‹ La révolution socialeChapitre 14 sur 172 · LENS · texte numérisé non relu

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lectifs ou, plus exactement, qui reflètent, à chaque période, l’état des forces économiques et sociales donné.

Ensuite, dans le cas où les pouvoirs constitués se trouvent momentanément en contradiction avec l'état des choses, avec les intérêts et les besoins de la majorité — comme c’est le cas, par exemple de la Russie et de l'Allemagne actuelles — /a situation est par cela même révolutionnaire. Autrement dit, la nation se trouve à l’état de déséquilibre. Car la révolution n'est pas autre chose qu'une rupture d'équilibre, ou, comme dit Marx, une « contradiction » entre les rapports politiques et sociaux et les forces de la production dominante, qui, comme telle, absorbe la vie de la majorité.

La conception individualiste de l'Histoire est le produit du régime social individualiste où l'individu, maître et possesseur des moyens de production, s’attribue tout le mérite dans la production de la richesse, ainsi que dans la création historique. La conception matérialiste de l'Histoire est une conception démocratique, collectiviste. Le peuple est réhabilité dans son droit. Le socialisme, comme organisation, lui restitue les richesses créées par lui. La conception socialiste de l'Histoire lui. restitue son rôle dans Île devenir historique. Cuique suum: À chacun selon son mérite.

Grâce à cette conception, nous arrivons à comprendre toutes les lenteurs du progrès historique. Car la majorité se meut léntement. Cette loi de la majorité n'exclut pas l'influence des individualités géniales, des héros, des créateurs et des initiateurs. Mais les inventions et les créations individuelles ne deviennent des réalités historiques que lorsque les majorités y trouvent leur intérêt y donnent leur adhésion. Et voilà pourquoi la conception héroïque de la révolution est fausse et de nature à engendrer, malgré la noblesse des intentions, des catastrophes et des désastres. La société ne doit se poser que des problèmes qu’elle est en état de résoudre. Ce n’est pas notre faute si nous revenons toujours à Marx — ou même à Saint-Simon : la réalité historique nous y ramène

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forcément. Les « révolutions » prématurées sont des avorte-

ments, comparables à la naissance avant le terme normal de

la gestation. | |

V,— Le rôle de la violence dans les révolutions,

Nous avons déjà constaté que la violence, par elle-même, n'est pas un facteur révolutionnaire. La bourgeoisie impé-

rialiste devient de plus en plus partisan de la violence au.

fur et à mesure qu'elle devient plus réactionnaire ou conservatrice. La réaction la plus arriérée n'a jamais dissimulé son rêve d’un retour violent et sanglant au passé. Fille fait ouvertement appel à l’armée pour écraser la République, sans même provoquer de représailles gouvernementales, réservées aux antimilitaristes, adversaires, par principe, des violences

guerrières. Le plus clair des ressources des nations est ab-

sorbé par la préparation d'une guerre qui détruirait les produits d'un siècle. Les menaces de la violence, le spectacle hideux de l'appareil guerrier remplissent, en l’empoisonnant, tout l'horizon de la vie moderne. Nous vivons dans un cauchemar perpétuel de brutalité primitive menaçante. Les nations les plus civilisées ne craignent pas de se déshonorer par des tueries coloniales, par l’extermination de peuples et de tribus désarmés. Et l'honneur, la gloire — et l’intérèt ! = de la révolution. est d'attaquer ce système de violence qui marque un retour pur et simple à la brute primitive et qui menace de ruine toute notre civilisation si difficilement conquise.

Les socialistes seuls sont toujours là pour protester contre le retour à la barbarie militariste et guerrière. Les organisateurs de la vie nouvelle sont des ennemis-nés de la violence !

Cependant, nous mentirions à notre conception, à la loyauté scientifique, si nous prétendions que la Révolution sociale se

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fera pacifñiquement, sans violence. Quel est donc le rôle de la violence dans la révolution ?

La violence ne crée rien, mais elle détruit l'obstacle qui se

dresse contre elle. Les forces du passé ne désarment jamais avant de livrer bataille. Ce sont elles qui nous obligent à envisager des éventualités violentes. Mais nous ne confondons pas violence et puissance. Plus grande sera notre puissance au moment de la Révolution, moins 1l y aura besoin de violence.

C'est Georges Plekhanoff qui, vers 1804, a nettement établi cétte distinction entre puissance et violence. Celle-ci est souvent l'indice d’une faiblesse. Car la menace seule d’une véritable puissance suffit souvent à faire reculer l'ennemi.

Ce n'est pas en employant à tout propos — et hors de pro-

pos — la violence que le régime dominant tient en respect ses

adversaires, mais en tenant tout prêt et menaçant son appareil de force et de violence. La véritable force n’a souvent qu'à se faire connaître pour vaincre. Et voilà pourquoi les socialistes, en parlant de la Révolution sociale, ajoutent pour la plupart : par des moyens violents ou pacifiques, légaux, ou disent : par tous les moyens. Nous n'avons aucun respect de la légalité bourgeoise, qui est la violence légalisée ou régularisée. Mais nous respectons la vie humaine. Tout homme de plus représente une valeur économique considérable que le socialisme n’a aucun intérêt à détruire. Enfin, nous sommes déterministes. Nous ne rendons pas responsables les individus des méfaits du régime, produit des nécessités économiques et historiques. La vengeance est anti-socialiste. Ces raisons font, ainsi que le fait observer Jules Guesde, dans le passage déjà cité, que les socialistes préfèrent des solutions pacifiques. Mais ils ne sont pas dupes. Ils ont les yeux ouverts sur la réalité, et ils ne doivent pas tromper le peuple en lui faisant croire à une solution pacifique impossible — par la faute des classes dominantes.

Mais la conception historique et socialiste de la violence

nous fait un devoir de ne pas prècher la violence, qui viendra à son temps, provoquée par nos adversaires, qui en doivent porter toute la responsabilité. | |

En étudiant de près les différente: révolutions, nous aurons l'occasion de constater que l'appel à la violence est toujours sorti des classes dominantes. Les préparations sinistres de la Cour de Versailles ont provoqué la violence de la prise de la 3astille. Le massacre devant le ministère des affaires étranoères a fait dresser les barricades de Février. L'attaque de - nuit contre les canons de Montmartre à précédé la journée du 18 mars. Nous pourrions multiplier indéfiniment ces exemples.

VI. — La loi de la conscience croissante et de la violence décroissante des révolutions.

La révolution passe par des phases différentes, qui peuvent se réduire à trois grandes périodes

1° [a révolte instinctive des esclaves ;

2°-La guerre des paysans;

3° Les révolutions et les révoltes du prolétariat moderne.

On n'a qu'à envisager le caractère distinctif de chaque période pour arriver à cette conclusion: La violence aveugle diminue avec chaque période, tandis que l’élément conscience est en progression constante. Les révoltes des esclaves ont un caractère de violence, de cruauté inouïe. Les esclaves ne luttent pas pour leur émancipation. Ils se vengent en répondant par des atrocités aux atrocités que leurs maîtres leur ont fait subir. Aucun idéal social, aucun programme de régénération, aucune idée générale ne guident les esclaves dans leurs actes de vengeance contre les maîtres qui ont tout fait pour les provoquer. Les moyens des esclaves sont primitifs. Leurs ressources aussi. Leurs soulèvements ne sont pas des révolutions. Ce sont des émeutes condamnées d’avance, Ils

ont un caractère destructif, et ils finissent par la destruction impitoyable des révoltés sans laisser d’autres traces que celles

du sang humain atrocement versé. C’est la lutte brutale, ani-

male, et rien que cela.

Les guerres des paysans marquent un progrès considé-

rable. C’est au nom de la justice, du droit de l'Evangile, que

les paysans, plus où moins conscients de leur rôle dans la société, se lèvent contre les vexations et l'exploitation des nobles. Des violences se commettent, mais leur intensité, leur nombre diminue en comparaison avec les guerres des esclaves. Ils trouvent des intelligences, des sympathies, même

dans le camp de leurs adversaires. La guerre des paysans

est moins brutale et plus consciente que celle des esclaves. Les rapports de production sont devenus plus compliqués, et avec eux tous les rapports sociaux.

Ce double phénomène — la diminution de la brutalité, de

l'emploi de la violence et les progrès de la conscience — s’ac-

centuent avec la troisième période, celle de la révolution prolétarienne. Le prolétariat, dans son élite, est conscient de son

utilité sociale, de son rôle dans la production, de sa mission

historique. Sa lutte donne naissance à une nouvelle science. Il a un but social élevé. I] lutte non pour se venger, comme les esclaves, non seulement pour son pain quotidien, comme les paysans, mais pour l'émancipation de sa classe, et plus, pour l'émancipation de la société, de l'humanité tout entière.

Il à un plan de combat, un programme de revendications.

Une portion considérable des classes dominantes — des

intellectuels, des savants, des penseurs, des théoriciens — -

adoptent plus ou moins sa cause devenue sacrée pour tout

ami sincère du progrès humain.

Avant de se laisser acculer à l'emploi de la violence, il s'organise pacifiquement. 11 crée de nouveaux organismes so- Claux sous la forme de partis, de syndicats, de coopératives, de cercles d'étude et d'universités populaires. Il à à sa disposition toute une presse, toute une littérature. Il épouse

be.

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