‹ La révolution socialeChapitre 15 sur 172 · PES · texte numérisé non relu

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toutes les causes généreuses de la société. Après avoir conquis quelques libertés politiques dont ses adversaires profitent plus que lui, il cherche à les maintenir, à les défendre contre toute attaque de la réaction et à les élargir. Il devient la conscience et la science de la société, le gardien vigilant de sa liberté, de toutes les grandes conquêtes de la civilisation.

Même les éléments qui se considèrent comme les plus avancés — les syndicalistes révolutionnaires — ne rêvent pas de batailles sanglantes. Ils se contentent de prêcher la cessation générale du travail. La violence est employée dans les cas extrêmes, par les éléments les moins conscients. L'action terroriste qui cherche à se justifier par des raisons politiques et morales, ne jouit d'aucune faveur chez les masses organisées ; elle est l'œuvre d'individus et de groupements plus ou moins isolés.

L'organisation et l'éducation par la propagande deviennent des armes de plus en plus puissantes aux mains de la classe ouvrière. Même lorsque celle-ci se soulève, comme en Russie, c'est pour conquérir la possibilité de la lutte normale et pacifque, pour acquérir de nouveaux moyens d'organisation, pour conquérir la liberté de propagande. Quel abîime entre la révolution prolétarienne et la révolte des esclaves ! Et ce serait dégrader le prolétaire, l'abaisser jusqu'à l'état lamentable et désespéré de l'esclave antique que de lui dire : tu n'as que la violence pour te défendre !

Non, le prolétariat a pour lui, en dehors de l’ultima ratio de la violence, en dehors de ce moyen extrême qu'il n'emploie, en tant que conscient, qu'à contre-cœur et forcé, le droit, son droit supérieur, le nombre, l’organisation, l'éducation, la nécessité historique, l'avenir certain. |

Avec son rôle, sa conscience grandit. La brute recule. L'homme avance. C’est /a loi de toutes les révolutions. Les formes de révolutions évoluent à leur tour. Comme chaque fois elles correspondent à un état économique et social supérieur, elles revêtent, avec-le temps, un caractère supérieur qui

NE est marqué, nous le répétons, par la diminution de la violence et l'augmentation de la conscience. Il ne tient qu'aux * classes dominantes de réduire l'élément violent et sanglant au néant. Mais comme les classes dominantes défendent un intérêt inférieur, un intérêt égoïste de classe, 1l est peu d’espoir que la solution finale soit pacifique. Le capitalisme se prépare à une lutte terrible. Là est le secret de son mulitarisme, de son impérialisme persistant — en dehors des raisons économiques connues — et du culte de la violence prèché par ses philosophes, comme le malheureux Frédéric Nietsche. Quelle doit être la tactique du prolétariat en face de cette glorification systématique de la violence. Il y a des philosophes sociaux, comme M. Georges Sorel, esprit d’ailleurs très curieux, qui adoptent le point de vue des classes dominantes et se font à leur tour des entraîneurs du prolétariat à la violence, prêchent le culte de la violence, comme régénératrice d'énergie, comme source féconde d’un renouveau de vitalité. C’est une erreur presque grossière, et c’est un véritable crime contre le prolétariat. Nous ne deviendrons maîtres de la violence bourgeoise qu'en rendant la violence haïissable, méprisable, en dévoilant son caractère anti-social ét réactionnaire. Car il n'y a que la réaction qui ne peut triompher que par la violence, tandis que le progrès peut et doit s'imposer par son utilité sociale. Nous ne deviendrons maîtres de la violence organisée de nos adversaires qu'en la désarmant, en refusant de l’employer contre nousmemes, ainsi que les choses se sont passées dans presque toutes les révolutions victorieuses.

lt voilà pourquoi Frédéric Engels, révolutionnaire de conceptions et de tempérament, a, dans son testament politique (voir la préface aux Luttes de Classes en France) exalté la marche pacifique et grandiose du prolétariat moderne, tout en affirmant l'éventualité violente finale.

Nous ne sommes pas maîtres de nos adversaires, qui poussent aux solutions violentes. Maïs nous ne nous laisserons

pas provoquer avant l'heure. Nous ne tomberons pas dans les pièges que l’on nous tend et que l’on nous tendra de plus en plus. La révolution sociale est une guerre comme les autres, où le mieux organisé, le mieux armé, le plus nom-

breux remporte la victoire. La justesse de la cause seule

ne suffit pas. Le bon vouloir révolutionnaire non plus. Tant que le capitalisme aura à sa disposition — avec l’armement moderne d’une force de destruction sans précédent — les fils et les pères de ceux qu'il exploite et dont il peut faire, au moment voulu, des parricides et des fratricides, nous ne pouvons rien. Mais ces armes formidables deviennent un danger mortel pour les classes dominantes, dès que les mains qui les dirigent sont celles d'hommes conscients, se refusant à une besogne fratricide. |

Donc, lutte implacable contre la violence capitaliste ; organisation et éducation du prolétariat aboutissant, par la force des choses, au désarmement général des classes dominantes.

En agissant ainsi, nous agissons dans la direction que nous

dicte la marche générale des révolutions, dont nous venons de formuler la loi inéluctable; nous travaillons à la diminution de la violence et à l'augmentation de la conscience,

DEÉEUNRILIÉEME PARTIE

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