‹ La révolution socialeChapitre 25 sur 172 · PIRE SES TT EE PEN RAT ST EP ET · texte numérisé non relu

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lièrement dans le Laonnais, la bourgeoïisie acquit de 40 à "45 pour 100 de la terre mise en vente; le reste se partagea entre les cultiva-. teurs proprement dits et cette petite bourgeoisie ou « artisanerie » de village, qui a une fonction sociale assez mêlée; le cordonnier, le tailleur sont en même temps propriétaires d’un champ qu'ils cultivient de leurs mains après avoir coupé le drap ou le cuir. Loutchisky a étudié avec soin les associations d'acheteurs formées par les paysans en vue d'acquérir des domaines qu'un seul d’entre eux n'aurait pu acheter. Il en relève un assez grand nombre dans le nord de la France, dans le Pas-de-Calais, la' Somme, particulièerement dans l’Aisne. Files étaient composées de laboureurs, de manouvriers, d'artisans. Hlles comptaient 20, 30, 40, parfois 60 et 100 membres, tout un village s'associait pour ne pas laisser échapper une belle terre longtemps admirée par tous, et qu'un bourgeois de la ville aurait achetée sans cette coalition paysanne. ;

Mais qu'on ne s’y trompe pas, il n'y a pas là une ébauche de communisme, écrit Jaurès, une association en vue d’exploiter le do-: maine; les acquéreurs le morcelaient ensuite et le répartissaient suivant les ressources de chacun d’eux, et plus d’une fois, les plus habiles, les plus aisés acquirent peu à peu la majeure partie du domaine. Et qu’on n’exagère pas non plus la part de propriété où les paysans purent parvenir ainsi, ces achats par association ne paraissent représenter qu’une très faible partie des opérations sur Îes biens nationaux. |

Dans l’ouest aussi, comme le marque le livre de Legeay, c’est la bourgeoisie des villes qui eut la plus grande part; les achats faits par les bourgeois du Mans notamment sont considérables.

M. Guillemaut, pour le Louhanais, n’indique pas la proportion des achats faits par les bourgeois et par les cultivateurs; il est évident, par l’énumération qu’il en fait, que beaucoup de bourgeois de campagne et aussi beaucoup de laboureurs, c’est-à-dire de propriétaires de terres à blé, se portèrent acquéreurs de biens nationaux,.

(JEAN JAURES. Histoire Socialiste, t. T 1780-1900, p. 491-402.)

La conspiration de Babeuf est le produit de la désillusion et des misères du peuple, frustré des bénéfices de la Révolution.

VI, — La vie de Babeuf.

Babeuf (François-Noël) adopta le prénom de Camille de 1700 à 1704, de Gracchus ensuite. Il naquit à Saint-Quentin, le 23 novembre 1760. Sa famille était pauvre. À partir de quatorze ans, il fut expéditionnaire chez un géomètre, puis employé chez divers seigneurs. À 20 ans, 1l perdit son père à 22 ans, il épousa Victoire Lenglet, femme de chambre chez un comte, qui fut la noble et fidèle compagne de toute sa vie. Cette « femme de la nature » était peu instruite. À Noyon, il travailla chez un feudiste, homme d'affaires s'occupant de ce qui concernait les fiefs ; puis chez un. arpenteur à Roye, où, en 1787, il était commissaire à terrier. Le commissaire à terrier surveillait le maintien des droits dépendant des terres : « Ce fut dans la poussière des archives seigneuriales, a-t-il écrit (n° 20 du l'ribun du Peuple), que je découvris les affreux mystères des usurpations de la caste noble. Je les dévoilai au peuple par des écrits brülants, publiés dès l’aurore de la Révolution ». Ruiné à la suite d'un procès contre un marquis qui était son débiteur, il se trouva dans une situation difficile, ayant à subvenir aux besoins non seulement de sa femme et de deux enfants, mais encore de sa mère et de ses frères et sœurs.

Dès 1786, on reconnait dans sa correspondance avec le secrétaire de l’Académie d'Arras des tendances socialistes.

En 1780, il achève, sous le titre Cadastre perpétuel, un ouvrage présenté à l’Assemblée nationale et entamé dès 1787. Dans le « discours préliminaire », il apparaît déjà cherchant à atteindre la félicité commune des peuples. Il se préoccupe, ce qui est assez rare à cette époque, du sort des ouvriers:

« Le nombre des ouvriers s’est excessivement accru. Non seulement il en est résulté que les mêmes salaires ont pu être diminués de plus belle, mais qu'une très grande quantité de

citoyens s’est vue dans l'impossibilité de trouver à s'occuper,

mème moyennant la faible rétribution fixée par la tyranni-

que et impitoyable opulence et que le malheur avait impé- …

rieusement forcé l’industrieux artisan d'accepter. Cependant, le refrain ordinaire des gens qui regorgent est d'envoyer au travail l’importun qui, poussé par les sollicitations fâcheuses des plus pressants besoins, vient réclamer auprès d'eux le plus petit secours. On l'envoie au travail ! Mais où est-il donc si prêt à prendre, ce travail ?.….

« La société n'est qu'une grande famille dont les divers

membres, pourvu qu'ils concourent, chacun suivant ses facultés physiques et intellectuelles, à l'avantage général, doivent avoir des droits égaux. La terre, mère commune, eût pu n'être partagée qu'à vie, et chaque part rendue inaliénable... »

S'il pense, suivant les théories philosophiques les plus avancées de l'époque, que tous ont droit égal au bien-être, il n'est pas encore socialiste, parce qu'il ne va pas encore jusqu'à réclamer pratiquement les conséquences de ce droit, et il se borne pour l'instant à proposer la transformation des impôts en une « contribution personnelle » payée par chacun « en proportion de ses forces », de ses revenus, et en une « contribution réelle » payée par chaque propriétaire « en proportion de ce qu’il a » de possessions territoriales.

À la nouvelle de la prise de la Bastille, il part pour Paris, où il arrive de 17 juillet.

Babeuf revint dans la Somme après la journée du 5 octobre. |

Le 28 février 1700, on voulut rétablir à Roye, où il n’était

plus acquitté depuis le 19 juillet 1780, le droit d'aides sur

les boissons. Les débitants refusèrent de se soumettre et Babeuf les soutint en attaquant violemment les aides et les gabelles dans une brochure « qui électrisa, a-t-il dit, tout

le peuple de la Somme et anticipa la suppression de ces.

impôts ». La municipalité de Roye le dénonça à la Cour

des Aides et le « Comité des recherches de l’Assemblée na-

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tivnalé » ordonna de veiller à ce qu’elle ne füt plus réimprimée. Babeuf protesta vivement, le 10 mai, dans une lettre à ce Comité; arrêté et conduit à Paris, il était depuis cinq semaines incarcéré à la Conciergerie, lorsque Marat protesta en sa faveur dans l’Ami du Peuple du 4 juillet 1700.

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