‹ La révolution socialeChapitre 154 sur 172 · RUN NE · texte numérisé non relu

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sions aux classes qui tendaient à s'élever, mais l’un ou l’autre de ces événements entraïînait après soi la débâcle politique.

Îl en est tout autrement aujourd'hui. Le capitalisme ne néglige pas la production, comme le faisait le régime féodal, il l’exagère; il étouffe de pléthore. Le capital,.loin de faire défaut, est en grande abondance, recherche un placement avantageux, les risques mêmes ne l’effrayent pas. Les qouvernements sont dans la complète dépendance des capitalistes qui ont toutes sortes de bonnes raisons pour les protéger et les soutenir. L'augmentation des dettes publiques ne peut devenir un facteur révolutionnaire qu'autant que les impôts devenant trop lourds poussent les classes inférieures à la révolte, mais elle conduira difficilement — exceptons la Russie — les gouvernements à la banqueroute où même à une crise financière sérieuse. La crise financière ne nous conduira pas plus à la révolution que l'insurrection à main armée. — (K. Kaurskvy. La Révolution Sociale.)

Surtout si l'insurrection est l’œuvre d’une minorité, ajoutons nous. Il est évident que l'insurrection, à elle seule, est impuissante si elle ne s'appuie pas sur une organisation de classe. Mais, dans ce cas, elle ne joue le rôle que d'un accident de route, d’une poussée, d’ün « coup de pouce », en un mot, d'un incident historique dont l'importance réside dans ses antécédents et ses conséquences. Ce qui importe de savoir, c'est que la Révolution sociale ne peut être que l'œuvre de la majorité au profit de la collectivité tout entière. Nous l'avons prouvé et par des considérations générales — par la méthode déductive — et par l'analyse des faits historiques — méthode inductive. La logique et les faits nous imposent la même conclusion. Pour aboutir, la Révolution sociale a besoin de la majorité agissante ou consentante. Et pour avoir la majorité, nous avons besoin de l’organisation sous toutes les formes.

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1, — L'organisation syndicale comme moyen révolutionnaire.

Les auteurs des volumes qui suivront dresseront le formidable inventaire national et international de notre armature politique, syndicale, coopérative et éducative. Ici nous avons à examiner la portée et la valeur révolutionnaire de l'organisation syndicale, coopérative, éducative et politique du prolétariat.

Le Syndicat est tout d'abord un instrument de lutte pour des améliorations immédiates et pour la défense de la dignité ouvrière. C’est un instrument de lutte indispensable, Il ne faut pas, pourtant, exagérer sa force.

Mais si important, si indispensable que soit le Syndicat, dit K. Kautsky, pour le prolétariat militant, il a tôt ou tard à compter avec son rival, le syndicat patronal, qui, s'il prend la forme étroite d’un trust ou d’un cartel, ne présente que trop facilement un obstacle infranchissable à l'union ouvrière.

Les associations de patrons ne sont pas seules à menacer les groupements corporatifs : l’autorité publique n’est pas moins à craindre. Nous en savons quelque chose en Allemagne. Et des jugements récents, et que l’on connaît bien, ont montré que, même dans la démocratique Angleterre, les syndicats ne sont pas encore hors de tout péril; ces décisions ne tendent à rien moins qu'à paralyser complètement leur action.

Sur ce point encore, l’article déjà cité (p. 451) qu'ont publié B. et $. Webb dans la Sozsiale Praxis nous fournit des renseignements dignes de remarque; il jette une lumière spéciale sur l’avenir des syndicats. Il nous fait observer d’abord combien inégalement les groupements corporatifs se déve-

Te ue.

loppent en Angleterre : « D'une manière générale, les unions puissantes le sont devenues davantage encore; celles qui ne

l'étaient pas sont maintenant plus faibles qu'auparavant. Les syndicats des mineurs, des travailleurs de l’industrie coton-

nière, du bâtiment, de la métallurgie se sont développés. Ils

ont perdu de l'importance parmi les ouvriers agricoles, les matelots, dans l’industrie du vêtement et parmi les manœuvres. L'hostilité croissante des classes dominantes menace le monde syndical tout entier. Les lois anglaises s'entendent très bien à étouffer les organisations incommodes. Le danger de les voir appliquées aux corporations ouvrières « s’est

accru, l’aversion que l’on témoigne pour les syndicats et pour

les grèves que magistrats et jurys partagent avec le reste des classes moyennes ou supérieures augmente encore l’inquiétude. » Les lois existantes peuvent « livrer au patron l’ouvrier pieds et poings liés ». B. et S. Webb en sont arrivés à prévoir une situation telle que le « contrat collectif, avec son corollaire obligé, la cessation collective du travail et l'arrêt accidentel de l’industrie, sera rendu sinon impossible, du moins onéreux et difficile, grâce aux interprétations données à la loi ».

Mais si les syndicats sont arrivés à gêner beaucoup les capitalistes, on ne peut dire qu'ils aient réellement diminué l'exploitation. Qu'on songe à la conduite que tiendraient les pouvoirs publics même dans cet Eldorado syndical, même en Angleterre, si les corporations ouvrières réussissaient à entraver sensiblement le capital. — (K. Kaurskv. La Révolution

Sociale.)

En effet, on l’a vu pendant les grèves de 1911-1912. I, Etat capitaliste assassinait, emprisonnait, et surtout ne cessa de livrer au capital des soldats transformés en briseurs de grève, en jaunes, ou, comme on les appelle en Angleterre, blacks legs. Mais le Syndicat a une grande valeur révolutionnaire. En

entrainant l’ouvrier à la lutte contre le patronat, il l’élève, d'une annexe à la machine ou d'une machine à produire de la

PA TRS plus-value pour le capitaliste, à la dignité d'un homme com-

battant pour lui-même et pour sa classe. En outre, le Syndicat est une école de solidarité, donc du socialisme. Il v

| apprend ce qui le lie avec sa classe et ce qui le sépare de la : classe ennemie. Il apprend à connaître sa force — la solida- 1 rité et le nombre — et sa faiblesse, l'absence des ressources ; et des moyens de production. En voyant chaque fois l'Etat !

capitaliste, avec son armée, sa police, sa magistrature, son Parlement, se dresser contre lui, 1l apprend à réfléchir et à comprendre la nécessité d'élargir sa lutte jusqu'a l'attaque contre le pouvoir politique des classes dominantes. Il apprend à connaître également que son véritable parti, son parti poli- : tique de classe est le Parti socialiste qui, seul, défend son intérêt envers et contre tous, au Parlement et en dehors du Parlement.

Le Syndicat a encore une valeur révolutionnaire et socialiste pour cette raison que, pendant la période transitoire il sera certainement utilisé, entre autres, comme moyen d’organisation collective; car son expérience des hommes et des choses sera d’une valeur inestimable pour l’œuvre de construchon socialiste. C’est cette vérité qui a fait exagérer son rôle par une école syndicaliste, qui le considère comme « la cellule » principale de la production socialiste. Cette école néglige le caractère historique, provisoire, du Syndicat, créé pour la résistance et le combat capitaliste. À côté du Syndicat, le capitalisme développe de véritables « cellules » de la production collectiviste : de grandes usines, de grandes fabriques, de grands magasins, avec un admirable outillage technique et administratif, dont le socialisme n'aura qu’à: s'emparer pour l'adapter à l'exploitation comntuniste, et le faire fonctionner au profit de tous.

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III, — La valeur socialiste et révolutionnaire des Coopératives.

Comme le Syndicat, la Coopérative est, avant tout, un moyen de lutte pour l'amélioration immédiate de la situation ouvrière. L'ouvrier est obligé de lutter non seulement contre le patron, mais contre l'intermédiaire, qui l’exploite en sa qualité de consommateur en lui vendant cher une marchandise de qualité douteuse. Comme l’ouvrier a toutes les peines du monde à « boucler » son budget, rien, absolument rien, ne doit être négligé pour améliorer son sort quotidien. Il doit s'organiser avec ses camarades pour former des coopératives de consommation afin de tirer de son salaire le maximum de rendement. | |

Mais ici aussi il ne faut pas exagérer. La Coopérative n’est pas un moyen de régénération sociale. Elle ne fera pas la Révolution sociale, comme des coopérateurs de valeur (Franz Staudinger, Hans Muller et d’autres) l’admettent volontiers.

Les Coopératives, écrit K. Kautsky, dans la Révolution Sociale, et parmi elles seules les Sociétés de consommation méritent aujourd'hui l'attention, sont des plus innocentes. Leur caractère paisible les fait priser bien haut par tous les adversaires de la méthode révolutionnaire. Sans doute, elles peuvent offrir à la classe ouvrière quantité d'avantages. Mais il est ridicule d'attendre de leur fonctionnement l’expropriation même partielle du capital. Si elles éliminent une classe, c'est celle des petits boutiquiers et certaines catégories de métiers, les boulangers, par exemple. Aussi ne voit-on jamais les grands capitalistes combattre les Sociétés de consommation qui, dit-on, devraient les faire disparaître. Non, ce sont les petits-bourgeois qui s'élèvent avec rage contre elles; surtout ceux dont la clientèle est toute ouvrière, les plus susceptibles

par conséquent de se rallier à une politique prolétarienne. Si les coopératives de consommation procurent des avantages matériels à de nombreuses catégories d'ouvriers, elles éloignent du mouvement bien des éléments voisins du prolétariat. Ce moyen « destiné à faciliter l'absorption pacifique du

capitalisme et à supprimer la lutte des classes » y introduit 4 un nouveau sujet de discorde et attise une nouvelle haine de classe. La coopérative de consommation n’a jusqu’à mainte- A

nant triomphé encore que du petit boutiquier. Il lui reste à vaincre le grand magasin. Elle n’y arrivera pas sans peine.

IT est absolument absurde d'admettre que les dividendes … de ces Sociétés, même s'ils n'étaient pas répartis mais épargnés, peuvent croitre plus rapidement que ne s’accumule le 4 capital, de croire qu’ils peuvent triompher de cette concentration et restreindre peu à peu la sphère du capitalisme.

Les Coopératives de consommation n'ont d'importance pour l'émancipation du prolétariat que là où la lutte des classes est menée énergiquement, où elles procurent aux mihtants un accroissement de force et de puissance. Mais elles dépendent complètement de l'état de la législation et de l'attitude du gouvernement. T'ant que le prolétariat n'aura pas conquis le pouvoir politique, l'importance de ces Sociétés pour la lutte des classes restera renfermée dans d'étroites limites.

Pour le prolétariat, les syndicats présentent un intérêt bien plus puissant que les coopératives, mais seulement à titre d'organisation de combat et non comme groupement poursuivant la paix sociale. Là même où ils concluent des conventions avec les patrons — isolés ou organisés — ils n’y arrivent qu'autant qu’ils sont capables de mener la lutte à bien. — (JZbid.) .

Il nous semble que Kautsky ne fait pas ici ressortir la valeur socialiste et même révolutionnaire de la Coopérative pénétrée de l'esprit socialiste. D'abord elle est un groupement de solidarité et un groupement de classe. Comme tout ce qui

CPE PT NS

PRE VU ER groupe, organise et réunit le prolétariat en un faisceau d'énergie, elle a une valeur éminemment socialiste. |

Il y a plus. Son principe — la coopération, l'association des efforts — est un principe socialiste. Et on a pu justement définir le socialisme comme la coopération de tous au profit de tous. Ce n’est pas la collaboration pour la lutte, comme le Syndicat, mais pour l’économie des efforts, pour éviter le gaspillage des forces, économiser le travail, faire rendre à un minimum d'efforts le maximum de résultats. C’est de la méthode socialiste en tant que le résultat profite à tous.

Il est évident que K. Kautsky a voulu protester — et avec raison — contre cette conception naïve que la coopérative se suffit à elle-même, que la coopération rend inutile l’expropriation politique et économique. À cela on peut répondre avec Sydney Webb, que même dans les pays avec une coo-

pération très développée, comme l'Angleterre, sa valeur économique est minime en face de la production capitaliste (1/40). La coopération, sans expropriation, n’amènera pas la Révolution. Maïs cette circonstance ne l'empêche pas d’avoir une valeur socialiste, sans être à elle seule, ainsi que le syndicat, le socialisme.

La coopérative aura certainement une grande valeur de transformation pendant la période transitoire du passage du régime capitaliste au régime socialiste. Elle fournira avec les grands magasins une partie des cadres d'organisation pour la distribution des produits. Ce que le Syndicat fera pour la production, la Coopérative le fera pour la consommation.

Mais déjà, dans la société actuelle, la coopérative devient — au moment des grèves — une arme de résistance et de combat prolétariens.

La coopérative, ainsi que le syndicat, pepe devenir, aux mains de nos adversaires de classe, un instrument de conversation, de la conciliation des classes. Aussi, par exemple, les coopérateurs, comme M. Hans Muller, rêvent l’organisation

des

des consommateurs sans distinction de classe en vue de les concilier. Il y a aussi les coopératives de propagande : cléricales ou même patronales. C’est à la classe ouvrière et à son parti, le parti socialiste, de veiller à ce que la coopérative se dirige non contre le socialisme, mais agisse dans son intérêt et à son profit.

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