‹ La révolution socialeChapitre 147 sur 172 · TES · texte numérisé non relu

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Nous le voyons: l'élévation des salaires de 40 p. 100 pour la période de 1860 à 1807, qui, pour Bowley, atteint toute la classe ouvrière d'Angleterre, n'intéresse même pas toute l'aristocratie du travail, à l'exception des ouvriers de l’industrie cotonnière qui, en Angleterre, ne perdent rien à étré conservateurs et sont présentés comme des modèles pour tous les rêveurs de « paix sociale ». En 18091, la moyenne n'a été dépassée que par les ouvriers du gaz, les matelots et les mineurs. Les premiers sont redevables de ce progrès d’abord à la politique qui, dans les grandes villes, a fait profiter les travailleurs municipaux de bien des améliorations. Pour les

ouvriers du gaz, des considérations de concurrence et l’exploi- :

tation par le capital privé entrent fort peu en ligne de compte. D'autre part, le relèvement de 1801 est dû peut-être à l'influence du nouvel unionisme, qui éveilla de si vastes espérances pour bientôt se perdre dans le sable. Plus encore que chez les ouvriers du gaz, l'élévation des salaires en 1891 pour les matelots et les mineurs paraît soudaine, insolite, presque fortuite. En 1886, le niveau était le même qu’en 1860, en 1891 il avait haussé de 50 0/0. On ne peut appeler cette variation un progrès certain. Mais chez les travalleurs du bâtiment, de la laine et du fer, l'accroissement des salaires reste depuis 1860 bien inférieur à la moyenne. Bowley voudrait donc nous faire accepter que les salaires de l’ensemble des ouvriers anglais organisés se sont élevés de 40 0/0, pendant que les ouvriers du fer, malgré l’excellence de leur organisation, n'ont bénéficié que de 25 0/0 d'augmentation, pendant la même période.

Prenons ce tableau comme il est. Que nous montre-t-il ? En dépit

de l’optimisme fort extraordinaire qui a présidé à sa confection, les salaires forment une partie sans cesse décroissante du revenu national. De 1860 à 1874, ils constituaient en moyenne 45 p. 100 de celuici; de 1877 à 1801, 42 2/ seulement. À défaut de chiffres mieux établis, soit la somme des revenus ne provenant pas de salaires et soumise à l'impôt égale à la masse de la plus-value, en 1860 cette plusvalue était encore inférieure de 320 millions de marks au total des

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salaires, En 1801, au contraire, elle dépassait déjà ce dernier de

1,600 millions de marks.

Voilà qui dénote un accroissement vraiment considérable de l’exploitation. Le taux de la plus-value, c'est-à-dire le degré de l'exploitation de l’ouvrier, serait donc passé de 96 à 112 p. 100 durant cette période. En fait, et d’après les chiffres de Bowley, c’est dans cette proportion que se serait augmentée l’exploitation frappant même les travailleurs organisés en syndicats; celle qui pèse sur la masse des ouvriers non crganisés doit s'être accrue bien davantage encore. — (K. KauTskvy. La Révolution Sociale.).

Les ouvriers augmentent leurs exigences. Maïs les classes riches ont augmenté leurs besoins dans une proportion plus grande. Déjà Rodbertus constatait que la productivité du travail, c'est-à-dire la richesse, croit plus rapidement que les salaires. K. Kautsky le prouve par des chiffres empruntés à nos adversaires, amis du régime. Et il conclut :

Le progrès est beaucoup plus rapide pour les bourgeois que pour les prolétaires. Nous pouvons nous en rendre compte à chaque pas. Les habitations ouvrières ne se sont pas beaucoup améliorées depuis 50 ans, tandis qu'aujourd'hui l'appartement d’un bourgeois est fastueux si on le compare à un logement bourgeois ordinaire de cette époque. Un ‘wagon de troisième classe actuel et un wagon d'il y a 50 ans, ne diffèrent pas beaucoup pour l'aménagement intérieur. Mais comparez un compartiment de première classe dans Ia moitié du xIx° siècle avec un coupé d’un de nos trains de luxe. Je ne crois pas que les matelots d’un transatlantique soient beaucoup mieux logés qu’il y a 50 ans, mais le luxe que l’on déploie dans le salon des passagers aurait été inoui à cette date, même dans un bâtiment de plaisance princier. (/b.)

il. — La démocratie et la lutte des classes.

Les intellectuels.

Les revisionnistes, ou les réformistes, invoquent les progrès démocratiques en faveur de leur théorie d'atténuation de la lutte des classes. Ils invoquent le fait de la sympathie croissante des intellectuels pour la classe ouvrière et les idées socialistes. Examinons ce que représentent les intellectuels.

Ce sont des couches, dit Kautsky, qui témoignent de plus en plus de sympathie au prolétariat et au socialisme. Elles n’ont pas d'intérêt de classe précis, par profession elles sont

très accessibles aux vues scientifiques ; aussi des considéra-

tions intellectuelles peuvent-elles très bien les amener à certains partis politiques. La banqueroute théorique de l’économie bourgeoise, la supériorité théorique du socialisme devaient forcément leur apparaître. :

Les intellectuels sentent également que les autres classes cherchent à ravaler toujours la science et l’art; de plus, comparé surtout à la décadence fatale du libéralisme, le succès, le progrès irrésistible de la démocratie socialiste en impose à plus d'un. La sympathie pour les ouvriers, le socialisme deviennent populaires chez les gens instruits. I] n’existe peutêtre pas de salon où l’on ne se heurte à un ou plusieurs socialistes. |

Si ces cercles d'hommes cultivés signifiaient la bourgeoisie, sans doute nous aurions partie gagnée, et la révolution sociale serait superflue, On pourrait fort bien s'arranger à l'amiable avec eux; l'évolution lente, silencieuse, n’a pas à redouter de leur part quelque empêchement violent. :

Mais ils ne forment qu'une partie de la bourgeoisie. Ils écrivent, 1l est vrai, et parlent en son nom, mais ne déterminent pas son action. C’est sur ses actes et non sur ses paroles que l’on juge une classe ou un homme.

De plus, cette fraction de la bourgeoisie qui témoigne des sympathies prolétariennes en forme la partie la moins propre au combat et la moins combative.

Autrefois, certes, quand, même dans la masse des gens cultivés, le socialisme était flétri comme un crime, comme une démence, les éléments bourgeois ne pouvaient venir au mouvement socialiste qu'en rompant avec tout leur monde.

Quiconque abandonnaït alors les sphères bourgeoises pour

aller au socialisme avait besoin, pour le faire, d’une énergie, d'une passion et d'une conviction révolutionnaires beaucoup

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plus grande qu'il n’en fallait à un prolétaire. Et, en thèse e

générale, ces éléments étaient les membres les plus révolu- &

honnaires du parti et nourrissaient les idées les plus radicales.

Îl en est tout autrement aujourd'hui: le socialisme est

‘accepté dans les salons, il n’est plus besoin d’une énergie | particulière, il n’est plus nécessaire de rompre avec la société ASE bourgeoise pour porter le nom de socialiste. Rien d'étonnant | dès lors que ces nouveaux venus restent imbus des idées et

des sentiments traditionnels de leur classe.

; Mais les méthodes de combat des intellectuels sont diffé-

rentes de celles du prolétariat. Ce dernier doit opposer à si

la richesse et à la force des armes la puissance du nombre e

et le faisceau de ses organisations de classe, Les intellectuels

sont en nombre insignifiant et dénués de toute organisation

de classe. Leur seule arme est la persuasion par la parole et

par l’écrit, la lutte menée avec les « armes morales », à l’aide

de la « supériorité morale » ; les socialistes de salon vou-

draient bien voir décider ainsi les luttes de classes, les luttes

prolétariennes. Ils se déclarent prêts à accorder au proléta-

riat leur assistance morale, mais à condition qu’il renonce à

la violence, non seulement à condition qu’il renonce à la

violence, non seulement là où elle est sans espoir — les pro-

létaires l’abandonnent également dans ce cas, — mais même

quand le succès est probable. Aussi cherchent-ils à frapper

de discrédit l'idée de révolution, à représenter celle-ci comme

un moyen inefhcace. Îls s'efforcent de séparer du prolétariat

une aile de réformistes. Ils accomplissent donc une œuvre de Eee

division, d'affaiblissement. |

Tel est, jusqu'à présent, le seul résultat produit par ce commencement de conversion des intellectuels au socialisme.

III, — La décadence démocratique et la petite bourgeoisie.

Aïnsi que l’a démontré dans son livre ingénieux, Rosa Luxembourg: La Réforme sociale ou la Révolution (Leipzig, 2° éd. 1908), tout le problème du revisionnisme se réduit à

celui de savoir si le socialisme restera prolétarien ou sil

revêtira un caractère petit-bourgeois. Quel est le caractère de la petite bourgeoisie de nos jours ?

La petite industrie est condamnée à disparaitre, sa décadence se poursuit fatalement. Mais elle se manifeste diversement, lentement dans la réduction des exploitations, rapidement dans leur ruine. Certains de leurs possesseurs tombent dans la dépendance complète du capital, ne sont plus que des ouvriers à domicile, des salariés qui, au lieu de travailler à la fabrique, exercent leur métier chez eux. D’autres petitsbourgeois, commerçants où aubergistes, restent indépendants, mais toute leur clientèle se trouve dans les classes laborieuses. Leur existence est absolument liée à la prospérité ou à la

misère du travailleur. Ces diverses catégories se rallient de

plus en plus au prolétariat militant.

Par contre, il en est autrement, d’abord des couches de la petite-bourgeoisie qui ne sont pas encore tombées complètement sous la domination du capital, qui sont en voie de le faire ou courent à la ruine, puis de celles qui cherchent leur clientèle en dehors des classes prolétariennes. Hlles n’espèrent plus se rétablir par leurs propres forces, elles attendent tout d'en haut, des classes supérieures et des Pouvoirs publics. Tout progrès les menace; aussi sont-elles hostiles à tout

progrès, sur quelque terrain d'ailleurs qu'il s'annonce. La

servilité, le besoin de réaction en font les suppôts volontaires et même les défenseurs les plus fanatiques de la monarchie, de l'Eglise et de la noblesse. Elles n’en restent pas moins

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démocratiques : les formes démocratiques seules leur permet.

tent en effet d'exercer une influence politique et d'obtenir l'assistance des Pouvoirs publics.

, C’est dans cette division de la petite-bourgeoisie que la décadence de la démocratie bourgeoise a sa cause principale. Certaines de ses fractions se tournent vers la démocratie socialiste prolétarienne, les autres vers la démocratie réactionnaire qui offre les nuances les plus variées, antisémitisme, nationalisme, uémocratie chrétienne, subdivisions du parti conservateur et du centre, mais présente toujours le même contenu. |

Cette démocratie réactionnaire a emprunté à la pensée

socialiste ses raisonnements et ses arguments : on a pu croire

au début qu'elle ne formait qu'une transition particulière du hbéralisme à la démocratie socialiste. Aujourd'hui, chacun peut voir combien cette doctrine est insoutenable. La démocratie socialiste n'a pas d'ennemi plus exaspéré que la démocratie réactionnaire. La première doit favoriser en effet tout progrès, qu'il serve d’ailleurs directement ou non les intérêts de classe du prolétariat; au contraire, il est de l'essence de la seconde de s'opposer à tout progrès, quand bien même il ne menace pas directement la petite-bourgeoisie. Si la démocratie socialiste est le parti le plus favorable au progrès, celui-ci n'a pas de plus grand adversaire que la démocratie réactionnaire; cette dernière allie en effet à la haine que tous les partis réactionnaires portent à la civilisation, la liberté d’esprit que donne l'ignorance la plus grossière de tout ce qui dépasse l’étroitesse de son horizon. En outre, considérés

comme exploiteurs, les petits-bourgeois ne prolongent plus

leur existence qu'en abusant des forces de travail les plus faibles, les moins susceptibles de défense, les femmes et les

enfants. Ils se heurtent naturellement alors à l'opposition de

la démocratie socialiste, qui s'efforce par l’organisation et par la législation à entraver cette destruction sauvage de vies humaines.

Ainsi, et dans la mesure où elle ne se rallie pas à la démocratie socialiste, la petite-bourgeoisie, d’alliée, d’élément de conciliation entre la classe ouvrière et les classes supérieures, devient un ennemi exaspéré du prolétariat. Loin de s’atténuer, les antagonismes s’enveniment autant qu’on peut l'imaginer ; et ce phénomène suit une progression rapide: il nya que quelques années en effet qu'il s’est suffisamment mani-

festé pour devenir l’objet d'observations nettes. (1b.). *

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