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XX. — Le prolétariat est-il mür pour la Révolution

Bernstein a des trésors d'indulgence pour les théoriciens | bourgeois. Il ne devient sceptique et méfiant que lorsqu'il

s'agit de théories socialistes. De plus il est optimiste et con-

fiant à l'égard de la démocratie bourgeoise dont il exagère

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me la capacité réformatrice. Et il se méfie du prolétariat, doutant de sa maturité sociale et politique: À ce pessimisme

que l’on peut désigner comme pessimisme de classe ou pessi-

misme unilatéral d'un intellectuel bourgeois, K. Kautsky oppose une appréciation basée sur les faits, sur tous les faits.

« Compare-t-on maintenant le prolétariat à un étalon idéal, mais aux autres. classes, on trouve alors que ses aptitudes politiques peuvent hardiment soutenir la comparaison avec non seulement celles des pétits bourgeois et des petits

agriculteurs, mais encore avec celles de la bourgeoisie. :

Jetons les regards sur les Parlements, les municipalités, les Caisses de secours mutuels où règnent exclusivement Îa bourgeoisie et ses employés, nous n’y trouvons que stagna-

tion, corruption, impuissance. Dès que le Parti socialiste y

pénètre, une nouvelle vie s’éveille : il apporte l'initiative, l'honnêteté, la force et les principes, et par sa concurrence régénère même ses adversaires. Dans toutes les positions

importantes dont le Parti socialiste s’est emparé dans les dix et même dans les vingt années, 1l a su se maintenir, il

a su se montrer supérieur à ses adversaires en activité utile et effective. Dans toute organisation dont il a conquis la direction, il s’est montré à la hauteur des circonstances. Que Bernstein nous montre donc un seul cas où le Parti socialiste se soit montré inférieur à sa tâche politique. — Et voilà

ce qu'a pu faire seul, réduit à ses propres ressources, le

Parti des pauvres et des ignorants. Quelle raison avonsnous d'admettre qu’il échouerait forcément, si toute la puissance économique et intellectuelle de l'Etat était mise à sa

disposition?

À dire vrai, Bernstein trouve que nous pouvons nous réjouir « de la grande somme d'intelligence, d’abnégation et d'activité que le mouvement ouvrier moderne a en partie révélée, en partie engendrée, mais, ajoute-t-il, ne reportons pas, sans discernement, sur la masse, sur les müllions, ce

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qui sans contredit se peut dire de l'élite — mettons de quel-

ques centaines de mille ». (P. 303.)

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Mais remarquons qu'on n’a jamais vu la totalité des.

membres d'une classe prendre part aux luttes sociales. Partout nous ne trouvons combattant au premier rang qu'une élite dont les aptitudes politiques témoignent de l’état de maturité de parti. Dans chaque classe la masse suit en partie l'élite, sans faire preuve d'initiative, et en partie s’abstient

de prendre part au combat. La souveraineté politique du

prolétariat ne signifie donc ‘en fait que la souveraineté de son

élite — comme nous le voyons pour la bourgeoisie, pour.

la noblesse, pour toute classe dirigeante. Et il ne faut pas s'attendre à ce que le Parti socialiste parvienne au pouvoir

avant que cette élite, unie aux masses qui la suivent, soit

devenue assez forte pour le conquérir.

Non, nous n'avons absolument aucune raison d'adaetie que le Parti socialiste échouerait fatalement si demain des événements, qu'il est impossible de prévoir et qui ne sont guère probables, lui donnaient la majorité au parlement dans un des pays avancés de l'Europe et le portaient au pouvoir.

Et que signifie le mot échouer? Tous les progrès de la bourgeoisie ne se sont-ils pas réalisés dans des révolutions qui, en apparence, ont échoué, depuis la révolution d’Angleterre au milieu du xvri° siècle jusqu’à la révolution européenne au milieu du xIX°? En fait la bourgeoisie n’a pu

conserver le monopole du pouvoir dans aucune de ces révo-

lutions. Et cependant chacune produisit un puissant mouveiment en avant, chacune fit écrouler un grand nombre d’institutions vermoulues, qui ne peuvent depuis être réédifiées, chaque révolution ouvrit tant de nouvelles voies à l’évolution sociale qu'après son échec apparent elle laissa la société à un degré plus élevé de développement. Voudrait-on, pourrait-on regretter qu'une seule de ces révolutions & prématurées, manquées » se fut produite? Et peut-on imaginer qu’une de ces révolutions ait pu être ajournée jusqu’au

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