ont, du reste, cessé de représenter une classe homogène, ayant des intérêts de classe particuliers. Ils forment un groupe
de coteries et d'individus ayant les intérêts les plus divers. Comme on l’a fait souvent remarquer, ces intérêts se confondent en partie avec ceux de la bourgeoisie, en partie avec ceux du prolétariat. De plus, leur degré de culture les rend des plus aptes à considérer de haut l’évolution économique. N'étant pas poussés par des intérêts de classe nettement définis, agissant souvent conformément à la connaissance plus profonde qu'ils ont acquise des phénomènes sociaux, les intellectuels se sentent souvent les représentants de l'intérêt général en face des intérêts de classe, les représentants d'idées indépendantes des facteurs économiques. Le nombre des intellectuels est toujours croissant et avec eux semble progresser l'intérêt collectif en face des intérêts de classe, semble croître l'affranchissement des arts, des sciences, des concepts moraux des forces économiques. C’est seulement en les interprétant ainsi que les phrases de Bernstein deviennent intelligibles pour nous et perdent leur caractère mystique, mais elles cessent aussi de prouver quoi que ce soit contre le matérialisme historique. C'est l'interprétation qu'en a donnée Bernstein qui, maintenant, nous devient intelligible.
L'évolution qu'on vient de décrire fait naître dans les couches intellectuelles des sympathies d'autant plus fortes pour le prolétariat, que le mouvement prolétarien grossit davantage et menace la société actuelle, que la situation économique des intellectuels se rapproche davantage de celle du prolétariat, et qu'ils dépendent plus d’une aristocratie d'argent vaniteuse et brutale. Mais un petit nombre seulement se décide à prendre une part directe à la lutte prolétarienne. Ce n'est pas seulement leur situation hybride entre les deux classes en lutte qui les empêche de prendre nettement position, leur condition même les rend impropres à la lutte. — (Kaurskv. Le Marxisme, p. 36-40.)
- | | VII, — La théorie catastrophique,
« D'après cette conception, une crise industrielle d’une “violence considérable enflammera tôt ou tard tellement les - esprits contre le système économique capitaliste, à cause de Re. la misère qu’elle fera naître, elle convaincra si profondément les masses populaires de l'impossibilité de diriger avec ce sys ne tème les forces productives pour le bien de la collectivité, … $ que le mouvement dirigé contre ce système acquerra une puissance irrésistible et provoquera fatalement l'écroulement de | ce système. En d’autres termes, la grande crise économique Se inévitable prendra les proportions d’une crise sociale générale D dont le résultat sera la souveraineté politique du prolétariat, : nn seule classe révolutionnaire ayant conscience de son but, et à une transformation accomplie sous la direction de cette clas- ARE se ». C'est là, répète Berstein, la conception du Parti socia- ‘ liste. :
« Le Parti socialiste est donc convaincu que ce mode d’évoee lution est une loi naturelle inévitable, et que la grande crise . économique générale est le seul et unique moyen de transfor- « : mer la société dans le sens socialiste ». (Neue Zeit, p. 549) M j | IT serait difficile à Bernstein de prouver que le Parti soCia- : 1 D ds liste est réellement convaincu de cela. Il se contente de citer R le paragraphe nullement probant de la motion présentée au Se Congrès international, paragraphe qui ne fut pas même dis- | cuté et qui, si le rapport du Worwaerts est exact, ne fut pas admis. | C'est en vain que Bernstein cherchera dans les documents : ER . officiels du Parti socialiste allemand un seul passage qui con- ‘4 corde avec la théorie exposée par lui de l'écroulement dans :
le passage du programme d'Érfurt, qui traite des crises, le
mot « écroulement » ne se trouve nulle part. Mais on ne trouverait même pas dans les discours et les articles de jour-
FA
Es à din ee ls
naux des membres du Parti, un passage où on soutienne d'une manière précise que la révolution sociale sera précédée d’une
crise industrielle ou que le prolétariat ne pourra conquérir
le pouvoir politique qu'à la faveur d’une crise industrielle. Belfort Bax a exprimé, si je ne me trompe, des idées analo--
gues et 1l semblait naturel que Bernstein en fit la critique dans l’article cité. Quand il y parlait de la théorie de l’écroulement comme d’une opinion dominante dans le Parti socialiste, cela pouvait passer pour une exagération, facile à commettre dans l'ardeur de la polémique.
Mais Bernstein ne songe pas à rectifier cette exagération dans son livre qui n’est pas dirigé contre Bax. Au contraire, il l’exagère encore en donnant à la théorie de l'écroulement une portée plus grande encore.
Ce qui, en ‘1808, n'était encore qu'une théorie dominante dans le Parti socialiste, est devenu, en 1809, la théorie du Parti socialiste ; la polémique dirigée contre Bax se tourne contre Marx et Engels, la critique d’un paragraphe accessoire
de la motion au Congrès de Londres devient la critique du
« Manifeste communiste » et du « Capital ».
Cette critique a été depuis portée aux nues par les anti-
marxistes au dedans et au dehors du Parti, et considérée comme la réfutation la plus catégorique de la théorie marxiste de l’écroulement. — (Kaurskv. Zbid., p. 87-80.)
VIT, — Concentration et expropriation,
D’ après la doctrine de Marx, le développement économique amène dans la société moderne la disparition de l’ouvrier travaillant à son compte et sa transformation en ouvrier salarié,
exploité par celui qui est maître des moyens de production, c'est-à-dire par le capitaliste :
La propriété privée basée sur le travail personnel, cette
propriété qui soude, pour ainsi dire, le travailleur isolé et au-
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tonome aux conditions extérieures du travail, est supplantée
par la propriété privée capitaliste fondée sur l exploitation du
travail d'autrui, sur le salariat.
« Dès que ce mouvement de transformation a énos de fond en comble la vieille société, que les producteurs sont changés en prolétaires et leurs moyens de travail en capital, que, enfin, le régime capitaliste se soutient par la seule force économique des choses, alors la socialisation future du travail, ainsi que la transformation progressive du sol et des autres moyens de production en instruments socialement exploités, communs, en un mot, l'élimination future des propriétés privées va revêtir une nouvelle forme. Ce qui est mainte-
nant à exproprier, ce nest plus le travailleur indépendant,
mais le capitaliste, le chef d’une armée ou d’une escouade de salariés.
« Cette expropriation s’accomplit par l’action des lois de la
production capitaliste elle-même, lesquelles aboutissent à la concentration des capitaux. En même temps que la centralisation, expropriation du grand nombre des capitalistes par le
petit, se développent sur une échelle toujours plus grande,
l'application de la science à la technique, l'exploitation de la terre avec méthode et ensemble, la transformation de l'outil en instruments puissants seulement par l'usage commun, par conséquent, l’économie des moyens de production, les relations de tous les peuples sur le marché universel, d’où le caractère international imprimé au régime capitaliste.
« À mesure que diminue le nombre des potentats du capital
qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette période d'évolution sociale, augmentent la misère, l'oppression, l'esclavage, la dégradation, l'exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière sans cesse grossissante et de plus
en plus disciplinée, unie et organisée par le mécanisme même de la production capitaliste. Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et pros-
péré avec lui et grâce à lui. La socialisation du travail et la
centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe va se briser. L'heure de la propriété capitaliste a sonné. Les expropriateurs vont être à leur tour expropriés ». (Capital, I, réédit., p. 792-703.)
C’est la forme classique de la fameuse légende dévoratrice de Marx que Bernstein a entrepris de détruire. Il est évident qu'il faut savoir comprendre cette description lapidaire d’une évolution qui met des siècles à s’accomplir, il faut y voir une certaine recherche d'esprit, principalement où Marx parle au figuré. L'enveloppe qui se brise, l'heure du capitalisme qui sonne, l’expropriation des expropriateurs doivent être considérées comme des faits de l’évolution historique qui doivent inévitablement se produire, mais dont 1l est impossible de déterminer d'avance le caractère et l’imminence.
Nous allons d'abord démontrer que la justesse de la théorie marxiste ne dépend ni de la vraisemblance plus ou moins grande de catastrophes, ni de la rapidité de l’évolution, mais seulement de la direction qu'elle prend. S'il y a des marxistes s’attendant à des catastrophes politiques et sociales, cela n’est pas une conséquence nécessaire de leur théorie, mais une déduction tirée de situations politiques et sociales déterminées. Si la « légende dévoratrice » signifiait qu'une expro- priation immédiate et générale de tous les capitalistes est inéyitable, je la sacrifierais volontiers, Mais je ne puis non plus garantir que l'évolution se fera peu à peu et méthodiquement. Il est plus important de savoir si la concentration du capital s'effectue véritablement ou non. Il est difficile de savoir ce que Bernstein pense de cette question. Est-il vrai que la concentration et tous les phénomènes qui l'accompagnent se produisent dans les conditions indiquées par Marx ? Bernstein répond ainsi à cette question : « Oui et non. L'exposé est surtout exact dans sa tendance. Les éléments mentionnés sont là et ils agissent dans la direction indiquée. Si l’image ne répond pas à la réalité, ce n'est pas que les choses dites soient
erronées, mais parce que les choses dites sont incomplètes. Des facteurs, dont l’action sur les contradictions relevées est limitative, sont ou bien complètement négligés par Marx ou ne sont traités qu'occasionnellement. En résumant et en faisant ressortir l’antagonisme réciproque entre les faits constatés, Marx ne fait aucune allusion à ces facteurs limitatifs, de sorte que l'influence sociale des antagonismes apparait plus sérieuse et plus immédiate qu’elle n’est en réalité ». (P. 70.)
Cela peut avoir deux sens. Il est évident que la théorie doit négliger tous les phénomènes qui pourraient l’obscurcir, si elle veut pouvoir étudier les lois fondamentales de ces phénomènes. Quiconque oublie cette règle et exige de la théorie qu’elle concorde en tout avec les phénomènes superficiels, verra qu'ainsi comprise elle donne aux choses un relief qu’elles n’ont pas dans la réalité. Mais quiconque voudra remédier au mal et faire entrer dans la théorie tous les éléments de la réalité superficielle, sera toujours débordé par l'abondance ds phénomènes, perdra le fl conducteur, restera confus et ne parviendra pas à une vue claire Le CROSE* — (KAUTSKY. Ibid., p. 98-101.) | LEE
IX. — Comment la Révolution sort de la production capitaliste,
La production privée des Ho. et des paysans ne peut prospérer que si la propriété privée des moyens de production existe. L'expérience prouve que là où les socialistes ont fondé des colonies communistes basées sur la production des artisans et des paysans, le besoin irrésistible d’arriver à la propriété privée des moyens de production l’emportait tôt ou tard sur l'enthousiasme socialiste qui avait créé la colonie, quand des influences externes ne contribuaient pas à resserrer les liens de l'association communiste, — par exemple la vie des
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colons au milieu d’une population hostile de langue et de religions différentes. Il en doit être tout autrement quand la production isolée n’est pas la règle, mais l'exception, quand Îes conditions économiques rendent la production collective de plus en plus générale et avantageuse et contribuent à modifier de plus en plus les sentiments et les idées des classes ouvrières dans le sens de la coopération sociale. Une organisation socialiste devient alors possible, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir un enthousiasme qui fut toujours l’apanage de caractères exceptionnels et qui ne résiste pas à la longue au tésreratterrende Im vie journalière. |
Ce sont les éléments qui, d’après la théorie de Marx, doivent engendrer le socialisme. La concentration du capital pose le problème historique de l'introduction d’un mode de production socialiste dans la société. Elle produit les forces nécessaires à la solution du problème, c’est-à-dire les prolétaires, et elle crée le moyen de le résoudre, à savoir : la coo- pération sur une grande échelle, mais elle ne résout pas ellemême le problème. Cette solution ne peut sortir que de la lutte du prolétariat, de sa force de volonté et du sentiment qu'il a de ses devoirs. | Mais s'il en est ainsi, des chiffres isolés, démontrant qu'il y a encore un nombre considérable de petites exploitations, n'ont pas la moindre importance pour notre recherche. Ils ne nous disent absolument rien de la direction de l’évolution, et nous ne pouvons y découvrir le moment où notre société sera müre pour le socialisme. Ce moment dépend d’un nombre immense d'éléments impondérables que personne ne saurait calculer, dont on peut bien constater a posteriori, les motifs économiques, mais dont il est impossible de déterminer la force a priori. Nous n'en sommes pas encore arrivés à pouvoir remplacer les luttes de classe par des statistiques. Nous devons lutter; aucune statistique au monde ne saurait nous apprendre si nous sommes plus ou moins près de vaincre, et s'il nous sera donné bientôt de tirer sérieusement profit de la
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victoire. Sans doute, nos chances de victoire dépendent de la concentration du capital, mais il serait enfantin de prétendre fixer à quel moment son développement rendra notre victoire possible. — (KaursKv. /bid., p. 106-107.)
X, — Bernstein contre Bernstein.
Bernstein écrit :
« Tout homme compétent reconnaît qu’actuellement Îe signe caractéristique du développement de l’industrie en Allemagne est le passage du petit au grand, du métier de l’artisan à la fabrique de l'industriel, des grandes fabriques aux exploitations gigantesques. Le chiffre de la statistique des industries et des professions dans l'empire allemand récemment publiée ne permettent pas de mettre ce fait en doute. Comparé avec la dernière statistique faite en 1882, le groupe B des professions recensées (industries, mines, usines, bâtiment), indique en 1895, pour une augmentation de 14,48 0/0 dans le chiffre de la population, les changements suivants :
Augmentation (-) Diminulion (—)
1882 1895 absolue p. 0/0
PALTONSS RE RI S0 8002: mie 7 dO tee 87.021 — 4.68 Artisans à leur
CONTE ARE 339.044 287.389 — 52.255 — 15.39 Personnel de sur-
veillance industrielle. 99.076 263.747. +. 164.671 = 16617 Compagnons
apprentis . , 4,090. 243 2 .009:013 en JR TONER MAS Ensemble . , , 6.306.465 8.281.230 1.884.765 L 29.47
« Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Si, en 1882, on comptait deux employés sur trois travailleurs, la proportion était en 1895 de 3 sur 4; l'importance de cette transformation saute
aux yeux.
TS PÉTER LR $ Me. 3 Fe SE NX: x :
= 387 — « Cependant ces chiffres ne se révèlent pas aux yeux des profanes dans toute leur gravité.
« Cette proportion de trois employés salariés contre un industriel non salarié pour le pays tout entier permet encore de supposer que la grande industrie est actuellement encore de beaucoup dépassée par la petite industrie (métiers et petites fabriques), qu'elle a sans doute pris une extension considérable, mais qu'elle est encore loin d'être la reine. Si en treize ans et malgré les progrès gigantesques accomplis pendant ce temps au point de vue technique, le nombre des nonsalariés de l’industrie n’a diminué que de 140,276, c'est-à-dire de moins de 6 0/0, il semble que la disparition des métiers et de la petite industrie soit encore loin d’être un fait accompli et que les métiers aient encore, même en dehors du travail artistique, un vaste domaine ».
Ce que Bernstein désigne ici comme un fait apparent, qui pourrait induire en erreur les gens incompétents, est devenu pour lui dans l’espace de deux ans, une réalité, au sujet de laquelle les fous, qui jurent aveugléments par les paroles du maitre, peuvent seuls se tromper.
Or, en 1806, Bernstein lui-même comptait encore au nombre de ces fous, et son œil perçant savait découvrir la réalité cachée sous les chiffres. IT continuait
« Cependant ces chiffres grossiers sont loin d'exprimer le rapport entre la grande et la petite industrie. Ils ne montrent que le groupement extérieur de la fraction de la population occupée, au sens étroit du mot, dans l'industrie ; ils sont muets au sujet de tous les faits qui nous sont nécessaires pour connaître les relations intimes de la production, étendue, caractère, etc. Pour nous instruire sur ce point, nous avons besoin non seulement des renseignements que nous donnera la statistique des professions sur la distribution en groupes d'exploitations de chacune des branches de la production, mais de renseignements analogues sur la situation de chaque exploitation en particulier dans son groupe de production en-
tre eux et autres questions de détail, dont la statistique des
professions ne parle pas en général ».
Il cherche alors à évaluer « le véritable état des choses » en se basant sur les données du livre de Sinzheimer « sur les limites du développement des grandes fabriques en Allemagne », et il arrive à ce résultat
« Si l’on tient compte des déplacements importants dans la distribution des travailleurs, suivant les classes d'entreprises, déplacements que nous montre la plus récente statistique industrielle, si on tient compte en outre de ce fait incontesté et incontestable, que c'est dans les grandes exploitations que la force productive du travail s’est le plus accrue, on pourra conclure sans crainte d'exagération que, si, en 1882, un minimum de 47 à 54 0/0 de la production industrielle totale revenait aux grandes fabriques, leur part actuelle ne peut être inférieure à 60 ou 70 0/0 de la production totale.
« Les deux tiers, sinon les trois quarts de la production industrielle de l'Allemagne appartiennent aux grandes fabriques; à la grande exploitation capitaliste. — Une foule de circonstances nous cachent ce fait; une très grande partie des produits de la grande industrie ne sont qu'à demi fabriqués, un certain nombre d’autres nous sont livrés par des personnes, qui n'ont contribué qu'en apparence à leur fabrication et qui ne sont en réalité que des intermédiaires et des marchands. Mais il ne paraît pas possible d’en contester l'exactitude. Les exploitations collectivistes, qui contribuent pour une si large part à la production nationale sont-elles assez mûres, en général, pour être soustraites à l'initiative privée ? C’est une autres question ».
Elle ne peut trouver sa solution que dans le succès du col-
lectivisme et non dans les recherches statistiques. Nous pou-
vons donc la négliger. Mais nous remarquerons que Bernstein
est arrivé lui-même récemment à ce résultat, que les grandes fabriques, qui en 1882 ne livraient que la moitié de la production nationale, en produisaient treize ans plus tard déjà
les deux tiers, sinon les trois quarts. Si on n’appelle pas cela - une concentration rapide du capital, une évolution qui marche à pas de géant, vers la production socialiste et collectiviste, c'est qu'on applique aux processus historiques une singulière mesure. — (KAUTSKY. Jbid., p. 110-113.)
XI, — Les progrès de la grande exploitation.
La comparaison des quantités de produits fait voir plus clairement les progrès de la grande exploitation, que la comparaison du nombre des exploitations des différentes catégories de grandeur et des ouvriers qu’elles occupent.
Mais là aussi les progrès de la grande exploitation sont indéniables. On comptait, dans l’industrie, la manufacture, le commerce, le trafic, l'horticulture, la pisciculture, etc.
Augmention
Exploitations 1882 1895 0/0
Avec EH pCrSonnes . 12,682 :708 2034723 1.8 — 6-10 Fo — er 08.703 ETS 047 D 070