‹ La révolution socialeChapitre 149 sur 172 · LA MS · texte numérisé non relu

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Cependant, tenaces et ambitieux, hypnotisés par le désir du pouvoir et les avantages nombreux que les classes privilégites sont en état d'offrir à leurs défenseurs et amis, ils ne cessent de renouveler leurs tentatives de « conservation sociale ». :

C’est ainsi que le prince de Bismarck développa et accomplit tout un programme de réformes sociales dépassant de beaucoup Ll” « Œuvre » réformiste de M. le Ministre du Commerce chantée par M. Lavy. Il essaya de mettre dans son jeu Ferdinand Lassalle.

‘Après lui, c'est Guillaume IT lui-même qui rêve l’établissement d’un Empire social. Il convoqua la fameuse Conférence pour la protection légale de la classe ouvrière. À vrai dire, la tentative échoua piteusement et il ne resta que M. Jules Simon pour chanter la gloire de l'Empereur social.

Lujo Brentano, le célèbre professeur de Munich, le chef le plus autorisé de la réforme sociale contre-révolutionnaire et du socialisme de la chaire (Kathedersocialismus), a clairement formulé la tendance et le but de cette sorte de réformes.

Parlant des réformes arrachées à la bourgeoisie anglaise par le prolétariat anglais, après une lutte acharnée de trente ans pour « la loi de dix heures » et par l’admirable mouve-

ment chartiste, il se résume comme suit: « Le principal (Die :

Haupisache), et ce qui importe le plus, est que (grâce à ces réformes) les revendications actuelles de la classe ouvrière anglaise se trouvent en accord avec les conditions politiques et sociales du Régime existant, qu'il n'y a plus de parti dont le but serait la conquête du pouvoir par la classe ouvrière pour réorganiser la société dans son intérêt. » — (Lujo BRENTANO. Das Arbeiteverhaeltniss, p. 167, 1877.)

On ne peut plus cyniquement avouer que les réformes venant d'en haut ont pour but direct, pour but « principal », non l'amélioration de la situation de la classe ouvrière, non le soulagement de sa misère, mais la « conservation sociale », c'est-à-dire le maïntien éternel de l’état de dépendance de

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l’ouvrier, du « régime d’iniquité et de violence », en un mot, de l'esclavage à perpétuité. Décourager ou détruire chez Île peuple tout noble effort indépendant, toute lutte révolutionnaire pour sa propre émancipation, tel est, tel fut et tel sera le but et le sens des réformes contre-révolutionnaires venant du Pouvoir établi, des classes dominantes. Ce sont, je le répète, des réformes jaunes. La haine ou la peur de la Révolution est leur raison d’être, leur justification sociale et poli-

tique.

Les ministres ex-socialistes sont obligés par leur situation d'adopter la conception de la réforme contre-révolutionnaire. Voici un exemple :

M. Müillerand a lui-même expliqué le sens et le but de ses réformes dans un discours prononcé le 23 juin 1900, au banquet du Comité républicain du Commerce: « C’est surtout ici, dit-il, dans ce milieu de commerçants et d'industriels, que je suis heureux de constater à quel point l’union du parti républicain s’est faite dans le pays. On n’évoquera

plus le spectre de la défiance sociale pour apeurer la bour-

geoisie (&« Ayons peur de faire peur », n'est-ce pas, M. le Ministre ?), lui faire croire que le péril vient du peuple. NON! NON! ON N’ARMERA PLUS L’UN CONTRE L'AUTRE LE PEUPLE ET LA BOURGEÉOISIF, OUVRIERS ET PATRONS, RÉPUBLICAINS QUI ONT LA MÊME ORIGINE ». (Reproduit par le l'emps du 24 juin 1000; p. 2-7)

L'organe le plus intelligent de la haute bourgeoisie avait donc pleinement raison de faire l'éloge de M. le ministre du Commerce dans les termes que voici:

« M. Miüllerand a pris, depuis un an, une forte leçon de politique expérimentale. I sait maintenant qu'un gouvernement, quel qu'il soit, est avant tout obligé de maintenir l’ordre et, par conséquent, de faire marcher la police et la

gendarmerie, Il sait même, depuis les événements de Chalon-

sur-Saône (lisez: les massacres des ouvriers), dont # a accepté la responsabilité comme ses collègues, que cette obli-

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= 440 — gation de maintenir l'ordre à tout prix peut, quelquefois,

occasionner des accidents (sic!) douloureux. » (Le Temps, 24 juin 1900, p. I.)

Ft, en parlant de son discours précité, il ajoutait:

« I1 (M. Millerand) a donc répudié avec éclat la doctrine de la lutte des classes. Il a proclamé avec insistance et solennité l « alliance de la bourgeoisie et des ouvriers ». Ft, quant à l’avenir des ouvriers, 1 s'est borné, sans plus parler des chimères collectivistes, à leur promettre, comme le plus

prudent des philanthropes, & plus de justice et de bien-être. »

(Le T'emps. Ibid.)

Dans la Préface de M. Lavy au livre L’Œuvre de Millerand, nous retrouvons, presque textuellement reproduit, le discours que je viens d'analyser.

IX, — Réforme et socialisme.

Il y a un abîme entre la réforme socialiste et la réforme

bourgeoise et contre-révolutionnaire.

I y a, tout d’abord, entre ces deux sortes de réformes, une différence de principe.

Les réformistes considèrent le socialisme comme une série

de réformes légales. La révolution sociale n'est pas à faire. Elle sé fait tous les jours. Toute réforme prépare la société nouvelle. Les réformistes considèrent la société capitaliste comme une femme légère qui, de concession en concession, en arrive à la capitulation suprême.

Telle est la thèse. Pour faire accepter cette thèse, — quelque peu légère, elle aussi, — les réformistes emploient un procédé simple et commode. Ils appellent de noms pompeux les choses les plus plus prosaïques du monde. La plus petite

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cofcession du ministère en mal de popularité devient « une

étape ». La loi ouvrière la plus discutable devient un « nou-

veau droit » prolétarien, un précurseur d'une « ère nouvelle », la gloire d’un siècle. Pour embellir les plus pauvres réformes, les réformistes vont jusqu'à plagier la métaphysique. Les faits ne sont plus des faits. [ls deviennent des abris pour Idées Eternelles, des vases d'élection pour un contenu sublime. Et telle combinaison parlementaire ou gouvernemientale s'élève, Hegel aidant, comme une expression de la Justice sociale, comime une des manifestations de l'Incarnation.

Malheureusement les choses peuvent s'appeler autrement. Le « nouveau droit » prolétarien se trouve être une simpie loi d'assistance et de pitié bourgeoises, où « le gâteau jeté dans la gueule du Cerbère pour l'empêcher d'aboyer et de mordre ». (Jules GUESDE.J

En effet, de deux choses lune: où les réformes ne touchent pas aux bases du système capitaliste; dans ce cas les réformes, même celles qui sont utiles au socialisme, ñe sont. pas encore le socialisme. Ou elles menacent d’ébranler le système de la propriété privée : alors, la classe capitaliste s’en apercevra bien vite. Flle leur opposera une résistance acharnée. La réforme devient révolution. Tout le reste, c'est « de la Httérature » et de la métaphysiques hégéliennes.

Les règles de la réthorique ne s'opposent guère à ce que nous appelions limpôt « un commencement d’expropriation », mais, d'autre part, la réalité nous enseigne que ce mode d’ « expropriation », s'appliquant surtout à fa

classe ouvrière, n'est pas évidemment celui que nous dési-

rons. Les socialistes ne veulent pas se contenter d’une « expropriation » allégorique, faite de métaphores. Autrement dit, une « expropriation » purement littéraire, verbale ou même juridique ne leur suffit pas. Ils réclament une expropriation réelle et directe. Ils laissent les mots aux.... amateurs. Ils demandent la chose. |

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Si le prolétariat a quelque chose à craindre, c'est que

l'on ne substitue à l’éloquence des faits celle des mots, dont

cn a tant bercé le prolétariat — surtout le prolétariat francais. — [Le mérite éternel du socialisme scientifique consiste précisément dans ce fait qu’il a mis fin au règne de la phrase vide et grandiloquente. « Dans la Révolution bourgeoise,

a écrit Marx, la phrase dépassait la réalité; dans la Révolution

prolétarienne, la phrase cède la place à la réalité ». En un mot, tant que la classe ouvrière n’aura pas mis la main sur tous les moyens de production, elle ne se croira pas — même

avec plusieurs ministres socialistes — dans la société vraiment socialiste. Le reste, c’est de la littérature ou de la métaphysique.

Il y a une autre différence entre la réforme socialiste et la réforme contre-révolutionnaire. C’est la différence de l'attitude. Te bourgeois considère toute réforme comme une concession. Comme toute -concession, il la fait à contrecœur et lorsqu'il y est contraint. Il propose donc le moins possible, le minimum. Le prolétaire, par contre, revendique son dû. Il réclame toujours le plus possible, le maximum. La différence est capitale. Elle a pour résultat nécessaire deux points de vues différents. Le point de vue du prolétariat, vis-à-vis des réformes, est un point de vue critique. Il cherche toujours à démontrer leur insuffisance. Il marque d'abord la distance entre le maximum demandé et le minimum proposé. Ensuite, 1l démontre que les réformes, une

- fois accomplies, laissent toujours le prolétariat à l’état de.

classe exploitée et dépendante.

On peut dire que le socialisme est né, politiquement et logiquement, de la critique des réformes partielles, proposées comme panacée, de leur insuffisance démontrée. ‘L'ous les partis réclament des réformes. Le Parti socialiste seul les déclare insuffisantes pour nous délivrer des misères sans nombre du régime actuel.

Le point de vue de la bourgeoisie gouvernante, qui est

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és DA PU de celui des réformistes, est nécesairement celui de l'apologie. Pour faire accepter les réformes proposées, ils sont condamnés à en exagérer l'importance. Plus grande en apparaitra Ja valeur, plus sera grande l'importance des hommes politiques qui les ont accomplies. Pour s’en convaincre, on n’a qu'à parcourir les journaux ministériels de ces dernières années. |

L'opposition d'intérêts des classes en lutte se retrouve dans l'appréciation de l’œuvre réformiste ‘s’accomplissant dans la société actuelle. |

Enfin, entre la réforme bourgeoise et la réforme socialiste, il y a une différence de but. Pour le bourgeois, la réforme est un moyen de domestication du prolétariat. Les gouvernants se posent en bienfaiteurs de la classe ouvrière, animés des sentiments généreux « de bonté et d'équité ». Pour le socialiste révolutionnaire, la réforme est un moyen

de lutte, une arme de plus dans la grande bataille pour

l'émancipation intégrale de la classe ouvrière et, avec elle, de toute l'humanité. La réforme contre-révolutionnaire amoindrit le prolétariat. La réforme populaire le grandit et le fortifie. :

En résumé, les socialistes n'oublient jamais que les réformes ne font reculer que trop peu la misère envahissante, que, de plus, elles n’atteignent qu'une minime partie des victimes du régime capitaliste. [

De là, souvent, des paroles de découragement et de désespoir chez des socialistes sincères en face des abîmes de misère que la réforme est impuissante à combler. Les bour- - geois, satisfaits et heureux, ne comprenant pas cette exaspération légitime, ‘en font grief aux révolutionnaires. Ils les accusent de négliger la réforme. :

Le prolétariat se trouve dans le cas d’un individu condamné à rester sa vie durant dans une prison. Il lui arrive que l’on propose d'améliorer son régime de prison, de lui donner plus d’air, une meilleure nourriture. Dans la crainte

de mourir d’inanition, il n’ose pas refuser les améliorations

proposées. Mais il serait criminel et stupide que l’on en profitat pour lui faire oublier sa captivité. Tant que le prolétariat restera ‘dans la prison capitaliste, il ne cessera de réclamer l'amélioration de son régime provisoire: Mais il n’oubliera

pas pourtant quil importe avant tout d'abattre la prison

elle-même. | Les socialistes de tous les pays sont pour les réformes,

pour toutes les réformes, mais ils se sont prononcés, à une immense majorité, contre le réformisme, comme conception

socialiste, Ils n'opposent pas la propagande et l’organisation socialistes, Aussi le Congrès d'Amsterdam (1904) déclare-t-il, en condamnant le revisionnisme ? que notre but

n'est pas de réformer ou d'améliorer la société actuelle,

mais de la transformer en société communiste. (Voir vol. IT de l'Encyclopédie, p. 67-68.)

X. — Le pays classique du capitalisme et de la « paix sociale ».

Marx étudia la genèse et l’évolution du capital en Angleterre. Les réformistes invoquent également ce pays pour justifier leurs théories de la paix sociale et de la collaboration systématique des classes. La politique libérale de ces dernières années, les grandes réformes sociales de M. Tioyd Georges, qui n'ont pas leur équivalent sur le continent, paraissent confirmer la thèse réformiste. D'autre part, si nous démontrons que la théorie de la lutte des classes et de la Révolution sociale, qui est la base de la tactique de l'Internationale oùvrière et socialiste depuis le Congrès d'Amsterdaim (1904), se justifie aussi bien en Angleterre que dans les

autres pays, la thèse de la Révolution est on ne peut plus

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