‹ La révolution socialeChapitre 24 sur 172 · V. — À qui a profité la Révolution · texte numérisé non relu

V. — À qui a profité la Révolution

Toute révolution est un déplacement du pouvoir et de la propriété. La Révolution de 1789 a mis le pouvoir dans les mains de la bourgeoisie. Mais le pouvoir n'est qu'un moyen. Le but de toute classe conquérant le pouvoir est de s’emparer de la propriété, de s'enrichir, d'augmenter son bien-être matériel et sa considération sociale.

La bourgeoisie a largement profité des biens du clergé, déclarés biens nationaux. On aurait pu les désigner plus exactement : biens bourgeois.

Les enquêtes, les recherches et les relevés faits par de nombreux savants, tels que Guillemant, Loutschitcky et Boris

Minzès (de Russie), Legeay, François Rouvière, ne lais- sent aucun doute sur ce fait que c’est la grande, la moyenne et la petite bourgeoisie qui ont, avant tout, et plus que les paysans, profité des biens nationaux.

Les résultats auxquels sont arrivés ces savants sont tous les jours confirmés par les recherches faites dans les archives.

En voici quelques données caractéristiques

Parmi les acheteurs urbains, M. Minzès relève constamment la mention: juge de paix, négociant, marchand de vin, de fer, de drap, de bois, boucher, député, vannier, maître de poste, tailleur d’habit vivant de son revenu, arpenteur, rentier, notaire, avocat, aubergiste, garçon d’écurie, perruquier, argenteur, voiturier, taillandier, receveur du district, procureur général syndic, membre du département ou du district, cordier, maçon, mégissier, entrepreneur de manufacture, banquier.

Ft qu'on n’imagine pas que da division des biens mis en vente entrainât une division de la propriété; le même acheteur acquit souvent de très nombreuses parcelles. Ainsi, Girault, André-Louis,

bourgeois de Versailles, acheta 20 arpents en dix parcelles; Louis-

François le Pelletier, bourgeois de Versailles, acheta 33 arpents en dix-sept parcelles; le Grand, bourgeois de Versailles, acheta 41 arpents en vingt-trois parcelles; Philippe Feuillet, administrateur du district, acheta 175 arpents en 63 enchères différentes; Mouzet, notaire à Versailles, acquit en 20 achats 713 arpents, parmi lesquels figuraient trois fermes pour 532; Oberkampf, entrepreneur de manufactures, acquit en 57 enchères 625 arpents, où étaient compris deux fermes, représentant 546 arpents et 47 parcelles d’un arpent. Un négociant de Versailles acquit en 32 parcelles 252 arpents, y compris une ferme de 147; Théodore Maupin, architecte, acquit en 28 parcelles 369 arpents, y compris une ferme de 180.

Aïnsi le pius souvent, au moins dans cette région, il ne servait à rien aux paysans que les lots fussent très morcelés. Telle était la puissance d'achat de la bourgeoisie qu’elle reconstituait les grands domaines qu'on ne livrait que subdivisés à l’adjudication. Dans tout le département de Seine-et-Oise, les paysans sont brutalement écartés. Mais il faut se souvenir qu'une grande partie de la richesse bourgeoise était accumulée à Paris, et c’est évidemment dans la banlieue de Paris qué la bourgeoisie achète le plus.

T1 résulte des études de Loutchisky que dans l'Aisne et partieu-

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