ADAPTATION ET RÉVOLUTION
1, — Reéformer ou renverser.
Le problème de l’opportunisme c’est celui de l'adaptation
de nos idées, de notre action au milieu où nous vivons, où nous agissons. Le socialisme scientifique, ou marxiste, en
Gpposition au socialisme rationnel ou idéaliste, attache plus d'importance aux faits qu'aux idées ou, plus exactement, déduit les idées des faits, en subordonnant la conscience à la réalité économique et sociale. La révolution sociale doit savoir se justifier ‘par les faits, ou elle est une ufopie, un rêve, un idéal d'hommes bien intentionnés. De là un certain respect du fait, un hommage rendu à la réalité. Aucune école
socialiste n’avait accumulé tant de faits, n'avait étudié la
réalité avec autant de soins et de succès que l’école marxiste. La presse socialiste allemande, qui représente de la façon la plus complète cette école, est une véritable encyclopédie des faits économiques, politiques et sociaux. Les revues éco-
romiques, financières, syndicales et corporatives y tiennent . une place d'honneur.
Cette médaille a un revers. L/'hommage rendu au fait existant risque de dégénérer en culte, en idolâtrie du fait
brutal, de ce qui existe. Un socialiste a le devoir de regarder
la réalité en face, mais il ne doit pas se prosterner, se mettre à plat ventre, s’abimer devant elle, comme devant un être supérieur, un Dieu tout-puissant. Il doit en tenir compte, mais nullement abdiquer son indépendance. Du ‘reste, il y a
fait et fait, comme il y a adaptation et adaptation. La réalité
sociale se compose de deux catégories de faits: les uns résument ce qui persiste ou résiste au mouvement, les intérêts des classes dominantes et, partant, conservatrices; les autres. expriment le mouvement, les intérêts des classes révolutionnaires qui s’agitent, qui tendent à changer, à transformer. En face de la réalité figée et pour ainsi dire morte, se dresse une réalité vivante, La méthode dialectique du socialisme scientifique: s'attache à dla réalité Vivante qui S'apite sement avance et transforme, C’est la réalité révolutionnaire. C’est l'âme vivante de l'Histoire. Les théories bourgeoises, au contraire, s’inspirent de la réalité morte, Elles sont de plus en plus traditionnalistes.
. Comme la femme de Loth, elles ont les yeux tournés en arrière, ou, comme l’école historique allemande de Savigny (1779-1861), selon le mot spirituel de Marx, ne voient que l'a posteriori de l’histoire, Klles baisent le fouet, pourvu qu'il soit « un fouet historique ». Le mouvement leur est mortel. avenir est un danger, plein de menace. Et elles appellent à la rescousse le passé. Toute leur Economie, leur Politique, leurs Croyances, leur Philosophie sont surchargées du Passé. Killes ne respirent qu'aux cimetières de l’histoire. Leur plus grand philosophe à la mode. M. Henri Bergson, un esprit remarquable et de premier ordre, d’ailleurs, retourne jusqu’à Plotin (205-270). oo
En cela, les revisionnistes se confondent avec les tendances réactionnaires. Leurs écrits nous prêchent toutes sortes de*« retours » au passé. (« Le retour à Kant, à L. F. A. Lagne, à la méthode psychologique et rationnaliste du xvirtr° siècle, même jusqu'au vénérable législateur hébreu Moïse — chez M. Nossig.)
Le réalisme de Marx et de son école a, au contraire, les yeux fixés en avant, vers l'avenir. Dans la réalité capitaliste, il étudie avant tout le Mouvement et le Devenir. Il est la philosophie et la science de la classe la plus révolutionnaire de notre société, du prolétariat.
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Cette distinction marque aussi le phénomène de l’adapta-. tion. T'andis que le conservateur ou le réactionnaire s'adapte aux conditions de vie des classes dominantes, fait refouler son individualité, son meilleur moi, au profit des privilèges qui triomphent, le révolutionnaire, au service du prolétariat, ne reconnait qu'une forme d'adaptation: aux conditions de lutte pour un meilleur avenir. Il se soumet à la réalité en l’utilisant pour arriver à ses fins révolutionnaires. Il s'adapte au terrain de la lutte des classes, comme un général est obligé de prendre des dispositions en conformité avec la nature du terrain où se livrera la bataille. L'un s'adapte pour mieux vivre, pour jouir d'une vie de privilège, l’autre pour mieux lutter contre ce régime de privilège. Dans le premier cas adaptation signifie abdication; dans l’autre, elle est une arme de combat. |
Après avoir examiné la méthode du revisionnisme, il est nécessaire d'envisager de près ses thèses fondamentales, qui ont pour objet la révolution sociale. Elles se réduisent à trois:
1° L/Evolution démocratique atténue la lutte des classes ;
2° La réforme sociale doit se substituer à la révolution sociale ;
3° Le socialisme, par conséquent, n’est pas le produit inévitable de l’évolution du régime capitaliste. De réformes en réformes nous arriverons à la révolution, ou plutôt la révolution n’est autre chose qu'une suite de réformes.