‹ La révolution socialeChapitre 148 sur 172 · IV. — Le gros et le petit paysan · texte numérisé non relu

IV. — Le gros et le petit paysan

Avec l’industrialisation de l’agriculture, les divisions de classe dans les campagnes s’accentuent, ainsi que l’a démontré Compère-Morel à l’aide de faits innombrables. La paysannerie se divise de plus en plus en deux camps, l’un comprenant les éléments prolétariens, l’autre les gros propriétaires. Il est de notre devoir de favoriser ce procès de scission en éclairant les premiers de ces éléments sur leurs intérêts qui s'accordent avec ceux du prolétariat, et en les amenant ainsi à la démocratie socialiste. Mais nous entravons cette évolution en l'ignorant, et en nous adressant à toute la population paysanne sans distinction de classe. Par essence, la démocratie réactionnaire nous est aussi hostile à la campagne qu’à la ville, bien qu'elle n’ait pas si nettement conscience de cet antagonisme. La ligue agraire ne constitue pas un stade de transition, ne forme pas, pour les paysans, un passage des anciens partis, du parti du centre en particulier à la démocratie socialiste, Les camarades qui le croiraient s’illusionneraient autant que ceux qui, dans les villes, attendaient le même effet de l'antisémitisme. Le gros paysan, le paysan moyen, haïssent déjà notre parti parce qu'il lutte pour que le travailleur voie diminuer son temps de travail et augmenter son salaire. C’est engager puissamment l’ouvrier agricole à émigrer dans les villes et à laisser là le paysan.

‘(LL6L) sunwuwmoy ej 2p auesisaiuuy

À la campagne également, les antagonismes sociaux s’accusent entre les possesseurs et les prolétaires.

Notre remarque s'applique plus encore au conflit qui oppose le grand propriétaire foncier au salarié agricole qu'à l’'antagonisme qui met ce dernier aux prises avec le paysan.

Dans la grande exploitation agricole le prolétaire joue un role beaucoup plus important que dans l’exploitation paysanne. Pour lui, l'élévation du prix des subsistances a une toute autre importance que pour le paysan qui consomme luimême une partie de ses produits. L'antagonisme entre le producteur et le consommateur de moyens de. subsistance n'est pas le même qu'entre l’ouvrier et l’exploiteur ; il se ramène à l’antagonisme entre la ville et la campagne. Mais, à la ville, les prolétaires forment aujourd’hui la classe la plus nombreuse, la plus propre à la lutte, la plus combative; et le vendeur de denrées se heurte ici encore au plus énergique de ses ennemis, au prolétaire.

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que, aujourd'hui, le grand propriétaire foncier ait changé de sentiment sur l’ouvrier industriel. Autrefois les luttes entre les capitalistes industriels

et leurs ouvriers le laissaient indifférent. S'il les suivait, les

insuccès des patrons lui procuraient une joie maligne et 1l témoignait aux prolétaires une certaine sympathie. L'obstacle pour lui n'était pas le travailleur, mais le capitaliste qui demandait des droits protecteurs 1à où il lui fallait le libreéchange, et qui, par contre, voyait dans la rente foncière un préjudice porté au profit, et cherchait à lui arracher le monopole des hauts emplois dans l’armée et dans la bureaucratie.

Il en est autrement aujourd'hui; ils sont passés les temps où tories et hobereaux, Disraeli, Rodbertus, Vogelsang étaient

sympathiques aux ouvriers. De même que la petite-bourgeoi-

sie, de même que la classe paysanne des grands et des moyens propriétaires, la grande propriété foncière devient de plus en plus hostile aux travailleurs.

V, — Le capitalisme financier.

Dans son Capital, Marx eut en vue le capitalisme industriel. -

Depuis la mort de l’auteur, le capitalisme financier, ou comme on dit, la Finance, a fait des progrès considérables. Karl Kautsky, et tout dernièremeent Hilferding, ont étudié les conséquences de cette évolution. Elles sont très importantes. Sur ce domaine, comme sur les autres, la lutte des classes gagne en intensité.

L'opposition entre la finance et l’industrie s'atténue chaque jour davantage: grâce aux progrès de la concentration des capitaux, la première se rend de plus en plus maîtresse de la seconde. Ce qui y contribue beaucoup, c'est le remplacement

progressif des entrepreneurs privés par les Sociétés montées

par actions. Des optimistes bien pensants y voient un moyen de démocratiser le capital et de le changer ainsi, pacifiquement, insensiblement en propriété nationale. En fait, c'est le moyen de transformer en capital-argent tout l'argent que les classes moyennes et inférieures ne dépensent pas immédiatement dans la consommation; c’est le moyen de les mettre à la disposition des grands financiers et de leur permettre de res-

treindre le nombre des capitalistes industriels ; c’est le moyen

d'augmenter pour la finance la faculté de concentrer l’industrie entre les mains de quelques hommes d’argent. Sans le régime des Sociétés montées par actions, les grands financiers n'auraient pu gouverner que les exploitations qu'ils auraient achetées de leurs propres deniers. Grâce à ce système, ils arrivent à placer sous leur dépendance de nombreuses entreprises qu'ils ne peuvent acheter faute de fonds et à hâter ainsi leur acquisition. Toute la puissance fabuleuse d’un Pierpont-Morgan et Cie qui, aux Etats-Unis, dans l'espace de quelques années, a réuni en une seule main de nombreuses lignes de chemin de fer, des mines, presque toutes les usines

sidérurgiques, et monopolisé les plus importantes lignes de

transports transatlantiques, — toute cette conquête soudaine

de l’industrie et du commerce des pays civilisés les plus 1impottants, — serait impossible sans les Sociétés paf actions.

D'après l'Economist de Londres, cinq hommes, J. D. Rockefeller, FE. H. Harriman, J. Pierpont-Morgan, W. R. Vanderbilt et G. D. Gould, possèdent ensemble plus de 3.000 millions de marks. Mais ils gouvernent, à eux cinq, un capital de plus de 30,000 millions de marks, alors que le capital total engagé dans les bañques, chemins de fer, Sociétés industrielles des Etats-Unis s'élève à 70,000 millions. Aïnsi, grâce au système des Sociétés par actions, ils gouvernent presque la moitié de ce capital dont dépend à son tour toute la vie économique de l Union. |

Et comme toujours, la crise, qui ne laissera pas d’éclater en Amérique, expropriera les petits actionnaires et étendra et assurera la propriété des grands.

Mais plus le capital financier s'empäre de l’industrie, plus aussi le capital industriel adopte les méthodes du premier. Pour le patron qui vit à côté de ses ouvriers, ceux-ci sont encore des hommes. Leur prospérité, leur misère ñe peuvent le laisser complètement indifférent s’il n’est pas absolument

endurci. Pour l'actionnaire, seul le dividende existe, les ou-

vriets ñe sont que les chiffres d’un problème d’arithmétique, mais d'un problème au résultat duquel 1l est puissamment intéressé, qui peut lui apporter plus de bien-être, plus de puissance où le forcer à se réduire et le frapper même de dégradation sociale. Ainsi s’évanouit le reste d’égard que le simple capitaliste pouvait encore avoir pour l’ouvrier.

Le capital financier est celui qui incline le plus à la violence. C'est lui qui se joint le plus facilement aux monopoles et obtient ainsi un pouvoir illimité sur la classe ouvrière; c’est lui qui connaît le moins l'ouvrier, c'est lui qui élimine enfin le capital des capitalistes particuliers et commande de plus

en plus à toute la production capitaliste. (1b.)

VI, — La décadence de la démocratie provoque celle du parlementarisme bourgeois.

Ceux qui croient sincèrement que l’action parlementaire suffit seule à amener la révolution sociale ne tiennent pas compte de la nouvelle phase du parlementarisme bourgeois, qu'il ne faut pas confondre avec le parlementarisme tout court, garantie nécessaire des libertés publiques.

Ie nombre des députés socialistes, observe K. Kautsky, s'accroit dans les corps représentatifs. L'explication est simple : il suffit de ne pas se borner à ce phénomène et de considérer aussi le revers de la médaille. Le nombre des députés socialistes grandit, il est vrai, mais en même temps la démocratie bourgeoise déchoit. Cette décadence se manifeste souvent publiquement: le nombre de voix obtenues par elle dans les élections diminue ; la démoralisation éclate par contre à chaque instant. Chaque jour elle montre moins de caractère, chaque jour elle devient plus lâche : elle ne sait plus se défendre que d’une façon du reproche d’être réactionnaire: elle se déclare prête à pratiquer elle-même une politique de réaction; et elle le fait réellement quand elle arrive au pouvoir. Telle est aujourd'hui la méthode qu’il plairait aux libéraux d’employer pour conquérir le pouvoir politique.

. Quand Bismarck vit son régime chanceler, il demanda que l'on portât la législature du Reichstag de 3 à 5 ans. C'était une mesure désespérée, réactionnaire, qui déchaîna une tempête d’indignation. Mais en France le dernier ministère radical, le ministère de défense républicaine, qui comprenait un ministre socialiste, proposa de porter la législature de 4 à 6 ans; et la majorité républicaine lui accorda la prolongation. Sans le Sénat, cette mesure, réactionnaire si jamais il en füt, passait au rang de loi.

bi.

Li COPA PEU LIRE NET Te R ! À édite À ° ja Col sh tac À SP ge dm à dd Cat de EL San mile EN EG dd de été

chi

ie + ed à dl ul

Mais non seulement le libéralisme bourgeois tend à dispa-

raître à mesure que la démocratie socialiste se développe;

l'influence du Parlement décroît encore à mesure que notre

…. parti voit son crédit grandir. Ces deux phénomènes sont simultanés, mais il n'y a entre eux aucune connexité imimédiate. Au contraire, les Parlements où nous ne comptons pas

de représentants, la Chambre prussienne ou saxonne, perdent plus rapidement que les autres leur influence, leur puissance * de travail. :

La décadence des Parlements a les causes les plus diverses. Les plus essentielles ne sont pas du ressort de la technique parlementaire; ne croyons pas qu’on puisse s’y soustraire en modifiant l’ordre du jour ou la compétence parlementaire. Les plus essentielles ont leur origine dans le caractère des classes qui, par le parlementarisme, exercent une action déterminante sur le Gouvernement.

Pour prospérer, ce régime a besoin de deux conditions préliminaires. Il lui faut d’abord une majorité forte, unie, puis un grand but social, qu’elle poursuive énergiquement et qu’elle

… impose au Gouvernement. À l’époque où le parlementarisme

était dans sa fleur, ces deux conditions se trouvaienet remplies. Tant que le capitalisme représenta l’avenir de la nation,

toutes les classes du peuple, importantes au point de vue

parlementaire, et, entre toutes, la masse des intellectuels s employèrent à sa libération ; la majorité des petits bourgeois,

l'ouvrier lui-même se mirent sous la conduite de la bour-

geoisie.

Ainsi naquit le libéralisme; parti fermé, il se proposait des buts élevés. Ses efforts pour conquérir le Parlement, ses luttes dans le Parlement donnaient à ce dernier son importance.

Mais depuis s’est produite l’évolution que j’ai décrite plus haut: le prolétariat qui possède une conscience de classe

- spéciale, puis une fraction des intellectuels, de la petite-bour-

geoisie et des paysans petits propriétaires sont entraînés dans

F w PAU) eY

Re ee

le camp socialiste: le reste des petits bourgeois et des petits agriculteurs deviennent complètement réactionnaires, tandis que les éléments les plus puissants du capitalisme industriel s'unissent à la haute finance qui n’a jamais fait grand fond sur le parlementarisme, bien qu’elle sache en avoir raison — voir Panama.

Le parti libéral se résout ainsi en ses éléments sans que les classes dirigeantes puissent constituer pour le remplacer un autre grand parti parlementaire ayant un caractère suffisant d'unité, Plus les classes possédantes deviennent réactionnaires, moins elles forment une masse unique. Elles se divisent de plus en plus en petites fractions. Il devient de plus en plus difficile de réunir une majorité parlementaire homogène, À mesure que nous avancçons, une majorité n'est plus possible que parce que les tendances les plus diverses se réunissent en coalitions passagères. Leur base est des moins sûres, aucun lien intime ren guide le jeu, seules des considérations d'opportunité les provoquent. De prime abord, elles sont frappées de stérilité: leurs éléments sont si divers qu'ils ne peuvent demeurer unis qu'à une condition: chacun d'eux doit renoncer à agir délibérement dans le sens qui lui est propre. Ces combinaisons ont leur origine dans la décadence du parlementarisme ; elles dénotent son impuissance politique : et sociale. C’est méconnaître étrangement leur nature que de s'imaginer qu'en y participant on permettra au prolétar:at de s'emparer lentement, graduellement du pouvoir politique.

VII, — Le réformisme.

Bernstein consetllait au Parti socialiste allemand de se déclarer parti réfornuste, Le groupe « socialiste » indépendant en France s'intitule réformiste. Son credo est exposé. dans le Socialisme réformiste français, de M. Millerand (Paris, 1903). Les « socialistes » italiens, sous la direction

de M. Bissaloti, qui viennent d’être exclus du Parti socialiste

italien, à Reggio (1912) s’intitulent, eux aussi, Parti socialiste

réformiste. Quelle est la valeur et la portée des réformes dans la société bourgeoise ?

Les réformistes nous répètent tous les jours, avec une monotonie désespérante, qu'ils vont doter la classe ouvrière d'innombrables réformes, mais que les révolutionnaires les empêchent d'aboutir par leur attitude intransigeante,

Rien n’est plus contraire à la vérité.

Les socialistes révolutionnaires ont toujours formulé, à côté de leur haut idéal communiste ou collectiviste, une série de revendications dites « immédiates », à côté d'un proeramme maximum, un programme minimum. Il faut être aveuglé par une haine implacable de la révolution pour le nier,

Le Manifeste des communistes, de Karl Marx et de Fré-. déric Engels, préconisait la révolution violente comme une nécessité historique, inévitable et fatale. Or, le même Mamifeste contient tout un programme de réformes dont l’accomplissement, pour la plupart, est possible déjà dans la société actuelle. |

L'Internationale est restée fidèle à cet esprit du Manifeste. Nous releyons dans l’ordre du jour de sa première conférence, à Londres, en 1865, les articles suivants : impôts directs et indirects; réduction des heures de travail; le travail des femmes et des enfants, etc. etc.

Tous les Congrès, de 1889 à 1900, qui sont bien les successeurs de ceux de la première Internationale, ont formulé, au nom des partis socialistes de tous les pays, des revendications minima, en exigeant de la société capitaliste qu’elle améliore, dans la mesure du possible, la situation de la classe ouvrière.

Le Parti Ouvrier Français, plus particulièrement pris à partie par les ministérialistes pour son manque de respect envers les réformes bourgeoises, consacre la plus grande partie de son programme et des considérants de celui-ci (70

pages sur 08, édition de Lille) au commentaire des revendica-

tions politiques et économiques immédiates. Lisez les discours

prononcés par Jules Guesde à la Chambre, de 1897 à 1808 (1), ct vous y trouverez la même préoccupation. On n’a qu'à se rappeler les principaux sujets de ces mémorables discours.

Les voici: la journée de huit heures, le Conseil supérieur du

travail, la question des sucres, l’inspecticn du travail, les

économats, les lois scélérates, la liberté ccnimunale, les retraites ouvrières, le suffrage universel, le travail à l'Exposition, ÊLC:

Je détache d’un de ses discours (séance du 15 juin 1896)

la déclaration suivante, où se résume la conception qui les

domine tous:

« Elles (les masses) exigent que l’on fasse pour elles quelque chose, mais quelque chose qui ne soit pas un simple trompe-l'œil. Elles ne demandent pas qu'à l’aide d'une baguette magique (c'est pour M. le ministre !) que vous n'aves pas et que nous ne possédons, pas plus que vous, vous transformiez la société d’aujourd’hui, société d’iniquités et de violences, en une société de justice, de bien-être et de liberté pour tous. Ce sera l'œuvre et ce ne peut être que l’œuvre du peuple ouvrier et paysan s’accomplissant en dehors de vous.

car les assemblées ne sont que des chambres d'enregistrement; .

ce n’est que quand une révolution est faite, qu’elles arrivent ct la consacrent par des lois. C’est notre tâche, c’est notre r-ission historique; ce pourra être demain notre péril. Mais ce que nous avons le droit d'exiger, c'est que vous soyez fidèles à vos propres engagements, c'est que, quand vous avez promis d'intervenir dans l'usine pour la protection, le salut de la femme et de l'enfant, vous ne jouiez pas un double jeu, en reprenant d'une main ce que vous accordez de l’autre.»

(1) Voir Quatre ans de lutte de classe, Jules Guesde, éd'tion de la Librairie Jacques, 1, rue Casimir-Delavigne.

J'ai tenu à citer ce beau passage presque en entier, comme un exemple topique d’une affirmation nette et précise, qui est révolutionnaire et réformiste à la fois.

Au Palais-Bourbon, Jules Guesde ne renonce pas aux ré-

en lui donnant de vagues réformes pour la révolution.

Voici aussi comment Edouard Vaillant, du Parti Socialiste Révolutionnaire, se prononce au sujet des réformes’ partielles : G |

« Si insuffisantes que soient les lois actuelles de protection ouvrière, et si peu coordonnées, leur effet est cependant très sensible pour les catégories de travailleurs protégés, et montre tout ce que l’on peut attendre de leur développement mieux ordonné.

« Élles permettent déjà aux énergies supérieures, à l'élite du prolétariat, d'y trouver un abri, un recours contre la misère, et de se mieux organiser pour se mieux défendre. Abri bien incertain, il est vrai, car la maladie, l'accident, le désordre et les crises économiques en arrachent des multi-

tudes de travailleurs pour les rejeter dans la foule misérable

des indigents, des faibles et des sans-travail. (La Législation ouvrière et l'hygiène, publié par la Bibliothèque ouvrière socialiste, p. 48). »

Dans ces paroles décisives, nous avons toute la conception révolutionnaire de la réforme partielle, exposée d'une manière sobre et vraiment scientifique.

En 1801, le Congrès d'Erfurt vote la résolution que voici:

« Le Congrès déclare:

« Considérant que la conquête du pouvoir politique est le premier et principal but vers lequel doit aspirer tout mouvement prolétaire conscient ; que cependant la conquête du pouvoir politique ne peut être l’œuvre d’un moment, d’une surprise donnant immédiatement la victoire, mais doit être obtenue par un travail assidu et persistant, par le juste emploi

formes au nom de la révolution et ne trompe pas le peuple, :

= re de tous les moyens qui s ofrent pour la propagation de nos idées et par l'effort de toute la classe ouvrière;

« Le Congrès demande à ses représentants qu'ils travail- | lent énergiquement et sérieusement dans le sens du programme du parti, et qu'ils ne perdent jamais de vue le but intégral et final, sans pour cela négliger d'obtenir des con cessions des classes dirigeantes. » |

Sans vouloir insister outre mesure, voici encore la résolution adoptée par le Congrès de Vienne (1901) et où on lit:

« Le Parti démocrate socialiste autrichien poursuit la protection légale du Standard of life (Lebenshallung) des classes travailleuses et lutte pour assurer au prolétariat l'influence . qui lui est due dans tous les domaines de la vie politique. »

Et plus loin:

La social-démocratie autrichienne représentera en tout temps, dans toutes les questions politiques et économiques, l'intérêt de classe du prolétariat et s'opposera énergiquement à tout ce qui peut obscurcir et dissimuler les oppositions de classe aussi bien qu'à ce qui amènerait les ouvriers à servir les intérêts des partis bourgeois. »

Enfin, dans un livre récent, À new catechism of socialism, qui est un exposé remarquable des principes socialistes, nos amis KE. Belfory, Bax et I. Quelch, porte-paroles autorisés du Parti social démocrate anglais, s'expriment ainsi:

« Le socialisme est essentiellement révolutionnaire au point de vue politique ainsi qu'au point de vue économique... Mais en même temps les socialistes reconnaissent comme leur devoir d’adoucir, dans la mesure du possible, les effets désastreux des conditions existantes. »

Toute l’action parlementaire du prolétariat international qui, dans son immense majorité, n’a pas renié la Révolution, est là pour témoigner que ces affirmations théoriques se traduisent journellement en action vivante et continue.

= 4 % NE RSS Se APS: É MR ETS # À Le ‘ he

7 de

VIII, — Réforme contre-révolutionnaire,

Dans les grands mouvements politiques et sociaux, on peut observer le phénomène invariable que voici: Lorsqu'un régime est à la veille de s'effondrer sous la poussée grandissante des nouvelles forces révolutionnaires, les partisans les plus éclairés et les plus prudents du régime mourant pro-

posent une série de remèdes — en langage politique on Îles appelle des réformes — pour sauver leur client de la mort inévitable.

Pour conserver l'ancien régime avec son cortège de misères ses défenseurs se montrent généreux et prêts aux sacrifices. Le navire en détresse se propose de se débarrasser d'une partie de son chargement — pour sauver le reste. Nous pouvons observer ce phénomène, on peut même dire cette lot sociale, à tous les tournants de l’histoire humaine, au début de toute ère nouvelle.

En voici quelques exemples :

AXE. XV et xvi° siècles — pour ne pas remonter plus loin — les gens de l'Eglise cherchent en combattant ce qu'ils appellent les « abus », à prévenir la Réforme, pour conserver intégralement la suprématie du pouvoir papal sur le monde laïque. Plus tard, ce sont les hommes d'Etat de la monarchie héréditaire, les ministres de Louis XVI qui élaborent des réformes, pour conserver l'Ancien Régime, la tyrannie féodale et royale, et pour étouffer la Révolution dans l’œuf. Plus tard encore, c'est l'Empereur, le César qui joue au socialisme, et commande les Blouses blanches — les Jaunes de l'Empire — dirigées contre la Révolution sociale menaçante.

Tous ces sauveurs contre-révolutionnaires, partisans de la « conservation sociale » ont heureusement échoué, Ils n’ont arrêté n1 la Réforme religieuse, ni la Révolution politique, ni le développement du socialisme.

Page 1