XXI. — Notre tâche socialiste
Ce n'est pas nous qui dirigeons l’évolution historique. Elle dépend des facteurs bien plus puissants que les partis et leurs désirs. L'évolution du prolétariat est-elle assez avancée pour qu'il se charge du pouvoir? Sera-t-il à la hauteur de la tâche immense qui lui sera alors dévolue? Ses victoires seront-elles interrompues par des défaites? L'évolution politique prochaine sera-t-elle lente ou rapide? — Qui pourrait répondre à ces questions? Mais alors, si l'on ne peut donner de réponse à ces questions, à quoi bon subtiliser sur la maturité du prolétariat? et ce n’est pas en suspectant ceux qui ne Hoceanen pas d’un ton péremptoire l'impuissance du prolétariat, qu'on élèvera le niveau de celui-ci.
Notre devoir ne consiste pas à décourager le Al au milieu du combat en dénigrant sans raison ses facultés politiques. Il consiste bien plutôt à demander le plus possible aux facultés politiques du prolétariat et par suite à mettre tout en œuvre pour les accroître de sorte que toujours sa capacité productrice soit à son plus haut degré.
Pour remplir cette tache, nous n'avons pas seulement à organiser le prolétariat et à l’aider à obtenir de meilleures conditions de vie et de travail. Nous devons en outre faire que le prolétariat jette le regard au delà du cercle de ses intérêts professionnels du moment, et qu’il reconnaisse la grande connexité entre tous les intérêts des prolétaires et les intérêts de la société en général. Nous devons encore par la hauteur du but visé l’élever à une vie intellectuelle
plus haute, le er au- ou de la Me A alore ie pensable et que la vie exige assez impérieusement des k même sans qu'il soit besoin d’y insister. 2
Veillons à ce que la micromanie ne dégrade pas le prolé- 34 tariat et son but, à ce qu'une politique au jour le jour ne « prenne pas la place d’une politique guidée par des principes et sachant prévoir, veillons en un mot à ce que la fade banalité ne chasse l’idéalisme, à ce que le prolétariat reste tou-
ai
jours conscient de la grande mission historique qui lui est:
échue. ; 4
Si nous déployons toutes nos forces dans ce sens, nous aurons rempli notre devoir de socialiste; le succès de notre œuvre dépend de facteurs dont nous ne disposons pas. — (Kaurskv. Zbid., p. 358-362.) | E.
PA à
XX EI. — Le problème de l'opportunisme,
Bernstein à été amené à la position qu'il occupe par des
considérations d’un ordre général et qui méritent toute notre
attention, parce qu’elles dépassent les frontières d'un pays et la portée d’une discussion de hasard. Klles se rattachent à un problème redoutable et compliqué, celui du rapport du « but final » de notre parti et les exigences immédiates; en un mot, entre l’Idéal et la Réalité. Et si l’on préfère les termes consacrés par l'usage, nous pouvons dire que ce problème est le problème de l’opportunisme, le plus important de notre époque de transition. #4 Disons tout de suite qu'il y a opportunisme et opportu- © nisme. ]1 y a un opportunisme honnête et sincère, celui qui s'attache à la recherche des moyens pratiques par lesquels se réaliseront les idées et les principes, par lesquels l’idée s’'adaptera, sans se déformer, à la réalité quotidienne de la. 4 vie, Cet opportunisme sain et nécessaire n’est pas inspiré «
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par la peur eeruier les intérêts d'une classe égoiste
* qui tient coûte que coûte à l’ancien ordre de choses. Il n’est
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pas le résultat non plus d’une étroitesse de vues sur l'avenir et l’évolution historique qui le prépare. On ne peut pas le qualifier davantage comme le fruit pourri d'un tempérament débile, lâche, inapte à la lutte, à la grande lutte pour un idéal général et généreux.
Le « divin Platon » lui-même, le père de l'idéalisme le plus pur qui ait jamais existé, en opposant la réalité aux idées pures qui ne se réalisent dans les choses de ce monde que très incomplètement, n’a-t-1l pas avoué par là que les transactions entre l’idée et la réalité sont souvent inévitables ?
Ou mieux encore: n’a-t-il pas fait lui-même de l’opportu-.
nisme à la cour de Syracuse quand il s'agissait pour lui de réaliser ses rêves ?
Ft, pour ne pas remonter trop LOUE ne voyons-nous pas à chaque moment de notre vie individuelle et sociale, la nécessité « de transiger », la cruelle nécessité d’être ce qu'on appelle opportuniste ?
Dans ce sens, Bebel avait absolument raison en procla-
mant que « nous sommes tous des opportunistes ». Au
risque de déplaire aux opportunistes bourgeois qui ont si peu de respect pour leurs propres principes qu'ils vouent au
mépris public les socialistes qui les appliquent, nous disons
que oui, nous sommes opportunistes, parce que opportunisme dans le sens que nous lui donnons ne veut dire que ceci: la recherche des moyens pratiques et accessibles de réaliser effectivement un idéal social supérieur, un système de transactions nécessaires pour faire de l’idée socialiste une réalité vivante. Nous préférons, en somme, être redoutés et par conséquent, malgré des clameurs contraires, respectés par nos adversaires que nous combattons avec un succès toujours croissant, que de servir de cible à leur ironie comme « rêveurs » impuissants et sans influence dans les grands combats politiques et sociaux. Nous avons même la naïveté
de soupconner que nos adversaires rient jaune en raillant notre opportunisme. Un grand journal bourgeois n'a-t-il pas déclaré, il y a peu de temps, que les « modérés » du socialisme sont encore plus dangereux que les « enragés » pour l’ordre qu'il est intéressé à croire éternel? En définitive, nous ne sommes pas socialistes pour plaire à nos adversaires, et nous n’envisageons les questions de notre tactique qu'au point de vue de l’intérêt du développement de notre parti. Et ces intérêts veulent que nous devenions une puissance qui soit en état de faire valoir dans toutes les questions pendantes de la vie politique et sociale son influence d’une manière efficace, Et il est évident que nous ne pouvons devenir une puissance sociale qu'à la condition d'étudier la réalité et de nous conformer à ses exigences. Cet opportunisme ne renie pas les principes parce qu’il cherche à les réaliser. , | Mais il y a un autre genre d’opportunisme. C’est celui qui manque en même temps de principes et de courage, qui se plie non aux exigences de la réalité de l’évolution, maïs à celles du moment, à celles des intérêts immédiats de ceux qui n’ont n1 principes à défendre, n1 idéal social élevé à réaliser. Dans les corps politiques, les mauvais opportunistes seront ceux qui sacrifieront leur credo politique et social aux intérêts électoraux, ceux qui dans les grandes questions de vérité et de justice regarderont trop « du côté de leur circonscription ». Ce sont les opportunistes par lâcheté, par insuffisance d'idées générales, par ignorance et méconnaisnaissance des lois de l’évolution sociale. Les mauvais oppottunistes sont ceux qui, trop timides dans le choix de leurs moyens, — par crainte de brusquer les choses, — s’abstiennent sans cesse et, par peur continuelle d’échouer, ne réussissent jamais. Pour cette catégorie de mauvais opportunistes, qu'il serait plus juste d'appeler tout simplement des trembleurs, la vie n’est pas une source inépuisable de moyens à préparer
un avenir meilleur, mais un sujet d’éternelles inquiétudes. Ce.
tn
sont les esclaves de la soi-disant opinion publique à laquelle 1! arrive trop souvent le malheur de ne pas avoir d'opinion et qui surtout, au lieu de la diriger et de l’éclairer, la courtisent et la subissent. Et cette sorte d’opportunisme n’est le
privilège exclusif d'aucun parti. Et si tous possèdent de ces
trembleurs et de ces timorés, un grand parti comme le Parti socialiste, qui a la juste ambition de seconder l’évolution politique et sociale dans le sens des principes qui lui sont propres, qui a un grand idéal clair et défini à réaliser, ne peut qu'avoir horreur de ces timorés, de ces socialistes à demi et à quart qui pour la plupart ne savent pas où ils vont et ce qu'ils veulent, qui en tous les cas ne désirent pas ardemment et définitivement ce que nous demandons en tant que socialistes — la transformation de notre société sur des bases nettement communistes.
XXII, — Toute l’action socialiste.
Le prolétariat est notre premier combattant, le plus décisif, le plus énergique, le plus intéressé dans la révolution à venir. Mais il n’est pas le seul. Nous avons pour devoir de lui assimiler les éléments de la société qui sont intéressés directement à l'abolition du régime d'exploitation. Notre socialisme ne cesse pas par là d’être révolutionnaire,
Autre conclusion pratique. Nous ne pouvons pas assister impassibles à l’œuvre néfaste et démoralisatrice de la société capitaliste qui nous menace, si on lui en laisse la possibilité, de faire dégénérer et d'abêtir les masses populaires par le nationalisme et le militarisme. Nous lui devons arracher, lambeau par lambeau, toutes les améliorations possibles. Nous ne pouvons pas, pour cela, attendre le jour du règlement de compte définitif. Nous avons à purifier, dans la me-
sure du possible, l’air empesté du régime actuel, afin que le
peuple ne soit pas asphyxié avant de pouvoir entrer dans le monde socialiste. me
416 BA à Aucun élément de notre société qui peut nous être utile ne doit être dédaigné. Tous ceux que notre société fait souffrir dans leur dignité intellectuelle ou morale, et qui consentent à être de bons soldats socialistes, doivent trouver leur
place dans notre armée à côté du prolétariat militant.
__ L'habit ne fait pas le moine. La blouse ne fait pas plus le
socialiste que le chapeau haut de forme fait le bourgeois. Il y a encore bien de l'indifférence pour la lutte socialiste dans les milieux ouvriers, tout comme on peut provoquer un
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