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XVII. — La portée sociale des théories de Bernstein

Les périodes de prospérité sont naturellement celles où le mécontentement social général est le moindre, où l'effort quon tente pour s'élever par son propre travail a le plus

de chance de réussir, où le besoin d’en appeler à l'Etat est lé plus faible. Alors non seulement Îles capitalistes, mais

aussi les ouvriers prisent peu la politique et attachent. au contraire une grande valeur aux entreprises et aux organi-

sations économiques qui promettent des avantages immé-

diatement appréciables. À Pendant la crise s’évanouit l'espoir de faire des progrès sur le terrain économique; la plus grande des puissances

économiques, l'Etat, doit pouvoir apporter le remède, c’est.

de l'Etat qu'il faut s'emparer pour sentir de nouveau Île terrain solide sous ses pas; le mécontentement social croît,

francs. En 1894 on en compte encore 647.505 sur 713.604.

(6) Les ventes d'immeubles sur saisie suivent une progression constante. De 5.538 en 1865 elles sont passées à 20.300 en 1898. — En 18094 elles avaient augmenté de : 84 0/0 depuis 1875. Et ce qui prouve que la saisie atteint la petite propriété, c'est que les 3/4 de ces ventes ne dépassent pas 5.000 francs. En 1880. sur 736.000 ventes im- . mobilières portant sur plus de 1 milliard. on en trouve 570.009 inférieures à 5.000

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. Naturellement l'intensité de la lutte ne et son effa-. cement derrière l’activité économique ne dépendent pas uni- - quement de la période de prospérité ou de crise que traverse l’industrie. D’autres facteurs agissent soit pour arrêter, soit pour précipiter le mouvement. En tout cas le cycle écono- mique exerce une puissante influence sur Îles FeppOrE entre

la lutte économique et la lutte politique.

La Révolution de 1848 éclata pendant une crise écono-

mique. L/une des causes qui, après la défaite, rendirent une

nouvelle tentative impossible, fut, avec la crainte que le prolétariat après les journées de juin inspira à la bour-

geoisie, la période de prospérité industrielle qui commença:

en 1850. « La crise industrielle, écrivait en 1885 Engels dans son introduction aux « Révélations sur le procès des com-

munistes de Cologne », p. 15, la crise industrielle de 1847,

qui avait préparé la Révolution de 1848, était terminée. Une nouvelle période de prospérité industrielle était commencée ;

pour celui qui avait des yeux pour voir et s’en servait, 1l était

clair que le mouvement de 1848 allait bientôt s'arrêter ». Dès 1850, Marx et Engels déclaraient dans la revue « Die Neue Rheinische Zeitung » : « Il ne peut être question d’une

vraie Révolution quand la prospérité est si grande, quand les forces productives de la société bourgeoise se dévelop-

pent aussi largement qu'il est possible. Une telle révolution n'est possible qu'aux époques où, entre ces deux facteurs:

- les forces de production moderne et les modes de produc-

tion bourgeoise éclate une contradiction ».

Une autre période de grand essor économique s’ouvrit en 1871. Elle ne se rattacha pas comme celle de 1850 à une révolution manquée, mais au contraire à une révolution

européenne des plus heureuses, mais qui fut, il est vrai, le résultat de guerres dynastiques et’ non des soulèvements

populaires.

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Les événements de 1866 et 1870-71, la chute de l’absolutisme en Autriche, et de l’Empire en France, l’unifica-

tion de l'Allemagne, l'octroi du suffrage universel, enfin la lutte héroïque de la Commune, ces événements n'étaient pas

de nature à assoupir chez les ouvriers l'intérêt qu'ils por-

taient à la politique, à paralyser la foi aux succès rapides des luttes politiques, et à faire passer au premier plan la nécessité de s'élever uniquement par l’activité économique.

D'autant moins que la durée de cet essor fut si courte et

que la vie syndicale et coopérative, à cause de la réaction qui suivit en 1849, avait à peine commencé.

Aussi pour le prolétariat, abstraction faite de l’Angleterre, la lutte politique resta-t-elle au premier plan. Le prolétariat resta révolutionnaire.

XIX, — L'optimisme de Bernstein correspond à une période de prospérité économique.

Depuis quelques années nous traversons une nouvelle période de prospérité, mais qui dure plus longtemps que celle de 1871 ; elle a déjà trouvé établies de fortes organisations économiques et elle coïncide avec une période déjà longue de stagnation politique, qu'elle ne fait que prolonger.

Nous avons donc une situation semblable à celle de 1850: réaction politique et essor industriel. Mais entre ces deux époques 1l y a un demi-siècle de développement capitaliste et de luttes prolétariennes, une génération a déjà joui du droit de coalition. Tandis que la situation en 1850 amena un arrêt complet du mouvement ouvrier sur le continent européen, la situation en 1899 amena seulement le passage au premier plan des luttes économiques, car les classes laborieuses pensent qu'en ce moment elles peuvent plus obtenir par le mouvement syndical et coopératif que par l’activité politique.

C’est en partie dans cette situation que réside la force du hvre de Bernstein. I insiste sur la nécessité de s'occuper de la besogne économique pratique, ce qui est en effet nécessaire en ce moment. Son doute au sujet de la vraisemblance de changements politiques importants et subits, de catastrophes, répond aux expériences des dernières années. Et . pour les « gens pratiques » qui lisent le livre de Bernstein, ses théories sont bien indifférentes: ce qui les intéresse ce sont ses considérations sur les devoirs et les nécessités du temps présent.

Mais aussi la faiblesse du livre de Bernstein vient de ce qu'il ne répond qu'à une situation particulière. Car il ne pré-. tend pas s'occuper de nos prochains progrès, mais de socialisme ; 1l ne prétend pas traiter des tâches d'aujourd'hui, mais aussi des tâches du Parti socialiste en général.

Lorsque, en 1850, commença l'ère de prospérité, Marx et Engels tirèrent des conditions sociales d’alors des conséquences pour fixer la tactique des années suivantes, mais ils ne rejetèrent point comme entachés d'erreur les résultats de l'étude qu'ils avaient consacrée à l’ensemble de l’évolution capitaliste. Si Bernstein était venu déclarer: « Devant cette ere de prospérité et de réaction, on ne peut rien faire de grand sur le terrain politique. Aussi longtemps que cela durera, consacrons la plus grande partie de nos efforts au travail réformiste dans les syndicats, les municipalités, les coopératives, etc. » ; s’il avait ainsi parlé, il aurait trouvé dans notre parti la plus grande considération et l'approbation d’un grand nombre. |

Mais Bernstein proclame que la situation économique et politique du moment est l’état normal de la société, que la stagnation politique est la voie lente, mais sûre par où progressent la démocratie et les réformes sociales ; il s’imagine que la prospérité d'aujourd'hui va se prolonger indéfiniment et c'est ainsi qu'il arrive à une conception optimiste de l’évolution de l'Etat et de la société. C’est là une vue inconsistante

‘qui ne peut durer qu'autant que la stagnation politique et la |

prospérité économique dureront.

Ce qui semble à Bernstein le contraste entre la At logie révolutionnaire traditionnelle et le véritable esprit de

réforme n'est, du moins en partie, que le contraste entre une

conception basée sur l'étude de tous les faits de l'histoire de notre société, et une conception basée sur l'examen d'une seule de ces phases.

Il parle d’une « tactique qui n’est fondée que sur l’éven-

tualité de catastrophes ». [Il n'indique pas où il a constaté

une telle tactique dans le Parti socialiste allemand. En réalité, de par sa base théorique il n’est pas de tactique plus capable de s'adapter aux circonstances que celle du Parti

socialiste. Il est prêt à toute éventualité, il compte avec la crise comme avec la prospérité, avec la réaction comme avec

la révolution, avec les catastrophes comme avec l’évolution

pacifique et lente. Sa vitalité réside en grande partie dans cette faculté d'adaptation. Le Parti socialiste n’a pas de

raison de s’affaiblir en réglant toute sa tactique sur une situation particulière, sur l'éventualité d’une catastrophe, maïs il ne doit pas non plus la réduire à tout jamais à la petite

besogne des temps de paix. Une tactique qui par principe ne

tient nul compte des crises, des catastrophes, des révolutions lui est aussi nuisible qu’une tactique qui ne spécule que sur ces éventualités. Le Parti socialiste doit profiter de toute situation et ne jamais se lier les mains. — (KaAuïsKv. fbid.,

p- 304-309.) SN

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