‹ La révolution socialeChapitre 26 sur 172 · VII. — Babeuf en · texte numérisé non relu

VII. — Babeuf en

Babeuf fut mis en liberté provisoire.

De retour dans la Somme, il revenait à la charge et présentait à la municipalité de Roye, le 17 octobre 1790, une motion relative à l'impôt en général et aux impôts indirects en particulier; il réclamait l'égalité de tous, bourgeois et débitants, devant l'impôt. Vers la même époque, il fonda à Noyon, un journal, le Correspondant Picard, qui parut une quarantaine de fois à la fin de 1700 et en 1701. Il entreprit une campagne contre tous les droits féodaux et toutes les redevances seigneuriales et poussa les campagnards à ne plus se soumettre à ces tributs. Les poursuites dirigées contre lui avortèrent. | Elu le 14 novembre 1790 membre du Conseil général de la commune de Roye, il ne siégea que jusqu'à la fin de décembre,

ses ennemis ayant fait annuler son élection, en prétendant

que le décret de prise de corps de la Cour des Aides entraïînait, malgré la liberté provisoire, l'interdiction des fonctions publiques. |

Le 23 mars 1701, il fut élu à Roye commissaire pour la recherche des biens communaux de cette ville et soutint que d'anciens officiers municipaux de Roye avaient usurpé des biens communaux, dont, à leur exemple, « la municipalité constitutionnelle.. gaspillait scandaleusement le revenu et se l’appropriait sous divers prétextes ».

Ses réclamations à cet égard le firent arrêter le 5 avril par la municipalité, qui avait le droit de le garder huit jours en détention comme perturbateur. On le conduisit à la prison

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de Montdidier, et le 7 cette même municipalité et le maire Longuecamp le dénoncèrent à l’acéusateur public du tribunal de cette dernière ville, sous prétexte qu’il engageait le peuple par écrits et discours à s'emparer du « marais de Bracquemont» et « que les maximes dudit Babeuf répandues avec profusion par ses écrits et par ses paroles, sur la souveraineté du peuple, sur la manière dont il pouvait et devait exercer ses droits, sans parler, à dessein, de ses devoirs, excitent même la fermentation chez nos voisins ». Les témoignages lui ayant été favorables, il eut la chance d’être relâché la veille du jour où l’accusateur public de Montdidier recevait communication d'une lettre par laquelle le Directoire du département lui ordonnait d’user de la plus grande rigueur contre Babeuf. En juillet 1701, un certain Gouy de la Mure le dénonçait au même accusateur pour avoir exprimé « le vœu anticonstituhonnel de substituer une république au gouvernement monarchique dont nos sages législateurs ont consolidé les bases ». De l’aveu de ses adversaires, Babeuf nous apparaît donc, dès 1791, partisan de la souveraineté du peuple et républicain. Nous allons Île voir, cette même année, réclamer le « droit pour tous de voter » dans une lettre à un de ses anciens abonnés du Correspondant Picard, Coupé (de l'Oise), qui venait d'être élu membre de l’Assemblée législative. Dans cette lettre, en date du 10 septembre 1701 (Espinas, la Philosophie sociale du XVII siècle et la Révolution, p. 215, note: voir aussi Histoire Socialiste, t. IV, p. 1538 et suiv.), Babeuf, après avoir eu des tendances communistes, se déclarait partisan de la loi agraire et, par elle, de la mise à la disposition de chacun d'une portion suffisante de terre. Du reste, il semblait déjà favorable à cette idée dans son Cadastre perpétuel et, de même qu'à cette époque il voulait « assurer à tous les individus : premièrement la subsistance, en second lieu une éducation égale (Espinas, ibid. p. 404), ses « vœux » sont (/d. p. 407) « qu'il n’y ait plus de division des citoyens en plusieurs classes ; admission de tous à toutes les places ; drout

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pour tous de voter, d'émettre leurs opinions dans toutes les assemblées ; de surveiller grandement l'assemblée des législateurs ; liberté des réunions dans les places publiques; plus de loi martiale; destruction de l'esprit de corps des gardes nationales en y faisant entrer tous les citoyens sans exception et sans autre destination que celle de combattre les ennemis extérieurs de la Patrie ». « Toutefois, 1l faut, dit-1l, renoncer à ces principes lorsqu'on ne veut pas la loi agraire : sans elle, liberté, égalité, droits de l’homme, seront toujours des paroles redondantes et vides de sens ». (/d. p. 408). « La fin et le couronnement d'une bonne législation est l'égalité des possessions foncières ({d. p. 409) ; à l'exception de ce que chaque individu aurait son patrimoine inaliénable, qui lui ferait dans tous les temps et dans toutes les circonstances un fonds, une ressource inattaquable contre les besoins, tout ce qui tient à l’industrie humaine resterait dans le même état qu’aujourd'hui.. » (/d. p. 407.)

Babeuf s'évertua aussi à démontrer « que les immenses domaines des ex-seigneurs avaient été presque tous illégitimement acquis; et que, lors même qu'on ne considérerait pas le crime d’émigration dont le plus grand nombre s'était rendu coupable, la nation avait le droit de rentrer en jouissance de tant de riches possessions ».

Il avait amoncelé sur sa tête la fureur de tout ce qui était riche et influent. Heureusement pour lui, ainsi qu'il l’a constaté, « vint le 10 août! »

Très populaire, il fut, en septembre, nommé membre de l'administration du département de la Somme... Il dénonca, en. octobre, une conspiration royaliste « pour livrer le passage de la France par Péronne, après le succès attendu du siège de Lille » par les Autrichiens. Il s’occupa d'arrêter une famine factice organisée dans le district d’Abbeville. Les haines qu’il souleva lui firent abandonner son poste au département et accepter de passer, en novembre 1792, au district de Mont-

didier en qualité d'administrateur. Il protesta contre les com-

plaisances de fonctionnaires pour les biens de « nobles personnages émigrés qu’on s’obstinait à vouloir qu'ils ne le fussent pas et pour lesquels on épuisait tous les faux-fuyants de la chicane pour éluder la maiïnmise nationale sur ces propriétés inappréciables ». Or, son ennemi Longuecamp, procureur-syndic du district, était un de ces fonctionnaires et 1l allait trouver l’occasion de se venger dans l'affaire que les adversaires de Babeuf ont tant exploitée contre lui.

Le 12 décembre 1702, était mise en adjudication la ferme dite de Fontaine, bien national. Elle fut adjugée à Devillas, président du district de Montdidier, qui demanda à deux administrateurs, Jaudhuin et Babeuf, de lui substituer le nom de Debraine. La chose parut toute naturelle, et ils accueillirent favorablement cette démarche. Jaudhuin et Babeuf, mis plus tard au courant de l’irrégularité commise, s’excusèrent, mais Longuecamp les dénoncça et les fit révoquer de leurs fonctions. Babeuf vint à Paris pour réclamer contre sa suspension ; il y resta pendant quelque temps, et Sylvain Maréchal lui obtint une place aux subsistances de la commune de Paris, puis aux subsistances de la République.

Traduit devant le jury d'accusation, Babeuf fut condamné à vingt ans de fers (23 août 1793). Il fut arrêté le 14 novembre suivant, puis remis en liberté provisoire sous le cautionnement de Sylvain Maréchal, du professeur de législation Daube et du conventionnel Thibaudeau.

IT demanda à être réintégré dans ses fonctions à l’administration des subsistances et, en attendant, grâce à Sylvain Maréchal, 11 travailla chez Prud'homme,-l'éditeur du journal Les Révolutions de Paris. Avant de lui rendre sa place, la Commission des subsistances résolut de consulter le ministre de la Justice, Gohier. Ce dernier exprima l'opinion qu’un condamné devait être arrêté et donna des ordres en conséquence. Sans avis officiel, Babeuf se rendit de lui-même, le 11 pluviôse (30 janvier 1704) à l'Abbaye, où il fut incarcéré; on devait, le 1° germinal (21 mars) le transférer à Sainte-Pélagie.

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